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Full text of "Revue catalane"

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HANDBOUND 
AT THE 



UNIVERSITY OF 
TORONTO PRESS 



REVUE CATALANE 

TOME XU — Année 1918 



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Tome XII 



ANNÉE 1918 




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CATALANE 





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RGANE DE 




V SOCIÉTÉ 




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PERPIGNAN 
IMPRJMERJE COMET 



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Table des Matières 



Liste des Membres, i . 

Nécrologie, 8. 27, 65, 74, 236. 

Pages choisies, 15,41,98, 145, 184, 189, 223. 

Atila, 20. 

Les Catalans illustres, 21. 

Livres et Revues, 44, 68. 120, 168, 188, 212. 236, 256. 

La correspondance de Frédéric Mistral, 104, 

Fédération régionalistc française, 143. 

Nos hôtes, 144. 

Nos amis de Catalogne, 144. 

Eglogues, 144. 

Les premières bibliothécaires de Catalogne, 149. 

Hospitalité catalane. i65. 

Association régionaliste du Languedoc Méditerranéen, 186 

Une visite à la maison du Maréchal Joffre, 187. 

Une distinction méritée, 187. 

La J^enaissance Catalane et le Régionalisme, 187. 

Notable invent d'un català, 188. 

Les deux Marnes, 191. 

Manifestation artistique de charité. 212. 

Academia y Felibrige rossellonenchs, 21 3. 

Y En Joffre ? 242. 

Une heureuse pensée d'Apeles Mestres, 243. 

Echos, 255. 

Exposition Manalt, 274. 

Aragon (Henry). — Documents historiques sur la ville de Perpignan : 
1. Criées concernant les places et marchés de Perpignan (suite), 9. 
]]. Reconstruction des marchés ; Marchés secondaires. 29. 
]]]. Les rues de Perpignan à la fin du xvin' siècle : l'embellisse- 
ment et l'alignement des rues, 5i. 
IV. Le théâtre de la Loge de mer ou l'ancienne salle du Consulat 
de mer, 57. 



^ 



V. Criées concernant les moeurs populaires au xv' siècle, y5. 

VI. Ordonnances, lettres patentes du roi Martin, mandements 
relatifs au droit d'être « habitant de Perpignan », io5. 

Vil. Les Jardiniers de la ville de Perpignan sous les rois d'Ara- 
gon. l32. 

VIII. Notes relatives au tombeau du roi Sanche ; aux cloches et 
au clocher de Saint-Jean ; au trésor de la chapelle du château 
des rois de Majorque ; aux biens de la Communauté de Saint- 
Jean de Perpignan, 154. 

IX. Le régime du vin en Roussillon du xiii' au xv' siècle, 176. 

X. Droit de rèvc et de haut passage. Ordonnances relatives à la 
franchise des marchandises importées à Perpignan ou exportées 
du Roussillon, 196. 

XI. Transit des marchandises. Ordonnances relatives à l'exporta- 
tion et au droit de transit, impôt sur les importations. Permis 
de franchise concernant les draps. Interdiction d'exporter des 
chevaux, 224. 

XI I. Pragmatiques sanctions du roi Alphonse d'Aragon relatives 
aux montures des gens de la maison du roi et de ses vassaux, 244. 

XI II. Criées concernant les paons du Château royal, 248. 

XIV. Criées royales au sujet des Juifs de Perpignan. Ordon- 
nances relatives aux jeux de hasard, 263. 

Bauby (Charles). — Que vingui la pau, 40. 
Bergue (Paul). — Patrô de vida, 5. 

La pau del llop, 2 i . 

L'home enemic de la naturalesa, 48, 87. 

Himne del gall Cantaclar al sol, 129. 

Quan tornarà al Pais, 169. 
Chauvet (Horace}. — Ay ! vina rossinyol, ijS. 
Esteve Fi (L'). — La Cigala y la Formiga, 95, 117. 
Francis (P.). — L'art d'En Manalt, 28. 

La Colonie antique de Ruscino, 64. 

Contrapas, 2 5o. 
Gibrat (Joseph). — La seigneurie et la paroisse de Serralongue, 1 19, i23, 

lOD, 172, 190, 214, 25i, 275. 
Grando (Charles). — Atila, 22. 

A Joffre immortal, 45. 

Ma llengua, 73. 

La Versification de Frédéric Mistral, i3o. 

Sang en rovell d'où, i53. 

La Renaissance Provençale, 218. 

Resurreccio, 237. 



— Jll — 

Grande ( Ch. ) (suite). — La tradition locale et la Revue de l'Eldorado, 259. 

En Trufeta y la Victoria, 273. 
Janicot (Albert). — Salut al Rossellô, 66. 
Lacvivier (R. dei. — Quelques noms de plantes et synonymes, 24, 46, 90, 

i>4, 141, i5o, i85, 210, 219, 254, 279- 
Lagarde ( Edmond). — Abrégé des règles tactiques du Félibrige, 98. 
Massé y Ventés (Joseph). — Estances à l'infermera, 121. 

Monsenyor Carsalade, 146. 
Mestres (Apelesj. — Une strophe finale à la Marseillaise, 243. 

Aima Mater, 257. 
Perez-Jorba (J.) — Gatimells, 39. 

L'avié, 235. 
Real (Caries de la). — Littérature roussillonnaise, 41. 

Sympathies catalanes, 63. 
Riols (F.). — La 1000* de Terra Baixa, 5o. 
Ripert (Emile). — Au pays de Joffre, 171. 
Salvat (Fr.U — Cançé de soldat, 217. 

Sarrète (Jean). — La Renaissance Catalane à l'école de Mistral, 240, 260 
Thiers (F. -P.) — Une basilique latine du v' siècle, 17, 42, 66, 70. 
Toinas i Salvany (Joan). — L'aucell, 69. 



ILLUSTRATIONS 



Portrait de Guimera, 44. 
No passaran 1 97. 



12' Année. N' 135 15 Janvier 1918 

Le5 Manuscrits non insères ^^ ^P^^F W 4 V^ 

ne son: pas rendue. M^ta M^* ^m ï. J M^^ 

^* 

Lrs Articles parus aans ia Revue W "^ ^^ ^^^ .^V ■ ^% |^| M^'' 

n'engagent que leurs auteurs. ^M^A A A A Jk A^A «• A ^ 4k^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation ; iO fr. par an. 

LISTE 

DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 

au 1 " janvier 1918. 

MM. 

1908. Abat, 11, rue d'Alésia, Paris. 

1915. Aladern Joseph, 52, Universitat, Barcelone. 

1906. Albar Félix, chef de bataillon en retraite, place Grëtry, Perpignan. 

1914. Alcantara I GusART M., publiciste, Corts Catalanes, .^49, Barcelone. 

1906. *Amade Jean, caporal-interprète. Presse étrangère, rue François 1", 3, 
Paris {VUl*). 

— "Aragon Amédée, rue Saint-Dominique, 4, Perpignan. 

1914. *Aragon Henri, propriétaire, à Château-Roussillon, près Perpignan. 

— Arqués Ramon, notaire. Les Borges d'Urgel! (Lleyda). 
1917. Artus Georges, place du Marché-Neuf, Perpignan. 

— AsPAR Jean, rue de l'Enfer, 4, Perpignan. 

1910. AuRiOL George, banquier, rue Font-Froide, Perpignan. 

1908. Aymar Joseph, chanoine honoraire, curé-archiprêtre de Prades. 

1906. Badua J., 192, boulevard de Charonne, Paris. 

— Baille Léon, architecte, rue de la Fusterie, Perpignan. 

1912. Batlle Antoine, propriétaire, place de la Liberté igare), Perpignan. 

1917. Bausil Albert, infirmier, hôpital militaire d'Amélie-les-Bains. 

— Bauby Charles, à Prades. 

-- Blanic Jean, rue Mailly, 18, Perpignan. 

1908. Bergue Paul, conducteur principal faisant fonctions d'ingénieur des 
Travaux publics, à Hanoi iTonkinj. 

1906. Bibliothèque Municipale. Perpignan. 
J912. Bibliothèque de lUniversité, Montpellier. 

— Bibliothèque Populaire, Céret. 

1907. Blancou Gabriel, avocat, rue des Trois-Rois, 3o, Perpignan. 

Les noms précédés d'un astérisque sont ceux des membres du Conseil d'administration. 



1906. *Boix Emile (docteur), avenue Mozart, 9, Paris. 
1918. Boixo Edmond, ingénieur à Vernet-les-Bains. 

1906. •BoNAFONT Joseph, chanoine honoraire, Félibre Majorai, curé-doyen 

d'Ille-sur-Tet, Vtce-Prèsident. 

1907. BiuAL Pierre, chanoine honoraire, curé-doyen de Millas. 

1917. Bringuier (M"'), Directrice de l'Ecole Normale d'Institutrices, rue 

Valette, Perpignan. 

1914. Brousse Emmanuel, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 

1908. DE Çagarriga Henri, propriétaire, château de la Grange, Saint-Génis- 

des-Fontaines. 

1906. Calmette Joseph, professeur à la Faculté des Lettres, Toulouse. 

1918. Calveyrach Just, boulevard des Pyrénées, maison Pares, Perpignan. 
1906. 'Campanaud Laurent, propriétaire, rue Petite-la-Réal, Perpignan, 

"Président. 
1917. Cantagrill (M'"), école Voltaire, Perpignan. 
— Capdeville (M"'), Ecole Normale d'Institutrices, Perpignan. 

1916, Carcassonne Henri, rue Cloche-d'Or, Perpignan. 

1906. DE Carsalade du Pont Julcs (Mgr), évêque de Perpignan. 

— Caseponce Etienne (abbé), collège « La Salle », carrer Univcrsilat, 
52, 2°, 2"'', Barcelone ( Espagne). 

1917. Castanyé I Prat, 55, Vallirana, pr"', Barcelone. 
1909. Catel Jean, Bagnols-sur-Cèze (Gard). 

1906. *CoMET Joachim, Imprimerie Catalane, rue de la Poste, Perpignan. 

1916. Conte Joseph, Quartier-maître, T. S. F., à bord du Trehouari, 

Toulon. 

1912. Créance, avocat, 1 i, rue Notre-Dame-de-Lorette, Paris. 

1909. CuiLLÉ Joseph, propriétaire, rue Manuel, Perpignan. 
191 1. Dalbiez Victor, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 

1910. David d'Orimond, 3i, quai de Lorraine, Narbonne. 

1917. Delfau Louis, artiste peintre, rue du Théâtre, Perpignan. 

1907. Delmas Joseph, capitaine au 100' d'infanterie, Tulle (Corrèze). 
— Drancourt Emile, avenue de la Gare, Perpignan. 

1912. Dumayne, pharmacien, quai Vauban, Perpignan. 

1906. Durand Laurent, agent d'assurances. Rue Grande-la-Réal, 28, Per- 
pignan. 
1917. Elèves de l'Ecole Normale d'Institutrices, Perpignan. 

1916. EspiE (M"* A. d'j, femme de lettres, rue Hégésippe-Moreau, i5, 

Paris. 

1908. EsTÈvE de Bosch Xavier, général de brigade, rue du Mail, 83, 

Angers. 

1917. Fabre, aide-major médecin-chef, dépôt de remonte B, Tricouville, 

par Ernecourt (Meuse). 
1908. Falcon, chef de bataillon en retraite, place Arago, Perpignan. 



— 3 — 

qtj. FoucHÉ, professeur à Saint-Louis, Perpignan. 

916. Foyer du Soldat, 2' étage du Castillet, Perpignan. 

915. 'Francis P., 5, rue de l'Avenir, Perpignan, Trésorier. 
906. Freixe Jacques, homme de lettres. Le Perthus. 

917. Gau Henri, brigadier, 209" d'artillerie, 24' batterie. Armée d'Orient, 

Secteur 
906. GiBRAT Joseph (abbe), cure-doyen de Prats-de-MoUo. 

912. 'Grando Charles, rue des Augustins, 3y, Perpignan. Secrétaire générât. 
910. Granier (abbcf, curé de Lamanère. 

906. Gravas Charles, notaire, Prades. 

— Guiu Charles, percepteur, Latour-de-France. 

913. Henry Alphonse (abbé), à Ille-sur-Tet. 

917. Institut d'Etudes Méridionales, Université des Lettres, Toulouse. 

913. Janicot Albert, employé à la grande vitesse, 48, route de Prades, 

Perpignan. 
906. DE Lacvivier Raymond, propriétaire, Elne. 

917. Laudié Louis, sergent vaguemestre, 12' d'infanterie. Secteur 

— Lanquine Clément, principal du Lycée d'Epernay (Marne). 

— Manalt Célestin, sculpteur. Pont-rouge, Perpignan. 
906. Marie Emile, propriétaire, Prades. 

914. Maséras Alfons, homme de lettres, 4, plassa Universitat, Barcelone. 
906. Massot Joseph (docteur), place d'Armes, Perpignan. 

918. Massot Joseph-Paul, avocat. Le Boulou. 

906. MoREL Marcel, négociant, rue Grande-la-Réal, Perpignan. 
910. MucHART Henri, avocat, boulevard Montparnasse, 145, Paris. 

916. Nérel Léon, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 

907. Pages Raymond, domaine des Garrigues-du-Tanary, Palau-del-Vidre. 

917. Paillissé Eugène, sous-lieutenant, i i 3' d'artillerie lourde, 8' pièce. 

Secteur 

916. Palau Alexis, propriétaire, place des Esplanades, Perpignan. 
907. Pams Jules, ministre de l'Intérieur, sénateur des Pyr.-Or., Paris. 

917. Pams François, avenue de la Gare, 70, Perpignan. 

906. 'Pastre Louis, instituteur, école Paul-Bert, Perpignan, .Archiviste. 

— *Payré Joseph, avoué, rue de la République, Perpignan. 
910. Peix Victor, industriel, Millas. 

— *Pépratx Justin, notaire, rue Alsace-Lorraine, Perpignan. 

906. Pons Joseph, agrégé d'Espagnol, professeur au lycée d'Angoulême, 

prisonnier de guerre en Allemagne. 
917. Portet, éditeur de musique, rue Argenterie, 26, Perpignan. 
9!0. PujET Eugène, cité Bartissol, Perpignan. 

907. PuiG Joseph, directeur des établissements Vallaert Frères, 64, bou- 

levard Sébastopol, Paris. 



— 4 — 
1910. PujARNiscLE Victor, industriel, San-Feliu-de-Guixols (Espagne). 
191b. Rameil Pierre, député des Pyrénées-Orientales, Paris. 

Respaut Georges, Ambulance chirurgicale, automobile n° 1 i , par 

rue Pinel, 2 i , Paris. 
910. RiBEiLL, contrôleur des douanes, Port-Vendres. 
916. RiPERT Emile, 2' Sous-Intendance, Constantine. 
912. RocARiEs, avocat, quai Vauban, Perpignan. 
918. Rousse Isidore, épicier, route de Saint-Estève, Perpignan. 
914. T^oussillon (l'Amicale le), i, rue St-Denis, Brasserie Dreher, Paris. 

908. RozÈs Numa, propriétaire, Saint-Hippolyte. 

910. Saisset Lion, juge d'instruction, avenue du Chemin de fer, 3o, 

Fontainebleau (Seine-et-Marne). 
916. Salgas (M""'), institutrice, Rivesaltes. 

906. Salsas Albert, receveur de l'Enregistrement, Castres (Tarn). 

909. Salvat Louis, curé de Trouillas. 

916. Salvat François, soldat téléphoniste au 40' d'infanterie, C. H. R., 

Armée d'Orient. Secteur postal 

917. Société Agricole, Scientifique et Littéraire, Perpignan. 

91 j . SoLÉ Y Pla Joan (doctor), Ronda de San Père, 6, Barcelone (Espagne). 
916. SouBiELLE, professeur d'espagnol, rue Vauban, Perpignan. 

907. SuDRiA, lieutenant d'Artillerie, 26, rue de Staël, Paris (XV'). 

909. Suzanne François, 69, rue de Richelieu, Paris. 

916. Taix Sauveur, rue Jean Dupuy, 74, Hanoï (Tonkinj. 

917. Tavera, Préfet des Pyrénées-Orientales. 

906. Tisseyre Jacques, rue Grande-la-Réal, 35, Perpignan. 

910. Thomas Romain, professeur en congé, Collioure. 

907. ToDESco Venanzio, professor, Bassano, Vicenza (Italie). 

906. Tresserre François, mainteneur des Jeux Floraux, 65, rue Alsace- 
Lorraine, Toulouse. 

— Trullès Ferdinand, notaire, llle-sur-Tet. 

— *ViDAL Pierre, bibliothécaire de la Ville, rue Petite-la-Réal, Perpi- 

gnan. 
■007. Vilar Edouard, sénateur des Pyrénées-Orientales, 7, rue Faustin- 

Hélie, Paris-Passy. 
1917. ViLLACÈQUE Henri, meubles, rue Mailly, Perpignan. 
1910. Villeneuve (Marquis Charles de), 75, rue de Prony, Paris. 
1906. *VioLET Gustave, sculpteur, Prades, "Vice-Président. 
1910. Violet (M"' Veuve Lambert), à Thuir. 
J906. *DE WiTTWER DE Froutiguen Jules, le Boix-Saint-Sauveur , Prats-de- 

Mollo. 



PATRO DE VIDA 



Piadosament a l'anima det mataguanyat pare. 

Desde Texcclsa estada, ont el repos frueixes 

i la Ditxa en sa font, 
pare, cscolta-m ! Acosta-t ! Imposa-m les meteixes 

mans rudes sobre '1 front ! 

Com que, viu, d'aquells fores qui, aixuts, cara severa, 

cuiden obrâ i callâ, 
amorosit reveia-m la Parla verdadera 

del teu mon de dellà ! 

Veus ? Mes de mitja-ruta fêta, ben laç m'assento. 

Els goigs ont son ? Tantost, 
amb la tristô a reçaga, devallaré, ja ho sento, 

en cluc d'ull l'ûltim rost. 

Tôt lo que he pogut, pobre ! ho he fet. L'aspra pujada 

seguîa, ilûs, creient. 
] vé-la ail) que mimba, la vida festejada, 

com un sol decaient, 

com sol que plé de fàstig de son voltar n'estigui 

i, tôt encortinat 
de nûvols melangiosos, un adeu glacial digui 

a l'Home înfortunat... 

— L'enuig, rancô i angoixes que traspasses a l'hora, 

fill meu, prou les conec. 

Doncs confii ton anima, puix t'estic a la vora, 

aquî prop, frec a frcc. 



— 6 — 

Com ton cor, ta ma dôna-m ! Ara abdosets fem via ! 

No irem al Paradis ; 
no, fill meu ; no es encara per tu que lluu el gran die. 

Volem cap al païs, 

vers la terra volguda. Ai ! Dintre '1 Cel que deixo 

estona, i ont tornaré 

molt trist, si una deixalla de) mal huma pateixo, 

n'es el mal d'anyorê... 

Ja estem. Aci, en el poble, sobre *1 beat domini 

de ma mera aficiô, 

aci 't daré, puix dubtes de com ta vida fini, 

la gran Consolaciô. 

Aixampla tes parpelles, com si, el camp que enamora 

ta enveja desitgés 

de cap a cap gaudir-ne d'un sol cop ! Per una hora 

siguis el bon Pages ! 

Primer, fill, matineja ! Quan el jornal comença, 

ja han d'estar ben regats 

devesa, hort, colomina i feixa de ta pensa, 

per la xardô aixugats. 

L'ullal de la Bellesa te vessi, fresca i pura, 

l'aiga a raig aixerit ! 

que la bellesa sola assaona i mauura 

la sèment de l'esprit. 

La gleba, aixî espompida, plantes de tota mena 

a pler va a congriar. 

Aci trauca cogula ; alla xeixa. Ta fena 

es de tria i triar. 

Brandant amb ma robusta l'aixada trinxadora 

del ver Enteniment, 

cava, fins desarrelis l'agram, i tira-1 fora, 

que aprofiti el forment ! 



- 1 — 

A tu d'eines no 'n falten. Téns els llibres de ciencia ; 

ells son de seny majô ; 
amb ells, ratila per ratlla, cobraràs l'experiencia 

que ai camp pouava je. 

No pot, no pot errar-se qui amb els llibres s'enginya. 

Perxô s'han de fugî 
les frévoles fumeres. Cada any poda la vinya 

del fantasiôs magî ! 

Tant brava que es la terra, del tronc ixen a colles 

brots, de saba goluts. 

Doncs talla a ran ; no 't requin ! Fes foc de branques folles 

i de sarments ramuts ! 

Ja veuràs sus la soca com a pinyocs rosseja 

el raîm générés, 
quan, a l'agost, al pàmpol acaricia i festeja 

el sol mes amorôs ! 

Prô eternament no siguis crisàlida en sa capsa ! 

Renova-t tu meteix ! 
Per dar-li jove força, el bon dallaire escapça 

l'herba, a mida que creix. 

A cada dall, a cada podada 's fortifiqui 

del gallart tronc l'orgull î 

Per que jamai maloria ni pugé te s'hi fiqui, 

cuida tenir bon ull ! 

1 s'aixeca aleshores per tu l'obra suprema, 

fin meu : al fî, te cal 

arreplegar amb cura ta sega i ta verema, 

tôt el preciôs cabal. 

L'esplet es ton bé propi. Qualsevulga l'envegi, 

mostra-1 al rededô ! 

De ta noble jornada cumplerta tothom vegi 

el ditxôs gallardô ! 



— 8 — 

Mes, sa tasca diaria, l'home ans de tôt ne presi 

el fitô tant sagrat ! 
Que colgui esprit i anima, o vinya i camp conresi, 

a Déu sapigui-n grat !... 

Aquî esta, fill, la parla ximple del difunt pare. 

Ton cor, sî, si, 'm respon. 
Ja '1 sento. Ai ! fill !... Prô mira : l'humanal remor para ; 

callem ! El sol se pon. 

Aprop de la finestra de la sala, en la calma, 

corn antany, en la pau, 

talaiem, cotze a cotze, com diu al seu reialme 

el Sol Tadeusiau ! 

De quin solemne incendi l'astre morent corona 

la serra i '1 plà veî ! 

Jamai el senyor bisbe en mes pomposa trôna 

SOS fidels benei... 

Sera l'adeu del pare. Fill, d'açô fes memoria î 

Del terrenal sojorn 

ta despedida sigui una posta de gloria, 

auriola d'un bell jorn ! 

Pau Berga. 

7 d'octubrc 1917. 



NÉCROLOGIE 

Nous avons le regret d'apprendre la mort, à Puycerda, de M. José- 
Maria Marty, pharniacien, qui fut maire de cette ville. 

C'était un catalaniste distingué, un francophile ardent, un homme de cœur 
toujours prêt à rendre service, et la 7{evue Catalane avait en lui un lecteur 
fidèle et un propagandiste convaincu. 11 aimait Perpignan où il était venu 
plusieurs fois, notamment aux fêtes de 1910 où il montra pour le félibrige 
un amour et un dévouement extraordinaires. C'était aussi un ami et un 
admirateur du grand poète Jacinto Verdaguer. Sa mémoire sera toujours 
vivante dans ce coin de Cerdagne qu'il aimait à chanter : 
Meytat de França, meytat d'Espanya. 
No hi ho ajtra »erra com la Ccrdanya. 



.uQ £2 cf i en P i^ rTi f^ Pn £Q rrt oS i^ ci oà r*! <^ fTi ^^ frl * ^ *^ <^ fo <NS frt /"q p fi r^ n^i rfi fn <"o nn t^ /yi f!n r^ rrt r>n <t^ i*f^ c 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

4^^^^^ (SlfJTE) 

La P lassa de la Boheria cr la P lassa de la Pella ( i ) 

Je ne fais que mentionner ici ces deux marchés importants, 
car il a été longuement question de ces deux places dans le 
document 8 octobre 1 382 relatif aux clavaires de Perpignan 
[ordinacio dels consoh sobre les botigues de la Pella), qui interdirent 
de faire des étalages sur la « carrera major que parteys de la dita 
Loga e va à la plassa de la Boheria », 11 a été également ques- 
tion de la place de la Pella dans un autre document du y octo- 
bre i382, au sujet de la transformation des boutiques en plein 
vent de la place de la Pella {in dicta platea de la Pellh) (2), et 
dans la sentence arbitrale du 3o mai i340, relative à la recons- 
truction du porche, entre le marché ou place de la Pella, qui 
devra être fermé : « versus plateam Boerie ». 

La Place du Pont « d'En Bas Ht » 

(Marché aux légumes) 

Plus tard, en 1422, la vente du jardinage eut lieu sur la place 
du « Pont d"En Bastit », d'après l'ordonnance du bayle de 
Perpignan, George Camprodon, bourgeois, et sur la requête de 
Pierre Roure, lieutenant de Barthélémy Miralles, procureur 
royal des comtés de Roussillon et de Cerdagne. 

( i) Voir J^evue Catalane, XI' année, n°" 129, i3o et i32 : Documents histo- 
riques sur la Ville de Perpignan. 

( 2 ) Le document que je reproduis à l'appendice porte en tête : Carta del 
Procurador T^eal que puguen fer botigues de Pella. (Arch. comm., Livre vert 
mineur, f° 280.) — La Plassa de ta Pella était située au point de rencontre 
des deux ruelles de la "Brunateria et de la Draperia. On y vendait des hardes : 
c'était le principal commerce des fripiers. Du mot pella est dérivé pellot 
(chifFon , qui a donné pc//aro/ 1 chiffonnier ). 



lO 

Voici le document relatant ces criées relatives à cette vente (i) : 

23 mai J422 

Die sabbati intitulata XXlll mensis madii, anno a Nativitate 
Domini MCCCCXXI1-. 

Ara aujats que mana lo batle del senyor Rey, per utilitat 
comuna, à requesta del lochtinent del honorable Procurador 
Reyal e d'En Joan Jorda, maseller de Perpenya, que tots aquells 
e aquellas qui han o haurân fruyta o ortalissa per vendre en la 
orta o termens de Malloles, la hagen à vendre o a fer vendre à 
la Plassa del Pont d'En Bastit, sots pena de x ss. per cascun 
e per cascuna vegada e de perdre la fruyta e ortalissa, sens tota 
merçe (2). 

Déjà en i3(^5, les tables de ce marché étaient comprises parmi 
le revenu annuel qui constituait le domaine royal de Roussillon 
et de Cerdagne. 

En ^et, parmi les rendes de T\osselîo, sous le roi Jean 1" d'Ara- 
gon, étaient compris les Censés de les taules de caulasseria de la 
Plaça d'En Bastit. 

Le texte dit : 

Dels dits censés, qui se solien arrendar cascun any v llr, es 
estât fet acapte per En Bng Maçana, olim Procurador reyal dels 
dits comtats, sots cens annual de m 11. xv s, e que haie a tenir en 
condret les dites taules de la Plaça d'En Bastit e sots directa 
senyoria del dit s. rey : les quais 111 11. xv s., reeb vuy lo s. rey, 
o per ell lo Proc. reyal dels dits comtats que vuy es (3). 



()) Archives des Pyr.-Or., B. i32, Registre XV de la Procuracio real, 
P 10 v°. Ce document indique bien l'orthographe du mot dénaturé de ce lieu 
désigné aujourd'hui sous le vocable de Pont d'En Yestit. 

(2) Publicasse cum tuba, per loca solita dicte ville, preconitzationem 
sequentem. (Arch. des Pyr.-Or., Ibidem.) 

(3) Archives des Pyr.-Or., B. i55. 



1 1 



ha Plassa de la Pexoneria 

(Marché au poisson et aux légumes) 

Inauguration de ce marché vers i 298 
Criées relalives à la vente du poisson (i526) 

Le marché de la Plassa de la Pexoneria avait été inau- 
guré à la fin du xin' siècle (i). Ce marché servait primitivement 
pour la vente des fruits et légumes suivant l'ordonnance de Jean 
Vidal, batlle de Perpignan (ides d'octobre de l'an 1298) : Ordo- 
nament co negu no gaus tener ortalissa ni fruyta de la Orta Veyla 
sino à la Plassa nova prop lo Rech, ni fer legura, ni hom de 
Perpenya tener peys ni vendre en la dita Plassa Nova, e de 
tener carn assura. 

Cette place avait été créée dans un double but: elle était 
destinée à la vente des légumes et, de plus, un emplacement 
spécial était réservé pour la vente du poisson. 

Ffo adordonat que nul hom ni nula femna no gaus tener taula 
[de] ortalissa ni fruyta de la Orta VeyÏÊl (2) sino à la plassa que 
ara de noel es feyta prop lo J{ech... Item fo adordonat que negu 
maseler de Perpenya ni d'autre loch no gaus tener carn assura, 
sino a la d'amont dita plassa en les taules que aqui son assignades 
a tener [carn] assura, sotz pena de x s. 

Une ordonnance relative à la vente du poisson, du 8 des ides 
de mai 1298, confirme bien le fait (3). 

Le i3 décembre iSiy (4), le roi Sanche de Majorque confir- 

(1) Voir plus haut, 1{ev. Cat., n" i3o et i3), ce qui a trait à la rue de la 
Poissonnerie : je complète ici cette étude par des documents inédits relatifs 
à ce marché ^criées concernant la vente de ces denrées j. (Extrait du Manuaïe 
Curie.) 

(1) La Orta Veyla était l'ancien quartier des jardins du côté de Mailloles. 
Ce nouveau document confirme bien la création de ce marché dès la fin du 
xiii' siècle. On retrouve, dans les documents que j'ai transcrits au sujet de 
cette place, des formules analogues. 

(3) Voir T^evue Catalane, n' i3), page i Sj. 

(4) Vidimus du i3 juin 1393. (Document in extenso à l'appendice.) 



1 1 



mait les conventions faites par les Procureurs royaux Pierre de 
BardoII et Hugues de Cantagrill, pour l'établissement à Perpi- 
gnan, auprès du macellum vêtus, l'ancienne boucherie ou Plassa 
del macell vella, d'une nouvelle pexoneria ou marchi au poisson (j) : 
ce marché comprenait seize tables et trois boutiques, pour les- 
quelles les poissonniers devaient payer un cens annuel de trente 
livres, monnaie de Barcelone, ainsi que les droits de directe 
seigneurie, de lods et de foriscap en cas d'aliénation ou de vente. 
Interdiction absolue de vendre du poisson hors de ce marché, 
dont l'accès pour la vente doit être toujours libre et dégagé (2). 

En i3c)5, le roi Jean 1" (lo Rey En Johan, el senyor rey ara 
régnant) percevait les revenus provenant de ce nouveau marché... 
ensemps ah les leudes del pex e de la carn e ab lo taulage de la 
pexoneria de la Plaça nova de la vila de Perpenya... per 
rao de certes pensions annuals de censal mort que 'l senyor rey vene a 
les dites persones (3). 

Quant au marché de la poissonnerie neuve, il était affermé 
annuellement 40 livres (4). 

Voici un document fort intéressant relatif à la vente du poisson 
sur ce marché et aux conditions exigées pour la vente de cette denrée. 

Criées du lieutenant du Procureur J^oyal des comtés 

de T^oussillon et de Cerdagne 

concernant la vente du poisson péché dans la mer 

ou dans les étangs des comtés de T{oussillon et de Cerdagne 

Interdiction ahsolue de vente si l'on n'est pas «ver habitant de Perpenya »[S) 

3 juillet I 526 

Ara hoyats que us mana, notiffica e fa à saber lo honorable 
mossen Gabriel Vilar, de la Regia Thesauraria, loctinent en lo 
offici del magniffich Procurador Real en los comptats de Rossello 

(1 ) « De la Piassa dels pexos que es contigua à la Plassa del macell vella. » 
(î) Arch. comm., Livre vert mineur, tome 1", f° 3i3. 

(3) Archives des Pyr.-Or., B. i55, P 2 1 . 

(4) Del dit taulage de la pexoneria nova de Perpenya, qui se solia arrendar 
cascun any xl llr, lo dit senyor (le roi Pierre IV) no n reeb res, per ço 
com es obligat e ypothecat a les dites persones per rao dels dits censals o 
annuals que y reeben. (Archives des Pyr.-Or., B. i55, P 24.) 

I 5 ) On peut comparer ce document à celui que j'ai transcrit dans le n° 1 3 i : 



— i3 — 

y Cerdanya, à instancia e requesta del Procurador fiscal del Real 
Patrimoni dels dits Comtats, de conseil del magniffich misser 
Joan Anthoni Salvetat, doctor en cascun dret, jutge del dit 
Patrimoni Real en los sobredits Comptats, à tots los peixoners 
de la présent vila de Perpinya que no ni haje aigu qui gos vendre 
pcix en la peixoneria de la dita vila si donchs ell propriament o 
aquell no havie comprat en los maritimes o en los stanys dels dits 
comtats e per son misatge qui continuament menig son pa y son 
vi e prengue son loguer, sots pena de deu Uiures sens ninguna 
mercé, per cascuna vegada. 

Item, mana que tôt missatge qui stigue ab ningun peixoner de 
la dita vila no gos comprar peix en los maritimes e stanys, fins 
que haje jurât en poder del dit Procurador Real o son loctinent, 
sots la dita pena sens tota mercé. 

Item, mana que ningun peixoner de la dite vila no gos haver 
companyia ni hostalatge de ningun hom stranyer per comprar 
peix en los maritimes e stanys, sots la dite pena, sens tota mercé. 

Item, mana lo dit honorable loctinent de Procurador Real que 
no y haje nengun que haje ni gos vendre peix en la peixoneria 
si donchs ver habitant de Perpinya no es, sots la dite pena sens 
tota mercé. 

Item, mana à tots los peixoners qui sien tinguts de paguar 
leuda que ningu no gos levar los diners del peix que venut haurâ 
de la taula fins que haje paguada la leuda (i) al cullidor de aquella, 
sots la dita pena sens tota mercé. 

Item, mana que ningu home, de qualsevol ley, stat ho condicio 
sia, no gos mètre peix fresch ni salât dins la vila de Perpinya, 
sino que leixa al portai penyora e vingue denunciar al cullidor 
de la dita leuda lo peix que hi haurà posât ; e lo cullidor farâ-li 
retre la penyora, sots la dita pena sens tota mercé. 

Item, mana que ninguna persona, de qualsevol ley, condicio 
sia, que haje mes peix salât dins la dite vila, no gos vendre ni 

Ordonnance des ides de juin i3io. Le document de iSsé est beaucoup 
plus complet que celui de i3io, notamment au sujet des droits de leude. 

()) Il est regrettable que le document n'indique pas en quelle monnaie 
étaient payés les tarifs : le texte primitif de la leude de Collioure (1249) 
indique les tarifs en Melgureses ou monnaie de Malgonne ; dans le ieudaire 
de Tortosa, ils sont marqués en sols Jacques ; ils furent convertis en reals. 



— 14 — 

desliguar e destapar aquell, fins que los cullidors de la dita leuda 
hajen vist e comptât sots la dite pena sens ninguna mercé. 

Item, que tota persona que vuy en die haje peix salât axi corn 
congre sech, merlus, enguila salada e tonina salada, ho altre 
qualsevol peix salât, de qualsevol manera sia, haje à denunciar 
aquell als cullidors de la dita leuda dins très dies primer vinents, 
sots la dite pena. 

Item, que tôt corredor, hostaler o qualsevol altre persona que 
fassa comprar ni vendre peix salât o fresch, haje denunciar lo 
mercat que haurâ fet als cullidors de la dite leuda dins très dies 
après qu'ell dit mercat haurâ fet, sots la dite pena ; de les quais 
penas lo denunciador haurâ la terça part, e lo senyor Rey les 
dues parts. 

Item, que tôt peixoner, de qualsevol condicio sia, haje à pagar 
leuda, ço es lo vint e sinqué diner de tôt aquell peix que vendra 
en manut o en gros, entorn una leugua de Perpinya, axi com es 
contengut en lo leudari ; e aquell que vendra en gros sia tingut 
de pagar la leuda al leuder de Perpinya ; e aquell que vendra en 
manut do la leuda al hatlle del loch hont aquell haurâ venut, sots 
pena de deu liures, sens ninguna mercé. 

Item, que tôt peixoner o tôt altre home qui pas peix per lo 
dit leudari, ço es una leugua entorn de Perpinya, o vena o no 
vena, qu'ell haje à denunciar als cullidors de la dita leuda del 
peix, sots la dita pena, e paguar del peix lo vint e sinqué diner. 

Y que no se hajen a fer gabellas ni conventicules tant de peix 
fresch com salât, sots la dita pena. 

Per ço lo dit honorable loctinent de Procurador Real, ab veu 
de la présent publica crida, intima e notiffica à tothom general- 
ment les dites coses, per tal que de aquellas ignorancia no puguen 
allegar. 

Die tcrcia mensis julii DXXVl, Anthonius Nerol, preco publi- 
cus, retulit se publicasse per loca solita presentis ville presentem 
preconitzationem. 

Testes, discretus Benedictus Vila, notarius, Jacobus Jaubert, 
clericus, et ego, notarius. 

(A suivre) Henry Aragon. 

Archives des Pyr.-Or., B. 423, Manuale Curie, registre XIX, f' 148. 



Pages choisies 

La llico dels ametllers 

Aquest mes, lo bonich son eis ametllers, que florexen. Hi hà 
un esbogerrament d'ignoscencia en el florir d'aquesTs arbres. Son 
valents, com hi hà mon ! Sembla que no sàpiguen lo que 's fan. 
No mes que tenen pressa per florir y, au ! a florir. No s'atenen 
a lo qu'es y a lo que ha d'esser. No pensen en lo lluny qu'es 
encara la primavera, ni ab els frets qu'encara esperen. No tenen 
compte a fullar primer, tastant els ayres. Sinô que 's veu que a 
mig primer son se desperten ab la gran frisança de florir, y sensé 
escoltar ordre ni conseil, se llencen alegrament a lo que '1 cor 
els demana. Se Ueven a mitja nit ab gran gatzara, com infants 
per anar a un aplech. 

Oh ! qu'expressiu el bon temps, quan totes les fulles comencen 
a treure '1 cap y tasten l'ayre per assegurarhi la florida ! Primer 
la fulJa, després la flor, després el fruyt. — Tant se val, tant se 
val ; — sembla que responen, — no tenim ara '1 desig de florir? 
donchs florim ! Quan ne tinguèm de fullar, fullarèm ; y quan de 
fruytar, fruytarèm. Per que forçosament primer axô, y desprcs 
allô y desorés lo altre ? Primer, lo que primer s'escaygui, y des- 
prés, segons se vagi escayent. — Ah ! cada cosa per son temps 1 
— Sempre es temps de tôt, quan n'hi hà l'ansia ! 

Y un demati de janer sortiu enfredolicats a la finestra, veyam 
si neva, y us trobèu ab la florida extesa dels ametllers que riuen ! 
Y aquella rialla vos pren, y rihèu ab ells. Vos rihèu del fret, y 
de tôt l'hivern, y de la neu que vinga, y de la mort qu'espéra. 
Perô no ab el riure amargant del cansat de viure, ni ab el riure 
satànich del soperb, ni ab el riure estûpit del embriach, sinô ab 
el riure lluminôs d'ignoscent, per qui la paraula mort no té cap 
sentit. 

Diu que 'Is pagesos, quan treuen compte dels conrèus, ja des- 
compten dels ametllers la meytat d'anyades perdudes : descompten 
la jgnoscencia del arbre. Oh 1 el bell descompte ! Y diu que, aixîs 



— i6 — 

y tôt, el rcndiment es gras. Ja ho veyèu si n'es de rica la ignos- 
cencia, y que mesquins davant d'ella ')s comptes segurs. L'ametller 
es esplèndit : ilença les flors al fret, sensé comptar lo que n'esde- 
vinga ; y ab una anyada ensopegada 'n paga dèu de perdudes. 
Perque la flor del anhel es môlt féconda. 

Jo, del ametller ne diria l'arbre de la llibertat ; y 'n plantaria 
un a cada casa per ensenyança. Y 'Is nostres fîlls naxerien lliurcs, 
y les nostres filles desiliuradores d'esclaus : dels esclaus del ordre, 
dels esclaus de la prudencia, dels esclaus de la mort. 

Figurèuvos que no l'heu sabuda may encara la follîa dels amet- 
11ers, y que un dia us emprendèu d'una noya forastera, riallera 
de mena, travessa y desembraçada, de môlt bon color en la cara 
— que *m sembla que la veig — y l'ull brillant. La demanèu per 
esposa, y ella us fa que si ab el cap, y us la donen ; ja es vostra. 

Y un bon matî us fa una grossa follîa, que no sabèu com pèn- 
dreusla, perque contraria tota lley y costum vostra. Aleshores, ab 
tota la gravetat de les très mil convencions que portèu dintre, ab 
tota la gravetat del home d'enteniment, dihéu ab amorosa serietat 
a la jove esposa : — Perô, que fas d'empolaynarte en aquesta 
hora que encara tothom dorm ? hont vols anar pels carrers, qu'en- 
cara es fosch y fa fret ; ni a cap festa, ni visita, que totes les 
portes son tancades ? y si no 't vols mourc d'aqui, que 'n treus 
de ferte mes bella en aquesta hora de dormir, que sols jo haig, 
si per cas, de vèuret, y prou que 'm plaus de tota manera ? quina 
follîa es aquesta ?... — Y qu'ella us respon : A casa meva hi hà 
un arbre que floreix a mig janer. 

Oh ! côm restarèu atuhits y maravellats, si no conexieu la 
llibertat dels ametllers ! Vos pensarèu que us havèu casât ab una 
fada ; y, segons côm, vos senyarèu davant d'ella très vegades, y, 
segons côm, la pendrèu en vostres braços com a una vida nova. 

Y tôt plegat, sera que us ha fet la lliço dels ametllers. 
Aquest mes, lo bonich son els ametllers, que florexen... 

Joan Maragall. 




Une basilique latine du T siècle 

L'atrium el l'église d'Arles-sur-Tech 
III. L'atrium et le sarcophage 

Pénétrons dans l'église ; mais, avant d'en franchir le seuil, 
nous nous trouverons dans une sorte de cour antérieure, 
dans un angle de laquelle gît un sarcophage de pierre 
marqué du chrisme des premiers siècles chrétiens. Je m'ex- 
pliquerai tout à l'heure sur le sarcophage ; pour le moment, 
j'ai à étudier la cour d'accès, qui n'est autre chose qu'un 
atrium des premiers siècles. Voici ce que dit à ce sujet 
l'excellent guide, auquel j'ai fait déjà un emprunt, qui sera 
suivi de plusieurs autres (i) : 

« La basilique sacrée fut éloignée, autant qu'il était pos- 
« sible, de la voie publique et il y eut au moins une cour 
« établie devant la basilique, sur toute la largeur de la 
« façade. Cette cour, environnée de portiques qui se rac- 
« cordaient avec le narthex, ou porche d'entrée, constituait 
« Vaître de l'église — atrium — et, comme on y enterra, 
« dès les premiers siècles, les fidèles qui s'étaient recom- 
« mandés par leurs mérites, elle fut appelée aussi parâr<i/5U5, 
« d'où est venu parvis. 

« L'aître, ou atrium, était environné de portiques qui se 
« raccordaient avec le porche d'entrée. L'ensemble des 
« galeries s'appelait triporticus ou quadriporticus selon qu'elles 
« étaient au nombre de trois ou de quatre. 

« De très bonne heure, l'aitre perdit son importance et son 
« aspect monumental ; ce ne fut plus qu'une petite cour sans 
« portique, entourée de bâtiments ou seulement de murs. » 

Je souligne à dessein la dernière phrase, qui dépeint bien 

(i) Ed. Corroyer, !oc. cit., pp. 57-8. 



— i8 — 

l'état de choses que nous voyons à Arles. La présence du 
sarcophage vient encore corroborer cette manière de voir. 
J'aurais beaucoup de choses à dire au sujet de la croyance 
qui accordait l'entrée dans le ciel aux personnes inhumées 
dans le parvis des églises. Je me bornerai à les résumer en 
mentionnant une curieuse épitaphe métrique du musée de 
Narbonne — datée du règne d'Athanagilde — où le défunt, 
prenant la parole, explique qu'il a voulu être mis là pour 
assister aux offices par la porte entr'ou verte, « afin de mériter 
d'être un jour admis aux joies du ciel (i). » 

Revenons à notre sarcophage. Ce monument a été assez 
mal décrit ; sa cuve n'est pas évasée, du moins autant qu'on 
s'est plu à le dire, et si l'on y constate un évasement à 
peine sensible, il faut l'attribuer à la négligence de l'ouvrier 
lapidaire, plutôt qu'à l'intention du constructeur. Au 
VI' siècle, les cuves étaient bien plus évasées ; certainement 
notre monument ne descend pas jusqu'à cette époque ; 
mais il peut remonter jusqu'au milieu du v^ siècle, et même 
plus haut, grâce à la présence d'un chrisme sculpté sur sa 
face antérieure. Ce chrisme est, il est vrai, dépourvu de 
l'anse du rho grec, qui caractérise le chrisme constantinien ; 
il a été néanmoins employé par les premiers chrétiens, 
même avant le triomphe de l'Eglise (2). 

Somme toute, ce sarcophage — son couvercle en forme 
de toiture à 4 versants l'indique nettement — était destiné 
à rester en évidence dans l'atrium, sans doute à la place où 
il est encore, et il me paraît avoir renfermé les restes du 
fondateur de l'église, qui avait bien le droit d'assister aux 
offices, afin de mériter le ciel (3). 

(i) [Cœlorum] ut merear positiva régna tueri. 

(2) Le ctirisme constantinien, qui figurait sur le labarum, est constitué par 
la superposition des lettres grecques X et P, tandis que le chrisme primitif, 
qui figure sur notre sarcophage, est formé par la superposition des lettres 
I et X (ificouî Xpiiroç). Je ne serais pas autrement surpris, si l'on m'annon- 
çait un jour que notre sarcophage remonte au iv' siècle. 

(3) 11 est fort possible que des sarcophages à toiture plate soient enfouis 



— 19 — 

La dévotion qui s'y rattache, et sur laquelle on me per- 
mettra de ne pas insister, remonte vraisemblablement à 
l'époque où il fut déposé dans l'atrium. Dès les premiers 
âges, les tombeaux des grands chrétiens furent l'objet de 
pèlerinages pieux et les témioins de grandes manifestations. 
C'est ce qu'on fait encore à Arles. 

IV. La porte 

Si maintenant nous faisons face à l'église, notre attention 
sera appelée sur la porte, qui ne peut en aucune façon être 
reportée aux dates 1046 et 1 iSj, où, à la suite de diverses 
restaurations, eurent lieu deux consécrations successives de 
l'église. C'est du moins l'avis de M. Brutails, qui recon- 
naît à cette porte un caractère archaïque (i). Les montants 
en sont très simples, sans le moindre ressaut, qui trahirait 
une basse origine. Il me semble même que la baie va s'éva- 
sant vers Je bas, en imitation des portes antiques ; mais 
ceci n'est peut-être qu'une illusion. Tout l'intérêt se con- 
centre sur le linteau monolithe de granit, plus épais au 
milieu que sur les côtés, formant une sorte de fronton ; et 
cela est bien conforme aux règles d'une construction bien 
ordonnée, qui répartit les résistances en raison de l'effort 
à supporter. Aussi, ce linteau ne s'est-il pas fendu comme 
tant de ses congénères. 

On sait que le granit, vu son extrême dureté et sa ten- 
dance à s'écailler, supporte mal la sculpture. On l'a donc 
ornementé d'une façon très sommaire. Dans une sorte de 
cartouche en forme d'ovale tronqué à sa partie supérieure, 

dans le sol du parvis. A Ensérune, dont j'ai parlé plus haut, le sous-sol du 
parvis était littéralement tapissé de sarcophages. Si une pareille découverte 
avait jamais lieu à Arles, elle fortifierait singulièrement ma thèse ; mais je 
déclare hautement n'avoir nul besoin de cet appui. 

(1) Voici ce que dit M. Brutails à ce sujet : « La porte, en dépit de sa 
rude simplicité, est à remarquer, spécialement son linteau archaïque en 
forme de fronton coupé des deux bouts ». fCongr. arch., p. i32.) 



2 



l'ouvrier s'est borné à graver les lettres symboliques alpha 
et oméga, qui sont àc tradition, des deux côtés d'une croix 
purement latine, c'est-à-dire dont la haste est très prolongée 
vers le bas. Je retrouve une croix identique sur le célèbre 
linteau de Saint-Rustique (i), qui fut mis en place en 444. 
Le cartouche est accosté de deux A majuscules, dont la 
présence a provoqué bien des commentaires. La simple 
inspection des trois lettres A suffit pour écarter les dates 
de 1046 et J 1 5^ citées plus haut, car, à cette époque, les 
A sont de forme onciale ; ils ne se ferment pas en pointe 
et les deux branches sont réunies par une traverse supé- 
rieure (2). Toutefois je dois dire que rien ne s'opposerait 
à l'attribution de ces deux A majuscules au ix* siècle. Mais 
pourquoi, si l'église avait été entièrement construite à cette 
époque, aurait-on conservé l'orientation à l'est ? ]] faut 
donc, l'acte de 82 j à la main, reconnaître que la porte a été 
érigée à une époque antérieure. Si maintenant on veut bien 
remarquer qu'on ne peut guère songer à la période de 
l'occupation arabe, et que, si notre église avait été cons- 
truite pendant la période wisigothique, on n'y verrait pas 
en évidence une croix latine, on est forcé d'admettre une 
date voisine du milieu du v* siècle. 

(Jl suivre) F. -P. Thiers. 

(i) Aujourd'hui au Musée de Narbonne. 

(2) On peut voir plusieurs exemples de ces A du xi' siècle sur le linteau 
bien connu de Saint-Génis-des-Fontaines. Au xii' siècle, l'A oncial s'écarte 
encore plus de la forme de l'A des Latins. 

T^-^ -T^-fe^ -^^^ -^^i^ T*-^ 'S^feî -^^c/fe) '^^& '^•t^ 'ï^^ '^(tg}} T^8^ -ts^ 

ATILA 

L'illustre poète Apeles Mestres vient de publier sous ce titre un magistral 
poème anti-barbare en XXYll chants, dont nous donnerons une analyse et 
des extraits. 



Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



12- Année. N* 136 15 Février 1918 

^•J^i. :â|>i *>i :^'>>t !^>»^ ::S^Osi :$l'>i 8f>i <^>si. e^'>i (^TNfc (^ i 



hcs Manuscrits non insérés 
ne sont oas rendu». 



REVUE 



CATALANE 



Lrs Àmcles parus aans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : iO fr. par an. 



La pau del llop 

El bohê amb son pareil llaurava bon mati, 
la llum just platejant el front de la comella. 
Renyagant els caixals, el llop del bosc surti 
poc a poc ; bota, i l'encranca a la gargamella. 

La fera ja se '1 sent dins la gola, el botî 

que sola 's calarà sensé fil) ni femella. 

Perô '1 pages s'hi torna a bells cops de mantî, 

mentres sa espatlla a doll vessa la sang vermella. 

Lluiten tôt el sant dia. El sol puja. El sol eau. 

Vé la nit... Bufen ara. 1 1' llop : « Si vols, la pau 

« pactem ! — diu, — Ets un prou. Doncs anem-s'en a casa, 

« tu per lia, jo per ci. 1 amies. » L'home s'ho creu. 
Tant laç es ; tant bo ! Va per replegar l'arreu. 
1, en el crepûscol quiet, guaiten dos ulls de brasa. 

Pau Berga. 
Setembrc 1917- 

Les Catalans illustres 

Le Maréchal Joffre vient d'être élu, par 22 voix, Membre de 
l'Académie française. 

L'humble l^evue Catalane est fière d'apporter, encore une fois, 
son respectueux tribut d'admiration à l'illustre enfant du pays. 

La Revue, 



ATI LA 

Poème, par Jlpeles Mestres 

En juillet 5914, Apeles Mestres, poète à l'âme paisible et 
délicate, vivait une existence calme, au milieu de ses plantes, dans 
un coquet pavillon, célèbre par ses hortensias gigantesques, situé 
au n' 14 du Passage Permanyer, à Barcelone. 

Ne nous a-t-il pas dit lui-même, dans le prélude de ses immor- 
telles Tlors de sang : 

Jo era el cantayre de la Pau, 
de la bellesa y l'armonia ; 
sobre mon cap reya el cel blau, 
sota mos peus el mon floria. 

Et voici que devant l'horreur du crime allemand, vaillamment, 
le poète des Idilis, des Canh inHms, prend sa harpe d'airain et 
jette à la face du « fou couronné » son terrible réquisitoire: 

Ce sont ses premières Tlors de sang, couronnées aux Jeux Flo- 
raux de 1 91 5 ; 

Ce sont ses centaines de chants guerriers, qu'il continue par la 
suite à écrire sous ce même titre, et dont une partie seulement 
ont été publiés (1) ; 

C'est aujourd'hui Atila, poème magistral, en xxvii chants, où 
gronde, en strophes vengeresses, la malédiction la plus formidable 
qui ait été écrite contre la barbarie moderne. 

Nous avons donné, courant 1916, une brève analyse de ce poè- 
me, suivie d'un extrait inédit, Thor, que l'auteur avait bien voulu 
nous adresser (2). 

Nous ne reviendrons donc pas sur sa genèse. 

Qu'il nous soit permis de dire cependant que c'est là une œuvre 
forte, solidement bâtie, empreinte d'ime énergie qui rappelle la 
mâle vigueur de Cicéron, et la satire puissante et indignée des 
Châtiments de Hugo. 

(1) Cf. 1{evue Catalane, août 1917. 

(a) Cf. T^euue Catalane, 191 6, page 141, 



— 2:> — 

Attila, rendu à la vie par le Diable et la Mort et jeté par eux 
sur la Civilisation, la fuite éperdue des populations, « la cacera 
infernal », l'évocation de la Cathédrale, la lutte du fléau Attila 
contre les éléments, le songe et la désillusion du monstre, renié 
même par Satan, sont des pages émouvantes où le génie de l'au- 
teur s'est magnifiquement déployé. 

Lisez « La Catedral » : 

Y d'entre la florida. com brancada 

que 1 ventijol cimbreja. 
broten archs y mes archs ; les amples voltes 

d'aci d'allà s'estenen, 
s'encreuen y entrecreuen, y al juntarse 

en abraçada fèrvida, 
segellen ab un bes llur abraçada 
y el bes se torna clau, per fer-la eterna. 

La connaissance approfondie de la langue a permis à Apeles 
Mestres des effets d'un réalisme saisissant : 

Sonen les trompetes, els timbals redoblen, 
dringuen les espases, cruixen els fusells, 
xiulen ks granades, ronquen els obusos, 
els canons braolen, tronen els morters. 

Les tableaux en quelques traits précis abondent : 

A flor d'onades 
voleyen les cercetes a bandades. 

Un cel molt blau ont llisquen aies blanques. 

Ce n'est pas sans émotion que l'on lira ces quelques lignes 
tirées de a Els fugitius » : 

Quants eren al partir ? 
Ningii compta quants eren ; 
eren molts, eren tants 1 
una encontrada entera. 
Si va comptar-los Deu, 
ell sol sabra quants eren ; 
si els compta al arribar, 
ell sabra quants ne queden. 
No pregunten quants son 
no pregunten quins eren : 
son el mes gran dolor, 
son la mes gran miseria. 



— 24 — 

Comme effets de rythme, Apeles Mestres est resté, dans >^/;7a, 
le maître incontesté. Nous signalerons, pour ne citer qu'un exem- 
ple, la cadence martelée de « El Cant dels bàrbres » : 

Hurrah y hop 
pas al llop ! 

Ce génie poétique, mis au service d'une aussi sainte cause que 
celle de la défense des Droits de l'Humanité, mérite une consé- 
cration. Espérons que le Gouvernement de la République ne tar- 
dera pas à orner la boutonnière du grand maître Catalan de la 
« fleur de sang » des héros, symbole de l'Honneur, symbole de la 

Reconnaissance française. 

Charles Grando, 

Ouelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

Idoles pour le projet de 'Dictionnaire réunies par M. 7^. de Lacvivier 
Principales références : Companyo, J^ègne végétal ; Conill, Botanique catalane. 

Pour beaucoup de noms, l'orthographe avec laquelle ils ont été trouvés a été conservée 

Première Partie. — CATALAN-FRANÇAIS 

âbflixonera, airelle-myrtille. — rahim de pastor, naviu. 

abedoll. — Voir bès. 

abelles, ophrys, — mosques d'ase. 

abricoter. — voir albercoquer. 

abriulls (et abrulls), tribule, herse. — candells, rodets, caxals de 

vella, punxa-claus. 
acader. — voir aladern. 

acebre (et cever), aloès. 

aCS. — voir auru. 
admis, bugrane. — gahons. 

adzari (et axari), aristoloche. — llengua rodona, herba de la goda, 
herba de les gotes. 



— 25 — 

adzaroller (et azaroler), azeroîier. — oronia, pomer de sant Joan. 

adzavara. — voir etzevara. 

agau. — voir etzevara. 

agon, chicorée. — xicoya, xicoyra. 

agram, chtendenl. — gram. 

agram de porc, potenlille. — cinc en rama. 

agrason, groseiller. — groseller, ribes, ribér. 

agrella, oseille (rumex). 

agreta, peUle oseille. 

agrit'oli. — voir grevol. 

agrimonia, aigremoine. — cerverola, herba de sant Guillem. 

agulles. — Voir gerani. 

agulles de pastor, scandix, peigne de Vénus. — pinta. 

aladern, nerprun alalerne. — lladern, acader, grana d'Avinyo, 

trauca-perols, ivreta. 
albargO, alberge. pavie. — pavia. 
albena, troène. — olivella, alsena, troana. 
alber, peuplier blanc. — arbre blanc, poil blanc. 
albergina, aubergine. — asberginia. 
albercoquer (et abercoquer), abricotier. — abricoter. 
alcansa, vipérine. — Uengua de llebra. 
alcarxofa. — voir carxofa. 
aldisia, Jonc. — jonc. 
aldissa. — voir bruc. 

alep, arnica. — arnica, herba de l'espant, alop. 
alfabr-îga (et aufabrega), basilic. — aufadia, enfalga. 
allais (et aufals), luzerne. — auzerda, melgô, rasclet. 
alfé, trèfle incarnat. — ferratge, fé, fenc. 
alga, algue. 

algarrofer, caroubier. — garrofer. 
alicacabi, coqueret. — bufeta de cà. 
ail, ail. 

ail bort, ail sauvage. — ayassa. 

ail de COlobra, muscari. — barralets, calabruxes, viola de pastor. 
aliène, alUaite. 

almegô, méUlot. — herba de les abelles, corona de rey. 
aloc, gattilier, petit poivre. — herba de les xinxes, barde. 
alop. — voir alep. 



alzena. — voir albena. 

altimira, armoise. — artemega, altamisa, donzell fais, herba de 

les menstrues. 
aizina (et auzina), chêne vert, yeuse. — aulet. 
alzina SUrera, chêne liège. — surer, surô, siure. 
alzineta, germandrée petit chêne. — herba de sant Domenec, 

herba daufinera, camadrea, camedri. 
anietUer, amandier. — atmeller. 
amorera, mûrier. — morera. 
angeletS (et anjalits), — voir caps blaus. 
angclica. — voir coscoll. 
anyolS, conopode. 
apaga=llUfîlS, salsifis des prés. — barballa, cuxa-barba, barba de 

cabra. 
apegalÔS, gaillet grateron, caille lait. — sannua longa, gafetets. 
api (et apit , céleri. 

apit bort, céleri sauvage. — caxals, crexens bort, caxals de borro. 
apit de Cavall, maceron. — cuguJ. 

aranyes, nigelle. 

aranyoner, prunelier. — ars nègre, escanya-gats. 

araques, fraisier. — maduixera, fraga. 

arbOSSer, arbousier, bousserole. — llipoter, boixerola, boixar, 

faringoles, barruixes, moixes. 
arbre argentat, chalef. — arbre del paradis. 

» blanc, peuplier blanc. — alber, poil blanc. 

» nègre, aulne. — vern. 

» del paradis, chalef. — arbre argentat. 

» de tinta, phytolaque. — rahims de borro. 
. » sant, mélie azédarach. 

» de vida, jujubier. — ginjoier. 
arengades, rumex violon. 

argelac (et argelaga), ajonc épineux. — gatosa, argentina. 
argentî, ciste. — stepa, estepa, moixera, bordiol. 
argentina. — voir argelac. 
arinjol. — voir sarsa-parella. 
aristol. — voir romaguera. 
aritja (et aritjol). — voir sarsa-parella. 
arn, paliure. — espinavis. 



- 27 — 

arnica, arnica. — alep, alop, herba de l'espant. 

aromer, cassis odoranl. — carambuc. 

arsa. — voir romaguera. 

ars blanc, aubépine. — cirerer de la Mare de Deu, cirerer de 

pastor. 
ars nègre. — voir aranyoner. 
artemega. — voir altimira. 
arvelles, vesce. — vessa. 

aSC'dlIadeS, globulaire. — fuxarda, fusellades, regollada. 
ascalonia. — voir escalunya. 

aspereta (et aspreta). — voir sannua. 

aspit, lavande aspic. — espigol, barballô. 

astruc. — voir tindarell. 

atzavara. — voir etzevara. 

aufabrega (et aufadia). — voir alfabrega. 

aulet. — voir alzina. 

aumiSSer. — voir om, olm. 

auran, noisetier. — avellaner. 

auru, érable. — euro, acs, blasera, azerà. 

auzerda, luzerne. — alfals, aufals, melgô, rasclet. 

avellaner, noisetier. — auran. 

axarî. — voir adzarj. 

ayaSSa, ail sauvage. — ail bort. 

aybre. — voir arbre. 

aybret (et arbret), balsamine. 

azaroler. — voir adzaroler. 



NÉCROLOGIE 

La mort vient encore de faucher dans nos rangs. Elle nous a 
enlevé subitemei\t un sociétaire de la première heure, M. Ferdi- 
nand Trullès, notaire à 111e. Amoureux du passé de notre petite 
patrie catalane et de sa langue, il s'intéressait à tout ce qui en 
rehaussait l'éclar. ]] était notamment propriétaire du vieux monas- 
tère de Serrabonne. Nos condoléances à la famille. 



b i^D â£> os <ni a^aS>oS <5S (^D ofioS 



Lart dEn Manalt 

Nou''. avons pu admirer les dernières œuvres de Célestin 
Manalt parmi lesquelles les sculptures qui ont figuré au grand 
salon français de Barcelone. A cette occasion nous donnons 
ci-après un beau poème de notre collaborateur P. Francis dédié 
au sympathique sculpteur roussillonnais : 

Si '1 teu cisell habil ha fet Desesperança, 
Te desesperis pas en el camî espinôs, 
L'artista verdader se riu de les dolors 
Perqué '1 seu idéal comporta confiança. 

Com aquell pobre vell de l'esquena picgada 
Tu fas per arrivar un esplendid Esforç 
] suant, i patint te mires la pujada 
Amb la sincera quietut de l'home fort. 

Si de cops, al mirar ta pobresa i tes obres, 
Troves amb amargor que ton destî es injust : 
Amie, siguis valent, que no 't vingui disgust. 
Pensa que 'Is grans obrers del gran Art eren pobres. 

Poe a poc, despedit de totes les tristeses, 
Iras com l'àliga que no para el seu vol, 
1 trovaràs al cor de les teues belleses 
La dolça i noble melodia del consol. 

Te desanimis pas, la Gloria te somriu, 
De Alors i de llorers el teu nom s'engalana ; 
El goig sera mes dolç si n'es un poc tardiu 
1 te bencirà la Patria Catalana. 

P. Francis. 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

éi^^^ (SUITE) 

T^econsfrucUon des marchés 

Ordonnances de \iyS relatives à ces places 

Marchés secondaires : Création du marché aux laines [plassa de la llana) 

du marché au pain [plassa del pa) 

Ordonnance relative à la vente des pains et à la confiscation du pain 

pour fraude sur le poids 

la place de Vhuile [plalea olei) 

1359-1403 

Vers la fin du xii' siècle, les marchés étaient peu nombreux (i), 
et les places du marché assez restreintes. Alphonse 11, roi d'Ara- 
gon, avait pris l'engagement, le 28 novembre 1174, de ne pas 
augmenter le nombre des places du marché, sauf le cas ou le 
roi établirait une foire dans cette ville. « Jam amplius mansum, 
neque operatorium, neque tabulam, neque bancum, neque aliquid 
faciam neque facere faciam. » Cette concession fut accordée 
moyennant 1000 sous de Maguelonne, payés par les personnes 
qui avaient des boutiques donnant sur le dit marché, mansos et ope- 
ralorios qui aperiunl hosîia sua jam in ipso mercatali, mille sol. Mal- 
gur. pro acaple (2). 

Un siècle plus tard environ, le 3 aoiît iiyS, le roi Jacques le 
Conquérant confirmait aux habitants de Perpignan la libre et fran- 
che propriété de toutes les tables du marché public ou place de 

(1 ) L'acte le plus ancien dans lequel il est question « d'une table du marché 
de Perpignan devant la boucherie » date du 6 des ides de mai ^\S^'. inlus 
merchalale anie mazelto. (Arch. de l'hôpital de Perpignan, liasse 2.) Un acte 
du 5 des cal. de mai 1124 semble indiquer déjà l'existence d'un marché 
d'après la phrase : migeras olei ad mensuram Perpiniani. (Livre des Ordinacions.) 

(a) Arch. comm., livre vert mineur, AA. 1, f* 19. i Reproduit par Alart : 
Privitèget et titres.) 



— 3o — 

Perpignan, qui leur avaient été concédées par le roi Alphonse ; 
exception était faite pour les tables installées depuis quarante ans, 
sur 'esquelles le roi se réservait les censives accoutumées (i). 

Ces ordonnances et règlements de police locale relatifs à ces 
marchés étaient dans les attributions des administrateurs locaux 
qui ne pouvaient d'ailleurs les prendre sans l'approbation du bailli. 

Un des premiers règlements, établi avec le conseil et volonté 
des prohomens, approuvé « comme coutumes à observer en tout 
temps », concerne la vente ou la revente du gibier et autres comes- 
tibles sur les marchés qui existaient à cette époque. 

Cette ordonnance du 8 des ides de décembre ^^y5 (2), établie 
par le bailli, défend à tout individu de vendre ou de revendre 
perdtus ni anels ni folges ni todos ni saxels ni alira volaferia, ni conils 
ni lebres ni salveines ni ous ni formages ni nots ni avelanes ni altres 
causes, sous peine d'une amende de deux sous. 

Déjà, à la fin du xiv' siècle, on songeait à refaire et à recons- 
truire les différents marchés: en effet, le 2 juillet j 38o, un man- 
dement de Pierre IV, roi d'Aragon, ordonnait au procureur royal 
de réparer les maisons, étaux et tables du marché, appartenant 
au Domaine, et sur lesquels était constituée une rente de 200 livres 
au capital de 5ooo florins. Cette rente avait été créée au profit 
du monastère Sainte-Claire, par la reine Sanche, et ne se touchait 
plus, « propter dirutionem hospiciorum que occasione menium 
jpsius ville diruta fuerunt (3) ». 

Parmi les places ou marchés moins importants, il convient 
de signaler les laules concernant la vente de la laine, celle de 
l'huile et le marché au pain. Ces trois plates étaient distinctes. 
C'est à la plac ^"'^ Saint-Jacques que Jacques le Conqué- 

rant avait doniié l'autorisation de tenir chaque lundi le Marché 
aux laines de Perpignan ; mais un mandement de Pierre IV, roi 
d'Aragon, du 21 janvier i359, prescrivait, nonobstant cette 
autorisation, de tenir ce marché à l'avenir sur la place dite dels 
Clergues (4) qui, jusqu'à la fin du xvm' siècle, s'appela Plassa de la 

(1 ) Arch. comm., livre vert mineur, f° 25. 

(2) Ibidem. Ordinacions, reg. 1", P" 13-14. 

(3) Arch. comm., livre des provisions, AA. 6, P 102 v°. 

(4) Arch. comm., AA. i, P 228. Aujourd'hui place Gambetta, ancienne 
place d'Armes, 



— 3) - 

"Llana. C'est à cette époque que la taxe des laines et des denrées 
vendues au marché de Perpignan avait été fixée par les JHoslas- 
safs, de l'agrément du gouverneur et des Consuls (i). Le peseur 
de la laine était rétribué (2). 

Le 22 décembre i4o3, le roi Martin autorisait l'établissement 
à Perpignan d'une place destinée à servir au marché de l'huile, 
« qui quidem locus platea olei amodo nuncupetur », pour remé- 
dier à l'état de choses actuel et centraliser la vente de cette 
denrée : « ob quod venditores olei gradiuntur hinc inde per vil- 
lam, vagando per vicos et compita (3) ». 

Mais plus tard, le débit de cette marchandise eut lieu dans 
des boutiques spéciales appartenant à la Ville même et dont la 
"Ville percevait les revenus. En effet, le 21 janvier i583, Pierre 
Rossell, mercader, vendait à la Ville de Perpignan une boutique 
sise place deh Azens, confrontant la rue qui mène de la dite rue 
à celle qui reliait la place de las Cebes à la maison del pes de ta 
farina, afin d'y établir la botiga del oli (4). Quant à la plassa 
del Pa, « elle occupait une partie de l'emplacement où s'éleva le 
Palais de la Deputacio, connu aujourd'hui sous le nom d'« Ancien 
Palais de Justice», en face du monastère de l'Eu/a (5) ». Elle 
était contiguë au Macell Major et à la Pexoneria. 

Avec tous ces marchés qui concernaient la vente de la laine, de 
l'huile, du pain, la surveillance des consuls s'imposait essentiel- 
lement sur toutes ces matières : tous ces objets nécessaires à la 
vie et aux besoins de l'habitant avaient donné lieu à une infinité 
d'ordonnances, fondées sur les prévisions les plus sages, et qui, 
malgré leur ancienneté, dans la crise que nous traversons, pour- 

(i ) Arch. comm., A A. 5, f' 2o5. — Le 3 1 mars 1455, par lettres patentes, 
Alphonse V interdisait, sous peine de ao sous d'amende, de tuer pour la 
boucherie les moutons de moins de 2 ans et les brebis de moins de 7 ans, 
en vue de favoriser la production des laines, principale ressource du Roussillon 
et de la Cerdagne, a qui noscuniur pre céleris noslrorum regnorum et terrarum 
in pannis et artibus prevalere ». (Ibidem, AA. 4, f° 424 v°.) 

(2) « Lo qui te la balansa del pes de la lana, de vuyt lliures. » i 3 juin 1498. 
(AA. 4, f523.) 

(3) Archives comm., AA. 3, f" 33 1 v°. 

(4) Arch. comm., AA. 6, f' 519. 

(5) P. Vidal, Perpignan, 1898, chap. vu, paragr. 12. 



- 32 — 

raient encore servir de modèle pour une répartition équitable 
dans "notre cité. 

Pour ne mentionner, au milieu de ces règlements pleins de 
prévoyance et sagement étudiés, que la question si délicate et 
primordiale du pain, il était ordonné que le préposé du consulat 
serait chargé de peser le pain mis en vente dans toutes les bou- 
langeries : celui qui aurait été fabriqué et livré au-dessous du 
poids était saisi et envoyé aux hospices (i). 

Le prix auquel le pain devait être vendu était calculé sur le 
prix des grains et le poids de la farine : il était fixé par un tarif 
qui était le résultat de beaucoup d'observations et d'expériences. 

Ce tableau du poids que doivent avoir les pains avant et après 
la cuisson est du xin' siècle {i). 

« Cant Costa vin sols l'eymina, deu pesar la dinerada de lapasta 
fi xui) onces ; quant sera cuyt, deu pesar xxxvim onces. 

Item, cant val x sols deu pesar la pasta xxxini onces ; e cant 
« es cuyt xxxi" onsa e un diners pesans. 

Item... Le tableau indique le poids du pain proportionnelle- 
ment au prix de la farine depuis vni sols l'eymina, jusqu'à « xxx sols, 
fl deu pesar la pasta xj onces et m diners pesans, pan cuyt x onces 
« menys in diners pesans. 

a Totes aquestes onces sobredites son enteses de pés de march 
« de Montpestller, e tôt pés que hom dat aja de qualque for, 
« vayla l'aymina de forment ; si baxaxa de sis diners l'aymina, 
« no 'n deu hom moure ni crexer ni mudar lo pés, si donques no 
« baxava o pujava de xu diners. Empero, si pujava l'aymina de 
« vj diners o de vni, deu hom mermar lo pes aitant de for de 
« xii diners. Encara mes, si 1' pan no era cuyt que 1' deu hom 
« assagar ab un fil de camge passât per mig lo pan ; e si s' ten 
« la moleda del pan al fil, que s' jutge per cruu. » 

Ainsi, les boulangers étaient tenus de peser la pâte et ensuite 
le pain au sortir du four ; et le poids que devait avoir le pain 
cru ou le pain cuit était le sujet d'une ordonnance très sévère. 

(i) Arch. comm., livre vert majeur, f° 91. 

(2) Mémorial sia del asordonament del pes del pa de Perpenya quant deu 
pesar la dinerada del pa en pasta, ni cant es, eut. (Arch. comm., livre vert 
mineur, AA. 3, tome 1", f" 85-86.) 



— 33 — 

Le pain de ménage était soumis à un régime particulier. C'était, 
en général, les fermiers des fours qui le faisaient vendre sur les 
Marchés ou dans les lieux désignés. Ils étaient soumis à la véri- 
fication et à un tarif. 

En 1348, Pierre IV, roi d'Aragon, avait fait paraître une 
ordonnance concernant les pains confisqués par les mostaçafs pour 
fraude sur le poids ou la qualité, et leur distribution par les con- 
suls de Perpignan. 

« Que 'Is consols distribuexen lo pa que 'Is mostaçaffs han livat, 
cant contrast no y ha. » 

« Nos Petrus, Dei gratia rex Aragonum, Valencie, Majorica- 
rum, Sardinie et Corsice, Comesque Barchinone, Rossilionis et 
Ceritanie, attendentes quod licet nos pridem fidelibus, etc. (1) ». 

On constatera avec quelle prévoyance des dispositions régle- 
mentaires avaient été prises au xiv' siècle pour la surveillance de 
tous les marchés et iaules, dans l'intérêt même de la cité. 

En effet, les ordonnances et règlements de police locale étaient 
dans les attributions des administrateurs locaux qui ne pouvaient 
les prendre sans l'approbation du bailli, « avec le conseil et volonté 
des probomens de la ville ». Ce sont de véritables articles de cou- 
tumes. 

Un règlement de \ijS (2) avait pour but la nomination men- 
suelle de conimissaires pour surveiller la cuisson du pain dans les 
fours du Temple et tenir la main à ce que les fourniers ne per- 
çussent rien au-delà de la coutume de Perpignan. Ces tarifs avaient 
été réglés récemment par un compromis entre la Ville et les tem- 
pliers, et c'est ce règlement qui, à cette époque, formait évidem- 
ment en cette matière « consuetudinem Perpiniani ». 

Une note (document du xni" siècle) (3), au sujet du partage de 
pains saisis au préjudice des boulangers qui fraudaient (qui prop- 

(i) Arch. comm., livre vert mineur, AA. 3, tome 1", P 2o5. Voir ce 
document à l'appendice. 

[1] « Es aquesta la ordinacio del forn de) pa, en quai manera deuen coyre 
los pas, e CH quai manera deuen usar dels forns. » (Arch. comm., Ordma- 
cions, registre i", f° i . Reproduit par Alart : Privilèges et titres, p. 340. \ 

Ci) Arch. comm., livre vert mineur, AA. 3, tome 1", f" 86 v". (Reproduit 
à l'appendice.) 



-u- 

ter fraudem extorquentur a pistricibus seu flaqueriis et forneriis), 
dit que les pains étaient confisqués entre les consuls, le greffier 
du consulat et les missalges ou huissiers du consulat. 

Le 29 novembre i3o8, un mandehient de Jacques 1", roi de 
Majorque, au baile de Perpignan (et daté de Collioure), détermi- 
nait l'emploi des pains pour fraude aux boulangers de la ville : 
ces pains, par ordre des consuls, devaient être distribués aux 
pauvres de la ville (1). 

Par lettres patentes du 6 décembre ]347, le roi d'Aragon, 
Pierre IV, autorisait les consuls à élire un peseur de pain et un 
mostaçaf (2). 

Les dits mostaçafs élus par les consuls étaient chargés de con- 
trôler le poids du pain (3), de prévenir toute fraude (4), et de 
faire appliquer strictement le règlement (5). 

Ordonnance relative aux Taules T^eyals 
1 I juillet 1439 

Le roi avait aussi ses laules (6) particulières sur les différents 
marchés de Perpignan, sous les porches de la Merceria, à la Place 
Major,- à la Plaça T>Jûva, à celle du Pont d'En Bastit et à la Plaza 
d'En Pauques. 

A la suite de l'accaparement sans précédent, par les clavaire^ 
de la ville, de tous les fruirs et autres denrées déposés dans ce^ 
différents marchés, il fut ordonné que tous les clavaires auront à 
restituer, immédiatement (7), sous peine d'une amende de 25 livres 

^1) Volumus pauperibus erogari. (Ibidem, f" 70.) (Reproduit à l'appendice.) 

I 2 ) \Quod consules possint eîigere ponderaforem partis et mostaçajfum.] 

(3) ...lit justo pondère panes vendanlur. (Arch. comm., livre vert mineur, 
tome 1".) 

(4^ ...Omni fraude remola... (Ibidem.) 

(5) ..."El faciant inviolahiliter observari... (Ibidem.) (Document in extenso 
à l'appendice.) 

( 6 ) Omnes frucfas que erant in tabulis regiis dicte ville tam subtus porticos 
Mercerie quam in plalea majori et in platea nova dicte ville, quam aliis tabulis 
regiis... (Arch. des Pyr.-Or., B. 254, registre vu de la Procuracio Real, 
f" 5 I . ! Le texte catalan qui suit l'exposé décrit tous les marchés qui étaient 
tenus pour le Roi. 

(7) Incontinenti restituant dictas fruclas. (Jbidem.) 



— 35 — 

barcelonaises, toutes les marchandises que les dits clavaires' 
s'étaient indûment appropriées, denrées qui étaient assujetties aux 
droits de directe Seignei rie, et sur lesquelles le roi ou le Pro- 
cureur Royal percevait un cens. En cas de contestation, si les 
dits clavaires pouvaient alléguer des motifs plausibles pour s'op- 
poser à la restitution de ces denrées, ceux-ci devraient se pré- 
senter devant le Procureur Royal et le Juge du Patrimoine Royal 
pour s'expliquer nettement. 

Le document ajoute que, le même jour, après avoir eu con- 
naissance de cet avis, les clavaires Bernard André et Pierre Fabre, 
bourgeois, déclarèrent qu'ils venaient de restituer toutes les den- 
rées qui avaient été soustraites au préjudice du Roi (i). 

Voici le document : 

Die lune xi' julia predicli. 

...Mandantes diclum preceptum per Bartholomeum Periz, porta- 
rium regium, nolifficaii diclis clavariis in scriplis sub hac jorma (2) : 

« Per manament del molt honorable mossen Bernât Albert, 
cavalier, Procurador Reyal en los Comtats de Rosselio e de Cer- 
danya, e del honorable micer Ffrancesch Giginta, doctor en 
leys, jutge del Patrimoni Real en los dits Comtats, nianats als 
honrats En Bernât Andreu e Père Fabre, burgeses, clavaris de 
la vila de Perpenya, que encontinent, sots pena de vint sinch 
lliures barceloneses al fisch del senyor Rey applicadores, hagen à 
restituir e tornar o fer restituir e tornar totes fruytes e altres 
coses que hagen levades o fêtes levar de les taules reyals o que 
s' tenen per lo senyor Rey, tant dejus los portxes de la Mer- 
ceria quant de les Places Major e Plaça Nova e del Pont d'En 
Bastit e Plaza d'En Pauques ; les quais taules se tenen en dreta 
scnyoria per lo dit Senyor Rey, e per aquelles e per la facultat 
que han los possehidors d'aquelles que hi puxen vendre caula- 
ceria e fruytes o pa o merceries, paguen certs censés al dit senyor 

(i) En i35o, la police des marchés était faite par des agents ou mostassafs, 
auxquels le Roi accordait le droit de taxer les denrées et de toucher à leur 
profit la moitié des amendes, attendu que, « vendencium in villa jam dicta 
carnes et pisces malitia, nedum habilatores non... possinl ad presens sic bonos 
pisces et carnes comedere. » 24 mai i35o. (Arch. comm., AA. 1, f" 142.) 

(2) L'exposé en latin est reproduit à l'appendice. 



— 36 — 

Rey o al dit son Procurador Reyal ; e per aqueixs sguards son 
patrimonials e de for e jurisdiccio del dit Senyor Rey o de son 
dit Procurador Real e jutge del Patrimoni Real, e no de altres 
officiais, ne altres officiais s'en deuen ne poden entrametrc en 
alguna manera ; e que de les dites taules o alguna d'aquelles d'aci 
avant no s'entremeten, ne perturben los venedors en les dites 
taules en alguna manera, sots la dita pena. En\pero, si algunes 
rahons justes haurân los dits clavaris per que no degen restituhir 
les dites fruytes e altres coses, que les vinguen allegar davant 
los dits honorables Procurador Reyal e jutge del Patrimoni Real, 
hora de vespres del présent die, ab cominacio que en altra manera 
sera procehit en fer la exequcio contra los dits clavaris e cascun 
d'ells e lurs bens per la dita pena e en altra manera, justicia 
migensant. » 

Dicta die, prenominatus Periz, porterius regius, yens, et post- 
modum ipsa eadem die rediens, retulit se predictum preceptum 
fecisse, intimasse et in scriptis notifficasse dictis Bernardo Andrée 
et Petro Fabri, burgensibus, clavariis anno presenti hujusmodi 
ville, uni postalium in eorum domibus personaliter adjunctis, qui, 
respondentes, dixerunt, quod jam restituerant omnes fructas et 
alias res que (sic) susceperant, prout idem virgarius relationem 
fecit mihi Raymundo Doria, notario et scribe officii dicte Procu- 
rationis Régie (i). 

Si les rois avaient leurs taules particulières, les ecclésiastiques 
avaient eu également leur marché particulier. Un arrêt du Conseil 
d'Etat ordonnait, le 26 juillet 1671, aux chanoines de la Real {2), 
qui avaient établi une boucherie particulière, ainsi qu'aux autres 
communautés ecclésiastiques, de se fournir à la boucherie de 
Saint-Jean, dite de la Canorgue, et astreignait tous les autres 
habitants à s'approvisionner aux fermiers de la boucherie de la 
ville « qui sont le principal de la dite ville (3) ». 

Vingt-deux ans plus tard, l'intendant promulguait une ordon- 

( 1 ) Arch. des Pyr.-Or., B. î54, registre vu de la Procuracio Real, f ° 5 1 . 

(a) Des arrêts du Conseil d'Etat maintenaient la fermeture de la boucherie 
établie à Perpignan par le chapitre de la Real. (Arch. comm., livre vert 
mineur, AA. 1, P 385.) 

(3) Arch. comm., AA. 17 (liasse), livre des provisions. 



- 37 -^ 

nance, pour faire exécuter l'arrêt ci-dessus et remédier à l'abus 
commis par les personnes qui, ayant chez elles un fils, un parent 
ou un prêtre étranger à la maison, même un simple tonsuré com- 
mençant à apprendre le latin, prétendaient acheter leur viande à 
la boucherie ecclésiastique (i). 

Le 17 octobre 1696, un arrêt du Conseil souverain sans préju- 
ger de la défense faite aux particuliers d'acheter à la boucherie 
de la Canorgue, donnait mainlevée d'une saisie faite à cette occa- 
sion au préjudice de Sébastien Gazanyola, clerc tonsuré (2). 

Plus tard des arrêts du Conseil d'Etat, du 28 mars 1733, 
réglaient les franchises dont jouissait le clergé de Perpignan, pour 
les droits d'octroi sur la viande de boucherie, les cochons, la 
farine, le vin, le poisson et les menues denrées ; ils fixaient la 
compétence et la nomination des « juges ou commissaires des fran- 
chises, dont deux seront ecclésiastiques et deux laïques », en s'ap- 
puyant sur les ordonnances, arrêts et transactions antérieures, et 
sur « ce qu'on trouve dans les archives : la forme dont on distri- 
buait aux ecclésiastiques les marques ou plombs sur lesquels la 
viande leur était fournie aux boucheries de la ville avant que 
celle des prestres, appelée de la CanOPgue fust établie » (3). 

Onze ans plus tard, un arrêt du Conseil d'Etat, du 29 décem- 
bre 1744, fixait le rabais que les débitants de la boucherie à la 
Canorgue pourront faire sur la viande par rapport aux prix des 
autres boucheries (4). 

Au commencement du xvin' siècle, les anciens marchés exis- 
taient encore ; de nouveaux avaient été créés. L'Intendant de 
Roussillon, le 6 juin 1724, avait promulgué une ordonnance 
rêglantla vente du gibier, de la volaille, du poisson et autres pro- 
visions de bouche. « Le gibier de toute espèce... sera porté à la 
Barre (5), et attaché aux crochets d'icelle... ; la volaille et autres 
provisions de bouche seront également portées en droiture au lieu 
ordinaire et accoutumé devant le Poids du Roi (6) ; le poisson 

(i) 9 octobre 1693. 1 Arch. comm., AA. 7, liasse.) 

(2) 17 octobre 1696. (Arch. comm., AA. 7.^ 

(3) Arch. comm., livre vert mineur, A A. i, P' 437 à 452. 

(4) Ibidem, f" 48 i . 

(5) C'est l'ancienne Gallinaria, où avait lieu le marche quotidien. 

(6) Déjà au commencement du xiv' siècle, le i q novembre i322, un man- 



— 38 — 

frais sera aussy porté en droiture à la place de la Poissonnerie... 
Les cabaretiers, hôtes, rôtisseurs, aubergistes et autres gens qui 
aprètent à manger, ne pourront acheter... qu aux lieux cy-dessus 
marqués (i). » 

On constatera combien l'autorité consulaire a été étendue, depuis 
le xm" siècle jusqu'à nos jours, dans l'intérêt de la ville : en par- 
courant ces documents, on peut aisément en déduire que les magis- 
trats consulaires, nos ancêtres, pénétrés de la noble tâche qu'ils 
avaient à remplir, plaçaient le bien public au-dessus de toutes les 
considérations particulières ; protecteurs de tous les intérêts et 
défenseurs de tous les droits, ils s'efforçaient de procurer en toute 
chose la sûreté et l'avantage de tout le peuple. Les subsistances de 
première nécessité occupèrent essentiellement la surveillance des 
consuls : les ordonnances de police que nous venons de citer, 
relatives à la surveillance des pains, des fours, de la vente du 
pain et autres denrées sur les marchés désignés, démontrent que 
jamais chef de maison n'entra dans plus de détails, ne montra 
plus de sollicitude pour la bonne administration de son ménage 
et le bien-être de sa famille, que la magistrature consulaire ne con- 
sacra de dispositions réglementaires à cette matière si importante 
et primordiale de l'alimentation, suivant les principes de l'équité 
et les règles de la justice. Tous ces règlements prouvent combien 
tout ce qui était utile à la chose publique était pour nos ancêtres 
un objet de précaution et de sollicitude. On peut, dans notre 
commune, constater les mêmes attentions dans la crise pénible 
que nous traversons. 

Nous avons pu suivre, dans ces documents authentiques, la 
transformation des rues et des principaux marchés de Perpignan, 
depuis le xn' jusqu'au xviif siècle. 

Après avoir transcrit les modifications successives de ces places, 
nous allons parcourir, au xviu' siècle, les mêmes rues qu'une saine 
et sage administration s'efforçait de redresser et d'assainir métho- 
diquement. 

< A suivre) Henry Aragon. 

dément de Sanche, roi de Majorque, avait été publié au sujet de la création 
du teneur du livre du poids du roi à Perpignan. Sous Ferdinand 11 (i" juin 
1498), « lo qui te lo libre del pes del Rey (était payé) setze lliures. (Arch. 
comm., livre vert mineur, AA. 3, f° i j 1.) 

(i) Arch. comm., AA. 7, livre de provisions, f' 553. 



MONOLOGUES ROUSSILLONNAIS 

Gatimells 



f 



Le plus grand bien qu'on puisse dire d'un livre, c'est que tou- 
tes ses parties se tiennent; on ne saurait mieux le recommander 
qu'en affirmant qu'il est intéressant. Ce qui n'est pas agréable à 
lire n'est pas de la littérature. Je connais des enfants de huit ans 
qui trouvent fort amène la lecture de « l'Iliade », dont les vers 
se font pourtant insupportables à un poète de mes amis, âgé de 
plus de 40 ans. 

Gatimells, la deuxième partie des Monolegs rossellonesos de 
Charles Grando, peut être classé à juste titre parmi les ouvrages 
de la première catégorie. Dans la composition de ces contes, l'art 
est tellement spontané qu'on le dirait absent ou presque. 11 char- 
me surtout le lecteur par sa sobriété. L'orientation humoristique, 
ébauchée dans "Fariboles, dont nous avons donné ici même un 
compte-rendu (1), s'accentue dans Gatimells de la meilleure façon 
du monde, et ne tombe pas, même un instant, dans la farce gros- 
sière. Cela est à retenir, si l'on songe que l'auteur traite des sujets 
populaires, sinon populaciers. Pas de bas réalisme. Pas de vulgaires 
calembours. 

Grando nous présente de- véritables tableaux de mœurs en em- 
ployant, sans discontinuer, la note comique. Ce que je trouve de 
plus original dans son art littéraire, c'est précisément que cette 
note comique tend à rendre la note typique tout ensemble de la 
ville et des habitants. Grando ajoute presque toujours un grain 
de philosophie légère, qui a un fond remarquable d'humanité, 
mais, bien entendu, sans monter aux hauteurs ni descendre aux 
profondeurs de la vie de l'homme ; au reste, l'auteur n en a 
cure, et je l'en loue. Lorsque ses personnages devisent entre eux 
dans des dialogues où l'animation ne l'empiète pas sur la vérité, ils 
n'emploient pas toujours, j'en conviens, des phrases d'une extrême 
pureté grammaticale, ni des mots polis par les règles de quelque 

( I ) 7{evue Catalane, 1Q17, page 55. 



— 40 — 

académie. Cela, d'ailleurs, doit être permis au genre littéraire 
purement dialectal que Grande nous offre dans ses Monolegs. Ne 
l'a-t-il pas fait délibérément? 

Grando tire toujours des anecdotes locales le plus grand profit 
comme le plus grand effet ; en quoi il est artiste. Il bâtit des 
contes en prose et des fables en vers avec beaucoup d'esprit. 
Mais il excelle surtout dans le choix des détails les plus frap- 
pants, les plus caractéristiques. Son art descriptif parvient là à de 
belles et justes synthèses. Chez Grando, décrire n'est pas détruire, 
mais créer de la vie ou la recréer. En quatre touches, très sobres, 
très vraies, il façonne un type ; en quelques lignes il nous donne 
une scène, nous trace l'aspect d'une rue, nous montre le coin 
d'un paysage. Cette sobri-tté ajoute au relief des tableaux. L'En- 
vejada, "Enrahonameni et Les figues seques le prouvent à l'envi ; 
ce sont là d'admirables morceaux de littérature roussillonnaise. 
Le vers plaît par son naturel, la prose par sa grâce vivante. 

J. Perez-Jorba. 
Paris, le 3 février 1918. 



DEL PRIMER RAIG 

Oue vingui la pau 

A Cartes Grando. 

Que vingui la pau, sus les nostres planes 

Y suis nostrês monts la fé tornarà. 
Encar ballaran joves catalanes, 

Y joyoses festes encar se veurà. 

Que vingui la pau y dins nostres pobles, 
Dins nostres vilataes v en la ciutat 
Ja reneixiran les joyes mes nobles, 
L'alegria, el riure y la caritat. 

Que vingui la pau y tots, sus les tombes, 
Irem a pregar per los pobres morts, 
Irem los portar, hont queyen les bombes, 
Dévot homenatge — corones y Alors. 

Caries Bauby. 



LITTÉRATURE ROUSSILLONNAISE 

Le bon poète de J^oses y "Xiprers, Joseph-Sebastià Pons, de la 
Société d'Etudes Catalanes, va faire paraître ses nouveaux poèmes ; 
cette nouvelle va combler de joie les admirateurs du maître rous- 
sillonnais. 

Joseph Pons allait publier cet ouvrage lorsque arriva la guerre ; 
prisonnier depuis aoijt ï9J4, il n'avait pu jusqu'ici reprendre ses 
travaux littéraires ; en attendant de revoir son Roussillon aimé, il 
veut bien aujourd'hui lui donner toutes ses pensées et nous 
adresser, comme un souvenir, d'au-delà des frontières, ses hymnes 
à la terre natale, où palpite l'àme de la race et tout le génie 
qu'elle incarne. Nous reparlerons de ce livre. 

Notre excellent collaborateur, vVl. Henry Aragon, vient de 
publier un magnifique ouvrage d'érudition sur la Colonie antique de 
J^uscino ; nous donnerons, dans notre numéro de mars, une analyse 
de cette œuvre que M. Héron de Villefosse, de l'Institut, a 
honorée d'une brillante préface. 

Caries de la Real. 



PAGES CHOISIES 

Les neus que ' s |onen 



Les neus de la muntanya 
es miren trist al pla, 
que aval), avall la terra 
comença a verdejar. 

Y totes encongint-se 
davant del sol creixent, 
« S'acaba nostra vida, 
s'acaba », es va dient. 

Y ses primeres llàgrimes 
ja es tornen regalims, 

y amb remoreig dolcissim 
van devallant dels cims. 

« Plorem, que als ametllers 
l'oreig, passant-hi, canta 
l'absolta de les neus 
damunt de ks flors blanques. » 



Y diu l'oreig : « Obriu-vos 
les roses dels vergers, 

fent chor a mes absoltes, 
brandant corn encensers. » 

Ja es gronxa la palmera, 
vora del mar triomfant : 
totes les neus son foses, 
y el mar les va aplegant. 

Y ja els hi diu : « Dormiu-vos, 

que jo vos bressaré, 
y amb miisica d'onades 
cançons vos cantaré. » 

Mes les neus tenen anima 
que sobre el mar s'estan, 
y son brumeres blanques 
les neus que van somiant. 

Angel GuiMERA, 



Une basilique latine du V siècle 

L'atrium el l'église d'Arles-sur-Tech 

V. La croix du tympan 

Si nous levons les yeux au-dessus du linteau, nous 
remarquerons dans le tympan une superbe croix grecque 
de marbre blanc, dont le centre est occupé par un beau 
Christ bénissant, et les quatre branches par les symboles 
des quatre évangélistes, ailés et nimbés. Cette magnifique 
sculpture n'a qu'un défaut, c'est d'être placée trop haut 
pour attirer l'attention. C'est néanmoins un des plus pré 
cieux monuments qui nous restent de l'art byzantin, et il 
est à regretter qu'on le laisse ainsi exposé aux morsures 
des vents de mer, qui finiraient à la longue par en altérer 
le caractère. Quoi qu'il en soit, il est impossible qu'un 
archéologue digne de ce nom puisse établir un rapport 
entre ce marbre et, par exemple, le portail d'Espira-de- 
l'Agly. Si cette sculpture datait de la restauration de l'an 
j 157, l'église d'Espira ayant été consacrée quelques années 
auparavant, en ii3i, on devrait constater une certaine 
parenté entre les deux monuments. 11 n'en est rien. Le 
portail d'Espira représente la magnifique floraison de cet 
art charmant du xu" siècle, qui mariait la naïveté du moyen 
âge avec la noblesse de l'art antique ; mais le tympan 
d'Arles, c'est l'art antique lui-même, décadent, il est vrai ; 
c'est l'art des monuments de Ravenne (1). 11 faut donc, 
pour cette sculpture, écarter résolument la date de j 1 57. 

(1) 11 est souvent difficile de se rendre compte sur place des similitudes 
ou des différences qui existent entre des monuments séparés par de grandes 
distances, mais la photographie aide souvent la mémoire. On peut se rendre 
compte de la différence des sculptures qui nous occupent, en examinant la 



— 4> — 

Quant à croire que notre monument ait pu être travaillé 
en 1046, on n'a qu'à jeter les yeux sur les photographies 
du linteau de Saint-Génis. déjà nommé, pour se rendre 
compte que le singe qui, assis sur une escarpolette, a la 
prétention de représenter le Christ sur ce monument, est 
certainement une imitation du Christ d'Arles, mais une 
imitation qui suit de fort loin le modèle. 

11 serajt puéril de songer au temps de Charlemagne, date 
de la fondation du monastère, quand on sait que pour 
donner une sépulture convenable au grand empereur, ainsi 
qu'à son fils Louis-le-Débonnaire, on fut obligé de faire 
venir deux sarcophages historiés d'Arles-de-Provence. L'art 
carolingien n'a rien à voir ici ; nous sommes en présence 
d'une production de l'école de Byzance. 

Nous ne nous arrêterons pas à l'examen détaillé de la 
façade, qui a sans doute été remaniée à diverses époques ( i ) 
et nous entrerons dans l'église. 

VI. La net centrale 

L'abbatiale d'Arles a la forme d'une basilique à trois nefs 
d'inégale largeur, séparées par des piliers quadrangulaires. 
La nef médiane, sur laquelle se reporte tout l'intérêt, est 

planche de la page i3o du Congrès archéologique 1906, où, par une singu- 
lière bonne fortune, les deux monuments se trouvent réunis. 

(i) Toutefois une petite fenêtre grillée, placée au-dessus de la croix du 
tympan, me paraît remonter également au v' siècle. 

(2) Ce fait s'est produit un peu partout. 11 y a quelques années, pénétrant 
dans l'église désaffectée de Castelmaure en Corbière qui, extérieurement, a 
tout à fait l'aspect d'une église préromane, je ne fus pas médiocrement sur- 
pris de voir qu'elle était voûtée en berceau brisé ; mais j'eus bien vite la 
raison de cette anomalie. A une époque non déterminée, vraisemblablement 
au XI' siècle, on appliqua des pilastres sur les murs latéraux, on jeta des arcs 
sur ces pilastres et un berceau brisé sur les arcs. Il en a été de même à 
Arles ; mais la chose était moins apparente à cause de la division en trois 
nefs. S'il n'y eût eu qu'une nef, avec deux murs latéraux remplaçant les 
piliers, le fait aurait été patent pour tout le monde. 



— AA — 

aujourd'hui voûtée en berceau brisé ; mais, au premier 
aspect, le grand archéologue de Caumont avait pressenti 
que l'édifice n'avait pas été construit pour être couvert 
d'une calotte de pierre et que l'épaisseur des piliers avait 
été doublée pour leur faire porter des arcs longitudinaux, 
qui, à leur tour, supportaient la voûte (2). Cette apprécia- 
tion, qui émanait d'un véritable archéologue, ne fut pas du 
goût de tout le monde, notamment de M. Brutails, qui la 
combattit vigoureusement en appelant à son aide toutes 
sortes d'à priori. Un examen sérieux des piliers a, d'une 
façon éclatante, mis en évidence ce que de Caumont avait 
seul entrevu et la critique s'est trouvée désarmée. 

Pourquoi Caumont, qui avait pressenti que la nef était 
primitivement couverte d'une toiture lambrissée, n'a-t-il pas 
poussé plus loin ses investigations ? C'est sans doute en 
vertu de cette tendance, qu'ont les médiévistes, à croire 
qu'il n'existe plus rien des édifices religieux antérieurs au 
bas moyen-âge. Cette tendance leur prépare bien des 
mécomptes. Si Caumont avait étudié les basiliques de la 
Rome païenne et les basiliques chrétiennes bâties sur le 
même modèle ou parfois empruntées aux premières, il aurait 
sans doute complètement résolu le problème. Nous allons 
poursuivre cette étude sans lui. 

(Jl suivre) F. -P. Thiers. 

LIVRES ^ REVUES 

Voilà ma Reine 

La spirituelle et gaie revue locale, de nos collaborateurs P. Francis et 
Jean Balle, a atteint Sa représentations. C'est un magnifique succès que 
nous sommes heureux de souligner. 

Contes choisis (Ch. Bauby) 

De belles pages, de charmantes aquarelles et un progrès bien marqué sur 
les premiers essais de l'auteur. Nos vives félicitations. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 




UNILL 



J^xx^el CSI^UIIVIERÀ 



* 



12 Année N' 137 15 Mars 1918 

<Qr>«t :Sr»st i^>i ^fT>i c^'>^ <Si'>i i^i'>vt 5*>>t cgj-^^i. <^>i c^'^i «^-s i <^^ 

Lu Manuscrits non inserci 
ne sont pas rendus. 



Lti Articles parus aans ja Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



Organe de la Société d'Etudes Catalanes. -- Cotisation : 10 fr. par an. 

A Jojfre immor(al 

Un vent de gloria en ton ce! passa 
y un sô) nove)] jà t'ij'lumina, 

ma dolsa Pàtria, 
y aqueixa gloria d'ales blaves, 
que '1 sô) d'immortalitat daura, 

te Vé d'EN JOFFRE. 

Sublim, la tramontana canta, 
alsant un èco en cada roca, 

l'heroe nostre, 
y, nat en la plana, aqueix himne 
puja excels vers les neus eternes, 

etern com elles. 

Y el mar immens, en alabansa, 
domptant el trôntoll de les ones, 

broda en l'arena 
puntes d'escuma nacarina, 
y un tità, besant nostra terra, 

saluda l'altre. 

Caries Grando. 
Mars 1918. 



Quelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

^Mè^^i^ (SUITE) 

babol, coquelicot. — rosella, roella. 

bacaiia, laurier. — Dorer. 

badells. — voir conDlets. 

badiella. — voir vidiella. 

bajoca, haricol. — monjeta, fasol. 

baladre, hellébore, vérâlre blanc. — ballestera, cebadilla, herba 

vomitoria (et aussi baladré, laurier rose). 
balaC (et balatg, et balec), cytise, genêt velu. — ginestella. 
balca, masseite, iypha. — boga, bova. 
balladora, brize. — bellugadissa. 
ballarida, lenticule, lentille d'eau. — llentia d'aygua. 
ballestera. — voir baladre. 
banya de cabra, trigomlle. — trigonella. 

barba de cabra (et barballa). — voir apaga-ilums. 

barballô, lavande aspic. — espigo), aspit. 

bardana, bardane. — llepassa, lleparassa, Dépassera, repalassa, 



gafets. 



barde. — voir aioc. 

bargallÔ (et margallÔ), palmier nain. — fasser. 

barralets, muscari. — aD de colobra, calabruxa, viola de pastor. 

barrella, soude. — sosa, espinadeDa. 

barret de Capellà, ombilic. — oreDa de monjo. 

barruixa. — voir arbosser. 

becayumba, sorte de véronique. 

bec de griia. — Voir gerani. 

bedoll (et abedoll), bouleau. — bes. 

belladona, atrope-belladone. 

bellugadissa. — voir balladora. 

benc, mâche. — dojceta. 

berberis, épine-vinette. — coralets. 

berset, berse. — pampes, panaces, canô. 

bes, bouleau. — bedoll, abedoll. 



.t4 



- 47 -^ 
bet, sapin. — abet, pibet. 
bitXO, poivron. — pebrot, pebrina. 
blads. — voir blasera. 

blasera, érable. — acs, auru, euro, blada, azerà, acer. 
biat, blé, froment. 

blat d'India, maïs. — blat de moro, mill gruà. 
blat nègre, sarrazin. — fajol. 
blauet, bleuet. 
bleda, bette, blette, poirée. 
bleda=rave, betterave. — remolatxa. 
blenera=candelera, molène, bouillon blanc. — juvenal. 
blet, arroche. 

boga (et bova), masselle, typha. — balca. 
boix (et buix), buis. 
boix=grèvol. — voir grèvol. 

boix de la Mare de Deu. — voir boixerica. 

boix maSCle. — voir gaizeran. 

boixac. — voir garronada. 

boixerica, rhododendron. — Pentecostera, talabard, naret, muixc- 

reta, salaverda, boix de la Mare de Deu, gavet. 
boixerola (et boixar). — voir arbosser. 
bolet, champignon. 
bolitg, anihémide. — bolit, bulitg. 

bolseta de pastqr. — voir traspic. 

bona=ventura, orpin. — crespinell, herba de la cremadura. 

bordiol, ciste. — voir argenti. 

borrayna, bourrache. — borratxa. 

botja, aurone, abrotane. — broida. 

botja de Sant Joan, santoUne. — herba cuquera, espernallac, 

guarda-roba. 
botô daurat. — voir francessilla. 
bova. — voir boga. 
brassera. — voir floravia. 
bresquilla, pêche brugnon. 
brionya, bryone. — carbassina. 
broida. — voir botja. 
broquil (et brocoli), sorte de chou. 
brossa (et bruga), bruyère callune. 



- 4» - 
brUC, bruyère. - bruguera. sepell, xiprdl, aldissa, -eritja, erica. 
brUSCa. — voir galzeran. 
bruyol, iris, glaieul. — lliri blau, canissos. 
bufanaga, carolte. — pastanaga, safanoria. 
bufeta de Cà, coquerel. — alicacabi. 
bUglOSa, buglosse. — llengua de bou. 
buiX. — voir boix. 
buiXOl, anémone des bois, hépaihique. - ranuncle blanca, herba del 

r (^ suivîé) 

fetge. ^ ' 

L'home enemic de la naluralesa 

EL YEIST 

En terra o mar no 'm dan repos la nit ni '1 die. 
De pol a pol, Jueu d'universal rebuig, 
si bé no havent a cap desgraciat fet enuig, 
recorro els espais freds, sens bruixola ni guia. 

Esmaperdut, desmemoriat, haig de fugir. 
L'home, esclau vil mai adomdat, es el qui 'm veda 
la cèlica amplitut. Mercès a-n-ell, no- 'm queda 
ni un cantonet per m'hi podè a Heure esbargir. 

No s6c busca-raons ; emprô si de les bromes 
me 'n baixo a follejar pel plà, ja 's clama : « No ! 
Acî mana i ordena amb son bram el canô. » 
Doncs celém l'escarment per serres, valls i comes. 

Ai 1 Igual dessosséc pateixo frec al cel. 
^ Massa estreta pel braç de l'hom sera la terra, 
ja que "1 mont no '1 detura i que al tronar de guerra 
fan tornavèu les solituts de roca i gel... ? 

Adeu, canyers del marge î Enaigat de canturia, 
no manxaré mai pu dins les orgues del bosc. 
Per sempre s'ha callat l'aura a entrada de fosc. 
L'huracà sol impera, amb son regany i furia. 



— 49 ^ 

Hont sou, mos breçoleigs del mig-di'e ensopit, 
quan pessigoDejava al rierô, o la ploma 
clenxava al moixonet, o, eixalebrat, la broma 
urpia, fent-li a pelleringues el vestit?... 

Volunterôs, soviny prenîa-m rampellada ; 
bufava, esperverat, pel pati exit, tornant 
pel teulat, sacutint fulla i fruita, trônant 
per dins la xemenella i alçant-hi ramballada. 

[ Sort si en el mar no esquia un que altre disbarat î, 
Tôt eren jocs. Calmât prest, vingui sus la riba 
junglà amb l'arena, pel dall d'herba fer la briva, 
ara udolant, ara rient, ara parât. 

Finits els jocs. Al firmament, d'horror domini, 
la turbonada fera ha ofegat al bon vent. 
Un terratrèmol, fins als estels removent, 
tira tôt daltabaix, en ràbia d'extermini. 

Ser gobernat no vull. Marrecono ; m'arrimo 
amb l'home primitiu. Alla, sens llei ni fre 
trescant dintre la selva verge, cobraré 
l'airosa llibertat, lo fantasiar que estimo. 



EL J\UBOL 



Busca, ai ! germa major, l'airosa llibertat ! 
Si te 'n vas, trist de mi ! si te 'n vas, sol me deixes. 
Les pênes que passém jo i tu, son les mateixes ; 
victima dels enginys de l'home, 't faig costat. 

Si, si ! Els records ! De quan, rendit de côrre '1 terme, 
pels fueteigs del llamp en rufaca desfet, 
reviscolava el poil, l'agram i l'esparcet, 
umplint lambega o rossolant per la costa erma ! 

— « Baixa i baixa ! deia l'home 
« en aclinada oraciô, — 
« Ves rajant, benedicciô 
« de la bondadosa broma ! 



— 5o — 

« Quan cantes a bell canyô, 
« pluja fresca i alegroia, 
« n'es la vida brava noia, 
« i bon pare es el Senyô. » 

Al clarejar, amb fatlera 
me mirava al camp. Quin goig 
fer marrades, fê '1 cap-boig, 
pel cel blaviç bâtent l'era ! 

Mon pitral al sol novell 
esbatenava, espandia ; 
d'or en madeixa 'm vestia, 
i 'm torrava el ros cabell... 

Mes ara, escalivat pels grunys que d'abaix munten, 
i embafat d'agrès fums, com tu, perdut el nord, 
crro. i Ai de mi, si passo amunt del camp de mort 
ont, per occir, Orgull e Invidia les mans junten ! 

j Pel ruixat bell treball quan, en trinxera o clôt, 
enfangaça al soldat, o al moribund amara 
qui, desdeixat de tots, gira al cel sord la cara... 
o quan rebot su'l poble estes en trist pilot !... 

{^ suivre) Pau Berga. 

La 1000' de Terra baixa 

Al Teatre Comic ven de celebrar-se une vetllada d'honor, amb 
motiu de la milena representaciô del sublim drama del gran mes- 
tre Guimerà. 

Donem amb el présent numéro, un dels darrers retrats de l'in- 
signe dramaturg, gloria de les Lletres Catalanes. 

Una plaça sera colocada en el teatre hont constarà tôt l'agra- 
himcnt que sent l'art Català envers el talentuôs interpret de Terra 
Baixa, l'actor Enric Borras. Riols. 






DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

6^^^^* (SUITE) 

m. Les rues Je Perpignan à la fin du xvm" siècle : l' embellissement et l'aligne- 
ment des rues. 

Antérieurement a l'ordonnance de i338, à l'origine même, les 
rues étaient la propriété par indivis du seigneur foncier et des 
propriétaires des terrains sur lesquels elles avaient été établies. 
Pour les créer ou pour les supprimer, il fallait donc l'accord du 
seigneur et des propriétaires. Les conditions dans lesquelles ces 
rues étaient tracées et entretenues, les avancées de toutes sortes 
qui existaient, telles que portes, enseignes, auvents, volets ouvrant 
en dehors étaient réglées par les consuls, de concert avec les cla- 
vaires ; toutefois ceux-ci, suivant un mandement de Jean I", roi 
d'Aragon, du 19 septembre 1 388 (1), étaient obligés de se sou- 
mettre aux modifications que les consuls pouvaient apporter à leurs 
décisions. En somme, les clavaires avaient la haute main sur la 
police de la ville, et principalement sur l'entretien des rues : 
leurs sentences devaient être fidèlement exécutées : « en totes e 
qualsevol coses tocants la poUicie e bellesa de la vila, axi com es 
en carrers, places, edificis, envans, laules, banques, banchs, portes, 
ponts, etc. (2) ». 

Déjà, un siècle auparavant, un mandement de Pierre IV, roi 
d'Aragon, du 20 octobre i358, avait prescrit au gouverneur de 
Roussillon et de Cerdagne, Guillaume de Belleria, de faire exé- 

h) Arch. comm., AA. i, f" i5i. 

(2) Lettres patentes d'Alphonse V, en forme de capitulation, concernant 
la juridiction des clavaires, qui était souvent usurpée par le Procureur royal. 
(Ibidem, 7 mai 1448, AA. 3, P 492.) Plus tard, lempereur Charles-Quint, 
par lettres patentes données en forme de capitulation aux Corts de Barce- 
lone ( 2 1 novembre i5i9) confirmait les privilèges des clayaires en matière 
de police des marchés, violés par le Procureur royal au sujet d'une jardi- 
nière arrêtée pour avoir exposé ses marchandises à l'endroit indiqué par les 
clavaires. (Arch. comm., AA., 4f° 5o3). 



EL. 



— 52 — 

cuter, sans appel ni recours, les sentences des clavaires, attendu 
que, grâce à leurs décisions, les rues étaient mieux entretenues, 
s'embellissaient et se transformaient au point de vue pratique et 
utile (i). 

Ainsi la juridiction absolue des clavaires s'exerçait non seule- 
ment sur le pavage et le nettoyage des rues, mais encore sur les 
porches, étalages, auvents (envans) et autres avancées des mai- 
sons, même sur celles qui sont tenues du roi « directo seu alodiali 
jure... vel ad emphiteosim (2). » Ils étaient également chargés de 
la surveillance des conduites d'eau, des égouts, des bornes- 
fontaines des carrefours, etc. 

A cette époque (3), la circulation des véhicules était assez diffi- 
cile ; sur l'ordre du roi Pierre IV, les clavaires eurent le pouvoir de 
désigner les rues où la circulation des voitures serait tolérée (4). 

La transformation des rues de la cité perpignanaise avait tou- 
jours été le souci constant et la grande préoccupation de toutes 
les municipalités. Le lo mars 1676, le Roi XIV félicita les con- 
suls de Perpignan d'avoir chargé l'intendant du Roussillon, Camus 
de Beaulieu, de faire un règlement de police concernant la pro- 
preté des rues et l'entretien des édifices. 

C'est ainsi que vers la fin du xvn' siècle les rues se transformèrent 
peu à peu, grâce à la sage et prévoyante administration du corps 
municipal. Un arrêt du Conseil d'Etat, du i3 janvier 1776, venait 
de casser et annuler un arrêt du Conseil souverain du Roussillon 
qui était favorable à la cause des consuls de Perpignan. Les 
magistrats consulaires avaient demandé à la Cour provinciale 

(1) Archives comm., AA. 1, f° 143 : «■ J^ie publiée seu carrerie dicte ville 
teneanlur melius, pulchrius et utilius condirecte. » 

(2) Arch. comm., AA. 1, f" i5i. 3o septembre 1387. 

(3) Ibidem, AA. 1, f° 149 v°. 3 août i366. « Quadrigarum magni ponderis 
vehiculorum et currorum que a paucis citra temporibus ducuntur... per eandem 
villam. » 

(4) Ibidem, AA. 10. Le 8 janvier 1370, les consuls de Perpignan faisaient 
publier des criées concernant le passage des voitures dans les rues spéciale- 
ment désignées à cet effet : « ...que non v alge aigu qui gaus menar ni fer 
menar carreta o carretes carregades ni buydes... per la vila de Perpinya ni 
dins la vila, anant de les plasses qui son devant los portais e als portais on 
no hâ plassa pus avant de x canes de Montpeler, sots pena de xx sous per 
çascuna vegada. (Archives des Pyr.-Or., B. 217, P 39.) 



— 53 — 

l'autorisation de faire un règlement « pour procurer à la ville de 
Perpignan la propreté, la décoration et la commodité des rues ». 
Les desiderata des consuls portaient sur les points suivants : 
r Les rues principales devront avoir trois toises de largeur, au 
moins, et les autres deux toises, dimensions que les propriétaires, 
en rebâtissant, seront obligés d'observer ; 2° dans les rues qui auront 
les dimensions prescrites, les boute-roues qui se trouvent dans ces 
rues seront au fur et à mesure enlevés aux frais des propriétaires ; 
3 défense de bâtir aucun auvent ou amba (evans), et de faire 
aucun ouvrage extérieur à ceux qui existent ; 4' enfin, transfor- 
mation des portes-cochéres et volets des fenêtres des rez-de- 
chaussée se développant en dehors, par des dispositions qui feront 
disparaître cette gène à la circulation. Une pénalité frappait, cha- 
que contravention. 

Déjà, en 1749 (le 3 janvier et le 3o juin), des ordonnances des 
consuls de Perpignan avaient paru, relatives à l'embellissement 
de la ville et notamment au rétablissement des pavés des rues, 
prescrit par les ordonnances du 7 août 1722, 3i janvier 1728 et 
1" mars 1731, qui ne furent jamais observées, soit par la mau- 
vaise volonté des propriétaires taxés, soit par la difficulté de 
trouver de bons paveurs. 

On peut aisément constater que, vers le milieu du xviii' siè- 
cle, les intendants du Roussillon transformèrent et assainirent 
énergiquement la ville. En effet, le 3o juin 1749 (j), une ordon- 
nance des consuls de Perpignan était rendue au sujet de la pro- 
preté des rues et des précautions à prendre pour empêcher qu'il 
n arrivât aucun fâcheux accident, pendant la réparation des égouts 
et autres souterrains. Cette ordonnance, qui vise les précédents 
règlements « tombés sous le mépris ou l'oubli publics », interdisait 
l'élevage de toute espèce d'animaux de basse-cour dans l'intérieur 
de la ville ou, tout au moins, leur circulation dans les rues et 
carrefours, le lavage du linge et de la vaisselle de cuisine près 
des fontaines de la ville ou hors des portes de l'enceinte ; obli- 
geait les propriétaires qui font réparer leurs maisons de placer 
des barres à l'extérieur pour avertir les passants ; défendait de 
déposer des pierres sur la voie publique et de les y laisser ; pres- 

[\) Arch. comm., livre des provisions, AA. 10, registre. 



IL 



- 54 - 

crivait de mettre des lanternes près des trous faits dans le sol et 
des amas de matériaux ; et défendait d'abandonner sur la rue des 
voitures, pressoirs, tonneaux et marcs de vendanges. 

Un an plus tard environ, le 4 avril ijSo, une ordonnance des 
consuls était rendue au sujet du pavage des rues qui n'avait pas 
été refait depuis 1690. Les consuls qui, à leur entrée en charge, 
ont (( tout d'abord remarqué la saleté des rues et le niauvais estât 
de leurs pavés », ont fait renouveler les criées sur le balayage, et 
les font exécuter par les clavaires, aidés de clavaires surnumé- 
raires. Le pavage sera fait aux frais des propriétaires ayant front 
sur rue, à proportion de la surface qu'ils occupent (1). L'entre- 
prise du pavage fut confiée aux nommés Pierre Combis père et 
fils, de Lasbordes (Languedoc), à raison de 3o sous la toise car- 
rée et de 20 sous dans le cas où les propriétaires fourniront les 
cailloux, le sable et les manœuvres (2). Mais il s'agissait non seu- 
lement d'embellir les rues, il importait surtout de leur donner 
de l'air, en un mot de les élargir. 

Pour infirmer l'arrêt du Conseil Souverain, du 23 janvier 1776, 
le Conseil d'Etat expose qu'aucune loi ne détermine la largeur à 
imposer aux propriétaires, et ne permet de sacrifier à l'intérêt 
général le préjudice que causeraient à des particuliers des réduc- 
tions de surface qui, maintes fois, équivalent à la partie qui reste ; 
qu'en l'espèce, il conviendrait de faire adopter un plan d'aligne- 
ment général de la ville et de déterminer une échelle d'indemni- 
tés équitables supportées par la communauté. Quant aux ferme- 
tures défectueuses, le Conseil d'Etat trouve que cet état de 
choses « est établi par des titres légitimes, tels que des inféoda- 
tions de la Chambre du Domaine, au nom du Roi, à qui appar- 
tiennent les rues ; il a été payé pour cela des droits d'entrée 
au Domaine, et il se perçoit à son profit des censives annuelles ». 
Le Conseil d'Etat fit la critique de l'arrêt du Conseil Souve- 
rain qui confond la juridiction des consuls, exercée par leurs 
clavaires, et celle de la Chambre du Domaine. Après avoir cassé 
et annulé l'arrêt, le Conseil d'Etat statuait qu'il soit « incessam- 
ment fait et dressé par l'ingénieur en chef de la place un plan 

(2) Ibidem, A A. 7, f" 80. 

^3) Ibidem, AA. jo, registre, livre des provisions. 



— 55 — 

figuratif des dites rues, et un projet d'alignement dicelles, les- 
quelles seront arrêtées dans une assemblée générale au Conseil de 
la dite ville, dans laquelle il sera en même temps délibéré sur les 
indemnités que pourroient prétendre, tant les propriétaires des 
maisons qui perdront leurs fonds pour le redressement des rues, 
que les seigneurs fonciers à cause de leurs Directes (j) ». 

Le 27 avril, parut l'ordonnance des Consuls de Perpignan ser- 
vant de règlement pour les auvents et l'alignement des rues de la 
ville : elle visait la longue série des titres royaux, ordinations, 
privilèges, qui partent de 1347 et vont à 1770, et décidait la 
confection du plan dont il vient d'être question. Les Consuls tra- 
çaient sommairement les bases du travail de l'ingénieur. Les por- 
ches, auvents, piliers sont successivement énumérés. Les rues de 
la Barre [GalUnaria), des Marchands, de la Fusterie, la place 
Laborie, les ponts sur les rues, les étaux [laulas caulasseras et 
peixoneras) servant à l'étalage des jardinages et poissons, tout ce 
qui est un obstacle à la circulation est l'objet d'une discussion 
pour décider si l'on doit les démolir, les défendre ou les 
tolérer (2). 

Quand on compare l'état actuel de nos rues aux carrerons des 
xiv' et xv' siècles, on peut être fier du résultat obtenu par les 
sages décisions des différentes municipalités qui se sont succédé 
depuis plus de cinq siècles. « 11 est difficile, écrivait Desplanque 
en 1893, de se faire une idée de la saleté qui paraît avoir existé 
a Perpignan. Le fumier s'entassait devant les portes ; les porcs 
et les poules vaguaient librement par les rues ; les ruisseaux qui 
traversaient plusieurs quartiers à ciel ouvert, charriaient des im- 
mondices de toutes sortes « lejuras, brossas, embuderadas, sco- 
billes, choes d'ayll y de sabes » ; on y lavait le linge ; on allait 
même jusqu'à faire des malpropretés dans les fontaines et il fallut 
nommer un officier spécial, chargé de maintenir un peu d'ordre 
dans la voirie ». 

Ces règlements en vigueur furent nécessaires ; ils aboutirent à 

(1 ) Arch. comm., A A. 10, registre. 

(î) 27 avril 1776. Ibidem, AA. 10. L'embellissement des rues concernait 
les principales rues et les marchés dont nous avons suivi la transformation 
au début de cette étude. 

(3) Ibidem. 11 septembre ^ "]"]"]• 



— 56 — 

la transformation successive et radicale de la vieille ville « aux 
ruelles étroites, empuanties ». 

Ainsi, peu à peu, Perpignan se transformait, s'élargissait, avait 
l'aspect d'une grande ville : certains auvents disparaissaient ; on 
sait, en effet, que les porches ou auvents (i) avaient été construits 
par pure tolérance sur la voie publique, et, du reste, sous certai- 
nes conditions. Mais pour élargir la ville, il fallait avoir les droits 
que la Ville n'avait point. Avant les lois actuelles sur la Constitu- 
tion des Communes, la voie publique n'était pas, à Perpignan, 
une propriété communale ; la ville possédait sur les rues et places 
un droit de police absolu, mais elle n'était pas propriétaire de 
ces voies. Le premier plan d'alignement {2), qui fut établi en 
J775, ne portait que sur un nombre restreint de rues et places. 
Le 11 septembre 1777, un arrêt du Conseil d'Etat nommait le 
sieur Duclos architecte de la ville de Perpignan : celui-ci confec- 
tionna le plan qui devait transformer définitivement la cité per- 
pignanaise. Le deuxième plan fut dressé en 1840. 

Si la rue des Marchands et la rue de la Barre ont conservé 
leurs auvents, à l'encontre de tant de rues qui ont vu disparaître 
les leurs, ce sont néanmoins ces deux rues principales qui inaugu- 
rèrent les premières devantures en bois avec volets se développant 
et se repliant à l'intérieur. Par contre, elles conservèrent long- 
temps le vieux type de la boutique à ouverture béante (3) ; 
vers 1826, la transformation des devantures avait modernisé l'as- 
pect des boutiques qui devinrent des magasins. L'évacuation des 
jardiniers^ fît donner à la place de la Gallinaria le nom nouveau de 
la rue des Marchands, qu'elle a, malgré le changement des noms 
de toutes les rues, heureusement conservé encore. 

( 1 ) Une ordonnance de Ferdinand le Catholique, du 1 6 juillet i 5 i o inter- 
disait de réparer les avancées des étages en surplomb 1 envansj des maisons 
de Perpignan. (Arch. comm., AA. 4.) 

(a) 11 est impossible de trouver, dans les pièces antérieures au premier 
plan d'alignement, la délimitation des propriétés privées et celle du domaine 
public de la commune. D'autre part, les règlements de police sur la dimen- 
sion des avancées des maisons et la dimension des piliers ne peuvent être 
regardés comme créant des droits à la Ville contre les propriétaires. 

(3) On peut voir encore, dans la rue actuelk; Emile-Zola (ancienne rue 
Saint-Sauveur), près de la petite place du Poids de l'huile, une devanture à 
ouverture béante. C'est une ancienne boutique, aujourd'hui fermée. 



- 57 - 

Plus récemment encore, Perpignan, tout en perdant son pur 
cachet d'originalité que lui donnaient ses beaux et solides rem- 
parts des xiT et xiii* siècles, flanqués de meurtrières ou d'archières 
et complètement restaurés par Vauban, mais toutefois dégagé de 
cette vaste enceinte qui la resserrait et l'étreignait péniblement, 
prenait l'aspect des grandes cités: une nouvelle ville (i), toute 
coquette et pimpante, surgissait au milieu de ces vieilles murail- 
les, de ces larges fortifications désuètes et déclassées, que les nou- 
veaux procédés de guerre rendaient inutiles, et qui étaient métho- 
diquement remplacées par des forts modernes capables d'une 
protection efficace en cas d'invasion. 



IV. Le Théâtre de la Loge de mer ou l'ancienne Salle du Consulat de mer. 

En 1752, la salle du rez-de-chaussée de la « Loge de Mer » {1) 
avait été convertie en théâtre. Par l'étrange caprice d'un homme, 
sous les ordres d'un Souverain, pour distraire et égayer son 
entourage, le Comte de Mailly transformait en théâtre la belle 
et vaste salle du Consulat de Mer. 

On abattit à cette époque un beau plancher et la chapelle dont 
le retable (retaule) était formé par le tableau de la Trinité (peint 
en J489), qui se trouve aujourd'hui dans l'église Saint-Jacques, à 
la chapelle de la Sanch vella, où on le porta en \y52. La démo- 
lition de cette splendide pièce fut consentie par les Consuls de 
la ville et les Conseillers du Consulat, d'accord avec le Comte 
de Mailly (3) ; dans les premiers jours de 1752, et moyennant la 

(1) On pourra consulter avec intérêt l'intéressant ouvrage de M. Pierre 
Vidal, au sujet de la ville nouvelle : Perpignan. 1898, chap. xxi : Perpignan 
à la fin du xix' siècle. — Cf. également l'étude très documentée de Ph. Tor 
rcillles : L'alignement des rues de Perpignan au xviii' siècle. ('Revue d'archéo- 
logie (J^uscino). n° 2, juin 191 i.) 

(2) Au rez-de chaussée était la Bourse (aujourd'hui Café de France) ; à 
l'étage unique était le tribunal de mer (salle Arago actuelle). Le commerce 
roussillonnais se faisait principalement par mer. Le Consolai Je mar avait été 
crée en 1387. (Voir plus loin, à l'appendice, Le Consulat de merci la charte 
créant ce consulat.) 

(3) Ces travaux commencèrent « a la fi del any de 1751 ». La Loge de 
mer avait été bâtie sous le roi Martin. Cette Loge de mer et le Palais de la 



— 58 — 

somme de 16000 francs les démolisseurs commençaient leur œu- 
vre : l'intérieur de la Loge de Mer fut tellement défiguré qu'au 
dire de Joan Candi, docteur en théologie, on ne pouvait plus se 
faire une idée de ce qu'était auparavant cette splendide salle 
« que no se pot figurar com era antes ». 

Grâce aux éphémérides, en catalan, que Jean Candi, alors curé 
de Saint-Jacques, avait eu la bonne inspiration de dresser et de 
glisser dans le registre (ou minute (i) des actes de baptême, ma- 
riage et sépulture), nous pourrons suivre la transformation de ce 
bel édifice, de cette salle mes lustrosa, qui est aujourd'hui un des 
plus riches joyaux de la ville de Perpignan, admiré du monde 
entier. 

Voici la note qui relate cet événement si important. 

« Es per memoria, com en lo présent any de ijSS, se fabrica 
y erigi la sala de las comedias de la manera seguent. Lo senyor 
compte de Mally, governador de la provincia, tienent gênerai de 
las armas de nostre monarcha Lluis XV, per donar divertiment a 
la noblesa, als officiais, a tota la vila y tota la provincia, volgué 
establir una sala fixa y perpétue per las comedias, volent qu'hi 
haguès continuament comedians fixos. Perço demana als Consols 
de la dita vila y los del Consolât de mar, la sala del Consolât 
de mar (2). 

Députation sont tous les deux remarquables par les détails de la construction 
et de la décoration. A ce sujet, cf. P. Vidal, "Perpignan, 1898. 

(1) On sait qu'antérieurement à la Révolution et à partir de 1684 seule- 
ment, les registres qu'on appelle aujourd'hui registres d'état civil étaient 
rigoureusement tenus en double par les curés. Le registre-minute était gardé 
à la sacristie, le registre-grosse était versé au bailliage. En 1791, les minutes 
furent apportées aux mairies et les grosses au greffe du tribunal de première 
instance de l'arrondissement. (Ces registres m'ont été très utiles pour mon 
étude sur l'église de Castel Roussillon : actes de l'église des xvii' et xviii* siè- 
cles.) (Extrait des registres paroissiaux. Arch. comm., pp. 93-io5.) 

(2) En appendice j'ai transcrit, dans cette étude, les lettres patentes de 
Sanche. roi de Majorque, autorisant les consuls à acheter une boutique et 
plusieurs étaux sur la place deh richs homens, « in platea procerum », pour y 
construire la Maison consulaire, « affranquimentum operatorii d'En Ganter, 
m quo est facta Logia Perpiniani. » (Palma, 5 mai i3i5. Arch. comm., livre 
vert mineur, AA. 3, f" 100 v°.) — « La salle consulaire, située au rez-de- 
chaussée, écrit M. Vidal, n'offre plus l'aspect qu'elle présentait à l'épocjue 



- 59 - 

Esta sala venia a peu pla casi del carrer que es entre dita sala 
y lo Pes-del-Rey (i). S hi entrava per una gran porta de barras 
de ferro ben treballat, molt alta y mol ampla ; a la esquerra hi 
habia una finestra ab una gran retxa de ferro (2) ben treballat. 
Del rostat de LIotja, hi habia altre porta mes petita tambe ab 
barras de ferro, axibe ben treballadas ; dos gran finestrals que se 
tancaban ab finestras de fusta. En dita sala, se tenian las assam- 
bladas de las opposicions (3), de las cadiras (4) de theologia, lleys, 
medicina y philosophia. En dita sala, se passajaban al LIotja en 
temps plujôs. de neu o de vents humids o molt frets. Al fonds 
de dita sala, hi havia una petita capella (5), dividada de la sala 
per un balustre de fusta; per conséquent tota la sala podia fornirse 
de gent per ohir missa, lo retaula era de guix gravât sobre la 

de nos libertés communales, mais le plafond a été conservé : c'est un beau 
travail du xv' siècle. 11 est à compartiments profonds, exécutés de main de 
maître, d'après un plan qui dénote un goût exquis chez le fuster qui en fut 
chargé. Au fond de la salle s'élevait un dais, sous lequel siégeaient les consuls 
de la ville ; sous ce même dais s'asseyaient les rois d'Aragon lorsqu'ils 
venaient visiter l'Hôtel-de-Ville. (P. Vidal, Perpignan. 1898, chap. xiv, 
par. 3.) — 11 est certain que les architectes et sculpteurs qui ont construit 
ce beau monument étaient « des artistes dun grand talent, qui avaient plei- 
nement conscience d'un art parfait ». 

(1 j C'était la maison Charrasse, rue Saint-Jean, où est actuellement installé 
le magasin Dewachter (angle de la rue Saint-Jean). 

(a) Une grille. 

(3) Examens pour l'Université. 

(4) Chaires de théologie, etc. 

(5) La chapelle ou église (sub invocatione Crucis et Immaculate "Virginis 
Marie, noviter in domo Consulatus construcla ' Arch. comm., AA. 6, f' 504) 
avait été construite dans la salie Saint-Jean ; elle fut consacrée en 1606, le 
29 décembre, par l'évéque d'Elne, Onuphre Réart, sous l'invocation de 
saint Jean et de la Sainte Vierge. Le rétable et l'autel furent construits en 
1606. Le 3 août 161 3, le nonce du pape déclarait que la prohibition de 
célébrer des messes dans les oratoires privés ne s'étendait pas à la chapelle 
de l'Hôtel-de-Ville ; cette exception en faveur de la chapelle du Consulat 
fut accordée par Antoine Cajetan, nonce d'Espagne, le 3 août 1616. — Un 
document du 18 juin 1606, relatif à cette chapelle, relate le privilège dit de 
la Visita, accordé sous forme de capitation par Philippe II, roi d'Espagne, 
à la ville de Perpignan, concernant la publication, à son de trompe, du 
résultat de la Yisita sur la place de la LIotja et dans la chapelle nouvellement 
construite « al costat de la sala gran del Consulat de mar ». (^Arch. comm., 
AA. j, f 35 I et 362.) 



— 6o — 

fusta ab la figura de la santissima Trinitat y altres figuras. Lo tôt 
ben dorât, molt antic, lo quai es vuy en la iglesia de Sant-Jaume, 
en la capella de la Sanch vella. Tots los dias s'hi deya o cele- 
braba missa, la quai ohian quant volian los senyors consols de la 
Casa de la vila ; la quai celebraba un Religiôs del convent de 
N'" S'- de la Mercé, ab salari que rebia de la Casa de la vila. 
Lo sostre capital de dita sala era digne de ser vist, puix era tôt 
treballat a la mosaica, casi tôt dorât y lo demès pintat. Los capi- 
tells dels cayrats, que eran com vigas eran tots de pedra picada, 
cada hu ab figura de diferents animais, o de homens, o de angels. 
Los arcs que portaban dits monalls (j) tots de pedre picada y 
rreballada a la mosaica. Tota eixa constructié de dit sostre a la 
antigalla (2), donaba a que occupar lo esperit de los curiosos qui 
lo contemplaban. Sobre dit sostre s'hi representaban las comedias 
dels comediants, passatgers y bagabuns (3), no obstant lo mal 
propre estât en que se trobaba (4). 

En effecte, lo dit senyor compte de Mally a la fi del any de 
ij5i, convingué ab los S" Consols de la vila y los S" Consols 
del Consolât de mar (5), que la dita sala l'hi foncb concedida ab 
los pactes entre ells fets. Als primers del any iy52 se donâ ma a 
la obra, la entrepresa pujant a 16.000 franchs y las despullas. Tôt 
incontinent feu dimolir lo dit sostre y capella y se treballâ fins a 

(i ) Ce sont les poutrelles artistement sculptées. 

(2) A l'antique. 

(3) Comédiens ambulants, c'est-à-dire de passage. 

(4) 11 est bon de rappeler que la Loge de mer avait été bâtie sur l'empla- 
cement d'anciens ouvroirs qui furent achetés par les consuls : un document 
précise le fait : « domum et domos que sint ad scrvitium dictorum consu- 
lum... » (Je le reproduis à l'appendice.) En somme, la Loge de mer primi- 
tive, d'après un tableau de 1489, ne consistait que dans une partie du monu- 
ment qui présente, sur la façade de la Loge actuelle, les deux arcades 
voisines de l'angle. Les deux autres fenêtres, et toute la partie du monu- 
ment qui en dépend, furent ajoutées sous Charles-Quint, en 1540: une 
inscription catalane, que reproduit M. Pierre Vidal (Perpignan, 1908, 
p. 287) relate le fait. 

(5) Le Consulat de mer de Perpignan avait été créé le 1 5 décembre i 388, 
sous Jean 1", roi d'Aragon, qui lui avait conféré les mêmes droits et attri- 
butions que celui de Barcelone : les membres ainsi que l'assesseur et le juge 
des appellations devaient être nommés chaque année, la veille de saint Jean, 
par les consuls de Perpignan. (Arch. comm., AA. 1, P 280.) 



— 6. — 

Santa Creu de maig per formar dita sala de spectacle, la quai 
sala ha tant desfigurat la dita sala de Consolât de mar que no se 
pot figurar com era antes ; mes se pot dir que moltas personas que 
han vist salas de comedias, de spectacles o opéras en Fransa y en 
Italia, no han vist sala mes iustrosa, mes curiosa que la que si es 
treballada en esta vila ; de mes grans, ne habian vistas y ab mu- 
sica mes abundada ; mes non pas de major lustre. Tôt incontinent 
se feu un avansament del costat del Pes-del-Rey (i) per servir de 
aposento (2) aïs comedians lo die dels ensaitgs y de functio, a 
la porta del quai hi ha sentinella nit y die y la obertura o pri- 
mer die de las représentations se feu lo primer maig lySa, que 
es lo corrent any ahont ha assistir gran concurs de poble de tôt 
estament (3) majorment tant com dit S' Compte de Mally es estât 
dins la vila y provincia. Moltas personas de différents estats se 
son abonats per facilitar a tenir actors continuos y bons, major- 
ment tots los officiais dé la guarniciô, per ordre de dit senyor 
compte de Mally. 7fa est. 

Le gouvf^rneur Comte de Mailly (4), séduit par la beauté de ce 
magnifique palais, venait de transformer en théâtre cet hôtel prin- 
cier. On peut se demander, avec juste raison, s'il n'existait pas déjà 
une salle de spectacle. « 11 semble bien cependant que dés le xvi' siè- 
cle, Perpignan possédait déjà une salle de spectacles ; elle était 
située dans la rue de !'« Ancienne Comédie », qui débouche dans 
celle de la Main-de-fer. Cette maison était connue jusque dans 
ces derniers temps, sous le nom de Casa de las Comedias (5) d. 

La place de la Loge, l'ancienne Place des Riches Hommes 
(plassa dels T^ichs Tiomens), avait porté le nom de « Place du Théà- 

(1) Un mandement de Sanche, roi de Majorque, concernait la création 
du teneur du livre du poids du roi ( i3 nov. i32 2). De là le nom attribue à 
la rue. 

(2 ) C'était le foyer de la comédie. 

( 3 ) De tout rang. 

(4* Un arrêt du Conseil d'Etat, du 17 février ijS'i, approuvait la cession 
faite en faveur de la Ville par M. de Mailly, commandant de la province, 
de 5oo livres que la province lui pavait pour son droit de saccades, attendu 
les réparations faites à l'hôtel du commandant et à l'établissement de la salle 
de spectacle. ( Arch. comm., AA. 8, P 2i3. 

(5i P. Vidal, "Perpignan, 1898, ch. xjv, par. 3. 



~ 6^ - 

tre ». C'était, dit M. Vidal, un théâtre en plein air où « nos aïeux 
représentaient les Mystères, ces longs drames religieux du moyen 
âge ». En effet, le lo mai 1469, Laurent Galderich, dit Raffard, 
pareur, vendit à François Alphonse, mercadier, une maison sise à 
la paroisse Saint-Jean « devant le théâtre » (ante Theatrum) et 
confrontant d'un côté, avec la maison d'Augustin d'Agosti, mer- 
cadier et par devant avec le dit Théâtre ou Place des Riches 
Hommes (1). 

La salle de spectacles municipale vécut 63 ans, d'une vie mou- 
vementée, avec pas mal de « relâches » sur l'affiche ; quelquefois 
il y eut des suspensions pendant une campagne entière. Dans ce 
dernier cas, la salle était louée pour des bals au prix moyen de 
25o francs l'an, avec réserves pour les représentations fortuites 
des troupes de passage, les « comedians vagabuns (2) ». 

Le dernier directeur, malgré tous ses efforts ne put terminer 
la campagne qu il avait entreprise en montant trois opéras (3). Le 
26 janvier j8i5, il liquidait la situation en passant à la municipa- 
lité pour 600 francs d'accessoires : ceux-ci furent cédés à la 
Société du théâtre, qui s'ouvrit l'année suivante. 

L'ancienne salle de spectacle (4) fut affermée à la Ville ; on en 
fit un bureau ; plus tard elle servit de remise aux Messageries. 

Ceci est confirmé par Jaubert-Campagne (5) qui se plaignait 

(i) Et ante cum dicto théâtre sive Platea Divitum hominum Perpiniani. 
(Manuel de Pierre Vilarnau, années 1469-70.) (Note de M. P. Vidal, 
op. cit., p. 292.J 

(2) Parmi les pièces qui furent jouées figurent : la Belle Arsène ; lu Femme 
vengée : les Savoyards ; la Forêt de Sicile ; les Sabotiers ; la Piété filiale ; 
l Auberge pleine ; la Veuve de Malabar ; les Deux Avares ; Zémire et Azor ; 
Lodoyska ; Don Quichotte ; l'Amant statue ; le Secret ; Guillaume Tell (comédie) ; 
Paul et T'irginie (id.); T^oméo et Juliette (id.); le Barbier de Séville (id.); etc. 
(D'après une note de Jean Guibeaud.) 

(3) Cétait un nommé Singier qui donna : la Tlùte enchantée, de Mozart; 
ta Vestale, de Spontini ; le Siège de Corinthe, de Méhul. 

(4) Les merveilles du plafond de cette salle, les mosaïques dont parle 
J. Candi paraissent une imitation ou reproduction du plafond de la salle 
actuelle des mariages. Ces merveilles sont masquées par un faux plafond 
placé au-dessous à la distance de 94 centimètres. La Ville accéda, non sans 
regret, à l'exigence du fermier qui trouvait trop élevé le plafond d'une 
pièce recevant une nouvelle affectation. 

(5) Jaubert-Campagne, avocat, Essai sur les anciennes institutions munici" 
pales de Perpignan, par. iv, i833. 



— 63 — 

amèrement, en i833, de la décevante transformation de l'ancien 
prétoire si renommé de ha Loge. « Le local existe encore aujour- 
d'hui, tel qui) fut. écrivait l'éminent avocat, mais il n'existe d'au- 
tre trace de son antique destination qr'ane girouette en fer et en 
forme de galéasse de cette époque, qui, du haut de la Maison de 
Ville, semble protester contre la nouvelle destination qu'il a reçue. 
En voyant notre antique Loge de commerce servir de remise aux 
diligences, on croit voir un vieux serviteur qu'une patrie 
oublieuse de ses anciens services, laisse s'éteindre dans la misère 
et dans l'oubli ». 

Puis ce fut le café de la Loge , et aujourd'hui le café de 
France (i) qui existe encore. Ce bel immeuble, dont un rideau 
de fer masque la gracieuse façade, ce pur joyau d'architecture 
hispano-mauresque, orné de trèfles, d'ogives et de balustres 
découpés à jour, est d'un précieux revenu pour la ville qui n'a 
jamais pu, malgré les efforts si louables du regretté D' Donnezan, 
rendre au bel édifice de la capitale du Roussillon, sa première 
parure si gracieuse, toute d'originalité byzantine. 

(A suivre) Henry Aragon. 

( 1 ) Cet immeuble a successivement rapporté 2125 fr. par an jusqu'en j 852 ; 
7025 fr. en 1868; 1 1 .400 fr. en 1891 et 14.200 fr. depuis 1894. Aujour- 
d'hui, la Ville perçoit un revenu de i 0.000 francs. 

Sympathies catalanes 

Nous avons reçu une magnifique carte-souvenir de la messe 
offerte par les Dames Catalanes du PaJrtnalge de Guerra de Bar- 
celone aux Ames des Volontaires Catalans et des soldats des 
nations alliées tombés au Champ d'honneur. 

Cette messe fut dite par M. l'abbé Etienne Caseponce, mem- 
bre de la Société d'Etudes Catalanes, le 14 février dernier. 

Une soirée en l'honneur de Volontaires Catalans luttant sur 
notre front fut célébrée le ] mars au "Foyer français, avec le con- 
cours des maîtres Guimerà, Mestres et Iglesias. A ce sujet, 
M. Apeles Mestres nous écrit : 

« M'han demanat que hi prengui part, llegint algunes "Flors de 
Sang, a lo quai he accedit molt gustés. Jà veu que 's fa tôt lo 
que 's pot perla causa. » 

Ces paroles de l'illustre poète nous vont droit au cœur. Ce 
sont là vraiment de sincères amis. Français ne l'oublions pas. 

Caries de la Real. 




La Colonie antique de Ruscino 

La presse locale et régionale a salué chaleureusement l'appari- 
tion du livre de notre excellent collaborateur M. Henry Aragon : 
La Colonie Mnlique de T^uscino. Le public roussiilonnais, celui qui 
pense, et que le bouleversement général n'a pas pris tout entier, 
a commenté flatteusement cette brillante manifestation de la pen- 
sée française, ce nouveau monument de l'Histoire de notre petite 
patrie. 

11 nous sera quelque peu malaisé, après tout le bien qui a été 
dit du livre de M. Aragon, de trouver des termes assez forts 
pour traduire l'impression que sa lecture a laissé dans notre esprit 
de fervents catalanisants. 

Castel-Rossellô a toujours eu pour les perpignanais un attrait 
particulier ; abstraction faite des historiens locaux et des ardents 
poètes qui ont immortalisé la vieille tour moyenâgeuse, le vul- 
gaire a professé pour cet amas de ruines qui s'élève encore impo- 
sant devant la bande bleue de notre Méditerranée, une vénération 
non dissimulée. 

Mais ces ruines, depuis quelques années, se sont animées ; en 
1909, des fouilles furent entreprises. «M. Thiers les poursuivit 
pendant cinq années avec la passion et l'ardeur qu'il apportait à 
ses entreprises ». 

La guerre survint, avec elle fut interrompue la grande œuvre 
de résurrection de Ruscino ; la mort de M. Thiers semblait 
devoir mettre fin au merveilleux travail d'exhumation de tant de 
richesses archéologiques. 

Mais de même que, dans la course au flambeau, l'éphèbe saisit 
la torche des mains débiles du vieillard qui succombe, M. Ara- 
gon a vaillamment poursuivi la tâche de son Maître vénéré. 

Et nous avons vu merveilleusement surgir des oeuvres maîtres- 
ses : Le Bilan des fouilles de J^uscino, Les Vestiges de T^uscino, Cas- 
tell-T^ossellô au Moyen Age, etc.. et enfin La Colonie Antique de 
J{uscino. 



— 65 — 

Nous n'avons pas la prétention de disséquer le dernier né du 
châtelain de Castel-Roussillon ; il nous faudrait pour cela sortir 
du cadre restreint de notre petite T^evue Catalane; qu'il nous soit 
simplement permis de citer une appréciation qui fait, à notre avis, 
autorité : celle de M. A. Héron de Villefosse, membre de l'Ins- 
titut. « La cause de Ruscino n'était pas abandonnée. Avec une 
activité qui surprend et qui étonne, vous en êtes devenu l'avocat 
et vous l'avez vigoureusement défendue. 

« Vous avez repris les commentaires lumineux dans le but 
d'écrire l'histoire de la colonie romaine et d'en exposer l'admi- 
nistration. Actif ouvrier de la résurrection de Ruscino, vous avez 
la satisfaction et l'honneur d'en être le premier historien. » 

Ainsi, par delà les fantaisies populaires, M. Henry Aragon a 
courageusement abordé l'Histoire, la grande Histoire, celle qui 
exige qu'on l'écrive avec son âme, celle qui vous change en béné- 
dictin poussiéreux, celle qui vous prend toutes vos facultés, toute 
votre vie, celle qui vous ordonne impérieusement d'ouvrir les 
flancs de la terre pour y découvrir, un à un, les trésors des âges 
défunts. Et de cette terre bouleversée, qui est la nôtre, la Jfiare- 
Terra, monte un parfum très doux, indéfinissable, qui nous prend 
le cœur ; c'est ce parfum que nous avons respiré en tournant les 
feuilles de La Colonie Antique. 

P. Francjs. 



Les morts 

Deux figures de la renaissance provençale et catalane viennent 
de disparaître : 

Charles Roux, l'un des continuateurs les plus enthousiastes de 
l'Œuvre Mistralienne et J. Pons y Massaveu, auteur de diverses 
oeuvres fort appréciées pour leur couleur locale. 




OEL PRIMER RAIG: 

Salut al Rossello 

^ ma germana Teresa. 

Salut, terra catalana, 
Hont mos avis han lluytat... 
De Sant-Joan a Montferrat, 
Recort de guerra llunyana 

Tan que viuré 't guardaré... 
Dins mon cor plassa sagrada. 
Fins la mort no olvidaré 
Riu, y camp, y casa honrada. 

Rossello, Vallespir o Cerdanya... 
Païs del sol y del fruyt endaurat, 
Cantaré ta vall y ta montanya, 
Tos miquelets del temps passât, 

Y quan los anys blanquiran lo meu cap, 
Lo meu desitg, terra agrahi'da... 
Sera dormir 6 morir Deu ho sab 
Dins ton se, mare benehîda, 

Albert Janicot. 

Une basilique latine du V siècle 

L'atrium el l'église d'Arles-sur-Tecb 
VIL L*abside et les absidioles 

Dans le mur de fond de la nef s'ouvre une abside semi- 
circulaire, voûtée en quart de sphère, absolument pareille 
aux absides des basiliques païennes. Elle est flanquée de 
deux absidioles correspondant aux bas-côtés ; mais, chose 



- 67 - 

étrange, ces absidioles sont fermées par des murs plats et 
peuvent être considérées comme des annexes et non comme 
des parties intégrantes de l'église. On remarquera, en outre, 
que l'abside se ferme à 9"'5o au-dessus du pavé, alors que 
la voûte de la nef atteint une hauteur de 17 mètres, ce qui 
constitue une anomalie qu'on ne rencontre nulle autre part, 
et qu'aucune raison d'ordre liturgique ne saurait expli- 
quer (1). Nous allons avoir la raison de ces diverses ano- 
malies. 

Parlant des basiliques civiles de la Rome païenne, Cor- 
royer s'exprime ainsi : 

« C'est dans l'hémicycle ou abside qu'étaient placés le 
« siège du juge — Irihuna — et ceux de ses assesseurs. A 
« droite et à gauche, s'élevaient souvent des absides secon- 
« daires, ou de petites salles destinées à contenir les archi- 
« ves ou divers services accessoires (2). » 

Nous voyons donc pourquoi les absidioles d'Arles ont 
été fermées par des murs plats. Aucune préoccupation 
d'ordre liturgique ne pourrait expliquer ce dispositif; les 
absidioles sont donc antiques. 

Passant aux basiliques chrétiennes, Corroyer ajoute : 
« L'autel était placé entre l'hémicycle ou abside ménagée 
« dans le mur du fond et l'arc triomphal s'ouvrant dans la 
« nef (3) ». 

Cela nous explique pourquoi l'abside d'Arles a, selon 
M. Brutails, une profondeur plus grande que son rayon. 
11 est vrai qu'on peut croire aussi que ce léger allongement 
est dû à l'existence d'un escalier de cinq marches aujour- 
d'hui supprimé. 1 1 en était ainsi à l'église de Baqouza (Syrie), 

(1) On trouve bien quelquefois un oculus percé entre la voûte de l'abside 
et celle de la nef, quand elles ont une hauteur différente. Cela peut s'expli- 
quer de bien des façons, mais une différence de hauteur de ^"$0 est inexpli- 
cable. 

(2) Loc. cit., p. 24. 

(3) Loc. cii., p. 46. 



— 68 — 
sensiblement contemporaine de l'église d'Arles et offrant 
avec cette dernière de multiples analogies. 

Plus loin, le savant architecte ajoute: « L'abside primi- 
« tive n'avait pas d'autre jour que celui qu'elle recevait de 
c( la nef ou du transept. Transformée en martynum. elle fut 
« non seulement percée de fenêtres, mais encore, selon 
« certains auteurs, elles auraient été entièrement ajourées, 

« etc. (i). » 

L'abside d'Arles n'est pas entièrement ajourée ; majs elle 
était primitivement éclairée par trois fenêtres, dont deux 
ont été murées, lors des divers remaniements qu'a subis , 
l'édifice. Je ne comprends pas pourquoi, si l'abside eût été 
érigée pendant le bas moyen-âge, on eût ouvert des fenê- 
tres, qui ne devaient pas servir. D'autre part, dans toutes 
les 'tours semi-circulaires, que l'on voit encore dans les ^^ 
forteresses du v^ siècle (2), on retrouve les trois fenêtres, | 
quelquefois sur deux étages superposés. 

(A suivre) F-P- T'"'^'^^" 

(1 ) Loc. cif.. p. 49- . . , - 

(2) Notamment a Narbonne. Dans léglise de Baqouza, dont , ai parle 
tout à l'heure, l'abside est également percée de trois fenêtres. 

Trois gerbes (poèmes de p. Gasc) 
Si Gasc nous charme par sa poésie, dont Iharmonie et la couleur laissent 
une impression de grâce sereine, nous admirons bien plus en lui toute la 
finesse de sa psychologie et ce lyrisme reposant qui caractérise son art. 
Toute l'œuvre de Gasc respire une profonde sentimentalité et. qu il chante 
le Roussillon, ses impressions du front, ses émois ou ses espoirs, 1 auteur se 
révèle toujours analyste profond et sincère. C'est un peintre exquis des 
demi-teintes doublé d'un idéaliste, et ses tons en grisaille, ses gammes flot- 
tant dans le rêve enveloppent sa pensée de je ne sais quel vague endianteur 
qui sied à ravir aux choses de l'âme. 

Revues Françaises-Catalanes 

Nous saluons avec joie la publication de deux nouvelles revues françaises- 
catalanes. Messidor et Plançons. dirigées par de fidèles amis de notre Patrie. 
Nous retrouvons parmi les collaborateurs plusieurs de nos amis, entr autres 
MM. A. Maseras et Perez-Jorba. ^ 



U Gérant, COMET. - Imprimerie CtaUne, COMET, rue de h Po5te, Perpignan 



12- Année. N' 138 15 Avril 1918 

Les Manuscrits non insères ^^ ^F^^V W 4 V^ 

ne sont pas rendu». M^to M'* ^W m. J Ml.^ 



CATALANE 



Lrs Articles parus aans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an. 



L*aucell 



Una gabia jo tenfa 
pintadeta de vermeil ; 
dintre la gavia un aucell 
refilava nit i dia. 

A les dues, a la una, 
als matins, a les vesprades, 
i vàlga 'm Deu, quines cantades, 
ara al sol, ara a la lluna ! 

La ma d'una dona obrî 
la gabia quan jo no hi era, 
i l'aucell per l'ample esfera 
tôt d'un vol me va fugî. 

Anys han passât, i un riu d'or 
aquell goig no 'm tornaria : 
j l'aucell era l'alegrîa ; 
i la gabia era el meu cor ! 

]oan ToMAS i Salvany. 



Une basilique latine du V siècle 

L'atrium et l'église d'Arles-sur-Tecîï 
VIII. Le chevet 

Si je ne me trompe, le mot chevet désigne la face convexe 
de l'abside. N'ayant aucune notion sur ce chevet, j'en 
emprunterai la description à M. Brutails, déjà nommé : 
a A l'abbatiale d'Arles, pilastres et corbeaux sont concur- 
« remment employés à porter l'arcature ». Il s'agit évidem- 
ment de ces arcatures dites lombardes, dont j'ai sous les 
yeux un exemple à Castel-Roussillon, cité aussi par cet 
auteur. En général, on fait remonter l'âge de ces arcatures 
au XJ' siècle ; je n'y contredis point. Mais, si les Lombards 
sont les inventeurs de ce genre de décoration, il est bon de 
ne pas oublier qu'ils ont pénétré dans l'exarchat de Ravenne 
en 58o, c'est à dire bien avant le xi* siècle. Mais sont-ils 
bien les importateurs de ce genre de construction ? Incon- i 
testablement non ; pas plus que les Wisigoths, ils n'ont 
rien innové en matière d'architecture (i). Ces arcatures I 
dites lombardes existaient sans aucun doute à Ravenne 
avant leur arrivée et il est permis de croire que celles que 
l'on voit au chevet d'Arles sont contemporaines de l'église, 
bien qu'elles aient pu provenir de certains remaniements 
de date bien postérieure. Du reste, M. Brutails n'est pas 
éloigné de partager cette opinion, car il dit ailleurs : « L'em- 
« ploi très fréquent des arcatures dites lombardes et des 
« dents-de-scie est également remarquable : cette ornemen- 
« tation, dont l'origine paraît être une combinaison cons- 
« tructivc adoptée pour les monuments latins de Ravenne, 



(i) Vivant dans des chariots, les Barbares n'avaient pas d'architecture. 



■J 



— 7' — 

« eut, en Roussillon, non moins de succès que dans les 
« bassins du Rhône et du Rhin (i) ». 

Dans un excellent travail publié récemment (2), un archéo- 
logue espagnol, M. Puig y Cadafalch, signale des bandes 
lombardes sur le tombeau de l'impératrice Placidie — érigé 
à Ravenne en 449 — et dans nombre d'églises ravennates 
des V* et vj' siècles. Je pourrais citer, à mon tour, la bande 
des petites arcatures, que l'on voit sur un linteau de mar- 
bre blanc conservé au musée de Perpignan, et qui, à mon 
avis, ne descend pas plus bas que le milieu du jv* siècle (3). 
Dans un travail récent, je me suis bien gardé de prononcer 
le mot lombardes. Malgré toutes les réserves que j'aurais pu 
faire, nombre de gens n'auraient pas manqué de m'attribuer 
un parfait anachronisme. 



IX. Les toitures 

Ainsi que l'avait deviné Caumont, la grande nef était cou- 
verte d'une toiture lambrissée. Cette toiture était placée 
assez haut pour motiver l'existence d'un clair-étage percé 
de fenêtres sur les faces latérales. La longue fenêtre aujour- 
d'hui amortie en arc brisé, qui occupe le mur du fond (4), 
au-dessus de l'arc triomphal, existait-elle au v^ siècle ? 
Assurément non sous sa forme actuelle. Peut-être n'y avait- 
il sur ce point aucune ouverture ; un médaillon aurait pu, 
selon un usage assez répandu, occuper le centre de ce 

(1) Bulletin archéologique, 1893, p. 403. 

(2) Congrès archéologique (1906), pp. 684-703. 

(3^ Ce linteau chrétien, dont le plafond est sculpté à la façon des soffites 
des architraves païennes, est appelé à devenir célèbre, quand il sera connu 
du monde savant, autrement que par de vagues descriptions. Je ne crois pas 
qu'il existe d'autres monuments chrétiens de ce genre, du moins en France. 
(Ce linteau est .actuellement dans la salle du Musée archéologique.) 

(4) C'est ici le cas de parler de l'épaisseur des murs qui, selon M. Brutails, 
serait de i'"2o. Or, 4 pieds romains valent exactement i"i86. Il est visible 
que l'architecte a pris pour modèle une mesure romaine. 



— 72 — 
grand mur, pour en atténuer la nudité. Quant aux fenêtres 
latérales, elles existent encore ; mais, pour ne pas les mas- 
quer par la carapace de la voûte, on a percé dans celle-ci 
des oculus au droit des baies antiques, de sorte que la nef 
est assez mal éclairée. C'est une conséquence des modifica- 
tions opérées, soit au xi'^ siècle, soit au siècle suivant, et 
non une conception due, selon M. Brutails, à des influen- 
ces provençales. On ne pouvait faire autrement, à moins de 
laisser la grande nef dans l'obscurité. L'art provençal n'a 
rien à voir dans tout ceci ; la nécessité a tout commandé. 

Au sujet des bas-côtés, on me permettra de garder une 
prudente réserve. Assurément ils étaient couverts d'une toi- 
ture en appentis, avec charpente apparente. 11 se peut aussi 
que les pannes des toitures aient été directement suppor- 
tées par des arcs transversaux jetés sur les bas-côtés au droit 
des piliers. Quelques vagues indications échappées aux pré- 
cédents explorateurs me porteraient à le croire. C'est une 
question à examiner de près. 

X. Conclusion 

D'ailleurs, je dois dire que je n'ai pas la prétention 
d'écrire ici une monographie de l'église. Je l'écrirai peut- 
être un jour, si des circonstances favorables viennent nous 
permettre de scruter les mystères que l'édifice recèle encore. 
je me contente d'appeler l'attention des archéologues sur un 
monument mal connu, qui est peut-être le seul de son 
espèce existant en France et qui, à ce titre, a droit à toute 
notre sollicitude. Souhaitons que la main des modernes res- 
taurateurs lui soit légère, qu'avant toute imprudence ils 
scrutent les détails de sa construction et ne dénaturent pas 
par ignorance ce que tant de siècles ont conservé. 

11 me reste, en terminant, à formuler un vœu. Je crois 
qu'il serait urgent de descendre la magnifique croix du 
tympan, que les pluies tombées pendant quinze siècles envi- 



_ 73 - 

ron ont quelque peu dégradée. Déjà certain détail, qui m'a 
servi à déterminer son âge (i), est devenu très fruste. On 
pourrait la déposer dans le cloître gothique, mais il est évi- 
dent qu'elle n'y serait pas à sa place. Le mieux serait, à 
mon avis, de l'incruster, sous un auvent, dans le mur de 
l'atrium, au-dessus du sarcophage antique. 

F. -P. Thiers. 

(i ^ A ma connaissance, les Christs de tympan des xi* et xiT siècles, tels que 
ceux de Saint-Génis des Fontaines, de Saint-Jean-le-Vieux de Perpignan, 
de Saint-Trophime d'Arles-sur-Rhône, de la cathédrale de Moissac, et 
autres, ont tous la main gauche sur le livre des Evangiles, posé debout sur 
le genou. Je dis le livre. Sur notre croix on ne voit pas de livre ; néanmoins 
la main gauche posée sur le genou tient les Evangiles roulés en « volumen ». 
Ce détail dénonce les premiers siècles du christianisme ; à l'époque romane, 
il n'aurait pas été compris de la masse des fidèles ; les ymagier's le modi- 
fièrent sciemment. 



Ma llengua 



Jo se una llengua clara, limpida y fresca 
com aygua brollant d'una font cristaMina, 
que quan ressona a mes aurelles 
dona vida nova a mon anima ; 
es la que mos pares parlaven, 
vaig mamar-la amb la llet materna 
y ara es com un reliquiari 
que 'm parla de ma jovenesa, 
que 'm parla de la meua rassa, 
que 'm parla de la pàtria amada, 
de la pàtria rossellonesa 
tant catalana ! 



— 74 — 
Jo se una llengua digna, nobla y sagrada, 
qu'han parlada els reys y qu'han escrita cJs sants, 

qu'en tôt l'univers s'entenîa, 

que sempre qu'apar en l'historia 

de gloria hi es auriolada ; 

Roma va tenir per padrina 

y per padrî lo rey En Jaunie 

y les llatines, ses cosines, 

la mes bella la proclamaren ; 

la mes bella, ma llengua aymada, 

o ma llengua rossellonesa 
tant catalana ! ' 

Jo se una llengua dolsa, expressiva y forta, 
al cop ruda y suau com la mare-terra, 

que 'm deixa, quan me ven als llàbis, 

un perfum de flors bosquetanes 

qu'han servat l'aspror de la serra 

y ne distilen a pleret, 

— mentres esfulli llur florida — 

l'essencia divinial 

que beu mon anima embadalida. 

O parla d'or, llengua estimada, 

o ma llengua rossellonesa, 
tant catalana ! 

Caries Grandô. 
Mort de Verdaguer Callis 

L'écrivain catalan Narcîs Verdaguer Callis vient de mourir à Barcelone, 
à l'âge de 5 5 ans. 

11 avait entrepris dans ces derniers temps la traduction en vers catalans de 
la§« Divine Comédie » du Dante, traduction qu'il laisse presque achevée. 






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^ 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

é^^^^s» (SUITE) 

V. Criées concernant les mœurs populaires au xv' siècle {y mai 14î5). 

Criées faites à Perpignan, par Bernard Cruells, crieur public, 
cum lubis et labaîs, par ordre de Tregura, lieutenant de Ramon 
de Perellos, Gouverneur des Comtés de RoussilJon et de Cerda- 
gne, à la requête des Consuls (i) de Perpignan, Jean Fabre, Jean 
Borro, bourgeois, Jean Tallant et P. Cressels, sur les jeux de 
hasard, les jurennents, les blasphèmes, sur les hommes mariés, 
clercs ou religieux, qui entretiennent une esclave « per usar ab ella 
carnalment », sur les femmes libres et les maisons clandestines, 
les trafiquants honteux de femmes, « alcavots » (2), intermédiaires 
galants, sur les usuriers, le port d'armes et les guerres privées (3). 

Ce court document du commencement du xv' siècle est un véri- 
table tableau des lois, coutumes et moeurs de cette époque. On 
verra avec quelle sévérité excessive étaient punis les blasphèmes, 
les jurements (si communs, hélas ! de nos jours), puisqu'ils entraî- 
naient parfois la peine de mort : Qui dira paraules nephandissimes. .. 
encorrega pena de mort. 

Les règlements (4) de police vis à vis des femmes de vie irré- 

(1 ) Une note rectificative en marge du manuscrit indique que ces criées 
furent faites à ia requête « des consuls jordi Blancha, François Fabre et 
Jean Montoliu ». 

(2) Cf. le recueil dit J{igaudine qui, dans sa a Recollecta de tcts los pvivi- 
legis e ordinacions de la fidelissima vila de Perpenya », fait l'analyse des 
actes concernant les « concobines, alcavots e bagasses e dones desonestes e 
hostalers del partit». (Arch. comm., AA., 8, P 63). Arcabot, synonyme 
de rufian : « la persona que contracta o encubrex als que tenen tractes lascius 
6 illicits o 'is admet en sa casa — seductor de ia juventut m. (Labernia, i 840). 

(3) Ces règlements comprennent a3 articles. M. P. Vidal en a publié 
5 ou 3 (passim) dans Perpignan, 1898, pages 225-228. 

(4) Les professions étaient assujetties à des règlements corporatifs, parmi 
esquels l'obligation de s'astreindre au cantonnement. 



- 76 - 

gulière, des courtisanes, des esclaves (i) étaient également très 
sévères, et les amendes infligées en cas de délit étaient fort éle- 
vées. Les amendes encourues pour les blasphèmes variaient suivant 
la nature des jurements : ceux qui les proféraient étaient con- 
damnés, suivant la nature de la parole outrageante, soit à la 
peine de mort, soit au supplice infamant de parcourir toute la 
ville avec un crampon rivé à la langue, soJt à une amende variant 
entre cinq sous et cinquante sous. Ce dernier châtiment était 
également réservé aux hommes vils, entremetteurs, proxénètes, 
qui enfreignaient les lois concernant les femmes prostituées, 
dont le parage était fixé entre les portes d'Eine et de Bages. 

Ces criées sont aussi relatives à l'interdiction absolue, pour les 
hommes d'une certaine condition, d'entretenir une esclave, d'avoir 
une maison de jeu (tajfureria) dans n'importe quel local « en casa, 
verger ne en altre loch, secretament o publica (2) » sous peine 
de 5o livres pour chaque délit constaté (3). 

Déjà, en 1399, une ordonnance du roi Alartin, relative à ces- 
établissements de jeu, avait été publiée le 14 novembre, par 

(1) Grâce à l'esclavage qui existait en Roussillon pour les païens et les 
sarrazins, cette exploitation fut scandaleuse. (A ce sujet, cf. Brutails, 
"L'esclavage en T(oussillon.) — « Sous les rois de Majorque, on vendait les 
esclaves aux enchères devant la table d'un marchand sous les porxes de la 
GalUnaria, ou sur la place des richs homens». (P. Vidal, "Perpignan, 1898, 
chap. VII, paragr. i5.) 

(2) Encore même élision, quand il y a deux adverbes : pour publicament. 

(3) Une ordonnance de 1430 interdisait toute espèce de jeux entre juifs 
et chrétiens : « que no y aja negun jueu... que gos jugar ni ell per altre ab 
negun crestia en nagun joch de dans ni de naips... acceptât en les festes e 
dejunis dels juheus. » (Archives des Pyr.-Or., B. 254, f° 149.) J'explique 
plus loin ce qu'étaient ces différents jeux que divers arrêts avaient interdits 
formellement pendant plusieurs siècles. Le jeu était un cas d'infamie profes- 
sionnelle. « Le fait de tenir une maison de jeux réunissait tous les caractères 
d'une profession semi-criminelle. Sans punir le jeu comme un crime, on 
voulut le faire disparaître par de fortes pénalités statutaires. » Légalement, 
il fut interdit pour la première fois en i 279 ; aux Corts de Barcelone en 
1283 : à cette époque, le joueur devint infâme de fait. En 1400, l'existence 
des maisons de jeu était supprimée. En 1413, les Corts condamnaient défi- 
nitivement tous les établissement de jeu et le jeu en lui-même. A cette épo- 
que, les produits de la location des jeux se partageaient entre le collecteur 
et le Procureur royal, sur le pied de l'égalité. (Arch. des Pyr.-Or., B. 177.) 



— 77 — 
Bernard de Vilacorba, lieutenant du vice-gouverneur Raymond 
de Ça Garriga : elle défendait de tolérer toute espèce de « lajfu- 
reria, dim casa o fora de casa, en orts, ni en allres lochs », pour 
faire cesser les scandales causés dans ces maisons de jeu, « per 
descarrech de nostra consciencia e per ccssar molts inconvénients, 
dans, scandols e hereticals renegaments e blasfemacions que 's 
cometen en les taffureries per los jugants en aquelles (i ) ». Plus 
tard, en i5i9, le 21 novembre, l'empereur Charles-Quint inter- 
disait les jeux de balle et de quilles qui avaient été autorisés 
moyennant une redevance destinée à la réparation de la prison 
de Perpignan et au salaire du bourreau : Cette tolérance, dit le 
document, ferait renaître les laffureries exploitées par des gens 
sans aveu « per esser frontera, molts gascons y ladres y altres 
homens de mala vida se nodreixen en dits jochs ». L'autorisation 
de ces jeux amènerait « bien des blasphèmes envers Dieu, sa glo- 
rieuse mère et les Saints », blasphèmes qui sont la cause pour la 
ville de toute espèce de punitions célestes, « guerras, mortalitats 
y peslilencias (2) ». 

Un autre article concerne l'amende de 25 livres applicable aux 
usuriers pour chaque contrat usuraire, et de cent sous pour les 
courtiers chargés de cette opération, qui servaient d'intermédiai- 
res entre les emprunteurs et les dits usuriers (3). 

Prohibition du port d'armes, nuit et jour, sous peine de confis- 
cation de ces armes ; en cas de querelle à main armée {4), autorisa- 
tion du port de la cuirasse, de la cotte de maille, etc., le jour 
seulement. 

Emprisonnement pour provocations (5), menaces, trêves, guer- 
res privées : amende encourue, 2 5 livres. 

(1) Arch. comm., AA. 6, livre des provisions, f' 238. 
(î) Ibidem, AA. 4, P 563. Cf. étude d'E. Desplanque, Les infâmes dans 
l ancien droit roussillonnais, i8£)3, chap. m. 

(3) Un an auparavant, des lettres d'Alphonse V et de Marie, sa femme, 
déclaraient que le crime d'usure doit être poursuivi par la juridiction ordi- 
naire des accusés et non par des juges ambulatoires. 29 décembre 1424. 
(Arch. comm., AA. 6, f" 289.) Nous verrons plus loin que tous ces métiers 
de souteneurs, de joueurs et d'usuriers étaient notés d'infamie. 

(4) En catalan, bandositat. 

(5) Le texte porte desaffiamenis : en effet, à cette époque, pour les luttes» 
les combats, les véritables guerres, une réglementation avait été imposée ; 



-78 - 

Toutes ces amendes diversement rétribuées servaient à alimen- 
ter la Caisse du Trésor de la cour du bayle, dont les clefs étaient 
confiées au Procureur royal, au bayle et aux consuls de la ville. 

Voici le document in extenso, dont je commente les principaux 
passages. 

Perpignan, 7 mai 1425. 

[Prohibicio (1) del jurar de Deu, de tenir amiges, de jogar e 
tenir taflFureria (2), de anar armât, e de altres vicis détestables 
derogants à la honor de Deu omnipotent e à la cosa publica e à 
la salut de les animes e dels cosses dels christiansj. 

Ara hojats que notiffica lo honorable mossen Gispert de Tre- 
gura, cavalier, lochtinent del molt noble mossen Ramon de Perel- 
los, cavalier, Governador dels Comtats de Rossello e de Cerda- 
nya que ell, à gran instancia e requesta dels honorables* en Johan 
Fabre, Johan Borro, burgeses, Johan Tallant e P. Crexells, con- 
sols de la vila de Perpenya, ha fêtes les ordinacions seguents ; 

En nom de nostre Senyor Deus Jhesu Christ e de la gloriosa 

les hostilités devaient être précédées d'un défi. Cf. Brutails, Etude sur la 
condition des populations rurales du T{oussillon au moyen âge, chap. xvii, p. 284, 
note 2 : Corts de Catalogne, 1291 : Algun cavalier... no pusca fer mal a 
aigu sens acuydament. 

(1) En pratique, l'interdiction absolue s'est toujours transformée en un 
autre système : celui de la tolérance arbitraire. 

(a) Cf. même registre, f°' 71 et seq., collation de l'office de receveur des 
bans ou render, et amendes, imposées sur tous ceux qui, dans la ville de Per- 
pignan, jouent au jeu de gresha seu quodcumque ludum aliud tatxillorum seu 
alias, en faveur de Martin de Riu, de Perpignan, ancien sous-bayle de 
Perpignan (22 mai 1422). Le collecteur était en relations avec les teneurs 
des jeux et avec le Procureur royal. La tafureria lui appartenait avec son 
mobilier. Son rôle consistait à la louer le plus cher possible aux tafurers, 
à faire rentrer le produit de ces locations, à le verser à la caisse du Procu- 
reur royal. (Voir E. Desplanque, Les infâmes... chap. m, paragr. 27). Le jeu 
de talxillus désigné plus haut était une variété de jeu de dés : Lo dau que 
succeex a la maraquinqua. Celui-ci était un jeu d'osselets : joch en ques tira 
lo osset de genoll del moltô en (aet ?), fins que qui dira dret en terra y 
segons de quina part eau, pert o guanya. (Dict. d'Antonius Nebrissensis, 
i585.) (Notre jeu actuel de pile ou face.j 

♦ (En marge dans le registre.) En lo comensament, en tal signe * son 
mudades les paraules seguents : En Jordi Blancha, Ffrancès Fabre e Johan 
^ontoliu, consols de la vila de Perpenya, fa publicar les ordinacions seguents : 



- 79 — 
verges madona Santa Maria, mare sua, nos, Gispert de Tregura, 
cavalier, lochtinent de) moir noble mossen Ramon de Perellos, 
cavalier e Governador dels Comtats de Rossello e de Cerdanya, 
considérants que à tots homens qui dreturerament saben e es mani- 
fest neguna cosa no esser pus benaventurada als homens sino que ab 
nostre Senyor Deus ben visquen e de aquell troben placcacio, car 
la sua misericordia, la quai, diu lo Ecclesiastich, es segons la 
magnitut de la sua potencia, no perdicio mas conversio e salut 
vol e los delinquents qui s' corregexen pren. 

A requesta dels honorables consols de la insigna vila de Per- 
penya, zelans la honor de nostre Senyor Deus e la félicitât de la 
dita vila e de la cosa publica de aquella, e per squivar vicis e 
pecats, entervenint nostre assessor, veguer de Rossello e de Val- 
lespir, batle de la vila de Perpenya, e altres officiais reyais, 
ordonam les ordinacions seguents, les quais invioladament e per- 
petualment volem esser observades. 

E primerament, corn per dret divinal e posiîiu tôt joch de 
daus(i), axi corn inseptiu de molts crims e peccats e de concupis- 
cencia, la quai es rahiu e nodriment, segons doctrina de! Apos- 
tol, de tôt mais, sia prohibit e vedat, per ço ordonam que aigu, 
de qualsevol ley, stament o condicio sia, no gos tenir taffureria (i) 
en casa, verger ne en altre loch, secretament o publica, sots pena 
de sinquanta lliures per quascuna vegada, ultra la pena en la Cons- 
titucio constituida, ço es tenir taulers, mètre daus, lum, livar tau- 
latge als jugants (3) ni res demanar per strena à aquells qui 
jugarân. 

( I ) La même interdiction existait déjà en i 335 : il était interdit aux clercs, 
sous peine d'excommunication, de jouer aux dés : Cavealur expresse quàd 
cîerici luJentes ad taxillos vel scoijuitos sint ipso facto excommunicati. (Marcx 
Hispanicx, appendix ; ConsHfutiones synodales die mensis aprilis anno Domini 

Mcccxxxr.) 

(a) Les principaux centres des taffureries se trouvaient au Portai de Bages, 
au Portai del Toro et au château du Vernet, près Perpignan, où se réu- 
nissaient len.ones et lusores, et qui fut démoli par ordre des Consuls en i 443. 

^3) Un nouveau mandement d'Alphonse V ordonnait au gouverneur Ray- 
mond Ça Garriga de supprimer les maisons de jeu de Perpignan : « Quod 
nullus auderet ludere in dicta villa, suh banno sive pena decem sotidorum. » ( Arch. 
comm., AA. 4, P 3o3 v". 3o octobre 1417.) — Le roi Martin confirmait 
la défense faite par Pierre IV de tenir « taffureria », et frappait les contre- 



— 8o — 

II. — Item, que algun, de qualsevol ley o stament sia, no gos 
jugar amagadament ni manifesta (i), en negun joch de daus al 
Portai del Toro, à les lices del Castell (2) ne en altre qualsevol 
part de la vila e termens de aquella, exceptât la Plassa del Blat, 
sobre lo sol de la quai e no en altre loch los mundaris pusquen 
jugar, sots pena de xx sots, à quascuna e per quascuna vegada 
que sera contrefet. E si aquei que contrefarà no porà pagar la 
dita pena, prenga xx assots (3). 

III. — Item, que algun no gos jugar dintre caces, vergers o 
altre loch clos, sots pena de xxv lliures barchiloneses divisidores 
segons forma de la Constitucio fêta per lo senyor Rey En Fer- 
rando, de gloriosa memoria. 

venants d'une amende de 200 livres, dont le quart reviendra à Bernard 
Ferrer, » qui cerlam assignationem habet super dicta Icjfureria ». (Ibidem, AA. 6, 
f'ao^. j3oct. 1409.) Le même roi avait défendu (17 sept. )400j de soutenir 
indirectement les maisons de jeu, en refusant de donner à ceux qui dénon- 
cent les joueurs le tiers de l'amende encourue. (Ibidem, AA. 6, f" 256.) 
Dix-sept ans plus tard, le roi Alphonse V ordonnait l'interdiction absolue 
des jeux, que le vice-gouverneur Raymond Çagarriga tolère, « vigore qua- 
rumdam coloratarum ordinationum . » (AA. 6, P" 257 et 278. 20 oct. 1417.) 
(i) Pour manifestament ; nous avons déjà vu une élision semblable, année 
1917, p. 157, note 5 : amagadament ni cuberta, pour cubertament. 

(2) Les exercices chevaleresques, joutes et tournois étaient en grand 
honneur à la cour des rois de Majorque ; ils avaient lieu dans les lices qui 
s'étendaient alors sous les murs du château, au Camp del Tor. .. C'est à la 
plassa de les Joutes que Vauban construisit la caserne dite « de Saint- Jacques ». 
(P. Vidal, La Citadelle de Perpignan, 191 1, j" partie, paragr. 11.) 

(3) On peut joindre à ces criées un article de 1435, extrait de la « crida 
del bosch, devesa e altres coses tochants interès del Castell Reyal de Per- 
penya », relatif à ceux qui jouent sur les « lisses » et dans les limites du'dit 
château, et qui occasionnent de graves dégâts aux toits des maisons et aux 
garennes du château. « Item, com per los jogants à rutila (la roulette), tau- 
lelles (tric-trac, échecs), daus (dés), nayps (cartes), pedrades e altres jochs 
en les lisses e limits del dit Castell, se sien seguits grans dans als taulats, 
cases, pages e conilis de aquell, volent provehir à les dites coses, mana lo 
dit Governador à tôt hom generalment que no y haja algun qui gos jugar à 
les dites lices e limits del dit Castell à daus, taulella, billes, rulla o altre 
qualsevol joch, sots pena de xxv sots à cascun e per cascuna vegada que sera 
contraffet, sens tota merçe. E si aquell qui contraffarâ no porà pagar la dita 
pena, prenga xx assots. » — Dans les lices du château, auprès de la porte 
de Bages, il y eut des réunions de joueurs contrariées par la police, mais 
persistantes et sans cesse renouvelées. (B. 254, f°' 37 et 149.) 



-- 8. - 

IV. — Item, que algun no gos jugar à mcsallola (i) ni à gra- 
sescha de nahips (2) ni à grahescha (3) de les veylles (4) ni al 
trenti ni à la arbeta, sots pena de x ss. per quascuna vegada que 
lo contrari per algun sera fet, sens tota merce. Es empero entés 
que sia legut jugar à nahips i diner ab altre e no pus avant, sots 
la dita pena. 

V. — Item, que negun no gos jugar en algun joch de taules (5) 
en que vage pus avant de quatre diners lo joch, sots pena de 
sinch sots per quascuna vegada. 

VI. — Item, ordonam que 1' sotsbatle, capdegueyt saigs o 
altres officiais no gosen penre ni exigir alguna cosa dels munda- 
ris (6) qui jugarân al sol en la dita Plassa del Blat, sots pena al 

(0 JHesallola, du latin mensa, ou jeu de truc (juego de trucos-lrudiculorum 
ludi species ; par métonymie, la table qui servait à ce jeu : mesa de trucos- 
lrudiculorum tabula ou trudicularius tudu.ij. En Père Labernia (Barcelone, 
1840, tome m donne une explication très complète de ce jeu: taula que 
serveix per a jugar al villar : joch que se exécute ab bolas de marfil impel- 
lentlas ab un taco sobre une mesa quadrilonga, ab una barana de uns quatre 
dits per tôt lo voltant, cuberta de bayeta que tè una trônera en cada un dels 
quatre cantons y dos en mitg arrimats à la barana. 

2 I T^aip ou nahipa, carte coloriée à jouer, synonyme de carta : charta ou 
pagella picta, lusoria. Dans ce jeu, la carta blanca est « en lo joch de cartas, 
la que no tè figura de sota, cabale o rey. » Le proverbe disait : cartas, 
daus. dones v vi fan tornar al rich mesqui. Ce qui correspondait au vers 
latin : Dedecoranl mores ludi "Bacchusque Tenusque. 

(3! Peut-être le jeu de griesche de Rabela-'s, au sujet des amusements de 
Gargantua. 

( 41 Jeu de billes. 

(5) On peut comparer VOrdinamenl de joch 1 1284) : que negun hom no 
gaus jogar ni fer jogar ni reversar en negun joch de daus, exceptât joch de 
taules, ni a joch de tindaureyl, ni de cabraboc... E si alcu reculira jogadors 
per jogar en sa casa, pac x sol. (Ordir.acions, i. P 9 v°.) La taule, c'était le 
tréteau qui servait aux jeux de dés, d'échecs, etc. ; le taulatge représentait 
le bénéfice ou la part de la maison que prélevait le tafurer. Pour certains 
jeux, comme le cabraboc tindaureyl, M. E. Dîsplanque dit que ce sont 
plutôt « des exercices d'adresse d'une nature inconnue, mais n'ayant rien de 
commun avec ce que nous appelons le jeu. » i E. Desplanque, op. cit., p. 54.) 

16) C'était la classe des vagabonds, mendiants ou rôdeurs : cette tolérance 
du jeu sur cette Plassa dura jusqu'en 1451 : à cette époque, il n'en est plus 
question. 



— 82 — 

sotsbatle e capdegueyt (>) de suspensio de lur offici de xv jorns, 
e als missatges de star à la cadena dos jorns. 

VU. — Item, com alguns, moguts de mal crestianisme, per 
stint e moviment diabolical, soviny attempten dir e jurar paraules, 
blasfemies e molt nephandes e no disidores de Nostre Senyor 
Deus omnipotent, car soveny aximateix molts juren (2) legament, 
Jos membres de la segrada humanitat del Salvador Nostre Deus 
Jhesu-Christ e de la gloriosa Verges, mara sua, dimembrant, 
Deus à iracundia provocants, per que venen fams, terratremols, 
pestilencies e tribulations e de animes perdicions, considerans 
que contre los homens les blasfemies e offenses comeses, impu- 
nides no son lixades, molt mes ^quelles qui Deus e io seu nom 
blasfemen e offenen son dignes supplicis e pênes condignes sos- 
tenir : per ço, volem que la Constitucio per lo molt illustre 
Senyor Rey En Père, d'alta recordacio, en la cort de Montsô 
fêta e celebrada, sia sb veu de crida publicada e contre totes per- 
sones, de qualsevol ley, staroent o condicio sien, per nos e los 
dits officiais intemeradament e sens neguna sperança de venia o 
remissio exeguida, com derogar e aquella no puscha esser, sensé 
offensa de la divinal magestat e perdicio de les animes de aquells 
qui contre série e penssa e ténor de aquella flactar (?) (3) e com- 
portar volrân, la quai constitucio es de Is ténor segueht : 

« Primerameut, que tôt hom qui dira paraules nephandissimes e 
no disedores de Nostre Senyor Deus omnipotent e de la Verges 
Madona Santa Maria e de la sua virginitat, dels sants e santés 
de Deus, si ab cert proposit les dira, encorrega pena de mort. E 
si en joch, rixa o ab ira o per qualsevol altre cas haurâ dites les 
dites paraules, correga la vila ab hun graffi à la lengua sens negu- 
na merce. 

Vlll. — Item, que tôt hom qui jurarâ per lo cap o per lo cor 
de Deu o de Santa Maria, pagarà très ss. per quascuna vegada. 

VUll. — Item, que tôt hom qui jurarâ per lo fetge, per lo 

(i) Chef du guet municipal. 

(2) Desplanque flétrit, dans une étude, certaines classes de la^ociété, et 
notamment « les perdants jurant, reniant Dieu, prêts à tous les partis déses- 
pérés... » (Les infjmes. 11. 25.) 

(3 ) Ou flartar, ou flattar. 



— 83 - 

[cor| e altres membres de NosTre Senyor Deus o de madona 
Santa Maria, pagarâ sinch sots per quascuna vegada. 

X. — Item, que tôt hom qui jurarâ los membres de sants o 
santés, pagarà per quascuna vegada i real. 

XI. — Item, que tôt hom qui jurarâ renegant o despectant 
Deus o santa Maria, pagarâ per quascuna vegada sinquanta sots, 
sens tota merce. E si a.quell qui axi haurâ jurât no porâ pagar 
la dita pena, prenga xxv assots sens tota mercé. 

XII. — E car manador es en los senys e enteniments dels 
homens pendre la pahor de Nostre Senyor Deus e abstenir-se de 
illicits, terribles e publichs e diabolicals peccats lutxurioses deso- 
nests, per los quais de la ira de Nostre Senyor Deus, segons diu 
e attesta la Santa Scriptura, los justs son trobats e soveny lo just 
pereix ab los impiatos, per ço ordonam que alcun, de qualsevol 
ley, stament o condicio sia, no gos ni presumescha tenir concu- 
bina en casa ni fora casa, ans si alcuna ne ten, haja aquella dins 
très dies iexar e repellir e fora gitar, sots pena de correr la vila 
sens tota merçe e ell e ella, posât que la dona fos concubina de 
capella, de clergue o de religios. E de la dita pena no s' plischa 
esmetre composicio alguna. 

XIII. — Item, que algun hom qui hage muUer o sia en sacres 
ordens o religios no gos tenir sclava en casa o fora casa per us^r 
ab aquella carnalment, sots pena de perdre la dita sclava ipso fach. 
E si alguna persona de les damont dites haurâ vuy sclava de que 
s' piauescha carnalment, hage aquella à vendre e desixirse d'aquella 
dins XV jorns, sots la dita pena. 

XI 111. — Item, que alguna fembra (i ) avol de son cors e publi- 
cament diffamada(2) no gos star en algun carrer on stiguen don«:s 
honestes, ans hage anar star al carrer publich o en les cases qui 
son prés del mur entre io portai de Bages e d'Elna (3) dins 
X dies, sots pena de x lliures o de correr la vila. 

(i) Un document du i3 décembre i 3o8 dit « femnes soldaderes « ( sou- 
doyées l. (Ordinacions, i, f' 25.) 

( 2 > L'infamie était infligée aux femmes de vie irrégulière, « mais elles 
n'avaient pas à craindre de condamnations à la seule condition d'observer des 
règlements spéciaux u. (Despi.anque, Les infâmes, chap. i ". parag. 6.| 

(3 ) Ce fut dans ce quartier déterminé que furent cantonnées les femmes 



- 84 - 

XV. — Item, que tots alcavots(i) qui tenguen fembres en lo 
carrer publich o altre part dins la vila, hagen à desemparar la vila 
dins très dies, no constrestants qualsevol guiatges (2) fets o fahe- 
dors, ios quais ab la présent revocam e havem per revocats per 
ço que alcun no puixa allegar ignorancia. E que si algun alcavot 
sera trobat dins la dita vila, correrâ la vila sens tota merçe. 

XVI. — Item, que negun hostaler o hostalera del [partit] (3) 
no gos acullir dins son hostal algun alcavot per jasir, ni per men- 
jar, ni per beure, sots pena de deu lliures. 

. XVI 1. — Item, com usura, per dret divinal e humanal, sia pro- 
hibida, per ço ordonam que d'aqui avant alguna persona, de qual- 

de moeurs irrégulières, d'après le règlement de i38o rendu par le roi lui- 
même à la requête des Consuls. (AA. 1, P263.) Sous Pierre IV, cet établis- 
sement était relégué près du calî, dans le quartier Saint-Jacques : « il sem- 
ble, dit Desplanque, être fait à souhait, en juxtaposant l'usure et la débauche, 
en mêlant les juifs « cum merelricibtis ». (Op. cit., chap. v. ) Indistinctement on 
disait « hostal del partit », ou « del publich », ou « carrer de las avols dones », 
ou des « maies fembres ». 

(1 ) Courtiers en galanterie, courtiers de mauvaises mœurs. Ce type d'in- 
dividu appartient à la famille des truands. Alphonse V avait édicté un man- 
dement, le 4 février 1433, concernant la répression par le bayle et le gou- 
verneur des délits commis par les alcavots (souteneurs), que le bayle tolérait 
et protégeait même en leur donnant asile dans sa maison ; le gouverneur, 
sous prétexte du droit qu'avaient les Consuls de lui déférer les cas dange- 
reux pour l'ordre public, attirait à lui toutes les affaires du bailliage: ordre 
fut donné de faire cesser ces abus. Défense fut faite en même temps aux 
officiers royaux de Perpignan de donner des sauvegardes aux alcabots, 
conformément à la Constitution de Catalogne, qui commence par ces mots : 
« Item, senvor, com en la dita vila apleguen molts alcabots qui son sosten- 
guts per Ios officiais qui 'Is guisen. » Tout aîcabot était condamné à être fus- 
tigé par la Ville et banni. (Arch. comm., livre des provisions, AA. 6. 
4-7 février 1433. ) 

(21 Ces guiatges ou sauvegardes provenaient du droit de rémission, de 
transaction en matière de crimes et délits : « le roi remettait les crimes ; ses 
officiers, les délits... on accordait des guiatges à tous les délinquants, on 
les recevait même comme dans un asile sous le toit des édifices publics. » 
(Desplanque, "Les Infâmes,, chap. m, page 3i.) 

(3 (Maisons clandestines, lieu illicite et malhonnête (in locis illicitis et mtnus 
honeslis) : jusqu'à la fin de la domination espagnole, les tenanciers formèrent 
une corporation régulière : alcabot, « hôtelier au partit ». (Desplanque, 
op. cit., 123.) 



— 85 — 

sevol ley, ^tament o condicio sia, no gos fer contractes usuraris 
sots pena de vint e sinch lliures per quascun contracte usurari (ij, 
ultre les pênes en dret statuides. 

XVI 11. — Item, corn los corraters (2) sien causa e occasio que Is 
dits contractes usuraris se façen, per ço ordonam que quascun 
corrater qui tais contractes usuraris farâ o concordarâ, encorrega 
per quascuna vegada pena de cent sots. 

XVI m. — Item, com us de armes portar per aret sia prohi- 
bit e do à moits. segons que experiencia demostra que es mare e 
maestra de totes coses, audacia de delinquir, ordonam que negun, 
de qualsevol ley, stament o condicio sia, no gos portar armes 
prohibides de nits ni de dies, sots pena de perdre les armes. 
Pero si algun haurâ bando o regart, puscha portar, de dies e no 
de nits, cota de maila o cuyrassa, cerveilera, punyal o dega (3) 
— ab que no sia fora de mida, sots pena de perdre les armes. — 

XX. — Item, com de nostre offici se pertanga tenir nostra pro- 
vincia en pau e tranquiJlitat, ordonam que si aigun o alguns dona- 
rân desaffiaments o menasses à alcu o alscuns o retrân trêves, que 
tais donants o fahents donar tais desaffiaments, si haver se poràn, 



(i j A cette époque, les usuriers étaient impitoyablement traqués. Aussi, 
devant tant de rigueur, le roi Alphonse V usa-t-il à leur égard de procédés 
plus humanitaires. En effet, un mandement du Roi, du 29 décembre 1424, 
défendait de continuer certaines procédures irrégulières commencées contre 
les usuriers du Roussillon. ( Arch. comm., AA. 4, f" 41 8. j 

(2 ) Cette profession entraînait, au xv' siècle, l'infamie avec toutes ses con- 
séquences : le régime de l'infamie fut formellement appliqué à l'usure^le 
26 juillet I 242 ( pragmatique de Jacques ] ), et les juifs seuls, infâmes par rai- 
son d'origine, conservaient le droit de la pratiquer. Ce ne fut qu'après l'ex- 
pulsion des juifs du Roussillon, en i 492 , que la profession d'usurier fut inter- 
dite légalement. (A ce sujet cf. Vidal, Les Juifs des comtés de T^oussillon, 
p. 6 ; Desplanque, Les infâmes, page 18 . Les moeurs, puis la loi avaient 
attribué aux juifs la pratique exclusive des prêts à usure. 

{ 3 ) 'Vingt-cinq ans plus tard, Jean, infant d'Aragon et gouverneur général, 
ordonnait, le 22 octobre 1456, de desarmer les individus faisant partie des 
bandes formées à l'occasion de ces querelles privées (bandosiiats) qui, avec la 
connivence des officiers royaux, parcouraient la Ville à pied ou à cheval, por- 
teurs de lances et d'arbalètes, et stationnaient même sur la Loge, devant le 
Consulat. (Arch. comm., AA. 6, f" 328. ) Il s'agissait d hostilités avec coups, 
blessures, effusion de sang et autres excès. 



— 86 — 

sien meses en la preso e de aquella no isquen fins hagen renun- 
ciat als desaffiaments e fêta pau e seguretat ab aquells à qui serân 
donats les dites menasses o desaffiaments o trêves retudes (i). E 
no res menys, aquell o aquells qui hauràn donats los dits desaffia- 
ments encorrega pena de xxv lliures, en ' aquells qui ja los haurâ 
donats {sic), que dins x jorns los hagen à revocar. 

XXI. — Item, que en cas que aquell o aquells qui haurân 
donats desaffiaments o menasses, no s' puixen haver, en la casa 
d'aqueJls sia posada garnie de i missatge o de dos, segons quaii- 
tat de la persona ; los quais stiguen à mecion e salari daquell ; e 
si no han casa, sien citats e bandejats de la vila, si son de la vila, 
e, si son de fora la vila, de la vegueria. 

XXII. — Item, ordonam que algun o alguna de qualsevol ley 
o stament sia, no gos sostenir ni acompanyar, ni donar conseil, 
favor o ajuda à algun bandejat, sots pena de xxv lliures,' ultre la 
pena de la Prachmaticha. E si algun contrefahent no porà pagar 
la dita péna, penrâ xxv assots. 

XXIII. — Item, ordonam que sia tenguda una caixa en lo 
arxiu de la cort del batle, dins la quai sien meses los émoluments 
de les dites pênes, en la quai hage très claus, de les quais lo 
Procurador Reyal tinga una clau, e l'altra los consols de la dita 
vila, e l'altra lo batle de la dita vila. Los quais émoluments sien 
distribuits en la forma damont dita. 

E de totes les pênes peccuniaries damont dites, lo senyor Rey 
hage la terça part, l'altra terça part lo denunciador, e l'altra terça 
part, la obra del spital de la dita vila (2). 

[i) Les guerres privées, dit M. Vidal, n'étaient pas seulement dans les 
mœurs, elles étaient presque une institution. (P. Vidal, Perpignan, chap. xi, 
parag. 2.) 

(2 ) ( En marge dans le document). Lo présent capitol, en la segona crida, 
fou mudat e, en loch d'aquest mudat segons dejus en tal senyal : 

E com lo lochtinent de Governador, ab assentiment dels dits honora- 
bles Consols, veguer e batle e altres officiais, hage fêtes les dites ordina- 
cions e proposades les dites pênes, per ço es ordonat que les dites pênes 
civils sien partides en quatre parts, la primera à la Procuracio Reyal, la se- 
gona al officia) ordinari qui farâ la exequcio, la terça part al denunciador, 
la quarta part à la obra del Spital de la dita vila de Pcrpenya. 

Die jovis VI ffebroarii, anno a nativitate Domini M" CCCC^XXVll'', 
dicta preconitzatio, ut supra est correcta et esmendata, fuit publicata per 



'^•■^ 



- 87 - . 

Item, com poch approffitaria fer ordinacios si no era qui aquel- 
les a deguda exequcio manâs, ordonam que lo officiai à qui s' per- 
tanyerâ la exequcio de les damont dites pênes civils no les exe- 
qutara, encorrega la pena de la dobia de aquelles, la quai pena 
sia adquibida à la Procuracio Reyal e exequtada per lo Governa- 
dor o son lochtinent. 

Per que lo dit honorable lochtinent de Governador, ab veu de 
la présent crida, mana les damont dites ordinacions publicar, per 
tal que algun de aquelles no puixa ignorancia allegar. 

Die lune vu' mensis madii, anno predicto a nativitate Domini 
M'CCCC'XXV', retulit Bernardus Cruells, preco publicus Per- 
piniani, se una cum sociis suis, mandato dicri honorabilis locum- 
tenentis Gubernatoris publicasse ispsa eadem die per loca solita 
Perpiniani publice cum tubis et tabais preconitzationem et ordi- 
nationem preinsertas (i). 

{A suivre) Henry Aragon. 

loca solita ville Perpiniani per Bernardum Croells, preconem publicum Per- 
piniani, una cum sociis et eorum tubis, more regio. 

(i) Archives des Pyr.-Or., B. iSi, Registre XV de la Procuracio real, 
f" 105-107. 

L*home enemic de la naturalesa 

.^^-jr^ SUn-E er F7A' 

VAUCBLL 

] jo, l'aucell petit, trobaré qui 'm retiri ? 
Nûvol i vent, sou cobla d'amos de l'espai. 
Mes jo, tôt niu caigut, topo no mes l'esglai 
per tôt arreu ont l'ala esblesigada giri. 

I Temps de ditxa, ont m'acotxava 

su '1 tarongê 1 

Al dolç seré 
l'oreig de l'amor bleixava. 



— 88 — 

Ben prop i prop de l'aimîa 

fent tôt just piu, 

dintre del niu 
en monyoc tou m'arremîa. 

1, al Ilustrejar, Déu vos salve 1 

Els pardalets 

amb refilcts 
festejàvem la jove alba. 

Saltant al rec de su '1 sàlzcr, 

a bell daler, 

a glops, el pler 
bebîem com en un càlzer... 

Ha arrJbat, rùfola i freda, 

la mala sort. 

Pel bosc s'ha mort, 
s'ha mort pel verger l'arbreda. 

1, mentres l'home matxuca 

en Ilot i sang I 

ous, niu i branc, 
e] sol decandit s'acluca. 

Sens cant, el mon dins del fàstig, 

mut, gelât, ert, 

nut i désert, 
roda ara... Viure, quin càstig I... 

EL LL^MPEC 

Ira de Déu ! A mi, l'home a-ne mi ha escarnit ! 
No vol fingir al llamp ? Uix 1 Stulticia, demencia, 
urc !... Altrcs van probar alçar-me competencia, 
i un tret de ma vindicta els abismà en la nit. 

Ja se : arbre, ramat i pastô 'm maleeixen. 
Perxô feroç no sôc. No mes, amb dits ferrenys 
com iman tiro l'un vers l'altre als nûvols prenys ; 
xoquen de cop al sec, i en suau plujim s'exqueixen. 






- 89 - 

Mes retruny el rctruc, mes venturôs el camp. 
Ma clamor sonora i potent, que al totx astora, 
de l'abundor es la joiosa anunciadora. 
Tantost eau de! celest mannà '1 prôdic escamp, 

bada el pages a sa finestra : Oi ! Que cumplerta 
es sa espéra ! Oida ! Vaia ! Abeura-t, sec terroç ! 
No pot saber-li greu quan mon gest générés 
la resclosa vessant té un poquet massa oberta. 

Perqué jo faig la Vida. 1 l'home la Mort fa 
amb tots sos mais invents fills de son cor de penya. 
Sôc el pare que ben estima, si a cops renya ; 
i 'Is afollats humans no 's cuiden que aixafâ. 

Empinats rebeixins, desde allàbaix se pensen 
que amb sos mil punys erguits son la Força majô- 
Que poc vulgui, peces menudes iavé jo, 
d'ells i 'Is enginys que ferro i fum i flama llencen. 

Quedeu 's aqui, nûvol i vent, companys de l'aire ! 
Cantaires, no endoleu el riu, el camp i '1 bosc ! 
L'hom vol matar ? Doncs mori î El cel, de fred i fosc 
qu'es, la calitja i llum retrobarà ans de gaire. 

L^ GLEBM 

Prou rebufs o tristesa ! Escolteu-me ara, a mi ! 
Se calmarà aviat l'home, el mal fill de la terra. 
Al mes pregon de sa borratxcra de guerra, 
d'un son que '1 torna jove i pur jo '1 se adormî. 

Si ses bojes manyes si mullers escorxa, 

ara va espletint, talla el puny als nens, 

ma carn, mes entranyes i, per fer d'antorxa 

per lia espellotint ; als segles vinents, 

si l'herba, la soca, iglesia incendia, 

esplet, fruiterâ palaci i casai, 

tôt xapa, i traboca esblaimant-se el die 

amb la palla el gra ; al flam colossal ; 



si diu : « Ont renilla 
a mon poltre de llamp, 
« ja esta : mai pus grilla 
« Therba sobre '1 camp. » 
Si raô, pregaria, 
clam, braços en creu, 
sa Dei voluntaria 
res ou, ni res creu ; 
si al prôxim colltorce 
sens perqué ni com... 
l Es que impon sa Força 
a tots el Sobrehom ?... 
Deixém el fus côrre ! 
Que val tant ufà ? 
Qui mira ait s'amorra. 
Qui a Déu estrafà, 
al girant l'aguaito : 
« triomf » su '1 Haut 
que canti, l'empaito, 
i esta en l'ataût. 
Prô per l'ignocenta 
victimeta sôc 

Setembre >9i7. 



— 90 — 

manyaga, plasenta, 

i faig mans el toc- 

Doncs pel fin que '1 Barbre 

deixà sens puntal, 

ressurgiran l'arbre, 

cl conreu, l'hostal. 

Vès ; passât l'estrijol 

per ton fluix cervell, 

brcçola, ventijol, 

al niuet novell ! 

Just l'alosa canti 

el tornat Amor, 

llampec, no l'espanti 

ta grossa remor ! 

Sols bolva de broma 

suri sobre '1 Real 

alla amunt, per l'home 

altîvol Idéal ! 

Per que aqueix floc munti, 

bufa, vent d'albê !... 

Prompte, prompte apunti 

el règne del Bé 1... 

Pau Berga. 



Ouelques noms de plantes 4 synonymes 

Catalans-Français ç^ Français-Catalans 

<Sè^^ (SUITE) 

Cabells, cuscute. — pels, rebul. 
Cabruna, psoralier. — herba cabrera, 
CacauetS, arachides. 
Cadells, caucalide. 

caga=nioixa, (et carmuixa). — voir lletresa. 
caga tripa (et caga trepa). — voir floravia. 



I 



i 



— 9' — 

Calabruxa, muscari. -- al] de colobra, barralets, viola de pastor. 

CalamaC- — voir givertassa. 

Calcida, circe. — carsus. 

Camadrea. — voir aizineta. 

camamilla (et camilla), camomille. — mançanilla. 

« borda, matrkaire. 

cama-roja (et cama=roig). — voir morella roquera. 
CamOSa (et camOSina), pommier calville. 
CampaneS. campanules, ancolie. — espenaller. 

Campanetes, liseron. — vermellons, fanalets, enredadera, corcet- 
jola, corritxola. 

Candela, gouet, arum. — sarriasa, gujol, grujol. 
Candelera. — voir blenera. 
CandellS. — voir abriulls. 

canem (et canam), chanvre. 

CaniSSOS. — voir bruyol. 
Cano. — voir berset. 
Canya, roseau. 

canya^ferla, férule. 

Canyavera, roseau sauvage. — canyota, canyoca, canoca, càrritx. 

Canyota (et canyoca). — voir canyavera. 

Capadella, daclyle. — cucurulla. 

CapboSSada. — voir centaura. 

caps blancs, alysson. — herba blanca. 

« blaUS. bleuets. — angelets, llums, xerompius. 

« de borro. — voir timossa. 

< de frare. — voir frare. 
Caramuixa, chenevis. 

carbassa (et carabassa), diromlle, courge. 

CarbaSSÎna, bryone. — brionya. 

Card (et cart), cardon. — cart coler, herba col. herba colera, 

herba formatgera. 
carda (et cardet), cardère. 

cardet bort, gaiaciUe. 

CardigaseS. — voir timossa. 
Cardillo. — voir carlina. 

CardÔ, chardon. — cardot, escardot, esquerdot, carxofa de borro, 
cart. 



— 9^ — 
CHrlina. carline, chardonnelle, car Javelle. — carnunquera, garrave, 

cardillo. 
Carmuixa. — voir lletresa. 
Carnera, sorle d'acanthe. 

I 

CarnOSa. hièble. — ebol, ebul. i 

carnunquera. — voir carlina. i 

CarraSCa. — voir garrlc. 1 

Càrritx. — voir canyavera. | 

CarSUS. — voir calcida. 
Cart. — voir card et cardô. 

« COler. — voir card. 

« COrredor. — voir panicalt. 

« estrellat. — voir floravia. 

« de Maria, chardon blanc. 

« Sant, chardon béni. 
Carxofa, arlichaul. — alcarxofa. 

« de borro. — voir cardô. 

CaSCall, pavot. — herba dormidora. 
Castanyer, châtaignier. 

Castanyer bort, marronnier. — castanyer d'india. 
Castanyola, souchel. — jonsa, junsa, 
Caxaiagua, petite centaurée. — centaura borda, herba de santa 

Margarida, pericô vermeil, fel de la terra. 

caxais (et caxals de borro). — voir apit bord. 

« de vella. — voir abriulls. 
Ceba (et ce va), oignon. 
Ceba eSCalunya, échahlte. — escalunya. 
Cebadilla. — voir baladre. 
Ceballot (et ceballs), poireau. — porre. 
Cebeta, sdlle. — escllla, ceba marina. 
cédrat. — voir punsemer. 
Celiandra, coriandre. 
Cendrosa, lierre. — elra, eura, edra. 
centaura, centaurée. — capbossada, herba del tarau. 

« borda. — voir caxaiagua. 

cent caps. — voir panicalt. 
Centinodi- — voir passa-cami. 
cep, vigne. — parra. 



- 93 - 

Cerfull (et serfull), cerfeuil. 

Cervesa. — voir vidaula. 

Cerverola, aigremoine. — herba de sant Guillem, agrimonia. 

CeteraC, sorle Je fougère. 

Ceva. — voir ceba. 

Cibada- — voir civada. 

Cibadella. — voir paparra. 

Ciboleta, ail civette, ciboule. 

CidraC. — voir tarongina. 

Cinc en rama. — voir agram de fjorc. 

Cindria. — voir sindria. 

Cirerer, cerisier, merisier. 

< de la Mare de Deu, aubépine. — cirerer de pastor, ars 
blanc. 

Cist- — voir argent!. 
CitrÔ (et citronella). — voir tarongina. 
CiurÔ, pois chiche. — cigrô, sairô. 
civada, avoine. 

davell (et clavelliner), œillet. 

CObrorabulS. — voir cogombre. 

COdonyer, cognassier. 

cogombre, concombre, cornichon. — cobrombuls. (Voir aussi pepino). 

< boig, momordique. 

COgul, maceron. — apit de cavall. 
COgula (et CUguIa), folle avoine. 
col, chou. — broquil. 
COlM-flor, chou-fleur. — brocoli. 

col de mainatge. — voir mairoig. 

COlitX. — voir masteguera. 

COlitXOS, silène. — patacs, esclafidors, conivelles. 

COlomina. — voir fumosterra, fumaria. 

COlquic (et COlxic), colchique. 

COnilletS (et CUnillets), muflier. — badells, gos, gingoll. 

conivelles. — voir colitxos. 

COnSOlda, consoude. — llengua de vaca, herba puntera. 

COntell grOC, iris. — lliri groc, ribaner. 

< vermeil, glaieul des moissons. — lliri de blat. 
copia, peuplier noir. — poil nègre. 



— 94 — 
COraletS, épine-vimUe. — berberis. 
COrneller (et corner). — voir sanguinyol. 
COrnicabra. — voir llentiscle. 
COrretjola (et COrritXOla). — voir campanetes. 
COrrioleta, mousseron. 

COSCOlI, angélique. — angelica, turbit, herba dels corns. 
COSCOnia (et COSCOnilIa), chicorée sauvage, picridie. — cusconia. 
CreSpinell, orpin. — herba de la cremadura. 
Cresta. — voir salvia. 

crexenera, herle. 

CrexenS (et crexem), cresson. — morritort d'aygua. 

« bort, céleri sauvage. — apit bort, caxals, caxals de borro. 
Croca- — voir lletresa. 

cua de guiila (et cua de guineu), vuipin. 
« de rata (et cua de cavall). — voir sannua. 

CUCUmella, agaric. 

CUCUrulla, dactyle. — capadella. 

CUCUt- — voir primavera. 

CUgul, CUgula. — voir cogul, cogula. 

CUllereta- — voir ranuncle. 

CUnilletS — voir conillets. 

cusconia- — voir cosconîa. 

CUXa^barba. — voir apagallums. 

(/î suivre) 

La légende de la Cigale 

Nous recevons, de l'un de nos collaborateurs, la traduction cata- 
lane d'une fable provençale rendant un éclatant hommage à la 
cigale, prince des insectes chanteurs et symbole de nos félibres. 

Nous insérons avec plaisir cette vigoureuse critique de la fable 
de La Fontaine, propre à dissiper l'injustice qui, depuis Esope, 
trouve libre cours sur le compte de la cigale, dont la vie est loin 
d'être ce que l'on en a raconté. N. D. L. R. 



95 - 



La Cigala y la Formiga 



(•) 



1 

Reyna Santissima, que calor fà ! 
Bon temps per la cigala 
Que, tota csbojarrada, se regala, 
D'un raig de foch. Per lo segar, bon temps. 
A dintre les ones d'or, lo segayre, 
Aqui plcgat, espitragat, s'escarrassa 

Si no canta gayre 
Canyôs en dins, la set escanya la cansô. 

Temps benehit per tu. Donch, dali ! Cigaleta 
Fes la brunzir la cimbaleta 

Y belluga la panxeta, 

Fins ne fer rompre tos mirallets. 
L'home mentrestant... llensa la dalla 
Que va : ran, ran, fen visos qu'enlluerna, 
Sobra '1 ros espigam 
Lo llàmpech del seu acer. 

Plena d'aygua, per la pedra, 
Démet de l'herbe xupa, 

La banya, sobre l'anca penjola. 
Dins la seua beyna la pedra n'es al fresch, 
Semprc abeurada ; l'home n'es curt d'alè 

Y reb los colps de sol 
Que van fins ne fer bullir 
La molla dels seus ossos. 

Tu cigala, tcns una poma per la set. A dins la rusca. 
Tendra y aygualida d'un branquill, 

L'agulla del teu bech 

Cabussa y cava un pou. 
L'axarop puja arreu pel xiquet foradill, 
T'aboques a la font que tan melosa raja, 

Y del such-such sucrât 
Tu beues lo mam dolç. 

(i) La cigale ne vit que sept à huit semaines. A fin août elle est déjà 
nr\orte. Elle boit la sève des arbres ; c'est sa seule nourriture et la fourmi 
vient souvent la lui voler. (Notes tirées de J.-H. Fabre.^ 



i 



_ 96 - 

Perô pas sempre en pau. ay ! bè que no. 
Una colla de lladragots, vehins, vehmes 
O bandolers, t'han vist cavar lo pou ; 
Tenen set v venen gatimoixos ; 
Te prenen'una gota, no sigui per tastar. 
Malfia't, Nina meua, eixos vuyda-sarros, 
Humils de tôt primer, devenen atrevits 
Y aviat desvegonyits. 

Mandicar glopadetes, 
Emprès de lo que sobra, 
A mes a mes no son contents ; 
Alsen lo cap y volen tôt : l'hauran. 
Les urpes, com rastells, te pessigolen 1 aia, 
Sus la teua esquenassa n'es un anar y venir, 
T'aguanten per lo bech. 
Les banyes, les urpetes ; 

Tirant d'acî, d'allà. l'impaciencia te gua*iya ; 

Pst, pst, d'un rajoli de pix 
Esquitxes l'arreplech y deixes lo branquill. 
Te 'n vas arreu-arreu, ben lluny d'aqueixa pleta, 

Que t'ha robat lo pou, 

Que riu, que ne te goig 

Y se Uepa los morros . 

Llapissosos de mel. 

De tôt eix gitanàm, abeurats sens fatiga 

Lo mes acerrim n'es la formiga. 
Mosques, vespes, fosseros y escarbats banyuts, 
EspelLifats de tota mena, 

Ganduls qu'en el teu pou 
Lo pet de sol hi mena, 
No cap d'ells, per te fer en anar 
Tenen la seu tossuderia. 

Per te premer lo peu, per te fer pessigolas. 
Te pessigar lo nas, sota '1 ventre te correr 
Veritat es! ningu no la val. 
Per pujar sobra l'ala, 
La ruhina en f ad osa 
Ne pren per escaleta 
Una teua cameta, 
Y va se passejant cap a munt, cap a baix. 

,0 ■ ;., ' L'ESTEVE Fî. 

(Segutra) 

TTGerant. COMET. - Imprimerie Catalane, COMET. rue de la Poste. Perpignan 



12 Année N 139 ,5 M.i I9I8 



Les Manuscriii non inscrci 
ne lont oti rcndu^. 



REVUE 

CATALANE 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : iO fr. par an. 



L(t Articles parus aans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 




NO PASSARAN : 

(Dessin de J. Simont) 

Réponse des Volontaires Catalans au discours du député roussillonnaîs P. Ramcil 

leur annonçant la nouvelle offensive 



DOS SOSPIRS 

Prop de la llar s'escalfaven, j Ay ! tôt baix, digue la jove, 

un vespre d'hiver obscur : y la vella : ; Ay ! bon Jésus ! 

la vella, resa que resa, — ^ Que teniu, ara, padrina ? 

la jove... mirantse el fum, — i Filla meva, que tens, tu? 

Cap d'elles tornà rcsposta, 
perô pensaren al punt : 

— l Si ho sabieu, padrineta ! 

— ! Si ho sabies, joventut ! 

M. Costa y Llobera. 



Abrégé des règles tactiques 

ou FÉLIBRIGE ) 



« Le Félibrige est un mouvement d'idées, tendant à enrayer la 
disparition et à perpétuer, au moins dans leur zone actuelle d'exis- 
tence, les dialectes régionaux, menacés par une langue une, dite 
nationale, officielle, et devenue telle, souvent, non en raison de 
sa valeur intrinsèque, mais par suite de circonstances historiques 
et de motifs d'ordre exclusivement politiques (2) ». 

(j) Des esprits, mal informés, se demandent si les aspirations du Félibrige, 
avec leur particularisme, ne contiennent pas un germe de division et d'affai- 
blissement du groupement national. Qu'ils interrogent les faits, pour se con- 
vaincre du contraire. Louis XIV dut la splendeur de son règne au provin- 
cialisme que la monarchie se disposait à comprimer. L'énergie de la Révolu- 
tion et du Premier Empire fut encore le produit du provincialisme jetant 
l'éclat de sa dernière flamme. Du jour où Vunitarisme entre en application 
systématique, on voit tous les gouvernements finir dans de malencontreuses 
aventures et la France descendre dans l'échelle des puissances. 

{ï) Voyez : 7{evue Catalane : Réflexions sur le Télibrige el son avenir, n' du 



— 9Q — 

Cette définition figure en tête d'un article, relativement ancien, 
destiné à signaler, en l'espèce, la réalisation de deux phénomè- 
nes élémentaires de la sociologie : i" loi de réaction des forces 
naturelles, contrariées, dans leur large évolution, par l'artifice étroit 
de collèges de théoriciens, faussement érigés en gouvernants ; 
2* loi d'utilité, appelée à tuer les dialectes régionaux, malgré 
l'éclat de leur renaissance, si ceux-ci, ne sortant pas de la pure 
littérature, restent étrangers à l'étude des besoins sociaux. 

11 faut rappeler aujourd'hui cette formule, devant l'indéniable 
émoi des félibres de France qui se consultent sur les moyens 
d'assurer la vie de leur idéal. 

Tous veulent bien que les dialectes régionaux rendent des ser- 
vices sociaux, mais ils se divisent sur le point de savoir sous quelle 
forme leur propagande sera la plus puissante. 

Leur dispute est saisissante. En effet, après avoir vigoureuse- 
ment combattu l'unitarisme oppresseur du français, certains féli- 
bres en arrivent à préconiser la suppression de la diversité des 
idiomes, pour adopter une langue méridionale une, exclusivement 
employée dans un grand quotidien méridional. 

Ce procédé homœopathique de se débarrasser d'un unitarisme 
par un autre, vaut la peine d'être examiné. Cette critique nous 
permettra d'effectuer une mise au point, d'établir sommairement 
Jcs grandes lignes d'action du félibrige français, car celui-ci ne 
voit pas encore, très exactement, le champ où se trouvent ses 
adversaires. 

Sous l'efîet d'excitations venues de loin, apparaissent, à tout 
moment, dans la littérature méridionale, des ripostes mal étudiées 
contre les gens du Nord, contre la langue d'oïl, contre Paris. 

Si nous voulons faire une œuvre exacte, il faut savoir que nous, 
A\èridionaux, nous ne formons pas un groupe ethnique spécial (i), 
que nous sommes seulement des variétés d'une race gauloise dont 
les limites d établissement, scientifiquement reconnues, dépassent 

j5 octobre 1912. Cette formule s'applique aux felibriges de tous pays. Ce 
qui va suivre intéresse plus spécialement la France, mais sert aussi d'exem- 
ple, par comparaison inévitable, aux autres nations. 

{ I j Voir : J^evue Catalane : "Une Tdhîité Sociale des Dialectes régionaux 
1\" des i5 avril et i5 mai 191 3, où nous avons, à dessein, exposé la thèse 
ethnique appuyée sur des faits. 



ÉC 



1 oo 



les frontières françaises. Ses familles diverses ont essaimé, par- 
fois bien loin, de leur aire actuelle, si bien que, par exemple 
notable, les Languedociens et les Catalans se trouvent être les 
frères des peuples d'entre Seine et Rhin. 

En France, la différence de races ne peut être invoquée. 

Ce serait également mal discerner que d'attaquer la langue d'oïl, 
si ce terme désigne, par une définition communément acceptée, 
mais bien imprécise, l'ensemble des idiomes du Nord, distingués, 
par la formule affirmative oïl (oui), des dialectes méridionaux, où 
le même mot, au temps de Dante, se disait généralement oc. En 
effet, le Septentrion français se partage en plusieurs aires, dont 
deux doivent se mettre à part : la celtique avec le breton, la ger- 
manique avec le flanand. Le reste est roman, mais se différencie 
en normand, picard, wallon, bourguignon et aussi, notons-le bien, 
en idiomes lorrains et franc-comtois d'une assonance méridionale 
surprenante (i). Tous ces dialectes, appartenant, ou non, à la lan- 
gue d'oïl, ont été mis en minorité, comme ceux du Midi, par 
l'un d'entre eux : le français, employé dans l'ancienne province 
d'Ile-de-France. A l'exception de ce dernier, les félibres ne sau- 
raient donc les combattre en raison d'une commune misère. 

Faudra-t-il, au moins, conserver l'anathème contre Paris? Pas le 
moins du monde. Sa population ne se compose point de despotes 
ou d'étrangers. C'est un milieu où fusionnent toutes les variétés 
de notre race, où la province accourt, pour s'instruire auprès d'une 
remarquable élite, dont a peu près tous les membres ne sont pas 
des Parisiens. La grand'ville doit à des circonstances historiques 
(résidence de proconsuls et d'empereurs romains au débouché du 
pont jeté sur un grand fleuve, à proximité des confins dangereux 
de la Germanie et de la Grande Bretagne) et à des motifs d'ordre 
exclusivement politique (établissement, au v" siècle, des Francs, 
dont les chefs (2) veulent hériter du prestige impérial) l'honneur 
d'être devenue la capitale de tous les pays successivement agrégés 
à l'Ile-de-France. 

(i) A.scoli appelle ces derniers idiomes : franco-provençaux. 

(2 ) Les chefs francs ont inauguré là une tactique d'impérialisme romain, 
commune à la plupart des princes européens. Les peuples souffrent encore 
aujourd'hui de cette manie d'imitation qui distingue si bien les singes, les 
barbares et les parvenus. 



— 101 — 

Donc, si les gens du Nord sont nos frères, si leurs idiomes 
ont subi les mêmes oppressions que les nôtres, si les pierres de 
Paris n'oat pas la responsabilité de circonstances transitoires du 
passe, décidons-nous. Méridionaux et féiibres, à être fins, géné- 
reusement fins, pour ne point augmenter, indûment, le nombre 
de nos adversaires. N'invoquons plus les lamentables aventures de 
l'histoire. Sachons persuader au Septentrion que nous n'avons 
jamais été ses victimes, que nous ne sommes pas ses ennemis, 
mais bien plutôt ses protecteurs. 

Si, d'autre part, une formule de gouvernement, d'origine étran- 
gère : l'unitarisme, seule, a causé la mise en minorité des dialec- 
tes, c'est contre ce seul ennemi que les coups doivent porter (i). 

Voyons maintenant s'il convient, pour le combattre, de suppri- 
mer la diversité des idiomes. 

Celle-ci correspond à un fait de nature : la variété des filia- 
tions d'une même race adaptée à la différence des climats, des 
lieux, des productions, des odeurs, des horizons, des bruits, des 
silences et des échos propres à chaque pays. L'individu s'harmo- 
nise avec son milieu. En raison de cette harmonie, l'homme 
chante d'accord avec les conditions de sa vie (2). Si une cause 
artificielle intervient pour troubler l'ordre des choses, le génie, 
qui n'est que nature, s'évanouit. 

(1) Nous sommes pourtant obligé de signaler aux féiibres méridionaux, 
qu'après l'unitarisme, il y a, dans le Midi même, un obstacle sérieux aux 
progrès du fëlibrige. C'est la vanité bête d'une certaine catégorie de bour- 
geois des grandes villes, pour qui le patois fait partie d'un ensemble de con- 
ditions d'infériorité, dont il faut se garder, sous peine de déchéance. Molière, 
dans ses voyages, a connu ces grotesques. Nous les retrouvons dans ses 
coniédies. 

(2j Les hordes barbares, qui se sont lentement déplacées de l'Orient vers 
l'Occident — les Goths par exemple en offrent les preuves frappantes. 
Leur langage se modifie avec les pérégrinations. Dans les chaudes régions 
asiatiques, il est d'abord sonore et grammaticalement riche, pour s'assourdir 
progressivement et perdre la variété de sa syntaxe, au fur et à mesure que 
s'accentue la pénétration dans les froides steppes du Centre et du Nord de 
l'Europe. 

Autre exemple, plus près de nous : les essaims belges qui, au iv' siècle 
avant notre ère, sont venus s'établir dans les pays méditerranéens d'entre 
Rhône et Garonne (Languedociens et Catalans) n'ont point conservé un 
idiome identique à ceux des populations d'entre Seine et Rhin. 



^ 



102 



On pourra bien distinguer, de ci, de là, des auteurs de talent 
façonnés par les conventions sociales, mais point de ces remueurs 
d'âmes, de ces esprits à seconde vue, qui savent toucher les fibres 
lointaines où vibrent sourdement les mystères des atavismes endor- 
mis. Si le Midi, riche par ailleurs, n'a point produit de grands 
poètes français, il faut en voir la cause dans l'intervention d'une 
autorité humaine imposant, par esprit de système, aux Méridio- 
naux, une langue en désaccord avec les conditions naturelles de 
leur poésie. Ne faudrait-il pas craindre, dès lors, une répétition 
du même phénomène, si, de par la volonté artificielle de quelques 
félibres bien intentionnés, on décrétait l'établissement d'un dia- 
lecte méridional un ? La loi de différenciation, loi de nature et 
de progrès, contrariée par l'unitarisme des hommes, pourrait bien 
ne plus laisser surgir aucun grand poète de langue d'oc. 

Pourtant, pourront objecter les unitaires, si certains dialectes 
produisent des œuvres supérieurement belles, pourquoi négliger 
une telle indication et ne pas jeter son grain dans le terrain des 
chefs-d'œuvre ? 

Mais alors, quel sera le directeur des nouvelles semailles ? 
Mistral, Jasmin ou Goudouli ? Le Provençal, l'Aquitain, le Lan- 
guedocien, à l'envi, s'apprêtent à faire valoir des chefs-d'œuvre. 
Des discussions s'élèvent sur le mérite des révélations premières ou 
récentes. Au milieu de la dispute, le Catalan arrive et dit : « Con- 
finé dans mon petit Roussillon, je jouis de moins de suffrages au 
regard de vos vastes provinces. Mais j'ai, sur vous, un formida- 
ble avantage, qui me dispense de citer des chefs-d'œ;uvre. Favo- 
risé par la situation de mon pays, ayant derrière moi, au-delà 
d'une frontière, des frères et non des ennemis, l'unitarisme ne 
me tua jamais. Je n'ai jamais eu besoin de renaissance. Ma lan- 
gue vit dans sa pleine originalité ! A ce seul titre, tous les diar 
lectes méridionaux devraient s'effacer devant elle ». 

On voit, par ce rapide exposé, combien il serait difficile d'af- 
firmer, de propos délibéré, la supériorité de certains dialectes, 
quand la plupart d'entre eux offrent des preuves irréfutables de 
leur génie, soit dans la composition, soit dans la résistance. Les 
unifier serait tuer, presque partout, leur inspiration propre, sans 
profit pour le dialecte unificateur, de plus en plus isolé en facç 
dç son inoubliable ennemi ; l'unitarisme du français. 



— io3 — 

Tout n'est pourtant pas à rejeter dans la thèse des félibres unî- 
tarisants. Si les ressources matérielles du Félibrige sont insuffi- 
santes, la disparition des bulletins locaux peut être admise, pour 
faire place à la publication d'un grand quotidien méridional. 
Mais il s'agirait, pour ce nouvel organe, de s'incliner, sous peine 
d'un désastre, devant la souveraineté des faits, d'observer leur 
nature au lieu de la contrarier. 

Dans quelles conditions ? 

D'abord, en respectant la diversité des dialectes. Tous auraient 
des colonnes respectivement réservées dont la place varierait sui- 
vant l'importance des sujets traités. 11 faudrait, ensuite, sans 
jamais s'agréger à un parti politique ou religieux (i), s'occuper 
essentiellement de questions économiques et soutenir, avec la der- 
nière énergie, tous les intérêts, dont l'homogénéité, bien déter- 
minée, délimite les régions du Alidi, 

Les sujets tranés ne seront pas toujours exclusivement régio- 
naux ou méridionaux. Les groupements économiques, même fort 
éloignés, sont parfois interdépendants, par concours ou par 
opposition. Toutes les questions d'ordre national, devraient alors 
comporter deux rédactions juxtaposées, l'une en langue d'oc, 
l'autre en français (2). 

Le Félibre marche ainsi de concert — l'union fait la force ! — 
avec le Régionalisme et le Fédéralisme. 

De cette coalition étroite, intelligemment menée, pourra sur- 
gir, dans un avenir plus ou moins lointain, la reconnaissance, par 
l'Etat, de droits par lui méconnus. Quand les groupements pro- 
vinciaux se sont successivement agrégés au royaume de France, 
ils n'ont jamais signé de traités les forçant à perdre leur langue 
et leurs coutumes. Le jour où le français sera strictement renfer- 



(i ) L'esprit de parti ou de secte fausse l'exactitude des problèmes sociaux. 

{2) Si un compatriote du Nord ne peut obliger un méridional à connaître 
le breton, le flamand ou le wallon, à plus forte raison, celui-ci ne peut-il 
forcer l'initiation de celui-là aux multiples consonnances du provençal, du 
languedocien, du catalan, du basque, du gascon, du limousin ou de l'auver- 
gnat. Dans ce cas, il en sera, pour les félibres du quotidien méridional, ce qu'il 
en est pour les diplomates essayant d'atténuer les mille contrariétés des ques- 
tions internationales. Aucun n'use de sa langue respective, mais tous en adop- 
tent une conventionnellement reconnue, 



— JC4 — 

mé dans son rôle officiel d'interprète national, quand les patois 
ne seront plus injustement traqués, alors et seulement alors, les 
dialectes pourront entrer en émulation, pour conquérir une supré- 
matie assurée au plus digne, c'est-à-dire à celui dont le génial 
prestige se serait le plus longtemps affirmé (i). 

Edmond Lagarde, 
Avocat près la Cour d'Appel de Montpellier. 

(i) Au sujet de l'orthographe, trois règles peuvent être observées : 

i" règle phonétique (d'après la prononciation) pour les dialectes qui n'ont 
jamais été écrits. On peut l'employer aussi, pour l'initiation à la lecture des 
classes populaires. 

Pour les rédactions exactes, deux règles s'imposent impérieusement, à 
savoir : 

î' règle étymologique, c'est-à-dire appel à l'orthographe d'une langue 
ascendante i par exemple le latin pour les dialectes romans). 

3° règle synchronique ou consultation des langues collatérales ayant subi 
une évolution semblable, sinon identique (par exemple, l'italien et l'espagnol 
qui, comme les dialectes méridionaux français, ont enfermé, dans leur enve- 
loppe néolatine, des mots et des formes celtiques, derniers restes d'un fond 
ancestral disparu j. Il en est de même pour les emprunts faits aux langues 
limitrophes (grecque, arabe, maure). 



La correspondance de Frédéric Mistral 

La « Presse Associée » apprend de la source la plus autorisée 
que pour répondre au désir de M"' Frédéric Mistral, et selon 
les dernières et formelles volontés du Maître, la correspondance 
du poète ne sera pas publiée. Les fils du regretté J.-C. Roux, 
MM. Charles Roux et François-Charles Roux, ont renoncé au 
projet qu'avait formé leur père et donné à qui de droit les ins- 
tructions nécessaires. 

Cette décision, qui sera respectée de tous, honore grandement 
les héritiers du grand poète de Provence. 





An fri fn nri fn An An en An rn met fn An An An ^ft An rn cfi ÉÊi An nn rA An An ft*. An An An fft An An fn fn An 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

(SVITE) 



VI. Ordonnances, lettres patentes du roi Martin, mandements relatifs au droit 
d'être * habitant de Perpignan ». (Documents des xiv*, xv'.xvi'ct xvn" siècles.) 

Perpignan avait eu, dès le xi' siècle, des lois écrites et un plus 
grand nombre de lois non écrites. Les unes et les autres furent, 
plus tard, consignées dans des chartes par lesquelles les rois recon- 
naissaient leur existence, consacraient leurs dispositions et juraient 
leur exécution. 

Ces lois, connues sous le nom d'Usages, étaient les souvenirs et 
les débris des lois romaines qui avaient autrefois régi les villes 
municipes (i), ou l'oeuvre même des premiers habitants de la loca- 
lité. Elles étaient les Conventions écrites ou non écrites, sous 
l'empire desquelles, les incolae s'étaient promis de vivre entre eux, 
de fonder ou de maintenir leur association. Quand la commune 
se constituait, la confirmation et la rédaction de ses usages 
accompagnaient son établissement. Le droit d'être régi par eux 
était un des caractères distinctifs de son existence politique. 

Les principaux de nos usages consacraient le droit d'être habi- 
tant de la ville, et ce droit était déterminé par les juges même 
de la cité, les consuls. Ce sont les conditions multiples de ce 
droit (/jer habilador de Perpenya) que nous allons déterminer suivant 
les différents arrêts rendus par les rois de Majorque et les rois 
d'Aragon qui se sont succédé depuis Jacques i", en 1276 : Ce 
titre seul donnait le droit de jouir des franchises et privilèges de 
la cité (que gausescha de les francheses de la vila de Perpenya). 

Ainsi les franchises, les libertés furent un dépôt sacré sur lequel 
les rois et les magistrats consulaires devaient continuellement 
veiller pour le remettre à leurs successeurs, et en conserver les 
bienfaits aux générations futures. 

(1) Voir mon étude au sujet de ces lois, "La Colonie antique de 7(uscino, 
pp. 399-310. Imp. Cornet, 1918. 



^ . •,■• 
■■~:t 



• — io6 — 

Une ordonnance de Sanche, roi de Majorque, avait paru le 
23 septembre i323: elle était relative à la résidence effective 
nécessaire pour être réputé habitant de la ville de Perpignan, et 
jouir des privilèges de la ville : elle exigeait, pour être réputé 
tel, d'habiter la ville d'une façon permanente avec sa femme et 
sa famille, au moins « les doez partz de l'ayn ». 

Voici le document : 

23 septembre i 323 

[So que han à fer... que venen jurar l'estatge à Perpenya] (i). 

Ayso es trelat prés d'alguna ordinacio feyta per lo molt ait 
senyor Rey de Malorches sobre les questions que motes vegades 
venen per los habitantz de la vila de Perpenya. E es scrita en lo 
libre de les ordinacions de la thesoreria que regeyssen los discretz 
En P. de Bardoyl e 'N Perpenya Pedrolo, procuradors del dit 
senyor Rey, en LXXllll cartes, aysi con d'aval s'en segueys : 

Dissapte, XXI 11 dies de setembre M.CCC.XXlll. 

Segons que 'ns dixs lo senyor En P. de Bardoll qui hi fo pré- 
sent e fe escriure aquesta ordinacio, fo ordonat per lo molt ait 
senyor En Sanxo, Rey de Malorches, e per son consel, que tôt 
hom qui sia vengut ho venrà habitar o estar à Perpenya dels altres 
lochs de cavalers o de clergues de la terra del senyor Rey, haga 
à ffer continua habitacio en la vila de Perpenya, ab sa muler e 
ab sa companya, les does partz del ayn, à tôt lo meyns (2). E si 
no o fasia, que no sia tengut per habitador de Perpenya ni defés 
per habitant de Perpenya ni gausescha de les francheses de la 
vila de Perpenya. 

Empero, tôt hom de la dita condicio que tenrâ continuament 
sa muler e sa companya ho la major partida de sa companya ho 
de SOS enfantz (3) à Perpenya, aytal hom puscha estar hon se vula 
fora de la vila de Perpenya, per laurar ho pensar sa lauraso hon 
que la aga, ho per mercadegar, e per totes altres fasenes sues à 

(1) La partie supérieure de la marge ayant été rognée, le haut de ce titre 
est à demi coupé. 

(2) Meys : menys ou meyns. 

(3) On remarquera, malgré la mutation qui était devenue générale dans la 
langue catalane écrite, les anciennes formes ; enfantz, discretz, habitantz, etc* 



— ioy — 

sa voluntat. Et aytal hom sia defés per habitador de Perpenya et 
gausescha de les francheses de Perpenya, ayxi com los altres 
habitadors, no contrestan la sua absencia, pusque sa muler c sos 
aflFantz tenrrâ continuadament à Perpenya, aixi quant es dit. 

La quai ordinacio dixs lo dit P. de Bardoyll que fo feyta lo 
die e l'ayn dessus ditz, en presencia del noble En P. de Fonolet 
e d'En Berenguer Maynart, e d'En Nicholau de Sent Just, c 
d'En Jacme Escuder, totz concelers del dit senyor Rey, e del 
dit P. de Bardoll (i). 

Mais, pour empêcher toute irrégularité et éviter que l'on por- 
tât atteinte au droit de cité, en admettant, comme habitant de la 
ville, toute sorte d'étrangers, un mandement de Pierre IV, du 
2 1 juillet 1 344 (î), porta défense au bayle de Perpignan d'ad- 
mettre quiconque au nombre des habitants de cette ville, sans 
l'avis formel des consuls [cum consilw consulum dicte ville qui 
habenl noliliam personarum). 

Plus tard, le i5 mars i368, un mandement de Pierre IV, roi 
d'Aragon, enjoignait à tous ses officiers, dans les Comtés de Rous- 
sillon et de Cerdagne, de respecter les privilèges des habitants 
de Perpignan, qui remplissent les conditions de r sidence fixées 
par les ordonnances, même si leurs femmes n'hab raient pas con- 
tinuellement dans la ville: « Quod habilaloribus Pi rpiniani sufficiat 
ipsos habilare in villa Perpiniani el si uxor sua possit hubitare alibi (3) ». 

Mais, huit mois après, le i5 novembre i368, un mandement 
du Roi venait modifier ces conditions quelque peu draconiennes : 
il fixait simplement au tiers Je l'année la durée de résidence 
annuelle exigée des habitants de Perpignan [quod habitatoribus 
Perpiniani sufficial habitare ibi per terciam partent anni cum uxore et 
fa mi lia) (4). 

(1) Arch. comm. de Perpignan, livre vert mineur, AA. 3, tome 1". f'91. 

(2 i Quod bajulus Perpiniani non admitat aliquos in habilatoribus ville nisi cum 
eonsilio comulum. (Arch. comm., livre vert mineur, tome 1", f" 192.) Voir 
document in extenso § xix, à l'appendice. 

(3) Je reproduis in extenso, à l'appendice, le document en latin, * dalum 
Barchinone xv' die mardi, anno a nalivitale Domini millesimo CCC'LX cclavo. 
Visa 7^0. » (Appendice, § xx.) 

(4) Voir appendice, § xxi ; » dalum Barchinone, quinla décima die novembris, 
anno millesimo trecentesimo sexagesimo octavo. P. can... Rex Petrus. b 



— jo8 — 

Enfin, le roi Martin fixait d'une façon définitive et précise les 
conditions nécessaires pour avoir le droit de cité. * 

Par lettres patentes et mandements du 7 septembre 1397, le 
roi d'Aragon confirmait le règlement fait par les consuls, relatif 
au droit d'être habitant de la ville de Perpignan : obligation 
d'avoir (comprar e haver-la) une maison dans la ville, le Barri ou 
le Tinl ; indemnité de cent sous au profit de la construction des 
fortifications, due par ceux qui, dans les trois mois, à partir de 
la présente ordonnance, n'auraient point acheté ou acquis une 
maison à un titre quelconque ; même indemnité de cent sous pour 
ceux qui, ne possédant pas d'immeubles, voudraient habiter ail- 
leurs ; en cas de location de la maison, obligation d'avoir une 
entrée réservée spéciale pour les locataires, distincte de celle du 
propriétaire ; obligation d'être présent avec leurs femmes « fer 
foch, jaure, menjar » aux quatre grandes fêtes de l'année ; obli- 
gation de se faire inscrire chaque année au Consulat. 

San Feliu de Llobregat 
7 septembre j 897 

[Dels habitants forans, e de ço que deuen fer per raho de llur 
habitacio]. 

Nos Martinus, Dei gratia rex Aragonum, Valencie, Majori- 
charum, Sardinie et Corsice, comesque Barchinone, Rossilionis 
et Ceritanie, scientes et attendentes pro parte vestri fidelium. 
nuntiorum Consulum ville Perpiniani, nomine et pro parte uni- 
versjtatis ipsius ville et singularium ejusdem, nobis fuisse humili- 
tcr presentata quedam capitula continentie subsequentis : 

« Per ço que aquells qui s' serân fets habitadors de la vila de 
Perpenya sien e meresquen mills esser dits vers habitadors de la 
dita vila, es concordat que hagen à fer e complir les coses davaU 
scrites, e, complin aquelles, no pusquen esser inquietats per raho M 
e occasio de la habitacio que s' dixes (?) no degudament per ells 
fêta o fahedora en la dita vila. g 

Primerament, que aquells qui d'açi avant se farân habitadors d 
de la dita vila hagen e sien tenguts haver casa llur propria per 
titol de directa e util o, al menys util senyoria dins la dita vila 
O en lo tint o en lo barri de la dita vila aytant quant serân habi- 



— 1 09 — 

tadors de aquella. E si quant se faràn habitadors no havien la 
dita casa que fos llur propria en la nnanera desus dita dins la 
dita vila o en lo barri o tint de aquella, que hagen c sien tenguts 
de comprar e haver-la o, per qualsevol just titol, adquisir e 
haver e tener que sia llur propria sens alcuna dissimulacio c 
fenta dins très meses del dia que s' serân fets habitadors avant 
comptadors. E si dins los dits très meses no havien comprada 
o per altre qualsevol just titol adquisida e hauda, que fos llur 
propria en la manera desus dita, la dita casa dins la dita vila o 
en lo tint o barri d'aquella, sien tenguts paguar e paguen cas- 
cun d'eîls qui no haurian hauda la dita casa dins los dits très 
meses, cent sous barcelonins à la obra dels murs de la dita vila, 
ne d'aqui avant sien hauts ni defeses per habitadors de la dita 
vila ne gausesquen dels privilegis e franqueses de aquella, pusque 
dins los dits très meses no haurân hauda la dita casa per la forma 
desus dita. Mes si quant se farân habitadors de la dita vila, o 
après dins los dits très meses, hauràn la dita casa per via de com- 
pra o per qualque altre just titol e sia llur propria dins la dita 
vila o dins lo tint o barris de aquella, axi quant dessus es dit, 
sien hauts e deffeses axi com vers habitadors de la dita vila e pus- 
quen gausir e gausesquen dels privilegis e franqueses de aquella, 
no constrastants les cases contengudes en una costuma scrita de la 
dita vila, la quai comença : 

« Item, nullus habetur, etc. », 

e en los altres privilegis de la vila que parlen de la habitacio 
per los habitadors fahedora en aquella. 

Item, si los dits habitadors, despuys que 's serân fets habita- 
dors de la dita vila e haurân hauda la dita casa per la manera e 
forma desus contenguda se volrân tornar al loch d'on son venguts 
o en altre loch, e renunciarân quant que quant à la dita habitacio. 
que ho puguen fer e sia à ells legut, paguant C. sous barcelonins à 
la obra dels murs de la dita vila, als quais C sous se obliguen al 
consolât ab fermança lo temps que s' fan habitadors de la dita 
vila, e dels quais C. sous no s* pusquen fer deguna gracia ne 
remissio en tôt o en partida. 

Item, que 'Is dits habitadors. durant la dita habitacio, tota la 
4ita casa o partida d'aquella que haurân obs per llur star hagen à 



— no — 

retenir à Ilur propri us c habitacio. Pero si era tan gran qu'en 
poguessen loguar alguna partida o partides à qui s* volrrân, que u 
pusquen fer, retenguda à Ilur propri hus aquella part que n' hau- 
rân obs per Dur habitacio. Aixi empero que ells intrassen per 
una porta e 1' llogader o logaders per altra. E si fahien le con- 
trari, sien tenguts paguar à la dita obra dels murs de la dita vila 
deu sous de pena tots anys que contrafaricn ; pero, comctent e 
pagant una veu o moites la dita pena o no res menys sien hauts 
et defescs axi corn habitadors de la dita vila e gausesquen dels 
privilegis e franqueses de aquella. 

Item, que aquells que ara son o per avant se farân habitadors 
de la dita vila sien tenguts venir star ab llurs mullers, fer foch, 
jaure e menjar en la dita vila e en la dita casa lur, cascun any, 
en les quatre festes anyals, ço es en les festes de Nadal, e en les 
festes de Pascha, e en les festes de Pentacosta, e en la festa de 
Nostra Dona d'agost. E si fahien lo contrari, sien tenguts paguar 
e paguen à la dita obra dels murs de la dita vila cascuna de les 
dites festes que farân lo contrari deu sous barcelonins de pena. 
E no res menys, cometent e (i) paguant la dita pena una veu o 
moites o no, sien hauts e deflPeses per habitadors e gausesquen 
dels privilegis e franqueses de la dita vila. 

Item, que tots anys en les festes de Nadal, los dits habitadors 
se hagen à presentar en la casa del consolât de la dita vila à 
aquells qui serân consols de la dita vila o al scriva del dit conso- 
lât qui escrischa los noms de cascun per tal que sapia si serân 
venguts en la dita vila per la forma desus dita ; e que juren en 
poder dels dits consols o del dit scriva si. y serân venguts les 
dites altres festes anyals ab llurs mullers, e sien-ne-creseguts de 
son propri jurament. O altrament, si no s'eren presentats e fets 
scriure, encorreguen en la damunt dita pena de X sous, axi com 
dit es pagadora. Pero, no res menys, sien hauts e defeses per 
habitadors e gausesquen dels privilegis e franqueses de la dita 
vila. 

Item, que aquells qui vuy son habitadors de la dita vila sien 
tenguts haver casa Ilur propria per la manera e forma desus dites 

(.)o. 



— il) 



dins la dita vila o en lo tint o en lo barri de aquella de açi à hun 
any primer venidor ; o altrament, si passât lo dit any no haurien 
hauda la dita casa per la manera e forma desus dites, no sien 
hauts ni deffescs axi com habitadors de la dita vila ni gausesquen 
dels privaletgis e franqueses d'aquella. Empero, si, dins lo dit 
any, abans que haguessen comprada o hauda la dita casa per la 
forme desus expressada, volien renunciar à la dita habitacio e 
tornar-s'en als lochs d'on son estais o en altre loch, que ho pus- 
quen fer e sia à ells legut sens paguar alguna pena en que sien 
obligats per raho de la desus dita habitacio. Si empero compra- 
ven o havien la dita casa per la manera desus dita, sien tenguts 
paguar la dita pena al consolât en la quai son obliguats quant que 
s'en tornen. 

E en los présents empero capitols no son compreses ni enteses 
aquells qui en la dita vila, barri o tint de aquella son venguts e 
stan e habiten, o estarân o habitaràn d'aci avant continuament, 
com, posât que no hagen o haurân alberch o casa llur propria, 
deuen csser hauts e reputats vers habitants e estadants de la dita 
vila, pusque en aquella e no en altre loch fan llur continua habi- 
tacio c domicili. Pero es entés que si als consols de la dita vila 
qui ara son o per temps serân ab lo conseil gênerai de la dita vila 
apparria quant que quant esser pus profites e pus expédient à la 
dita vila e als singulars habitadors de aquella usar dels privilegis, 
concessions e ordinacions que han ja del molt ait senyor Rey En 
Père, pare del dit senyor rey, c de sos predecessors de gloriosa 
memoria, sobre el fet dels dits habitadors e de llur habitacio, o 
de alcun o aiscuns d'aquells en tôt o en partida, que ho puxen fer 
totes e aytantes vegades e quant que quant als dits consols qui son 
e serân e al conseil de la dita vila plaurà e sera vist fahedor ; e 
puxen los dits privilegis, concessions e ordinacions lexar e à les 
coses desus dites en los dits capitols contengudes tornar, e an aço 
puxen variar totes e aytantes veus e quant que quant als dits con- 
sols qui son e serân ab lo dit conseil gênerai de la dita vila sera 
vist fahedor ». 

Ad supplicationem perhumilem vestri prô parte dictorum con- 
sulum et proborum hominum ville Perpiniani prefate capitula 
preinserta et omnia et singula in cis contenta laudamus, aproba- 



— 1)2 — 



mus, ratifficamus ac nos.re confirmation^ pres.d.o toboramu,. man- 
dan es per presen.em car.am nos.ram G"""""-, «°«' ■;" " 
Ceritanie vicario Rossilionis et Vallispirii, ac ba.ulo v.lle Pcrp - 
ni ap:efa,e, ceteris.ue universis e, singu.is officia.ibus nos.,s 
nresen.ibus et fu.uris et dicorum officialium lochatenent.bus qua- 
Tinus laudationem, aprobationem, ratifficationem et confirmafonem 
nos.ras hujusmodi servari inviolabili.er faciant per quoscunque e, 
non contraveniant nec aliquem contravenire perm.ttant abqua 
ratione. In cujus rei testimonium hanc fier, et sigillo nostro pen- 

dcnti iussimus comuniri. 

Datum in locho Santi Felicis de Lupprichato, sept.ma d.e scp- 
tembris, anno a naf.vitate Domini millésime trecentesimo nonage- 

simo septimo, regnique nostri secundo. ^ 

Macias, vice jcanccllanusj. 

Si2-(s roval)-num Martini. Dei gratia régis Aragonum, Va- 
lencie, Majoncarum, Sardinie et Corsice. comitisque Barchinone, 
Rossilionis et Ceritanie. ^^^ Martinus. 

Testes sunt Hugo de Santa Pace, Gilabertus de Centillis. Pe- 
trus de Montechateno, Guillelmus de Perapertusa, Petrus Sanctn 
de Calataiubio, milites. 

Sig- (s. manuel) -num mei Francisci Pellisser, predicti domini 
régis scriptoris, qui. de ipsius mandato predicta scribi fec, et 
clausi. Et corrigitur antea in lineis xnn» avanh xv. et xvn dtt 
scriva, xxni re, xxv pare del, et xxvn per, etc. (i). 

Pendant près de trois siècles et demi, le règlement du Roi 
Martin resta en vigueur : cependant à la longue il y eut des abus. 
Aussi un arrêt du Conseil Souverain du Roussillon. du 20 décem- 
bre ,740, tendait à réprimer l'abus des citoyens qui se disaient 
« habitants de Perpignan >>. sans avoir rempli les conditions néces- 
saires qui font le véritable « habitant ». Cet arrêt astreignait ceux 
qui voudront être réputés habitants de cette ville, à se soumettre 
aux conditions et formalités prescrites par les ordinations de 

(,)Arch. comm. de Perpignan, livre vert mineur, AA. 3, tome .", 
f"3i5-3>6. 



— .i3 — 

j383, q avoir une habitation ou une résidence continuelle » pen- 
dant cinq années, à partir du jour de leur réception à l'hôtel de 
ville, et par la suite, a tenir maison ouverte propre ou à louage, 
partie de l'année, avec sa famille, ou toutes les fêtes annuelles, 
au moins » ( i )• 

L'arrêt réglait à nouveau les formalités à remplir pour l'obten- 
tion de cette qualité. 

Le Q janvier 1747, parut une nouvelle ordonnance des Consuls 
de Perpignan, se rattachant à l'exécution de cet arrêt du 
20 décembre 1740 : il sera tenu, dit en substance ce règlement, 
un registre pour inscrire les habitants forains à la qualité d'hom- 
mes de Perpignan. 

Désormais, la liberté du domicile était écrite parmi nos liber- 
tés : a Tout habilanî de Perpignan peut porter sa résidence et 
son domicile partout où il voudra, soit dans l'intérieur de la pro- 
vince, soit au dehors, sans pouvoir en être empêché par qui que 
ce soit. En gardant ses propriétés soit dans la ville, soit dans son 
territoire, avec jouissance de leurs revenus, partout ou il sera..., 
il aura la liberté de les vendre en tout ou en partie, en quelque 
lieu qu'il se trouve (2) ». 

Mais s'il pouvait quitter la ville en aliénant ses biens, ou en 
percevant leurs revenus au lieu de son nouveau domicile, le code 
de la cité lui en permettait !a libre disposition (3). 

Ainsi, la liberté individuelle trouvait aussi ses garanties dans 
notre vieux code de la cité. 

(A suivre) Henry Aragon. 

( 1 ) Mais le fait d'être habitant de Perpij^nan n'obligeait pas la personne à 
y résider. 

(al Arch. comm.. livre vert mineur, f° y, usage, f" 27. 
(3) Arch. comm.. usage, 27. 







Quelques noms de plantes 4 synonymes 

Catalans-Fraocais ^ Français-Catalans 

^jë^i^ (SUITE) 



daCSa, maïs. — blat d'india, blat de moro. 
dauradilla (et doradella), doradUle. — falguera de roca. 
dent de IleÔ. — voir masteguera. 
desferra=cavalls, hippocrépide. — herba del ferro. 
deSpulla=belitreS. — voir gavarrera. 

didalera, digitale. 

donzell, absinthe. 

donzell fais, armoise, artémise. — altimira, artemega. 

doiceta, mâche. — benc. 

doradella. — voir dauradilla. 



ebol (et ebul), hièhle. — carnosa, saùquer. 

ebuliscla, pivoine. — llamponi, llampudul, peonia, herba de 

santa Rosa. 
elra, lierre. — eura, edra, cendrosa. 
enciam, laitue. — Iletuga. 
enfalga. — voir alfabrega. 
enfiter, ricin. — figuera del dimoni. 
englantina. — voir jassemi. 
enredadora. — voir campanetes. 

erica (et eritja). — voir bruc. 

esbjrzer. — voir romaguera. 

escabiosa, scahieuse. — viuda, viudeta. 

eSCalunya, échahtte. — ceba escalunya. 

eSCanya=Cavalls. — voir espigadella. 

eS':anya=velles. — voir passa-cami. 

escardot, chardon. — cart, esquerdot, carxofa de borro. 

eSCarola, endive, chicorée. 



~ ii5 — 
escayola, alpiste. 

escillâ. — voir cebcta. 

eSClafîdOS. — voir coljtxos. 

eSCOba, genêt. — ginesta. 

eSCOrSOnera, scorsonère, salsifis noir. 

espanta lIOpS, baguenaudier. 

eSparcet (et esparceta et esparsa), sainfoin. — trepadella, pel- 

lagra, pepirigali. 
eSparguils. — voir vidaula. 
espàrrec, asperge. 
espart, sparlier, faux ajonc. 
espases. — voir bruyol. 
espeltra, epeautre. 
espenaller, ancoUe. — campanes. 
espernallac, sanhUne. — herba cuquera, botja de sant Joan, 

guarda-^oba. 
espigadella, hrôme. — escanya cavalls, trauca sacs, ordi salvatge. 
espi. — voir espinavessa. 
espigol, lavande aspic. — aspit, barballô. 
espinac, épinard. 

espinacart (et espinacalt). — voir panicait. 
espinavella. — voir sosa. 

espinavessa (et espinavis), paliure. — arn, espi. 

espuela, dauphimlU, pied d'alouette. 

estelada, alchimilk. — herba botera, herba argentada. 

estepa (et estrepa et Stepa), ciste. — argenti, moixera, bordiol. 

estira-velles. — voir passa-cami. 

estrigol, ortie. — ortiga, ortigo), xiripia. 

etzevara (et etzavara), agave. — agau, pita, pitalassa. 

eura. — voir elra. 

euro. — voir auru. 



faig, hêtre. 

fajol, sarrazin. — blat nègre. 

falguera, fougère. 

falguera de roca. — voir dauradiila, 



î 

I 



i 



— 116 



1 



i 



falsia (et faizia), capillaire. 

fanaiets. — voir campanetes. 

farigola, thym. — frigola, frigol, frigoleta, timo. 

faringola. — voir arbosser. 

farot. — voir tell. | 

fasol, haricot. — mongeta, bajoca. 

faSSer, palmier nain. — bargallo. | 

fa va, fève. — favô. | 

fe (et fenc)- — voir ferratge. 

fel de la terra. — voir caxalagua. I 

fenas, fétuque élevé. 

fenoll (et fonoU), fenouil, aneth. 

fenoll de bÔU. — voir givertassa. 

ferratge, trèfle incarnat. — fé, fenc, alfé. 

festUC. — voir llentiscle. 

figue ra, figuier. 

« del dimoni, ricin. — enfiter. 

« de maho, figuier de barbarie. — figuera de moro, d'india. 
floravia, centaurée chausse trappe, chardon étoile. — caga-tripa, 

caga-trepa, sagatrepa, catt estrellat, brassera. 
fonoll. — voir fenoll. 
forquetes. — voir gerani. 

fraga (et fraula), fraise. — maduixa, araques. 
fraxina. — voir freixe. 

francessilla, bouton d'or. — goig, botô daurat. (voir aussi ranuncle.) 
frare, orobanche. — orobanca, margalida, cap de frare. 
fregadÔ, guimauve. — malvi. 
freixe, frêne. — fraxina. 
frigoleta. — voir farigola. 
fumaria (et fumosterra), fumeterre. — galleret, herba del colom, 

coiomina. 
fuscllada- — voir fuxarda. 

fustet, corroyére, sumac. — roldô, redô, rcdon. 
fuxarda, globulaire. — ascallades, regollada. 



"^1^ 



La Cigah y la Fortniga 

o^C^^- SUITE crFTN 

U 

Ara mira-t aci, veritat tenim de creure ? 
De lo que conte '1 vell, y enguanyasses era 
Qu'en un dia d'ivern, que la fam te prengué, 

Lo front baix y d'amagat 
Vas anar veure, a dins del seu graner 

Lo formigar sota terra. 

La ricassa pagèsa, al bo del sol secava 

Per avans de baixar 1 soto 

Son blat, qu'havia florit 

La rosada de la nit. 

Quan era llest, l'ensacava, 
Llavors, tu vas venir, les llagrimes 'Is ulls 

Y li digueres : « Ay que fa fret ! 

Lo vent geliu d'un cayre a l'altre 

Aie rossega rendida de fam. 
En e) teu rich amuntô 
Pel meu sarrô, deixe 'm pendre una miqueta, 
T'ho tornaré, segur, al bon temps del melo. 

Presta-me un poch de grà. » 
Pero vès, si 't creues que l'altra l'escolta 
T'enganyas. D'aquets grosses sacs 
Ni una mica sera teu. 
« Vès-t'en mes lluny à rascar botes, 
Reventa-t de fam, tu que cantes l'estiu. 

Axi xarra la faula antica 
Per conseil nos donar la practica 
Dels ensaca-diners — sort tinguem 
De nuar los cordons de la boisa. 

— Mala colich rosegui lo ventre 

A tots aqueixos ig-norants. 



_ n8 — 

Me fa venir suhera, lo fabulista 
Quan ne diu que l'ivern tu vas a captar 
Mosques, verms, gra ; tu no ne mcnjes may. 
De blat, que ne feries ? fé de fé ! 
Tenes la font, que melosa n'es ! 
Y no demanes res may. 

Te xantas bc de l'ivern ! 
Ta familia, a l'abrich, sota terra dormisca 
1 tu dormas la son que no res reviscola, 
Lo teu cadaver, de sech en sech ne eau... 

... Un dia, tôt cercan-cercan 
La formiga lo veu. 

La teua pell seca i magre 
La dolenta, tôt arreu l'esparraca. 
Elle te vuyda lo pitral, a bocins te tallona 

] abscondeix com carn salada 
Aqueix bè de Deu escullit per l'ivern 

Quan ne ven lo temps de neu. 

ni 

Aixi es l'historia verdadera 
Ben Uuny de lo que diu la faula. 
Que n'en pcnseu, iras de iras ! 
Tots vosaltras, amaga-pecetas, 
Puny-arrapats, que teniu la panxa-plena, 
Que gouverneu lo mon a colp i de dincrs ; 

Aneu per tôt diguen, canalla. 
Que l'artista jamay travalla 
1 ten de patir, lo bon ximplot. 
Aleshoras, calleu-vos. Quan de la llambrusca 
La Cigala ne foradat la rusca 
Tots i veniu robar son beure... 



1 desprès, morte, la roseguen. 

L'ESTEVE F». 



La seigneurie ^ la paroisse de Serralongue 

I'^ Partie — La seigneurie de Serralongue 

Entre les deux rivières de Lamanera et de Serralonga s'étend 
une longue arête de séparation {sierra en espagnol, serra en cata- 
lan), qui donne son nom au village de Serralonga. Cette arête 
commence à l'orient, en face de Puig Rodon, à la jonction des 
eaux du Rianol et de Galdaras, et se termine vers le sud, à 
six kilomètres du village, par des masses granitiques élevées à 
1 5oo mètres au-dessus du niveau de la mer. Là sont trois pics ou 
sommets distincts. Le pic le plus haut se trouve à l'extrémité 
sud. Il se compose de roches granitiques mesurant i5 mètres de 
largeur sur 60 mètres de longueur. Sur ce pic s'élevait l'enceinte 
du château de Cabrenç. 

7. — Châhau de Cabrenç (1) 

La porte principale, située à la partie ouest, est d'une simpli- 
cité étonnante : ni fossés, ni pont-levis, ni créneaux aux murail- 
les. On avait probablement une confiance plus grande dans les 
difficultés du terrain que dans les fortifications construites par la 
main de l'homme. On fermait la porte en enfonçant horizontale- 
nent deux barres de fer ou de bois dans la maçonnerie : les trous 
sont encore visibles. Les murailles, de 1 m. 5o d'épaisseur, n'a- 
vaient pas une élévation bien considérable, parce que des escarpe- 
ments de 20 à 40 mètres rendaient presque impossible l'escalade 
du château. Au nord s'élevait le donjon de forme rectangulaire. 
Il se composait d'une salle unique en plein cintre de 8 mètres de 
hauteur : sur la voûte se trouvait probablement une plate-forme. 
Au milieu de l'enceinte on distingue encore les ruines d'une cha- 
pelle dédiée à saint Michel. C'est une nef rectangulaire avec une 
abside demi-circulaire. De loin, les ruines de cette chapelle pré- 

(1) Voir RatHeau, capitaine du génie, "Bulletin de la Société Agricole, 
M, 1862. 



sentent la forme d'une tour : on l'aperçoit à gauche en venant 
d'Arles. A l'extrémité sud de l'enceinte partaient des escaliers 
qui conduisaient à une plate-forme naturelle entourée de précipi- 
ces infranchissables. Tout porte à croire que le château et la 
chapelle datent du ix' siècle. 

Le second pic est séparé du premier par une distance de 
loo mètres et par une gorge profonde. C'est une masse graniti- 
que de forme conique, dont le sommet est plus bas que le précé- 
dent de 20 à 1.5 mètres. Sur le point culminant du rocher se 
dresse une tour centrale avec une enceinte qui se développe au 
nord et qui manque à l'ouest à cause de l'escarpement du rocher. 
Le mur de l'enceinte extérieure a 1 mètre d'épaisseur : il est 
percé de créneaux alternativement placés à deux hauteurs diffé- 
rentes. Ces créneaux sont rapprochés les uns des autres. Un 
second mur existe à 12 mètres en arrière, formant une seconde 
enceinte. Le point le plus élevé du rocher porte la tour qui pré- 
sente à l'extérieur la forme d'un prisme octogonal très irrégulier : 
au nord et à l'ouest, le rocher est remplacé par un mur de soutè- 
nement à parois très inclinées. La porte de la tour regarde le 
château : elle est à i m. 60 au-dessus de l'assise du rocher. Dans 
la tour on aperçoit une chambre carrée de 4 m. 20 de côté, 
éclairée par une fenêtre romane. On prétend que cette tour, 
antérieure à 1267, servait de prison. 

{^ suivre) Joseph Gibrat. 

La littérature provençale et renseignement 

(Editions du 'Feu, Aix-en-Provcnce) 

Notre éminent confrère, M. Emile Ripert, agrégé de lettres, vient d'édi- 
ter l'intéressante conférence qu'il donna le 6 mai 1917, à Avignon, sur 
« La littérature provençale et l'enseignenient ». L'auteur y soutient la cause 
dis langues d'oc comme moyen d'enseignement de la langue française, cause 
si bien défendue en Roussillon par nos précieux collaborateurs de la pre- 
mière heure, MM. Louis Pastre et Jean Amade. 

Rossellonenques (par Charles Grando) 

Le n" 5o de la collection d'auteurs catalans La J^ovehla JSova (Portafer- 
rissa, i5, Barcelona) est consacré à un choix de nouvelles humoristiques de 
notre brillant collaborateur Charles Grando, groupées sous le titre 

1{pisellonenques . 

L< Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



12 Année N 140 15 Juin 1918 

Les Maniucriis non inscrci 
ne sont DIS Tcndiu. 



Les Anicles parus aans ia Revue 
n'engagent que leurs auteurs. 



REVUE 

CATALANE 



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Estances a ïlnfermera 
*^ 

Dànes de Trança. 

S'endevinaven d'or sota 'Is vels del séu front 

els sedosos cabells, l'esguart era pregon 

y'is séus ulls els mes blaus que hi puguin havè' al mon. 

Y vestîa de blanch, albissima, de llins 

immaculats per totes les sales y jardins ; 

si blanca de per fora, mes blanca de per dins. 

Les sèves galtes eren pàlides de color, 

semblava que sovint s'amaressin de plor, 

d'un plor tranquil,. segur, en mig de tant dolor ! 

Era un somriure blanch vora '1 llit del malalt, 
y alegrava de cop la pau del Hospital 
ab un riure no mes com allunyant el mal. 

Estava dreta, immôvil, sempre vora de) llit, 
tôt vetllantli les hores tan llargues de la nit 
ab un ram de violes mig obertes al pit. 

El ferit la mirava ab els ulls divagants ; 

— Diguèume aquelles coses, tan serenes, d'abans... — 

Sobre '1 front que bullia li posava les mans. 

j Les mans ! Jo les haurîa besades ab anhcl. 
Jo no se que tenien aquelles mans de cel ; 
tenien suavitats de flor y olor de mcl. 



] 22 — 

Jo haun'a volgut dur en les venes la sanch 
del ferit, y vessantla del pobre côs estanch 
veni' en el dur repos d'aquest Hit séu tan blanch. 

Y sofrir llargament per la patria y per ella. 

Y en les hores de febre sentir la maravella 
d'aqueJles mans de flor damunt de ma parpella. 

j Per que '1 ferit debia ser bell y alegre, abans!... 
No se quin sortilegi duya en les sèves mans, 
que nosaltres, qu'estavem joves y forts y sans, 

ne sentiem vergonya y may hauriem dit 
que no gosant mirarla als ulls de fit a fit 
sentissim una enveja terrible del ferit... 

j Ay, donzella sublim d'un Hospital de França ! 
Fores una llum pura qu'ab el temps va apagantse ; 
no 't veuré mes y 'n sento una extranya recança. 

Y no vaig demanarte les violes del pit, r 
y no vaig dirte rès del que t'hauria dit, 

del que 't diria ara, liuny de tu, en mon neguit 1 

Y no vaig dirte rès del teu mirar pregon, 

ni vaig besar les mans que per mi ja no son, 

ni vaig tocà' ab els llavis la Creu Roja del front 1 

• Ara 't veig com t'enfiles pel cel serè, damunt 
del fum de les batalles, -del lamentable munt 
dels morts y dels ferits, sempre molt mes amunt ! 

Ascendexes pel cel del amor y 'Is neguits, 
serenament plegades com coloms sobre 'Is pits 
les dues mans ungides ab la sanch dels ferits 1 

Joseph Massô y Ventôs. 

Cette poésie a obtenu la Tlor natural aux Jochs Florals de 1918. 






iâ seigneurie ^ la paroisse de Serralongue 

^Z^:*^ [SUITE) 

A 200 mètres plus loin se trouve un monticule naturel facile- 
ment abordable de tous les côtés, dominant le col Balladou. Sur 
ce monticule on a construit une tour qui présente six faces irré- 
gulièrement disposées. Dans l'intérieur de la tour on distingue 
trois étages et au-dessus de chaque étage, une voûte ogivale : la 
partie supérieure est terminée par une piate-forme. Un escalier à 
marches très élevées permettait de communiquer avec tous les éta- 
ges. Cette voûte appartenait sans doute au xiv' siéle, et peut être 
considérée aussi comme une dépendance du château. 

M. Alart a raison de dire que les fortifications de Cabrenç 
constituaient un repaire féodal, capable de donner une idée de la 
puissance seigneuriale. Vraiment ce château porte bien son nom: 
Casiell de les cabres, château des chèvres. 

On peut arriver au château par Lamanera ou par Serralonga. 
En partant de Lamanera, on traverse des sentiers champêtres, 
plusieurs champs bordés de genêts et de plantes sauvages. Après 
une heure de marche, on arrive à une fontaine dissimulée au mi- 
lieu du gazon et des arbustes. Demi-heure plus tard, à travers un 
chemin rocailleux, on se trouve en face de la porte principale du 
château. 

En partant de Serralonga, on suit d'abord le sentier qui con- 
duit au col de les Talgueres, puis, tournant brusquement à gauche, 
on gagne, en montant, d'abord le mas "Balladou, ensuite le col du 
même nom. Là on revient à droite, on suit un petit chemin à 
peine tracé dans le rocher au milieu d'une végétation rabougrie. 
Ce chemin aboutit par une pente assez raide à l'extrémité sud de 
l'arête. 

A quoi a-t-il pu servir, en réalité, le château de Cabrenç ? 11 
serait difficile de le dire. Du haut de son donjon, le regard se 
portait au loin dans toutes les directions, vers le village de Ser- 
ralonga comme aussi vers le versant espagnol : le guetteur pou- 
vait ainsi surveiller les passages de la montagne. En effet, le che- 



— 124 — 

min venant du bas ou du haut Vallespir traversait la rivière du 
Tech au pont actuel de la Vierge Marie : c'était là le « GaJu 
aras », le gué d'aras, mentionné en 88 1 comme limite du terri- 
toire de Sainte-Cécile-de-Cos. Arrivé au « veynal » de Galdaras, 
il se divisait en deux : l'un Traversait la rivière de Galdaras, ser- 
pentait le quinta de droite et arrivait en Espagne en passant par a 
Saint-Laurent-de-Cerdans et par Coustoujas ; l'autre se dirigeait 
vers le village de Serralonga et passait à quelques mètres de 
l'église paroissiale (i). Là, il se bifurquait encore: il descendait 
vers le château de Serralonga, sous le village, et se rendait en 
Espagne en remontant la rivière de Galdaras et en passant sous 
le château de Cabrenç, ou bien il traversait la rivière de Galda- 
ras sous le château de Serralonga et arrivait en Espagne eu pas- 
sant par Falgons. De plus, le chemin qui conduit à Serralonga 
va droit aussi à Lamanera en longeant l'eau, versant de gauche 
qui domine la rivière du Rianol et aboutit en Espagne en traver- 
sant le village de Lamanera ou par le Coral. Par conséquent, 
outre sa position stratégique, le château de Cabrenç, était des- 
tiné à surveiller ou à fermer des passages publics de montagne : 
il n'était donc pas un simple repaire féodal. Les seigneurs qui 
l'habitaient ont joué un rôle important dans l'histoire roussillon- 
naise. 

11. — l^es seigneurs de Cabrenç (2) 

Jusqu'à la fin du x' siècle, les seigneurs de Cabrenç ou de Ser- 
ralonga furent les lieutenants des comtes de Besalu pour l'admi- 

(j) Un acte du 14 avril i 562 énumère la plupart des lieux cités. 11 s'agit 
de la confirmation faite par dom François de Rocaberti à Georges Ladarse, 
pages de Serralonga, d'une maison et des terres qui en dépendent. Ce 
domaine confronte : d'orient, avec la jonction des eaux du Tech et de Gal- 
daras, «y passa l'aygua de la farga de Galdaras y puja lot serrât amunl con- 
frontant ah lo terme de Sant Llorens dels Serdans fins à una font anomenada la 
font de las "Buadas » ; de midi, en partie avec les terres de la métairie del 
Morer et en partie avec les terres du Graou ; d'occident, avec la <r resclausa » 
de la rivière du Rianol et rivière en aval « fins al cami que passen los matxos 
la ribera quan venen del Emporda à Galdaras » ; de septentrion, avec le terri- 
toire de Prats « tornant lo cap de las Torchas . » 

{1) Pour plus amples détails, voir Alart, J^otices historiques, etc., ii' partie, 
p. )3i, etc. 



I 



— 125 - 

nistration du Haut-Vallespir. Vers 990, cette suprématie passe 
aux vicomtes de Casteilnou. Le premier représentant de la famille 
qui occupe Vhonor de Cabrenç se montre en 1088 : il s'appelle 
Ravmond Bracads. 

Deux documents nous révèlent 1 "existence de T(aymonJ BracaJs. 
Le premier remonte à l'année 1088 : c'est un serment de foi et 
hommage fait à Guillaume, archidiacre d'Elne, vicomte de Cas- 
teilnou, pour le château de Serralonga. Le second est du 4 des 
ides d'avril iji8. Pierre, évèque d'Elne, reçoit de Bérenger, 
comte de Barcelone, devenu comte de Bésalu, les revenus de 
l'église de Prats-de-Mollo. On réserve toutefois les droits de 
Ravmond Bracads. 

T^aymond de Serralonga est peut-être le fils de Raymond Bra- 
cads. En tout cas, quatre faits principaux le concernent. Le 3 des 
ides d'octobre iiSj, Raymond de Serralonga assiste à la consé- 
cration de l'église d'Arles. Le même seigneur est présent à l'ac- 
cord survenu entre l'abbé du monastère d'Arles et Bertrand de 
Buada au sujet des fiefs de Saint-Laurent-de-Cerdans et de Cous- 
toujes (2 des calendes de novembre i 168). Sur le conseil et après 
le consentement de Raymond de Serralonga et d'autres seigneurs, 
le vicomte de Castelnou accorde à l'abbé d'Arles l'autorisation 
de fortifier le village de Fourques (5 des ides de juin 1 J93). Enfin, 
le nom de Raymond de Serralonga se trouve dans une charte du 
roi Pierre d'Aragon portant la date des ides de janvier 1202. 

Bernard-Hugues de Serralonga, fils de Raymond de Serralonga, 
signe, en 1217, la constitution de paix que Nunyo-Sanche fait jurer 
par tous les seigneurs des comtés de Roussillon et de Cerdagne. 
Le 3 des calendes d'avril i223, Arnald de Serralonga occupe le 
siège épiscopal d'Elne. 11 était l'oncle de Bernard-Hugues. Celui- 
ci épouse Ermessende de Cortsavi, veuve de Raymond de Ter- 
mes, seigneur du Narbonnais. Bernard-Hugues assiste à la con- 
quête de Majorque tentée par Nunyo-Sanche ; il prend part à une 
expédition entreprise par Raymond Trancavel, vicomte de Béziers, 
dans le but de reconquérir les biens qu'il avait perdus à la suite 
de la croisade contre les Albigeois. Cette expédition échoue. 
Tous les révoltés sont frappés d'excommunication par l'archevê- 
que de Narbonne, le \ 2 des calendes d'août 1 242. Bernard-Hugues 



J26 — 

de SeiTalonga est du nombre. Ce seigneur disparaît en 1254. 11 
avait fréquenté longtemps la cour du roi d'Aragon. 

Guillaume-Hucrues de Serralonpa est le fils aîné de Bernard- 
Hugues et d'Ermessende de Cortsavi. En 1260, il accorde divers 
privilèges aux habitants de Millas : son épouse Guéralda l'avait 
fait participer à cette seigneurie. L'acte le plus important de 
Guillaume-Hugues est le testament qu'il déposa en 1267 entre 
les mains d'un notaire d'Arles, avant de traverser les mers à la 
suite de saint Louis. 11 meurt pendant la croisade. 

"Bernard-Jiugues, son fils, est encore bien jeune. Son oncle Ar- 
nald, archidiacre d'Eîne, administre sagement tous ses biens. 
Cependant, en J285, Bernard-Hugues et Arnald se déclarent 
pour le roi d'Aragon contre le roi de Majorque. Les domaines 
de l'archidiacre sont confisqués, et lui-même se voit exilé à Pera- 
lada. Bernard-Hugues se bat contre Philippe 111, roi de France, 
en faveur de Pierre d'Aragon. La fortune ne lui est pas favora- 
ble. Le domaine royal s'empare de ses biens, et le roi de Major- 
que porte le titre de seigneur de Cabrenç. La paix d'Argelès, 
conclue en 1298, rend à tous les révoltés roussillonnais la posses- 
sion de leurs châteaux et de leurs terres. 

Guiîlaume-Gaîcerand, fils de Bernard-Hugues, s'empresse de 
faire arborer sa bannière sur la tour du manoir de Cabrenç. En 
i3o2, il est à Gérone ; il assiste à la prestation de foi et hom- 
mage que l'infant Sanche de Majorque doit faire au roi d'Ara- 
gon à la place de son père. Trois ans plus tard, il prête, à son 
tour, foi et hommage ?u comte de Emporias pour le château de 
la Clusa. L'année suivante, il remplit le même devoir pour le fief 
de Rayners vis-à-vis du roi de Majorque. 

"Béàlrix de Serralonga est la fille et l'héritière de Bernard- 
Hugues. C'est à elle que passent tous les biens de Guillaume- 
Galcerand. Donc, ce dernier n'avait pas d'enfants. Béatrix de 
Serralonga porte le titre de vicomtesse de Rocaberti après son 
mariage avec un membre de cette famille. En i3)3, elle prête 
foi et hommage au roi de Majorque pour le château de Cabrenç. 
Elle (disparaît pendant l'année iSSj. Avant sa mort, elle était 
allée se fixer à Massanet. 



I 27 — 

En 1 344, Pierre d'Aragon, entrant en Roussillon à la tête 
d'une nombreuse armée, confie le commandement de l'arriére- 
garde à Guillaume-Galcei and de J^ocaberli. Celui-ci assiste à l'an- 
nexion du royaume de Majorque à celui d'Aragon. Le 7 février 
i3t)8, il vend à Pierre Dcmenech. de Prats-de-MclIo, le terri- 
toire de Vilaroja. Après la mort de Guillaume-Galcerand de 
Rocaberti, Marie d'Arborea, son épouse, s'occupe activement de 
l'éducation de ses deux fils. Garau et Guillaume, et de l'adminis- 
tration des domaines de son mari. 

Garau 7" ne fut pas habile dans la conduite de ses affaires. En 
1407, il abandonne le château de Rayners a son frère Guillaume- 
Hugues. Les affaires de ce dernier étaient aussi dans un état 
déplorable. Quant à Garau, il était chargé de dettes. Le roi 
d'Aragon ordonne une enquête sérieuse. Finalement, « l'enipara 
real » est appliqué aux châteaux de Cabrenç et de Montalba. 
Garau 1" de Rocaberti mourut probablement dans les prisons de 
Barcelone. 

En 1445, Dalmau de T^ocaberli prend possession du château de 
Cabrenç et des domaines environnants. 11 avait sans doute 
racheté ces biens. 11 les perdit de nouveau à la suite de la guerre 
entreprise par Louis XI dans le Roussillon. Le seigneur de 
Cabrenç avait embrassé la cause du roi d'Aragon. 

Garau 11 de T^ocaberli, fils de Dalmau, avait recouvré, en 1493, 
les domaines qu'il possédait dans le Haut-Vallespir (1). Malheu- 
reusement il ne sut pas les conserver. Ses successeurs furent éga- 
lement impuissants a payer trois rentes que Joana, fille de Béa- 
trix de Castro et épouse du vicomte de Canet, recevait « sur les 
biens et héritages qui furent du magnifique Garau de Rocaberti et 
notamment et en oarticuiier sur les lieux de Cabrenç, Palay^a et 
Montalba ». Aussi, en i5i2, le vicomte de Canet se déclare-t-il" 
l'unique seigneur de la baronnie de Cabrenç. 

{^. suivre) Joseph Gibrat. 



I n En 1493, il renouvelle le bail de la forge de GaIJaras en faveur du 
génois Jean Bëlando. 



HYMNE 
DU COQ CHANTECLER 
AU SOLEIL 

Chantecler, de E. Rostand, acte i, scène ii. 

Toi qui sèches les pleurs des moindres graminées. 
Qui fais d'une fleur morte un vivant papillon, 
Losqu'on voit, s'effeuillant comme des destinées. 

Trembler au vent des Pyrénées 

Les amandiers du Roussillon, 

Je t'adore. Soleil ! ô toi dont la lumière, 
Pour bénir chaque front et mûrir chaque miel. 
Entrant dans chaque fleur et dans chaque chaumière, 

Se divise et demeure entière 

Ainsi que l'amour maternel ! 

Je te chante, et tu peux m'accepter pour ton prêtre. 
Toi qui viens dans la cuve où trempe un savon bleu, 
Et qui choisis souvent, quand tu vas disparaître. 

L'humble vitre d'une fenêtre 

Pour lancer ton dernier adieu ! 

Tu fais tourner les tournesols du presbytère. 
Luire le frère d'or que j'ai sur le clocher, 
Et quand, par les tilleuls, tu viens avec mystère. 
Tu fais bouger des ronds par terre 
Si beaux qu'on n'ose plus marcher ! 

Tu changes en émail le vernis de la cruche ; 
Tu fais un étendard en séchant un torchon ; 
La meule a, grâce à toi, de l'or sur sa capuche. 

Et sa petite sœur la ruche 

A de l'or sur son capuchon ! 



HIMNH 
DEL GALL CANTACLAR 

AL SOL 

Traduit de Chaniecîer, de Rostand. 

Tu que '1 plor matiner del minim gram estanques, 

que treus de) pétai mort un airôs papallé, 

quan, com fulls de la vida, espoisa les Hors blanques 

la tramontana per les branques 

de l'ametller de Rossellô, 

t'adoro, Sol ! O llurri que cada dia 'ns neixes 
per endolcir les mels i senyar cada front, 
no oblides ni una flor, ni una barraca deixes, 

i, al compartir-te, no descreixes, 

d'amor matern igual la font. 

O Sol, te canto, sacerdot d'un culte insigne, 
tu de qui M dit brillant belluga pel doll blau 
del Safreig, i al vidret de la finestra signa, 

quan se vol clucar, com a digne 

de son ùltim adeusiau. 

Els girassols de câ '1 rector, ets tu que 'Is gires ; 

voltes de raigs mon germa d'or del campanar ; 

i, pels olms aquietats d'amagatons quan mires, • 

palets tant fins a terra tires 

que un hom no gosa caminar. 

Del poal enverniçat fas ànifora esmaltina ; 
bandera, d'un pellot sobre lestenedor. 
Per tu '1 cîmbori del palier d'or se patina, 

i la pariona barretina 

de) ruse s'enfloca de fîams d'or. 



— i3o — 

Gloire à toi sur les prés ! Gloire à toi dans les vignes ! 
Sois béni parmi l'herbe et contre les portails ! 
Dans les yeux des lézards et sur l'aile des cygnes ! 

O toi qui fais les grandes lignes 

Et qui fais les petits détails ! 

C'est toi qui, découpant la sœur jumelle et sombre 
Qui se couche et s'allonge au pied de ce qui luit, 
De tout ce qui nous charme as su doubler le nombre, 
A chaque objet donnant une ombre 
Souvent plus charmante que lui ! 

Je t'adore, Soleil ! Tu mets dans l'air des roses, 
Des flammes dans la source, un dieu dans le buisson î 
Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses ! 
O soleil ! toi sans qui les choses 
Ne seraient que ce qu'elles sont ! 

Edmond Rostand. 



'^i^^JV^^f'Jéf^^yjWS^^f'J^^^^^J^^^^^J 



La Versi|ication de Frédéric Mistral ' ' ^ 

par Emile Ripert 

L'auteur de La Terre des Lauriers (Prix National de Poésie, 
1912), de Mu Pays de Jojfre [\^\6), de La T^enaissance Provençale 
(Prix Thiers, iC)iy), etc.. n'est pas un inconnu pour nos amis. 
M. Emile Ripert, qui, d'ailleurs, est membre de la Société 
d'Etudes Catalanes depuis 2 ans, assista, comme délégué du Féli- 
brige, à notre concours de langue catalane de l'année dernière ; 
et M. Henry Aragon en fit l'éloge dans un bel article paru dans 
notre Revue (2). 

L'éminent professeur, de passage à Perpignan, a bien voulu 

(i) Champion, éd., Paris, et A. Dragon, Aix-en-Provence, 6 fr. 
(a) Cf. 7{evue Catalane, juin- «917, p. 84. 



— i3i — 

Gloria a tu su 'I prat i la vinya fullosa ! 
Beneït siguis sus la selva, el mont canut, 
l'albor del cigne i '1 joc del lluert per la llosa, 

tu que fas la linya orgullosa 

i també '1 détail mes menut ! 

Cada forma, per tu, de germana s'acobla, 

que negra se li ajau aprop i la segueix. 

Tôt lo que 'ns atrau l'ull o '1 cor, tôt ho vols dohie, 

fent soviny mes bella i mes noble 

l'ombra que l'objecte meteix. 

Sol, t'adoro î El cel tornes balsàmica gerra, 
el riu foc, el tronc Déu. En l'immens horizon, 
com una apoteosi alces l'arbre en la serra. 

Sens tu les coses de la terra 

serien no mes lo que son. 

Pau Berga. 

nous honorer d'une visite et nous offrir son nouvel ouvrage : La 
Yersificalion Je Ttédéric Mistral. 

Cette magnifique étude, que tous les lettrés, tous les admira- 
teurs de Mistral et tous les amateurs de langues méridionales 
liront avec intérêt, est le fruit de patients travaux ; l'auteur y 
analyse point par point, et avec une technique incomparable, 
l'oeuvre du grand poète de Maillane et les moyens poétiques sur 
lesquels son inspiration prit forme. Ce travail précieux est le 
commentaire tout indiqué de cette œuvre mistralienne, phare de 
la latinité française et de la doctrine régionaliste. 

Ch. Grando. 




DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

6*^^^ (SUITE) 

VJl. "Les Jardiniers (prevosts, sobreposats de ta orta) de la ville de Perpignan 
sous les rois d'Aragon (i 397). Leur nomination. Importance de leurs fonctions. 

Les jardiniers avaient défriché, au commencement du xm' siè- 
cle, une grande partie des terres situées autour de Perpignan. 
Les jardins avoisinaienr les maisons ; ils étaient groupés près de 
la ville ou des faubourgs [barri) dans les quartiers particulière- 
ment fertiles que l'on appelait à cette époque Vhorla vella (à Mal- 
loles), Vhorta nova (1) (territoire du Vernet, sur la rive gauche 
de la Tet) ; on y cultivait les différents légumes, mais on semait 
aussi des céréales [1). 

« Les jardiniers ont été les premiers habitants de Perpignan, 
ils veulent y rester les plus influents... Ils prennent une place 
qui n'ira qu'en augmentant: ils deviendront les arbitres et souvent 
les maîtres du marché... (3) » 

A cette époque la justice était tellement onéreuse, que les 
populations durent sorger à régler avec moins de frais les diffi- 
cultés de ce genre (4). On peut supposer qu'elles recoururent 
d'abord à des arbitres, et qu'elles finirent par constituer en une 
juridiction régulière et permanente les pouvoirs exceptionnels de 

(i) Alart, T^otices historic[ues : Saint-Estève del Monestir : « Le chemin 
que l'on suit depuis le "Pont de la Pierre jusqu'au territoire de Saint-Estève 
traverse une longue suite de jardins, formant une de ces magnifiques hortes 
qui entourent de trois côtés la ville de Perpignan. Celle-ci s'appelait déjà 
Vhorta nova en 1225, et s'étendait à cette époque sur tout le quartier com- 
pris entre la Tet, le chemin de Salses et les territoires de Vernet et de i 
Saint-Mamet. *• 

(2) Quando in dicfo orto est bladum...; et quando fiunl porros vel caules, \ 
dominus T(ex recipit unum reckum porrorum vel caulium... (Capbreu d'Argelès, 
B. 3o, f" i3j. Et de blado agrarium et mediam cossuram. (B. 3], f" 5.) 

(3) P. Vidal, Perpignan, chap. v, parag. 3. 

(4) Procès résultant du droit de vain^ pâture : dommages causés par les 
bestiaux, etc. 



— i33 — 

ces arbitres : de là sortit le tribunal des sobreposats de la horta (i) 
qui durèrent jusqu'à la Révolution. 

Nous allons voir quelles étaient leurs fonctions. Ces prévôts 
ou surveillants des jardins étaient des estimateurs ou juges de 
délits ruraux (2). 

Voici comment ils étaient élus et quelles furent leurs fonctions : 

Les sobreposats de ta hor'ra étaient spécialement chargés du 
constat et de l'appréciation des dommages [taies e dans) causés 
dans les champs, aux fruits et aux récoltes, et du jugement des 
délits ruraux qu'ils entraînaient. 

Ils étaient nommés par les Consuls et le Conseil de la ville. 
Un privilège de 1348 parle déjà de cette institution comme d'un 
usage incontesté (3) et la défend contre quelques hommes riches ou 
nobles qui s'étaient élevés contre elle. Ce privilège maintient ces 
magistrats populaires et confirme leur juridicition. 

Ils étaient élus, totalement ou partiellement par les nouveaux 
Consuls et leur Conseil ; aussitôt après leur installation, ils prê- 
taient serment entre les mains du bailli. 

Ils avaient auprès d'eux deux huissiers, saigs, ou porteurs de 
messages, nommés par le bailli sur la désignation qui lui en avait 
été faite par les consuls, et dont il ne lui était pas permis de 
s'écarter (4). 

D'après un privilège du roi Jacques de 1292, et d'autres de 
1345 et 1 385 (5), outre les dommages causés aux champs, fruits 
et récoltes, ils avaient le droit de faire couper les branches (6) 
qui, par cas fortuit ou prévu, tombaient sur le fonds voisin ou 
sur la voie publique, après dénonciation faite au propriétaire de 
l'arbre. Ils devaient surveiller les chemins ruraux, les bien entre- 
tenir et maintenir leur largeur ; ils étaient autorisés à les faire 

(i) Brutails, Conditions des populalions, chap. xv. 

(2) AiART, Privilèges et titres, page 227 : Ils étaient élus en même temps 
que les Consuls et les autres fonctionnaires communaux. Avant la fin du 
xiii' siècle, les Consuls de la Roca d'Albera n'avaient guère d'autres attribu- 
tions que celles de sobreposats ou juges ruraux. 

(3) Arch. comm., livre vert majeur, v, 54. 

(4) Ibidem, livre vert majeur, 54. 

(5) Ordinacions, i" y8. 

(b) Bosch, 497 ; Ordinacions, f' 4. 



- .34 - 

rçparer et les déblayer aux frais des propriétaires limitrophes; 
ils devaient encore surveiller les plantations de sureaux, de can- 
nes, d'arbres servant de clôtures ; ils connaissaient de toutes les 
questions d'arrosage (i), de toutes les contestations sur le bor- 
nage (2), les chemins, les sentiers, rigoles, francs-bords, fossés 
d'arrosage et autres objets de même nature, « de tots altres ques- 
tions e contrasts, ço es de termens, de carreres, de senders, de 
marges, de agulles, de reguatius, d'aygues, etc. » ; ils connais- 
saient également de toutes les questions qui dérivaient des cours 
d'eau, des moulins et de leurs écluses. 

Ils avaient également le droit de juger toutes les causes relati- 
ves aux dommages occasionnés aux propriétés des habitants de 
Perpignan dans tout le Comté de Roussilîon, et même à celles 
qui sont situées dans les territoires formant seigneuries, ainsi que 
les causes qui concernaient les dommages faits aux propriétés 
d'étrangers à la ville par quelque habitant (3). 

La procédure à suivre était des plus simples : le plaignant s'a- 
dressait aux consuls, aux syndics, et, en leur absence, à deux des 
principaux propriétaires du lieu sur le territoire duquel le délit 
avait été commis, en dénonçant le nom de son auteur s'il était 
connu. Si celui-ci ne réparait pas le dommage, la plainte était 
remise aux sobreposah de la horia, qui se rendaient sur les lieux 
et procédaient à son estimation. Les saigs ou porteurs de leurs 
messages (4) requéraient le plaignant et le défendeur de compa- 
raître devant eux. Le premier se présentait avec ses preuves ; le 
second avec ses exceptions et ses moyens de défense. Après avoir 
entendu les parties, ils prononçaient leur jugement. Dans les 
quinze jours, appel de ce jugement pouvait être porté devant le 
bailli, lorsque les condamnations excédaient vingt sols (5). Le bailli 

(1 ) Ordinacions, P 6. 

(2) Arch. comm., livre vert mineur, AA. 3, t. 11. 

(3) Arcli. comm., livre vert mineur, f" i\i v'\ 5 février i358. Confirma- 
tion par le roî de l'ancien usage autorisant les sohreposats de Perpignan ; 
d'estimer, dans toute l'étendue du comté de Roussilîon. même dans les 
seigneuries des barons ou de l'Eglise, les dégâts causés aux biens des 
Perpignanais. 

(4) L' saig suu ha que façen les dites citations o assignacions o exequcionç 
per preniment de penyores. 

(5) Privilèges de 1497 et i5io. 



— i35 — 

devait prononcer dans un délai de quinzaine. Le jugement, com- 
me ceux des clavaires, ne pouvait être attaqué par défaut de for- 
me : ii suffisait qu'il reconnût et consacrât la vérité du fait. 

En somme, c'étaient des agriculteurs consciencieux, des jardi- 
niers probes qui ne puisaient leur décision que dans leurs cons- 
ciences et dans l'appréciation des faits (i). 

Un des documents les plus intéressants relatifs aux fonctions 
multiples attribuées aux sobreposals de la horia est daté de iSgy. 
Ce règlement stipule toutes les fonctions que doivent remplir les 
chefs des jardiniers, et qui sont nettement et strictement déter- 
minées. 

San Feliu de Llobregat 
7 septembre i 397 

Privilegi dels sobreposats de la orta. 

Nos Martinus, Dci gratia rex Aragonum, Valencie, Majori- 
charum, Sardinie et Corsice, comesque Barchinone, Rossilionis 
et Ceritanie, scientes et attendentes pro parte vestri fidelium nos- 
trorum consulum ville Perpiniani, nomine et pro parte universi- 
tatis ipsius ville et singularium ejusdem, nobis fuisse humiliter 
presentata quedam capitula continentie subsequentis : 

1. — Primerament, que'ls dits sobreposats delà orta de la vila 
de Perpenya à decisir e declarar les questions e contrasts de les 
gents sobre taies e dans donats à les pocessions dels homens de 
Perpenya e autres coses, sien 1111, axi com tro ara es acostumat : 
ço es assaber aquells dos que 1' mesier dels ortolans de la dita 
vila tots anys han acostumat elegir, e aquells dos de la dita vila 
que 'Is consols d'aquella tots anys acostumen elegir e que elegei- 
xen en la vigilia de la resta de sant Johan de juny. Pero si alcun 
any o anys aparia als consols de la dita vila esser fahedor que 

(1) Les sobreposats ou prévôts sont rarement nommes dans les actes parce 
que les contractants leur étaient soumis de plein droit. Parfois les parties 
s'entendaient pour se soustraire à cette juridiction et soumettaient à des 
arbitres leurs difficultés éventuelles : c'est surtout dans ce cas que les prévôts 
étaient mentionnés. (J. Brutails, Idoles sur l'économie rurale du J^oussillon, 
chap. Yii.^ 



— i36 — 

d'aquells dos aquells elegeixen ni haguès 1 dels forans habitadors 
de la dita vila, que ho poguessen fer, ço es assaber que pusquen 
elegir ] de la dita vila e autre dels dits forans habitadors d'aquella ; 
o si 'Is aparia fahedor que abdos fosen de la dita vila, que 'Is pus- 
quen elegir tots anys en la dita vigilia, axi com es acostumat ; 
aço retengut e réservât que si era questio o contrast davant los 
dits sobreposats de qualque cosa pertanyent à lur offici entre 
dues parts, la una part era ortola de la dita vila, muUer o fill 
d'ortola, e l'autra part no era ortola ans fos autre menestral o 
persona de la dita vila o fora la dita vila, que en tal questio o 
contrast no entre ninguen ni hagen entrevenir, sino II] dels dits 
sobreposats, ço es assaber, lo I d'aquells dos dels mester dels 
ortolans, e los autres dos que no serân del dit mester ; e si fahien 
lo contrari que 1' juhey o declaracio lur que ells farien fos cas e 
va e no hagués valor. 

II, — Item, que si alcun hom de Perpenya ha terres o poces- 
sions en terme de alcun castell o loch de la terr-a qui faça comun, 
e en les dites terres et pocessions o fruts d'aquelles li sera dat 
dampnatge o li sera fêta tala, que l'om de Perpenya sia tengut 
de denunciar al balle o à 1 consol, jurât o sindich o, en absencia 
lur, à dues persones del loch on la pocessio o pocessions serân 
en les quais haurà prés lo dan o tala, lo damnatge que prés haurâ, 
dient-los com aytal dan o tala li es stat donat en aytal pocessio 
per aytal hom, e, si no sap qui li ha donat lo dit dan o tala, que 
lo comun li n' sia tengut per la forma e manera que vuy es, e 
que, en aquest cas, denonciu contre 1' comun, e lo dit balle o 
consols, dins dos dies naturals après la denunciacio continuament 
comptadors, façen stimar à qui s' volrân lo dit dan o tala, e la 
dita extimacio intimen e denoncien al dit hom de Perpenya, e, 
si li plau la extima, dins autres dos dies continuament seguents li 
façen satisfer la extima que fêta haurân ; e si no u fan dins lo dit 
temps, que 1' dit hom de Perpenya hi puixa menar los sobrepo- 
sats de la orta de Perpenya e perseguir la cosa, axi com vuy se 
fa. E en cars que en lo dit temps lo dit balle o consols façen 
satisfer al dit hom de Perpenya, si de la extima fêta per lo dit 
balle o consols o per los diputats per ells dels dits lochs lo hom 
de Perpenya no era o sera content, que puixa menar los sobre- 



- .3; - 

posats de la orta de Perpenya, los quais, si per aventura farân 
semblant extima o menor que 1' balle e consols o autres per ells 
en aço diputats haurân fêta, que 1' home de Perpenya en aquest 
cars sia tengut à la anada dels dits sobreposats, e en aquest cars 
no y haja apejlacio ; e si per aventura los sobreposats la fahien 
major que 'Is dits balle e consols o per ells diputats, que l'hom 
del casteli o comun, si de comun se sia clamât, sia tengut de 
pagar la anada dels dits sobreposats ; pero en aquest cars sia 
legut a cascuna de les parts apellar, si 'Is sera vist fahedor, o 
perseguir lur fet axi e per la forma e manera que vuy se fa ; e 
aquell qui à la fin no obtindrâ, sia tengut de paguar les mes- 
sions, ço es que 1 hom o comun de fora obten finalment que 
la extima fêta per los homens del casteli era justa o menor d'a- 
queila, que '1 hom de Perpenya pach la anada dels dits sobrepo- 
sats e totes autres messions ; e si lo hom de Perpenya obten final- 
ment major extima que per los homens del casteli no li era stada 
fêta, que aquell de qui s' sera clamât li sia tengut de paguar totes 
les messions integrament e semblant que y sia fet al hom stran- 
ger, si no s" ten per content de la extima dels homens del casteli. 
E aximeteix per lo contrari si alcun hom de Perpenya fa tala à 
alcun stranger, ço es que no fos de la dita vila, que aquell qui 
haurâ presa la dita tala o denonciu aj balle o consol, jurât, o sin- 
dichs o aquell o aquells qui en aço per ell o ells serân diputats 
del loch ont sera la pocessio ont la tala sera fêta, o, en absencia 
lur, à dues persones del dit loch, los quais, dins lo temps desus 
dit, façen lur extima e la denoncien al hom de Perpenya qui s' 
dira haver fêta la tala; e si, dins lo temps desus expressat, lo dit 
hom de Perpenya no haurâ satisfet à aquell qui haurâ presa la 
tala, que y puixa l'ome del dit casteli menar los sobreposats de 
Perpenya. Si empero en aquesta denunciacio fahedora per home 
de Perpenya o autre per ell e contre l'om de Perpenya, se 
seguirâ negacio de part o contradiccio per manera que s'en hagués 
fer juhev, en aytal cas la cosa haja venir davant los sobreposats 
de la orta de Perpenya, per ço que en negun cars o partit l'om 
de Perpenya no sia tengut de fer juhey fora son ordinari direc- 
tament o indirecta (i) ni en aicuna qualsevol autra manera. 

f I ) Encore une élision (pour indirectament . 



— i38 — 

111. — Item, si alcun hom de Perpenya o autre qui no fos de 
Perpenya vindrâ davant los sohrepcsats, requirint-los que vagen 
extimar en alcun loch o lochs alcuna tala o dan à aquell donat, 
que 'Is sobreposatz lo enterroguen si ho ha denunciat al balle o 
consol, jurât o sindich o autres persones del dit loch o lochs, axi 
corn desus es dit, on la pocessio o pocessions serân en que lo 
maliffici sera stat fet ; e si ha servada la forma en lo segon Capi- 
tol desus contenguda ; e si diu que hoc, que si es hom de Per- 
penya o stranger, que sia creegut à son sagrament, e, prés aquest 
sagrament per los sobreposats, que puixen anar en la manera que 
poden o han acostumat segons los privilegis de la dita vila, us e 
observancia d'aquells. E en cars que 'Is dits sobreposats anasen 
menys de la dita interrogacio e informacio prop dita, que no 
puguen forsar alcuna de les parts de paguarios la anada. 

1111. — Item, que si aprop la extima fêta per los dits balle o 
consols, jurats o sindichs, o autres per ells diputats à aço, se 
seauia plet entre les parts e s'en fahia apellacio, que neguna de 
les parts vullas l'om de Perpenya, vullas lo stranger, no puixa 
allegar la extima fêta per los dits homens de castell per senten- 
cia, con, axicom desus es dit, no sia dada per manera de juhey, 
ans les parts hagen obtenir aytantes sentencies com haurien si la 
dita extima no era fêta. 

V. — Item, que tots autres contrasts e questions, ço es de ter- 
mens e de carreres, de senders, de marges, de agulles, de regua- 
tius, d'aygues e d'autres qualsevol, exceptât de les dites taies e 
dans, se haja recors als dits sobreposats, los quais puixen aquelles 
conexer, sentenciar, determenar e exequtar en la manera que 
poden e han acostumat segons los privilegis de la dita vila, us e 
observancies d'aquells, les coses contengudes en los desus dits 
capitols no contrastants. 

VI. — Item, que los dits sobreposats pusque haurân vists à 
hull los lochs dels contrasts o questions en que serân requets de 
anar e serân anats, vinguen fer les declaracions e determinacions 
que, hoydes les rahons e drets de les parts haurân affer sobre 
aquelles, e façen dins la dita vila de Perpenya en lo loch d'aquella 



— 1 39 — 

on han acostumat tener e fer juhey, exeptat d'aquelles que be no 
s' poden declarar ni determenar sine al loch del contrast vehen à 
hull. 

VU. — Item, que quant los dits sobreposats trametràn lur saig 
o âaigs en alcun loch fora la vila de Perpenya per citar les parts 
o per citar testimonis o per fer assignacions o per fer exequcio. 
per preniment de penyores o en autra manera contre aquells qui 
hauràn condampnats, los dits saig o saigs los sien tenguts e 
hageh primerament requérir lo balle del dit loch o son lochtinent 
o r saig suu ha que façen les dites citacions o assignacions o exe- 
qucions per preniment de penyores o en autre manera. E si 1' dit 
balle del dit loch o son lochtinent o 1' saig d'aquell les dites cita- 
cions, assignacions o exequcions fer no voira o fer à longana, en 
cascun dels dits cases lo dit saig o saigs dels sobreposats, en fadi- 
gua e falliment del balle del dit loch e de son lochtinent o del 
seu saig, puixa fer o faça les dites assignacions, citacions e exe- 
qucions e preniment de penvores, axi e per la manera que sera 
manat per los dits sobreposats, e que sobre la dita fadigua, en 
cars que autra prova no y hagués, sia donada fé à relacio del dit 
sai£^ o saigs dels dits sobreposats. 

VI II. — Item, si per aventura lo dit saig o saigs dels dits 
sobreposats no trobaven al dit loch lo balle o son lochtinent o 
saig d'aquell, que ho hagen intimar e requérir à la casa del dit 
balle o del dit lochtinent o la muller companyes d'aqueils, affi 
que hi trameten missatge e que lo façen venir, e si no venia o 
venien e no complien à les dites coses que séria request, adonchs, 
en fadigua e falliment lur, los dits saig o saigs dels dits sobre- 
posats puixen fer, façen e complesquen les dites citacions, assi- 
gnacions e exequcions e preniments de penyores, axi corn dit es. 

IX. — Item, com sia per privilegi que los dits consols poden 
elegir tots anys un saig de la cort del balle de la dita vila e au- 
tre qualsevolrâ qui faça les citacions, exequcions c autres coses al 
offici dels dits sobreposats pertanyents, e que 1' dit balle, aquell 
e no autre, haja à mètre e jurar en poder seu, volem que d'aqui 
avant, pusque lo saig haura jurât en poder del dit balle, no sia 



— «40 — 

tengut de jurar en poder de) veguer de Rossello ni de negun 
autre officiai ; ni 1' dit saig sia tengut de tenir taula (j), axi com ni 
los ditz sobreposatz ni I' dit saig son acostumats la dita taula 
tenir. 

Pero sia entés que si als consols de la dita vila qui ara son o 
per temps serân, ab lo conseil gênerai de aquella, aparia quant 
que quant esser pus profites e pus expédient à la dita vila e als 
singulars e habitants de aquella usar dels privilegis e ordinacions 
à la dita vila e universitat de aquella ja autregats e atorguats per 
lo molt ait senyor rey Em Père, pare del dit senyor rey, e 
per (2) SOS predecessors de gloriosa memoria o alcun o alcuns 
de aquells, en e sobre e contre les dites coses en los dits capi- 
tols contengudes en tôt o en partida, que els dits consols e sin- 
gulars habitadors de la dita vila als dits sobreposats présents o 
sdevenidors, ab lo dit conseil, sera vist fahedor e pus si Ms vol- 
rân los dits privilegis e ordinacions e us d'aquells, en tôt o en 
partida liscar, e les coses desus en los présents capitols conten- 
gudes tornar e d'aquells usar en tôt o en partida, e en aço puguen 
variar totes e aytantes veus quant que quant los dits consols ab 
lo dit conseil volrân e à ells sera vist fahedor. 

Ad suplicationem' perhumilem vestri pro parte dictorum consu- 
lum et proborum hominum ville prefFate Perpiniani, capitula 
preinserta et omnia et singula in eis contenta laudamus, aproba- 
mus ac nostre confirmationis presidio roboramus, mandantes per 
presentem cartam nostram Gubernatori Rossilionis et Ceritanie, 
vicario Rossilionis et Vallispirii et bajulo Perpiniani ceterisque 
universis et singulis officialibus nostris presentibus et futuris et 
dictorum officialium locatenentibus quatinus laudationem, aproba- 
tionem, ratifficationem et confirmationem nostras hujusmodi ratas 
et gratas et firmas habeant, teneant et observent, tenerique et ob- 
servari inviolabiliter faciant per quoscumque et non contraveniant 
nec aliquem contravenire permittant aliqua ratione. In cujus rei 
testimonium hanc fieri et sigillo nostro pendenti jussimus comuniri. 

Datum in loco Sancti Felicis de Luprecat..., VU" die septem- 

(1) En marge: lo saig ni 'Is sobreposats no son tenguts de tenir taula. 

(2) De. 



— 141 — 

bris, anno a nativitate Domini M'.CCC .XC. VU', regnique nos- 
tri secundo. 

Matias vic|e cancellarius]. 

Sjg-(s. royal) -num Martini, Dei gratia régis Aragonum, Valen- 
cie, Majoricharum, Sardinie et Corsice, comitisque Barchinone, 
Rossilionis et Ceritanie. REX MARTI NUS. 

Testes sunt Hugo de Sancta Pace, Q^jabertus de Senciilis, 
Petrus de Montecatheno, Guiilelmus de Perapertusa, Petrus 
Sanccii de Calât... (i), milites. 

Sig-(s. manuel)-num mei Francisci Pelicerii, predicti domini régis 
scriptoris, qui, de ipsius mandato predicta scribi feci et clausi ; 
corrigitur vero in lineis ii « offici dels sobreposatz », vi' « aparia 
fahedor », vin' « ter », xxn' « de », xxix « que », xxxn' « los la a 
aço », xxxvju' « la dita », et xxxix' « vesen » (2). 

(A suivre) Henry Aragon. 

(ij Abréviation par suspension. 

(2j Arch. comm., AA. 3, livre vert mineur, tome 11, f" 354 \°, 358. 

Quelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

4yetS^ (SUITE) 



gafetetS. — voir apegalos. 

gafetS, bardane. — Ueparassa, repalassa. 

gâtions, bugrane. — adruls. 

galda (et gualda). gauJe, — voir gauda. 

gallara. — voir galzeran. 

galIeretS. — voir fumaria, fumosterra. 

gallo. — voir salvia. 

galzeran (et gatzeram et galzerà), fragon, peiii houx. — brusca, 

boix mascle, gallarà, mata-aranyes. 
gamonet, asphodèle. — porrassa, porrcca. 



— 142 — 

garrave. — voir carlina. 

garravera. — voir gavarrera. 

garrJC, chêne kermès. — garrulia, carrasca. 

garrofer, caroubier. — algarrofer. 

garronada, souci, — boixacs, maravelles, gojets, graugets. 

garrulia (et garolla). — voir garric. 

garuppa, camelée. — olivereta. 

gatell. — voir tamariu. 

gatosa. — voir argelac. 

gatsalzer, petit saule. 

gatzeraiîl. — voir gaizeran. 

gauda, gaude. — herba de la gauda, galda, gualda. 

gavarrera (et gavarnera, et gavarra), églantier. — garravera, 

despulia-belitres, roser de marge, tapa-cul. 
gavet. — voir boixerica. 
gensana, gentiane, — llensa.na. 

gerani, géranium. — agulles, bec de grua, forquetes, retorcits. 
gersera (et gerdera), framboisier. — gers, gerd, gert, jordô, 

morera de Sant-Joan. . 
gespa. — agrostide. 

geSSami, jasmin. - — jassemi, englantina. 
ginebre, genévrier. — sabina, sivina. 
ginesta, genêt. — escoba. 
ginestella, genêt velu. — balec, balac. 
ginestola, osyris. — retrama. 
ginestrola, chanterelle. 
gingoll. — voir conillets. 
ginjoler, Jujubier. — arbre de vida. 
giraSSOl, tournesol. 
giSpet. — voir xispet. 
givert, persil. — juiivert. 

« bort, petite cigiie. 
givertassa, cigûe. — fenoll de bôu, fenoll de gripau, tora pudent, 
caiamac. 

gOig. — voir francessilla. 
gojets. — voir garronada. 
gOS. — voir conillets. 
gram, chiendent. — agram. 






- 143 - 

grana (et grans), garance. — roja, gransa. 

« d'AvinyÔ. — voir aladern. 
granadeila. — voir morella roquera. 
granadura, grémil. — mill del sol. 
granalluda, herniaire. — herba de la pedra, herba turca, cent 

en granes. 
gransa. — voir grana. 
grauget. — voir garronada. 
grèvol, houx. — boix grèvol, agrifoli. 
grexol, lis blanc. — Iliri, lliri de Sant-Antoni. 
grOSeller, groseillier. — agrason, riber, ribes. 
gruà (mill). — voir blat d'india. 
gUarda=roba. — voir espernallac. 
guixa, gesse. 
gujol, gouet, arum. — candela, sarriasa, grujol. 

(/? suivre) 



Fédération Régionaliste Française 

Siège social provisoire: i5o, boulevard Saint-Germain, Paris 

La Fédération Régionaliste Française, réunie en « journée 
d'études », au Musée Social, a Paris, les 21 et 22 mai 1918, a 
émis les vœux suivants : 

La Fédération Régionaliste Française, sans entrer dans l'exa- 
men détaillé des différents projets soumis au Parlement, demande 
à celui-ci d'entreprendre, dans le délai le plus- rapproché, la dis- 
cussion des projets tendant à l'organisation administrative de la 
France par Régions ; 

La Fédération Régionaliste Française émet le voeu que les dif- 
férents Ministères, notamment ceux qui concourent le plus direc- 
tement à la production économique, qui ont entrepris de réorga- 
niser leurs services sur des bases régionales, concertent leurs 
efforts sous la direction de Monsieur le Ministre de l'Intérieur 
pour en hâter la réalisation. 



ECHOS 

Nos hôtes 

Nous avons eu le plaisir de serrer la main au maître Déodat de 
Sévérac, auteur de la musique d'Tféliogabale, du Cœur du Moulin 
et de bon nombre de compositions sur des thèmes catalans, parmi 
lesquelles E/ Cant del Yallespir (paroles de Jean Amade). 

L'éminent compositeur, qui consacre le meilleur de son temps 
aux œuvres de bienfaisance, était venu prêter son concours à la 
Kermesse du i3 juin, où un grand concert était organisé en vue 
d'élever un monument commémoratif aux Anciens Elèves du Col- 
lège, morts pour la Patrie. Le matin, il a tenu l'orgue à la 
grand'messe à la cathédrale Saint-Jean, 

C'est M. Déodat de Sévérac qui eut l'idée d'introduire les ins- 
truments catalans dans l'orchestration d'Tiéliogabale. L'on sait le 
succès qui couronna cette hardiesse et le triomphal accueil qui 
fut fait à Paris, il y a quelques années à nos jutglars cérétans. 

C. G. 

Nos amis de Catalo£[ne 

• 

Il vient de se constituer au Foyer Français de Barcelone, sous 
la présidence du maître Apeles Mestres, le Comité barcelonais de 
l'Œuvre des Maisons Claires. Ce Comité résume ainsi son but : 
« accollir cert nombre de fills y filles pobres de soldats francesos 
a fi de posar-los a labric de la miseria y dels perills immédiats 
de la lluyta. » 

Eglogues 

Quelques amis et admirateurs du jeune et déjà illustre écri- 
vain catalan Alfons Maseras ont décidé de lui offrir, en témoi- 
gnage de sympathie, à l'occasion de son mariage, une édition de 
luxe de ses compositions classiques inédites. 

L'ouvrage intitulé "Eglogues, tiré sur papier fil, est richement 
ornementé ; c'est une œuvre d'art que les bibliophiles collection- 
neront avec plaisir. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de ia Poste, Perpignan 



12 Année N- 141 15 Juilletl9I8 

Les Manuscrits non mserci 
ne son: oas rendu». 



REVUE 



Les Articles parus aans ia Revue g "^ J^ ^1^ ^V T ^^ T^l wré 

n'engagent que ieurs auteurs. ^■^Ajk A A AA^A «^X^ Jm/ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an. 

La gracia suprema 

Arrogant, pie d'orgull, aïs Deus va presentarse 

y al Pare de tots ells aixis apostrofà : 

« Ey, tu ! de tôt lo mon jo vull ser senyor linich » ; 

y fulgurantli ells ulls, digue Zeus : a No ho seras ! » 

L'orat se redrecà, v a Paias Atenea 

contemplant fit a fit, va dirli ab gravetat : 

« De tots els soberans jo vull ser el mes sabi » ; 

y Minerva, ab desdeny, respongué : « No ho seras ! » 

Va dirigirse altiu al pare de les Muses, 

y, probant d'endolcir la veu, aixis parla : 

« Vull asseurem al cim del temple dels poètes » ; 

V ApoMo, cellajunt, respongué : « No hi seuràs ! » 

Y va encararse ab Mars, el déu de les batalles, 
tôt mostrantli l'acer sospès a son costat : 

a Vull se '1 terror del mon î Vull se '1 llamp de la guerra ! » ; 
y Mars, brandant el cap, respongué : « No ho seras ! » 

Llavores, convulsat pel despit y la rabia, 

dirigintse a Plutô, murmura babejant : 

n Vull ser el mes odiôs y el mes odiat dels homes I » ; 

y Plutô, complacent, va respondre : « Ho seras I j> 

Apeles Mestres. 



r 



Monscnyor Carsaladc '^ 

Per aquest febrer dèu haver fet dos anys d'aquells dies ines- 
borrables. Les crôniques de la prempsa ressenyaren suscintament, 
mes aviat ab fredor qu'ab entusiasme, els fets que varem presen- 
ciar els catalans qu'ab franca hospitalitat forem rebuts peis rosel- 
jonesos en dies de dol, corn per dirnos ab amor unes paraules de 
fraternitat y de greu. EUs sabien qu'aqui, germans séus, havien 
dit en veu alta y en moments de prova coses que negaven la seva 
llatinitat. Volien unes paraules de consol dels qu'eren fidels a la 
raça, dels que seguien tenint a França com a la seva mare espiri- 
tual, enlluhernats encara pel far lluminos de la cultura francesa 
qu'els segles havien bastU. 

Han passât dos anys. ^ No convindrîa que se 'n guardés altra 
memoria que la de les crôniques periodistiques que's perden ? 
Els que no podrèm may oblidar aquelis dies, ^ no hauriem de fer 
alguna cosa mes que destriar les emocions rebudes en moments 
de meditaciô callada y assaboriries delicadament per sentir dintre 
l'anima devota '1 séu gust de fortitut y de gloria en el dolor ? 

Recordant aquelis dies de tantes emocions, se 'n desprèn una 
figura mes alta que les altres. La volta una llum de gracia que 
no podrà apagarse may. Es Monsenyor Carsalade du Pont, bisbe 
de Perpinyà, tan dévot de Catalunya que ha après y parla cor- 
rectament el català pirenench, que ha restaurât les ruines de l'an- 
tiga abadia de Sant Marti del Canigô y que té sempre una mi- 
rada d'amor per Barcelona, a la quai altes proves té donades del 
séu entusiasme. 

Monsenyor Carsalade té la testa inclinada y en les sèves pàii- 
des faccions, hont l'anima sembla que dévora la carn axuta, porta 
no se quina semblança ab aquell papa poeta que va ser Lleô XllI. 
Com una état indefinida volta aquestes faccions, amoroses y pie- 
nes de simpatîa pel que '1 mira, y que tenen força y vigor encara, 
apagats mes aviat per la consumpcio de l'anima que no pas pels 
anys. ' 

(i) De la revue Catalana. de Barcelone. 



t 



] 



i 



— 147 - 

Al entrar a França, en la nit freda de febrer divinament 
estrellada, ja sentirem com una impaciencia de poguerlo veure. 
Era la primera vegada que petjavem la terra de França en els mo- 
ments tràgichs de la guerra gran. Veyem ab els nostres ulls sol- 
dats heroychs dels que 's batien per la causa del dret. Y endins 
de la nit, d'aquella freda nit d'hivern açotada per la tramontana 
pirenenca, ens esperava l'apariciô terrible y temuda del primer 
mutilât. Y mes endins encara de la nit hi havien les llars en dol, 
les llàgrimes amagades, les ruines encara fumejants dels temples, 
els infants ignoscents ab les mans mutilades, les dônes caygudes 
al fanch, la terra invadida, y tants ferits en els Hits blanchs y 
pulcres, y tantes dônes maternes a cada capçal, y '1 fum, y la 
desolaciô, y l'angunia, y '1 gran burgit del combat, y enllà, mes 
lluny encara, sobre les aygues del mar, noyés mortes flotant ab 
les dolces cabeileres vessades pels esculls. Y alli, en aquelles pri- 
meres terres de França, nosaltres, els catalans, caminavem en 
silenci, entre 'Is soldats, agitats per la nostra tramontana !... 

Monsenyor Carsalade, l'endemà dematî, ens va rebre en el 
a Saint-Sacrement » revestit per la missa. Ens abraçava a tots y 
tenîa per cada amich que reconexîa una paraula de bondat tren- 
cada sovint per l'emocio. Ens parlava en català ab claretat v cor- 
recciô, com si li fos natural la nostra llengua. 

Varem parlar poca estona. Els soldats ja feya mes d'una hora 
que 'ns esperaven a la capella. Precedits pel bisbe que benehîa 
als fidels ab la- ma hont refulgia l'amatista pastoral mentres ab 
l'altra sostenîa '1 bàcul de pedreria, entrarem a la capella, entre 
dues fileres compactes de dones. Teniem el lloch senyalat y 'ns 
asseyem davant del altar. Monsenyor s'agenollava en el séu recli- 
natori de seda carmesi, y resava. Estava en la mateixa actitut 
qu'en la bella esculptura de Gusîau Violet, coneguda d'alguns 
anys a Barcelona. 

Darrera nostre no veyem mes que 'Is capots blaus dels soldats 
convalescents ab les testes cenyides de venes blanques allî hont 
rajà la sanch generosament oferta. El sacerdot qu'oficiava era un 
soldat convalescent també. Als costats de la capella, sota 'Is altars 
laterals, les dônes resaven, moites d'elles ab les cares cobertes 
d'un robatge de dol que dévia amagar les sèves llàgrimes. Refu- 
giades belgues cantaven al chor y ressonava per la volta '1 nom 



— 148 — 

sagrat de la França. Monsenyor parlava als soldats, parlava en 
català als catalans qu'escoltavem ab la testa baxa, com sentint 
passar un àlit.d'infinit. Monsenyor semblava transportât per sobre 
la seva condiciô d'home, com si l'anima sola parlés en ell. Agi- 
tava 'is braços. Y 'ns semblava que si en aquell moment, dintre l'es- 
glesia tota ressonanta del nom immèns de la França, entressin els 
enemichs y esfondressin les imatges y enrunessin l'altar, les parets 
no haurien caygut y la volta sencera s'hauria alçat, per miracle, 
mes alta, com si els braços de Monsenyor s'obrissin, s'obrissin y 
plens de celestial poder poguessin contenir tota l'esglesia !... 

Encara 'ns sembla vèurel a la tarda d'aquell dia, sobre l'esce- 
nari del teatre. j Quina força de convicciô palpitava en les sèves 
paraules, ab quina energia y ab quin dolor les deyaî « Diguèu als 
amichs de Catalunya qu'heu vist un bisbe en l'escenari d'un tea- 
tre. Vivim uns moments tan tràgichs, tan ûnichs en la historia, 
que totes les velles disciplines cauen y s'alça una nova disciplina. 
En aquests moments la mitra d'un bisbe pot ésser un casch y '1 
bàcul una espasa... » La França es eterna per que té homes axi ! 

L'ûltima visiô de Monsenyor Carsalade en aquells dies mes- 
borrables, va ésser l'endemà al mati en l'antich pensionat del 
« Sacré-Cœur » transformat en hospital de la guerra gran. Era un 
demati d'hivern que semblava pressentir la primavera. El sol era 
tebi, el cel blau, els camps extesos ab una frisança de sembrats 
indecisos que '1 vent pentinava en mil sentits diversos. Al lluny, 
el Canigô 's retallava, purissim en el cel, com un joyell d'argent, 
sensé un fil de boyra ni un esqueix de nûvol. 

A la porta del hospital, entre 'Is metges y les dônes de la Creu 
Roja, ens esperava Monsenyor. Y les sèves paraules de benvin- 
guda foren per recordarnos una vella cançô de les nostres mon- 
tanyes : — » Catalans, i heu vist el Canigô ? j Ah, « montanyes 
régalades » ! — Els nostres llavis besaren l'anell. Varem sentir 
tota la poesia, l'aspre perfum de poesia d'aquelles paraules. Y 
evocarem a Monsenyor, allî, a Sant Marti ; entre 'Is boscos olo- 
rosos de gersos, a la falda d'aquella montanya que va inspirât la 
gran creaciô verdagueriana. 

Per les sales del hospital ell ens guiava caminant davant de 
tots. Vora dels Hits les infermeres ens miraven passar. Vestien el 
gentil vestit bianch, la testa cenyida dins el drapatge quostenta 



— 149 — 
una petita creu roja sobre mateix del front. Elles feya divuyt 
mesos qu'estaven alli, sensé defallir ni un moment. A cada taula 
de nit hi havien algunes flors. Elles escampen per les sales la gra- 
cia senzilla y franca de la feminitat. 

El sol matinal alegrava les grans finestres y arribava fins a 
vora 'Is Hits hont jeyen els ferits. Ens acostarem als Hits. A 
aquest soldat una bala se li va endur la mandibula y no he vist 
rès mes terrible qu'aquella cara sensé gayrebé forma humana. Un 
altre 'ns parlava clarament : « Sôch de Boulogne y tinch la mul- 
1er y Is fills en els departaments invadits. Ja fa un any que no 'n 
se rès... » Una infermera pàiida 'ns contava la seva novela d'amor: 
« Als quatre dies de casada '1 meu marit va sortir cap a Salônica. 
Ja fa môlts dics que no se rès d'ell... » Hi havia un home que 
somreya al sol que '1 besava, qu'olorava ab alegria les flors del 
séu capçal : « Si vegessiu la ferida que té a la cama '1 meu ferit ! » 
ens deya la seva gentil infermera. Y l'ayre sa del Canigô entrava 
per les finestres obertes animant als convalescents, féntloshi clou- 
re 'Is ulls com si no poguessin soportar, al sortir de la febre que 
'Is consumja, aqueila Hum de primavera que 'Is invadia '1 Hit. Y 
Monsenyor anava dihent, movent el cap, als ferits y a les infer- 
meres : — ; Coratge, fills meus! j Coratge, filles meves ! j L'hora 
vindrà de la Victoria ! 

Y al dir axô, ; quina fè hi havia en les seves paraules sagra- 
des î ; Qui'na fè hi havia també dintre cada un de nosaltres !... 

Joseph Massô y Ventôs. 



Les premières bibliothécaires de Catalogne 

L'on vient de créer en Catalogne d'importantes bibliothèques 
dans un certain nombre de centres, et des jeunes filles ayant suivi 
des cours spéciaux en ont reçu la direction. 

La première nommée de ces bibliothécaires, M"" Maria Rossell, 
a fait ses premières études dans notre département, à Saillagouse 
et à l'Ecole Supérieure de Prades. 



Quelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

xië^t^ (SUITE) 

H 

herba argentada, akhimille. — herba botera, estelada. 

» a très claUS, lampourde. 

» berbera. verveine. — verbena. 

» blanca, alysson. — caps blaus. 

» bona. — voir menta. 

» botera. — voir herba argentada. 

» cabrera, psoralier. — cabruna. 

» Caminadora. — voir passa-cami. 

» Cana, séneçon. — herba de les cardines. 

» Carnera, acanthe. — herba de la ma de l'home. 

» Caxalera (et queixalera), jusquiame. — herba de la ira, 

herba de era, mata-gailines, velesa. 

» cremadora, denlelaire. 

col (et herba colera). — voir cart. 

Cliquera. — voir esparnallac. 

daufinera. — voir aizineta. 

de les abelles, méUloî. — almegô, corona de rey. 
» de l'ala, inule. — ull de cavall. 
» del atnor, réséda. — mardujî. 

del ballester. — voir ballestera. 

del balsém, brunelle. — herba del trahidor. 

del bri, dompte-venin. — herba del cor. 

del cancer, épervière. — orella de rata. 



» 
» 



» de les cardines, séneçon. — herba cana. 



de cent nuSOS. -- voir passa-cami. 
de citrô. — voir tarongina. 



» del COlom. — voir fumosterra, fumaria. 

» del cor, dompte-venin. — herba del bri. 

» del COrC. — voir sarrons. 

» delS COrnS. — voir coscoll. 



— i5i — 

herba del COtÔ, sinaigrelte. 

» de la Cremadura, orpin. — crespinell, bona-ventura. 

» de Cristall, ficoïJe glaciale. 

» del eu :ut. — voir primavera. 

» de renaigament, sorte de scabieuse. 

B de les encantades, circée. — herba de sant Esteva. 

» de Fera. — voir herba caxalera. 

» de l'espant. — voir arnica. 

» de la feridura, épiaire. — té bort. 

» del ferro, hippocrépide. — desferra-cavalls. 

» del fetge. — voir buixol. 

» de la fluxiÔ, passerage. 

B dels gatS, cataire, népète. — nepta. 

B de la gauda, gaude. — galda, gualda. 

» de la goda (et de les gOtes). — voir adzari. 

» de les granyotes, renoncule flottante. 

B de la ira. — voir herba caxalera. 

» de Job. — voir ridorta. 

» de les llagUeS- — voir ridorta. 

» de les lluneteS, lunetière, alysse. 

» de la ma de l'home, acanthe. — herba carnera. 

» de la Mare de DeU. — voir morella roquera. 

» de la melsa, scolopendre. — llengua de cervo, herba melsera. 

B de les menstrues- — voir altimira. 

» de les moreneS. — voir herba saloni. 

» del moro, réséda raiponce. 

» de Nostra^Dona. — voir morella roquera. 

B de les nou camises- — voir mil fulies. 

» de paret- — ^olr morella roquera. 

B ■ del passarell- — voir traspic. 

B del pastorell, capselle. — sarrô de pastor, sarronet. 

B de la pedra. — voir granalluda. 

B de la plata, lunaire. — pecetes. 

» del pobre home. — voir ulmaria. 

B dels poils, staphysaigre. — paparra, cibadella. 

» del porc, pcrcelle. 

B de primavera, pervenche. — pervinca. 

» del pulmô, pulmonaire. — herba pulmonera. 



— l52 — 

herba de les puces, plantain puder. — seragatona, pucera. 

» de la roca, lichen. 

» de Salobre. — voir salicorn. 

» de sant Antoni, épihbe. 

» de sant Benêt, benoîte. — rèvola. 

» de sant Cristofol, actée à épis. 

» de sant Domenech. — voir aizineta. 

» de sant Esteva, drcée. — herba de les encantades. 

» de sant Guillem, aigremoine. — cerverola. 

» de sant Joan. — voir trescam. 

» de sant Llorens, bugle, sanicle. — sanicula. 

» de sant Pau. — voir primavera. 

» de sant Roc, puUcaire. 

» de santa Barba, veîar. 

» de santa Catarina, impéraioire. 

» de santa Margarita. — voir caxalagua. 

» de santa Maria. — voir tanarida. 

» de santa Rosa. — voir ebutiscla. 

» de les scrofules, scrofulaire. — setja. 

» del tall. — voir mil fulles. 

» de les talpes. — voir herba taupera. 

» del tarau. — voir centaura. 

» de les tores. — voir tora. 

» del trahidor, brumlk. — herba del balsém. 

» de la Trinitat, pensée. — pensament. 

» de Ventura, méHloi bleu. 

» dels verms. — voir tanarida. 

» de les verrugues. — voir herba saloni. 

» de les xinxes. — voir aloc 

v> dormidora, pavot. — cascaii. 

» flatera, ivette. — iva, mirambell. 

» formatgera. — voir cart. 

» lletera, laileron. — llacsô, lletissô. 

» melsera. — voir herba de la melsa. 

» pudenta, chénopode. — pix de cà. 

pulmonera, pulmonaire. — pulmonaria. 



» 



» puntera, consoude. — consolda, llengua de vaca. 



» 



queixalera. — voir herba caxalera. 



— j53 — 

herba Sabonera, saponaire. — saboneta. 

» Saioni. chéUdoine, ficaire. — herba de les verrugues, herba 
de les morenes. 

» Sana- — voir menta. 

» taupera, dalura slramonium. — herba de les talpes, pudent. 

» turca. — voir granalluda. 

» VOmitoria. — voir baladre. 

» VOrmera, clématite droite. 
hiSOp, hysope. [A suivre) 

SANG EN ROVELL D'OU '^ 

Poésies de J. Perez-Jorba 

C'est un livre plein de sincérité, retraçant des scènes émou- 
vantes, des scènes vécues de la grande guerre ; l'auteur y rend 
un éclatant hommage à la France, sa seconde patrie, et sa lyre 
vibre de tout l'enthousiasme d'un cœur nénéreux et noble. 

Si l'on a critiqué parfois le genre de Perez-jorba, la ciselure 
caractéristique de son vers a suscité une certaine curiosité par ses 
affinités avec la jeune école des Appolinaire, Pierre-Albert 
Birot, etc. 

Les essais de notation linéaire audacieusement lancés par les 
impressionnistes et cubistes français ont déjà pris place dans le 
catalan avec J.-M. Junoy, l'homme des tendances nouvelles, 
Perez-Jorba et quelques autres écrivains ; leurs effets géométri- 
ques arrivent parfois à créer de puissantes et justes suggestions ; 
et c'est là de l'art, quoi qu'on en dise. Le tout est de ne pas 
tomber dans l'exagération. 

11 convient d'ajouter, tout en l'honneur de M. Perez-Jorba, 
que, même sous l'empire d'un profond et très louable sentiment 
d'horreur envers les barbares modernes, qu'il flétrit comme il con- 
vient, il ne s'est pas départi d'une tenue littéraire parfaite ; 
et le poète ne l'a pas cédé à l'érudit, dont chaque composition 
est un précieux vocabulaire. Ch. Grando. 

(i) Barcelona, llibreria A. Lopez, rambla de! mig, 5 pessetes. 






DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

4^^^^ (SUITE) ^ 

I 

yiJJ. T^ofes relatives au lambeau du toi Sanche [ 2 i mars i 332 ) ; aux cloches et J 
au clocher de Saint-Jean (1 352-1398) ; au trésor de la chapelle du château 
des rois de Majorque ( t'^ÇfS) ; ei aux biens de la Communauté de Saint-Jean 
de Perpignan (1710). 

§ 1 . La chapelle et le tombeau du roi Sanche 

(Com lo Rey deu pagar cascun any ce. lliures à la Capella de Sant-Johan ( 1 ) 

Palma, 2 1 mars 1 332 

Par mandement de Jacques 11, du ^\ mars i332, le roi ordon- 
nait, pour honorer la mémoire du roi Sanche de Majorque (2), 
la construction de la chapelle et du tombeau du souverain, dans 
l'église Saint-Jean de Perpignan (3), moyennant le prix de deux 
cents livres de Barcelone et un versement annuel de deux cents 
autres livres jusqu'à l'achèvement complet de ce monument (4). 

Les dépenses relatives à l'érection de cet édifice devaient être 

(i) Arch. comm. de Perpignan, livre vert mineur, AA. 3, f° 134. 

(2) C'est le roi Sanche qui, en 1324, avait posé la première pierre de la 
basilique actuelle. 

(3) Super una capella facienda et uno tumulo in illa ecclesia Sancti Johannis 
de Perpiniano... 

(4) Ducentem libres barchinonensium , et ex tune alie ducentem libre barchino- 
nensium quolibet anno... — 11 existe sur les deux piliers, en entrant dans 
l'église par la porte latérale, deux inscriptions commémoratives en témoi- 
gnage de la pose de la première et de la seconde pierre de l'église dont 
voici la traduction : « Première pierre que notre très illustre seigneur don 
Sanche, roi de Majorque, a posée dans les fondements de cette église, le 
5 des calendes de mai, l'an du Seigneur 1324. — Seconde pierre que le 
révérend Bérenger Batlle, par la grâce de Dieu évêque d'Elne, a posée 
dans les fondements de cette église, le 5 des calendes de mai, l'an du Sei- 
gneur i324 ». (Cf. P. Vidal, Perpignan, page 442.) 



— j55 — 

affectées aux revenus et bénéfices annuels royaux, et contrôlées 
par les procureurs désignés des comtés de Roussillon et de Ccr- 
dagne (i). 

La même année, et le 21 mars, le roi Jacques 11, par mande- 
ment, autorisait l'expropriation des immeubles avoisinant le cime- 
tière de Saint-Jean de Perpignan, pour agrandir ce cimetière 
dont une partie est occupée par la nouvelle église en construc- 
tion (2) : « que los consuls poden pendre les cases qui son enlorn lo 
cemenleri de Sani Johan per crexer aquell {3) ». 

Ce projet d'agrandissement avait été conçu par Bernard Gil, 
consul, Jean Fabre et Maillol Cadany, délégués des consuls de 
la ville de Perpignan. 



§ 2. Les cloches et le clocher de l'église Saint-Jean 

La cloche de l'horloge 

1352-1398 

Ces notes historiques ont été inscrites sous forme d'éphéméri- 
des dans le calendrier qui figure en tête du livre vert mineur (4) ; 
elles sont relatives : 1° aux deux grandes cloches (5) et à la cou- 
verture de plomb du clocher (6) de l'église Saint-Jean de Perpi- 
gnan, dont les travaux furent faits le 9 novembre i352 ; 2° à la 
cloche de l'horloge (7), fondue -par Jean "Verger, de Girone, le 
19 septembre ]398. 

(^1) Voir à l'appendice le document in extenso. 

(2) l^ropier opus ecclesie nove que fil ibidem... 

(3) Arch. comm., livre vert mineur, AA. 3. f i34 v". Voir a l'appendice 
le document in extenso. 

(4) Arch. comm., f' viiT r" et v'. (Jl s'agit, bien entendu, de Saint-Jean- 
le-Vieux. ) 

(5) "Duo .timbata majora ecclesie sancti Johannis. 

(6) Coopertam plumbi cloquerii dicte ecclesie. (Voir plus loin la note d'HENRY, 
Hist. de T^oussillon.) 

(7) Extilit fusum et factum simbalum horarum sive horelogie cluquerit Sancti 
Johannis dicte ville. 



— i56 - 

De simbalis sancii Johannis, e de la cuheria deî cîuquer \ 

Voici les principaux faits rapportés dans ce document : (i) 

Le 9 novembre i352, sous le consulat de Jean Homdedeu, | 
Ermengald Martin, Jean Gilles, Jean Minyan et Pierre Vivers, j 
ont été fondues les deux grandes cloches de l'église Saint-Jean | 
de Perpignan. Les dits consuls, d'après le document, avaient j 
auparavant, et la même année, f^iit couvrir de plomb (3) le clocher { 
de l'église. ! 

La nouvelle grande basilique venait d'être construite (4), il y 
avait à peine un quart jde siècle. Ce fut alors que, quarante-six ans 
après la construction du clocher, le 19 septembre 1398, sous les 
consuls Pierre Redon, Terrène Castilio, Pierre André, Nico- 
las Nègre et Guilhem Tiso, on mit en place la cloche de l'hor- 
loge du clocher (5) de Saint-Jean, fondue par Jean Verger (6), 
de Girone. On s'aperçut, quelques jours plus tard, que la cloche 
était fêlée, on ne sait comment (7) : lesdits consuls commandèrent 
une cloche bien plus grande (8) qui fut fondue par le même maî- 
tre fondeur, Jean Verger, le 14 juin 1399. 

Rappelons, d'après la noie d'Henry (9), que le clocher, suivant 
la tradition, était de la même date que l'église du vieux Saint- 

(1) Reproduit à l'appendice. 1 

(2) Johanne Egidia. 

(3) Tecerunï (consules) eoJem anr.o cooperfam plumbi cloquerii dicie eccïesie. 
(Voir appendice, § xxiii.) 

(4) La nouvelle église fut érigée en 1324: les deux inscriptions commé- 
iTioratives témoignent de la pose de la première et de la seconde pierre de 
l'église, faite l'une par don Sanche, roi de Majorque, l'autre par l'évêque 
d'Elne Bérenger d'Elne, le 5 des calendes de mai 1324: l'abside fut ter- 
minée sous Louis XI ; le monument ne fut achevé qu'en iSop. 

(5) Le clocher de Saint-Jean-le-Vieux, qui était en pierres, a été refait 
en 1709. « Les traces de son antiquité réelle, dit M. Vidal, ont à peu près 
disparu. » (Perpignan. 1898, ch. xxi, p. 5.) La cage en fer actuelle est de 
1742. La toiture en charpente avait été renversée par un fort vent de tra- 
montane en I 735. 

(6) Per magislrum Johannem Yergerii, senyerium... 

(7) Simbalum post modicos dies fuit repertum fracium nescitur quo casu. 

(8) Tecerunt fieri aliud simbalum multum majus... 

(9) Henry, Hist. de T(oussiUon. i" partie, note xjii. 



- .57 - 

Jean, et ce qui reste de la construction primitive ne dément pas 
cette origine. Cette tour, fondée sur quatre gros piliers angulai- 
res, était terminée par un dôme couvert en plomb (i), sur lequel 
s'élevait une statue de saint Jean de dix pieds de haut. En 1709. 
cette tour menaçait ruine ; on en démolit la plus grande partie 
qui fut reconstruite en briques et à pans coupés, comme on la 
voit aujourd'hui. La tour de l'horloge était aussi, à la même épo- 
que, terminée par un dôme couvert de plomb, qui s'écroula en 
1717. La reconstruction n'en commença que longtemps après. En 
1737, on descendit la cloche qui date de l'an 1399 (2) et on refit 
les deux murs en pierre de taille. L'élégante cage de fer qui ter- 
mine la tour fut faite en 1742, et le i3 mai de l'année suivante 
on y replaça la cloche. 



§ 3. Inventaire du trésor de la chapelle de Martin, roi d'Jlragon 
[T^endes de la capella del caslell de Perpenya) 

1395 

La chapelle (3) du château des rois de Majorque, toute bâtie 
en pierres de taille, s'élève du milieu de la face orientale. Cette 
chapelle était double, c'est-à-dire qu'il s'en trouvait une au rez- 
de-chaussée, qui n'était que comme chapelle souterraine : celle qui 
servait à la célébration des saints mystères était un peu au-dessus 
du plan des appartements du premier étage, et on y montait par 
un large perron, aboutissant à une galerie couverte s'étendant sur 
toute la face intérieure du bâtiment de ce côté. L'entrée de la 
chapelle intérieure est nue et sans aucune espèce d'ornements ; 
celle de la chapelle supérieure était toute en marbre et déco- 
rée, suivant le goût du temps, de colonnes minces et grêles dont 

( 1 ) La dépense du plomb fut faite par les Consuls, avec les fonds de la 
ville, aussi bien que celle des deux grandes cloches qui furent fondues le 
9 novembre 1 352. 

(2 ( M. Vida! (Perpignan, 1 898 I croit que ces cloches, fondues en i352, 
furent livrées à la Monnaie en 1793. 

(3) Henry, Hisf. du T^oussillon, i" partie, note x. Sur l'ancien château des 
rois de Majorque. 



— i58 — 

les chapiteaux sont ornés d'animaux chimériques. Les battants 
de la porte, en bois de noyer, étaient divisés en compartiments 
par des listels sous lesquels étaient cachés des clous qui tendaient 
une toile peinte en bleu de ciel. Cette toile avait été placée sur 
ces battants, sans doute pour masquer les fentes... Des vestiges 
de cette toile peinte s'y remarquent encore, près des listels. 

La galerie placée à la hauteur des appartements, et par laquelle 
on montait à la chapelle, établissait une communication entre les 
appartements du roi, placés du côté du nord, et ceux de la reine 
qui se trouvaient au côté opposé. A côté de la grande entrée, au 
milieu de la face occidentale, on voit intérieurement un bel esca- 
lier suspendu d'une construction remarquable. 

Valence, 22 septembre 1403 

Apocha fêta per lo Senyor Rey à micer P. Donat e à micer 
P. Berenguer e à la universitat de Perpenya de les joyhes que 'Is 
caps dels officis han rehemudes de mossen Pons de Perellos per 
M.DCCCC. florins, les quais joyhes eren de la capella del senyor 
Rey. (C'était la chapelle du château des rois de Majorque, aujour- 
d'hui la citadelle.) 

Lettres de Martin, roi d'Aragon, de Valence, de Majorque, 
de Sardaigne et de Corse, comte de Barcelone, de Roussillon 
et de Cerdagne, reconnaissant avoir reçu des Consuls et prohomens 
de la ville de Perpignan (1) le trésor tout entier de la chapelle du 
Roi (2), engagé à Pons de Perellos pour J900 florins d'or d'Ara- 
gon (3), remis à Pierre Donat, licencié es droit, délégué par le 
consul de la ville. Pierre Bérenger, docteur en droit et juge 
du Patrimoine des comtés de Roussillon et de Cerdagne avait 
fidèlement remis aux consuls ce trésor que la ville avait racheté 
en reconnaissance de la concession du privilège du non regimenf {4). 

( 1 ) "Fatemur habuisse et récépissé a fidelibus nosfris ccnsuUbus et probis homi- 
nibus ville Perpiniani. ( Arch. comm., livre vert mineur, A A. 3, f" xvii v".) 

(2) La chapelle Sainte-Croix. « Totam illam vaxillam argenti capelle nostre. » 
(Arch. comm., Ibidem.) 

(3) Pro mille nonagentis florenis auri de Aragonia. (Arch. comm.. Ibidem.) 

(4) Prétexta privilegii novi regiminis per nos ipse universitati coticessi. (Jbid.) 
Je transcris dans une autr« étucle|le règlement de cette nouvelle organisation 



- ,59 - 

L'acte fut rédigé à Valence, le 22 septembre ,4o3, en pré- 
sence des témoins George de Caramany et Pierre de Torreil- 
les, chevaliers, conseillers du Roi. 

Le Roi a apposé son sceau royal : REX MARTI NVS ; et 
Bérenger Sarte, secrétaire du Roi, a apposé son seing manuel. 

Voici 1 inventaire des pièces du trésor (1), en argent, dont le 
poids est d'environ 204 marchs et demi. 

En 1 coffre jocalia infrascripta fuerunt ponderata ad marcham 
ville Perpiniani : 

Primerament, una creu d'argent daurada smaltada ab diverses 
smalts e los quatre evangelistes en cada cap de la creu, e ha 
vn canons d'argent abtes a portar la creu. 

Item, una crossa d'argent daurada, smaltada de diverses smalts, 
ab dues ymages d'argent. 

Item, m canons d'argent daurats, smaltats de diverses smalts, abtes 
à porrar la dita crossa, e al peu bays ha i boton redon d'argent. 

Item, I calze d'argent daurat poch, de très pesses, ab ça patena, 
e dos canalobres (2) daurats de dues pesses, e una creu pocha dau- 
rada, ab son peu daurat, de dues pesses, e dos canadells (3) d'ar- 
gent daurades (sic). 

Item, una custodia o reliquiari de dues pesses d'argent daurat, 
ab una creu poqueta d'argent daurada levadissa, en lo quai peu 
ha diverses smalts, e lo cano smaltat de diverses smalts, e en lo 
mig del cano ha i boto, e en lo reliquiari ha dues formes de cris- 
tall, ço es en cascuna part. 

Item, una caldereta (4) d'argent blancha, ab lança de part dalt 
daurada, apta à portar salpassa. 

municipale, novi regiminis, approuvée par Martin, roi d'Aragon. (Lettres 
patentes du roi, xv" siècle.) (L'organisation municipale de Perpignan, p. 47-56.) 

(1 ) Je ne transcris pas la notification de l'acte en latin : j'aborde immédia- 
tement le texte catalan. Ce trésor était plus riche que celui du chapelain de 
l'église de Castell Roussillon, en 1425, et du recteur de Vilarnau. Cf. mon 
étude sur Castell-T^osselio au Moyen ^ge, pages 197-200, et sur Les "Librai- 
ries à l'époque antique : inventaire liturgique des biens de Mossen Noguera, 
recteur de Castell Roussillon, pages 54, 58 it^iS). 

(2) Candélabres. 

(3j Burette d'argent. 

(4) Bénitier portatif. 



— j6o — 

Item, 1 canalobre d'argent sobredaurat, ab très smalts, e en lo 
peu se tenen unes tesores poques semblant de baxador, ab cade- 
neta tôt d'argent. 

Item, dos canalobres d'argent sobredaurats, en que ha en cas- 
cun très smalts. 

Item, dos canalobres d'argent blanch poquets. 

Item, una bassinera poqueta d'argent blanch, abta per offirir. 

Item, una capceta d'argent à tenir hosties. 

Item, 1 calze ab ça patena, daurat, apart de dins. 

Item, vj bordons (i) d'argent, les quais son xii pesses, ab los caps 
daurats smaltats à diverses obres, dels quais vi bordons ni ha j qui 
no ha muronet petit. 

Item dos canalobres d'argent ab très peus petits, cascun de 
diverses smalts. 

Item mes, una crossa d'argent daurada ab diverses muronets, 
smaltada ab diverses smalts, e ab très canons d'argent daurats per 
portât la dita crossa. 

Item, un reliquiari poquet d'argent sobredaurat ab dos botons 
smaltats e ab cristall de cada part ; e lo dit reliquiari no ha cap- 
cel dalt. 

Item, un ensenser d'argent daurat, smaltat ab diverses senyals 
c ab ni cadenetes d'argent blanques. 

Item, una naveta (2) d'argent daurada per tenir ensens, smaltada 
de diverses smalts. 

Item, 1 altre ensenser d'argent blanch, ab un cadenes. 

Item, una altra naveta d'argent blanch, per tenir encens. 

Item, dos bacins pochs d'argent daurats per les hores e per lo 
mitg smaltat de diverses smalts. 

Item, 1 pareil de bacins grans d'argent daurats de part de dins, 
e son smaltats de diverses smalts. 

Totes les coses de sus dites o la pus gran partida son en stug 
de cuyr. Item pesa tôt l'argent desus dit poch mes o poch menys 
dosents quatre marchs e mig. 

Et ideo renuntiantes exceptioni dicte peccunie non numerate 
et predicte vaxille non habite et non recepte et doli, facimus 

(1) Bâtons de pèlerin, bourdon. 

(a) La navette ou petit vase où l'on met l'encens. 



— i6. — 

nedum universitati jam dicte sed etiam dicto Petro Berenguerii 
et vobis jam dicto Petro Donati, nuncio supradicto, de recep- 
tione predicte vaxille et de solutione dictorum mille nongentorum 
florenorum (j) quos nobis, prétexta predicti novi regiminis, dicta 
universitas solvcre tenebatur in manu et posse secretarii nostri 
inffrascripti pro dicta universitate et aliis quorum intersit légiti- 
me stipulantis et recipientis, bonum et pcrpetuum finem et pac- 
tum firmissimum de ulterius non petendo. 

Quod fuit actum et datum in civitate Valencie, vicesima secundo 
die septembris, anno a nativitate Domini millesimo quadringente- 
simo tercio, regnique nostri octavo. 

Sig-J-num Martini, Dei gratia régis Aragonum, Valencie, Majo- 
ricarum, Sardinie et Corsice. comitisque Barchinone, Rossilionis 
et Ceritanie. REX MARTINVS. 

Testes sunt qui ad predicta présentes fuerunt nobilis Georgius 
de Caramanv, uxerius armorum, et Petrus de Turrillis, milites, 
consiliarii dicti domini régis. 

Sig-J-num mei Berengorii Sarta, secretarii dicti domini régis et 
auctoritate regia notarii publici per totam terram et dominationem 
domini régis predicti, qui predictis interfui et hac scribi, feci, 
cum litteris in raso positis in lineis un « ad nos » et xv' a grans », 
et clausi. 

Ainsi la ville de Perpignan avait généreusement dégagé ces 
objets précieux. « Plus tard encore, en 1471, Jacques Bosch, rec- 
teur et sacristain de la chapelle, engagera, comme garantie de 
dettes assez insignifiantes, un psautier garni d'argent et d'or, et 
un diamant dit punie, donné par la reine Marie de France et 
estimé cinquante écus. Par son testament du jo juin 1471, ce 
prêtre demande que l'on vende toi farnes qu'il a dans le château, 
et qu'avec son produit on fasse une armoire pour enfermer les 
reliques de la chapelle (2) ». 

(I I Par une interversion évidente de composition typographique, M. Vi- 
dal, dans son étude sur le château des rois de Majorque, parle de neuf cent 
mille florins : l'erreur est manifeste ; et il faut lire mille et neuf cent florins 
d'or. (P. Vidal, La Ciladelle de Perpignan, p. 97.) (Arch. comm.. A A. 3, 
livre vert mineur, f°' 339, 341 . ) 

(2) P. Vidal, La Citadelle de Perpignan, v' partie, 1911. 



— j62 — 

Voici, d'autre part, quels étaient les revenns de cette royale 
chapelle : ce document indique bien l'importance des nombreux 
couvents à cette époque. 

Prime lo Rector, capellans e escolans de la capeîla deî castell 
de Perpenya, als quais son assignades les rendes de les vu parts 
del delme de Vernet, delme de la Bastida, del estany de Salses, 
c d'Oppol, e, si no *ls basten, han s'o affixar ; e es aço qui 'Is es 
assignat, e deuen haver cascun any — cxxxviu 11. 

Item, d'altre part per j anniversari 

Preveres de Sent Johan de Perpenya 

Preveres de Santa Maria de la Reyal 

Preveres de Sent Jacme 

Preveres de Sent Matheu de Perpenya 

Ffrares Preicadors de Perpenya 

Sors Menors de Perpenya 

Ffrares Preicadors de Puigçerda 

Sors de Sancta Magdalena de Perpenya (i) 

Ffrares del Carme de Perpenya 

Sors del monestir de Sent Salvador 

Ffrares de Sent Marti appellats de la Merce ii 11. 

Ffrares Menors de Perpenya un 11. x s. 

Monges del Mas de la Guarriga x s. 

Ffrares Menors de Vilafranca de Confient v 11. x s. 

Monges del monestir de Jau en Confient v 11. (2). 

D'après ce document historique on peut se rendre compte de 
l'importance des revenus annuels des domaines et droits royaux 
des comtés de Roussillon et de Cerdagne à la fin du xiv' siècle, 
exactement en j395. Ce mémoire, d'après l'opinion d'Alart (3), 
avait été dressé et rédigé, probablement à Barcelone, au moyen 

( I ) En note, d'une autre écriture : « Ja tenen renda assignada que reeben 
elles matexes, per que no s'en fa enirada e exida. 

(1) Archives des Pyr.-Or., B. i55, f° 59. (Perpétuais ordonats e lexats 
per los Reys de Mallorques, per los quais se paguen cascun any les quanti- 
tats seguents). 

(3j Alart, "Documents sur la Géographie historique du T^oussiïlon, paragr. v. 



v s. 






X 11. 






1 11. v 


s. 




1 11. V 


s. 




1 11. V 


s. 




XVI 11. 


X 


s 


LVlll 11 






LIX 11. 






in il. 






VI 11. 







— i63 — 

des comptes rendus en l'office du Mesire T^acional, ou Contrôleur 
général de la cour, en j SqS (i), sous le règne de Jean 1" d'Ara- 
gon qui mourut le 19 mai J396. 



§ 3 . Propriétés possédées 

par la Communauté ecclésiastique de Saint-Jean 

dans l'ancienne et dans la nouvelle église 

et aux environs immédiats 

(Borrador per fer un liibre de bens y mais de la Comunitat de 
Preberes de Sant-Joan de Perpinya...) (cahier manuscrit du 
xvm' s.) 

En la vila de Perpinya. 

Sindicat vell. 

En lo any 1710, dita Comunitat te y posseheix dins la iglesia 
vella de Sant Joan (2) de dita vila l'aula dita lo Sindicat Vell (3), 
scituat dins lo campanar y sobre la capella y sacristia de Nostra- 
Senyora dels Correchs (4) de dita iglesia vella. 

Capella de la Concepcio, sacristias de aquclla y del Santissim 
Sagrament. 

Item te y posseheix dita Comunitat en la Iglesia nova la 
capella y sacristia de Nostra-Senyora de la Concepcio, com 
també la sacristia de la capella de Sant-Miquel, vuy dita del 
Santissim Sagrament. 

Sindicat nou, Arxiu, Thesoreria y Celler d'oli. 

Item, en la sacristia gran de dita iglesia nova vuy dita la sacris- 

(i ) La date de rédaction est indiquée presque à chaque page ; d'après cer- 
taines indications on peut en conclure que le document fut rédigé dans les 
premiers mois de l'an 1395. 

(2) Cette église fut consacrée le 16 mai \o-xS, par Bérenger, évêque 
d'Elne. 

(3) Au sujet de ce remarquable monument de l'architecture romane du 
xi' siècle et sur l'origine de cette église, voir Albert Mayeux, Sainl-Jean-le- 
Vieux. Extrait du Bulletin monumental, 1913. 

(4) Desplanque, page 58. 



— 164 — 

tia del Pou, y antiguament lo vestuari (1), te y posseheix la dita 
Comunitat las aulas del Sindicat nou, de la Thesoreria y del 
Arxiu, com també la estancia y celler (2) de! oli. 

Las quais cosas espectan à dita Comunitat per possessio mes 
que centenaria. 

Hort del Sindicat y Sacristia de la Funeraria. 

Item, dita Comunitat posseheix un hort contiguo al dit Sindi- 
cat, Thesoreria, Arxiu, Sécrétas y passatge de aquellas, confron- 
tant ab lo carrer dit de la Duana, antiguament anomenat del 
Porta) de l'Aixugador (3), ab la casa pelila, vuy pati, del Capitol 
d'Elna, que fonch de perlinenlias de dit hort; ab la Capella de la 
Funeraria (4) dita de Sant Joan Evangelista ; ab la sacristia de dita 
Capella, la quai sacristia es de perlinentias de dit hort, que dita Comu- 
nitat feu febricar à sos gasfos en lo any j685 (5) ; ab lo hort del 
Palau del Bisbe ; ab lo terra-pie del Baluart de Sant Joan, y ab 
la sacristia de la dita Funeraria, la quai sacristia feu dita Comu- 
nitat fabricar à sos gastos dins dit hort. 

Consta de la apoga del preu fet, en poder de Honorât Sunyer, 
notari, als 2 juny 1 685 ; la quai apoga es al plech de dit Sunyer, 
n° 2, dins lo arxiu de dita Comunitat. 

Especta dit hort à la dita Comunitat per compras a fet en très 
différents ocasions de partidas del dit hort. Una de las quais par- 
tidas d'hort es en dreta senyoria del Convent de Sant Salvador (6) ; 
(ço es aquella partida de hort que confronta ab lo correch de 
Predicadors (7), dit carrer al mitg ; ab dita Capella de la Fune- 
raria, y ab dit sindicat, correch de las sécrétas al mitg) ; sobre la 

( 1 ) Lo qu'en algunas comunitats o cossos ecclcsiastichs se dôna à sos indi- 
viduos pera vestirse. (Labernia.) 

(2 ) Lat. cellarius, le cellier ; la cave. 

'3) Ce portai se trouvait derrière l'église Saint-Jean : on en voit les traces 
sous la nouvelle poterne de la rue Saint-Dominique, ouverte en 1896. 

(4) Cette chapelle, classée comme monument historique, renferme aujour- 
d'hui une partie des archives départementales. 

(5) Les lignes en italique ont été barrées d'un trait. 

(6) Le couvent de Saint-Sauveur est cité vers le milieu du xin' siècle. 

(7) Le couvent des Jacobins ou Dominicains des Frères Prêcheurs fPrchi- 
cadorsj fut fondé en 1243. 



— i65 — 

quai lo dit convent de Religiosas de Sant Salvador de Perpinya 
reb annualment de cens senyorial 17 s. plata, v per raho de la 
indemnitat, ço en lloch de foriscapi, de trenta en trenta anys, 
reb sinch lliuras piata que, si se reduheix per any, vindrian ser 
très sous quatre dincrs plata, Je loco foriscapii, y dits 17 s. de 
cens, tôt pagador per Nadal. 

Vide lo calaix A. n° 29, intitulât comptas y donacions, dins lo 
Arxiu de la Comunitat. 

Canorga Nova 

Item te y posseheix dita Comunitat lo casai de la Canorga 
Nova(i), continguo al sementiri (2) de dita iglesia nova, confron- 
tant ab dit sementiri, ab ios forns de la Duana, ab la casa gran 
del Capitol d'Elna, y ab la capella de Sant Clément. 

Especta t la dira Comunitat per cambiéra de la Canorga vella 
ab lo dit casai, fêta entre lo Illustrissim y Reverendissim S" 
Bisbe d'Elna, don Joan Hervco Bazan de Flamenville, de una 
part, y dita Comunitat de part altre, ab acte rebut en poder de 
Honorât Sunyer y Pau Mundi, notari de Perpinya, simul stipu- 
lants als, 4 de setembre 1704. Lo quai acte es al plech de Sunver 
dins lo arxiu de dita Comunitat, de n' 145 (3). 

(A suivre) Henry Aragon. 

( I j Le monastère avait été construit sur l'emplacement occupé au xm' siè- 
cle par le palais épiscopal ( palau del bisbe), dans l'endroit appelé 5 Canor- 
gue ». La Canorgue était le chapitre des chanoines de Saint-Jean ; ce fut 
plus tard l'évèché avec les prisons épiscopales. 

(2) Le cimetière de Saint-Jean est du xv' siècle. 

["i) En marge: Calaix A. n" 147. Archives des Pyr.-Or., C. 274, f" 2. 

Hospitalité catalane 

Un premier convoi de 5o enfants de Paris a été reçu avec 
enthousiasme à Barcelone par le Comité des Maisons Claires. 
M"' A. Brisson les accompagnait. 



La seigneurie ^ h paroisse de Serralongue 

^^2<^ {SUITE) 



Pierre de Rocaberti est déjà en possession, en iSij, de la sei- î 

,1 

gneurie et des propriétés de Cabrenç. Il eut des difficultés avec i 
le roi au sujet d'un individu de Palalda qui avait fixé sa résidence i 
aux Bains d'Arles, et qui avait commis un crime dans la première j 
localité. Arrêté par ordre de Pierre de Rocaberti, ce criminel j 
fut réclamé par les officiers royaux, sous prétexte que le village 
des Bains d'Arles était soumis à la juridiction du Roi. i 

En \55y, Philippe de J^ocaberti confirme la concession faite à ] 
Michel Llensa sur la métairie du Pla del Boix. 11 meurt sans j 
enfants, laissant à son frère la seigneurie de Cabrenç. j 

"François de T^ocaberti, en j562, confirme la vente de la métairie ; 
de las Torqueras à Gabriel Pollangarda. Vingt ans après, il dépose ; 
son testament à l'étude d'Alonzo, notaire de Barcelone. Fran- 
çois de Rocaberti avait fixé sa résidence dans cette ville, où il .] 
meurt le 3 novembre 1589. Son corps est porté à Serralonga et 
enseveli dans l'église Sainte-Marie. 

Le 2 5 septembre 1599, Eléonore de Peguera, veuve de Fran- 
çois de Rocaberti, « désirant récompenser les services à elle ren- 
dus par son frère Bernard de Peguera et voulant se consacrer au 
service de Dieu, fait donation entre vifs à son frère du château 
de Cabrenç avec les lieux de Cabrenç, de Palauda, Montalba et 
Fontanils ». Cette donation est contestée par le Domaine ; mais 
Bernard de Peguera obtient gain de cause. Peu de temps après, 
les habitants de Serralonga et de Lamanera viennent lui prêter 
foi et hommage. 

Bernard de Peguera mort, la seigneurie de Cabrenç passe à la 
famille de Sorribes par le mariage de Eulalie de Peguera avec le 
donzell Philippe de Sorribes. 

François de Ros (1), épouse Josèphe de Sorribes et d'OrtaflPa. 

(i ) François de Ros était fils d'un autre François de Ros en faveur duquel 
le roi Louis XJV érigea en comté les terres de Saint-Féliu d'Aval! et 
d'Amont (avril 1680). 



M 



— 167 — 

Celle-ci, après ia mort de son mari, accorde, en 1698, l'autori- 
sation de construire le moulin de la Pomarèda. Les documents qui 
vont suivre montrent clairement combien, à cette époque, les sei- 
gneurs s'entouraient de précautions pour ne pas porter atteinte 
aux droits anciens de leurs vassaux, autant que la prudence 
humaine le permettait : 

< Licencia y permicio concedida à Joseph Poch, alias Poma- 
rèda, pages del lloch de Serrallonga per Madama la comtessa 
dona Josepha Ros y de Sorribes affique puga construir y edifficar 
un moli fariner en los termens de dit lloch de Serrallonga sota la 
farga de dita Dama, dita farga de Galdaras(i). 

« Le 23 août 1698, à Perpignan, sous le règne du très invinci- 
ble et très glorieux prince Louis XIV, par la grâce de Dieu roi 
très chrétien de France et de Navarre, je Madame Josèphe Ros 
et de Sorribes, veuve de remarquable et très noble seigneur don 
François Ros et Ros défunt, comte de Saint-Feliu, domicilié à 
Perpignan, seigneur du lieu et termes de Serralongue et de la 
baronnie de Cabrens, diocèse d'Elne, sachant que vous Joseph 
Poch, autrefois Pomarède, habitant de Serralongue, vous possé- 
dez une métairie avec ses terres au territoire de Serralongue et 
au voisinage de Galdaras, appelée lo mas Pomarèda, placée sous 
mon direct domaine à raison de ma baronnie de Cabrens, et que 
vous désirez construire un moulin à farine dans les terres de dite 
métairie sous la forge de Galdaras, et vous me priez de daigner 
vous autoriser à le construire et à recevoir l'eau sous ma forge 
afin que le dit moulin puisse moudre, considérant que je ne puis 
vous refuser mon consentement vu le bien fondé de votre 
demande, eu égard surtout aux publications faites sur la place 
publique de Serralongue au sujet de votre supplique et qui m'ont 
été expédiées le 17 octobre 1699 par la cour du batlle de Serra- 
longue en la forme suivante : 

« Publications : 

« Honorable batlle, vu la requête de Joseph Poch, autrefois 
Pomarèda, pages du lieu de Serralongue, nous vous ordonnons, 
aussitôt que vous aurez reçu les présentes, de faire dans les lieux 

(i) Francisco Diego, not., als 28 agost 1698. 



— i68 — 

accoutumés les publications dont la teneur suit. Vous attesterez 
sur le dos que la publication a été faite, afin qu'on sache qu'elle 
a été faite, à l'avenir. — Donné à Perpignan, le 17 octobre 1692. 
Collarès pour l'honorable François Diego, notaire greffier de dite 
cour. Ignace Boxader, scriba. 

« Vous entendez tous maintenant de la part de remarquable et 
très noble seigneur don François Ros y Ros, comte de Saint- 
Féliu, domicilié à Perpignan, usufruitier des biens dotaux de 
j'illustre et très noble dame Josèphe Ros et de Sorribes, sa fem- 
me, en dit nom seigneur du lieu et territoire de Serralongue, 
diocèse d'Elne, que Joseph Poch ayant prié le dit seigneur de 
lui permettre de construire un moulin à farine ou à drap dans ses 
terres sous la forge de Galdaras, cette publication est faite pour 
ce fait à la connaissance de toutes personnes, quels que soient 
leur état et leur condition, qui ont ou présument avoir quelque 
droit ou intérêt sur ce moulin à construire, et elles sont priées, 
dans l'espace de trente jours, à compter du jour de la présente 
publication, de se présenter devant le dit juge avec leurs actes et 
leurs titres. Autrement il sera procédé à la concession. Affin que 
nul ne puisse arguer d'ignorance, le dit seigneur ordonne de faire 
la dite publication dans les lieux accoutumés. — Donné à Perpi- 
gnan le 17 octobre 1692, Collarès. 

(■^ suivre) Joseph Gibrat. 

Catalana (Mallorca, 287, Barcelona) 

Depuis le 1" avril paraît hebdomadairement sous ce titre, éditée par les 
soins de YJlustraciô Catalana, une nouvelle revue littéraire, à laquelle colla- 
borent les meilleurs écrivains catalans, et dont la parfaite tenue est au-dessus 
de tout éloge. 

Poésies ^ Chansons Catalanes (par A. Janicot) 

Ces premiers essais d Albert Janicot dénotent la meilleure bonne volonté. 
Nous sommes persuadés qu'avec un peu de travail et de sérieuses études il 
arrivera aisément à se montrer digne de la jeune école roussillonnaise de 
laquelle il s'est inspiré. 

La Renaissance Catalane 

Un nouveau journal catalan-français, La J^enaissance Catalane, vient de 
paraître. Nous lui souhaitons très cordialement la bienvenue. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



12' Année- N' 142 15 A«ûU9l8 

^Qst c§'>i (S'^^t cgt^^si c^Qvi cSK^i (ÇTsi «^^i «^OsS. :9f'>vi *^ 

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Ouan lornarà al Païs 

LA TTiAMOJ^TAJNA 

Tant aviat, acabada la carrera, 
o gran Triumfador, de nom etern, 
vinguis a retirar-te al soi matern, 
als Estanys te rebré, io, la primera. 

Mes que '1 cami de ferro iré rabent. 
Ma veu de tro, bé se 'n farà de blana, 
per bufar-te, amb els perfums de ia Plana, 
un pomet de records del teu jovent ! 

EL CAMJGO 

« Ja arriba ailî ! » salten les Encantades. 
Jo llavors, regrillat pel teu retorn, 
tôt sapât, tôt canut « Bon jorn ! Bon jorn ! » 
amb el cap te faré très barretades. 

Vina a Vernet, cridaré, o bon romeu, 
a descansà en ma falda els membres lassos î 
Avi vell, vetllaré tos darrers passos 
2 tos sômits quïets com el front meu. 

LAGLT 

Tôt just trontoUi el pont a ta vinguda, 
de cap a cap cor-batrà el Riberal. 
' Pel canyer, pedreguer, tuire i sorral 
bellugarà mon aiga escorreguda. 



— 1 70 — 

Ja, ja cl botaç rodola pel Hit sec. 

Que alegreta seré quan, xafarderes, 

batador repicant, les bugaderes 

diran : « Qu'es guapo I Hé, Bepa ?» — « Ja te crée ! » 1 

LM TETiT^A DE 7{0SSELL0 

Per tu l'aie mes pur de les garrigues 1 
Per tu '1 mont régalât ! Per tu l'espill , 

de la font clara ! Ho veus, Fill, el meu Fill, 
com tôt aci te vol, corn els-hi trigues 1 

1, ûltim de tôt, els abraços manyacs 
de ta Terra. Es sempre, ella, la mateixa. 
Trista que sigui quan l'infant là deixa, 
si torna veli, bé li 'n fa d'afalacs ! 

Per tu, mes que per cap, treuré mes joies. 
Veuras quins camps, quines vinyes, quins horts ! 
Els Catalans veuras, que drets i forts I 
1, tan com mai, les nines bonicoies ! 

El temps s'ha endut cofa i mocadô en creu. 
Mes els ulls son iguals ; tret que sévères 
s'han fet totes les cares rialleres: 
la Mort, ai ! se n'ha entrât per tôt arreu !... 

Tu vas véncer la Mort. Perxô t'estimen 
els teus germans de llet. Veuras, veuras 
com aixequen la veu, el cap, el braç 
quan parlen del llur JofiFre, i com s'animen ! 

La llar pairal fa côs i cor tots nous. 
Deixant alla neguits i 'Is pesats fatos 
del Passât, siguis, Fill, com Cincinnatus 
llaurant, fins a sol post, amb el pareil de bous î 

Pau Berga. 
HanoT, 10 de maig 1917- 






Au pays de J offre 

par Emile Riperi 



(•) 



_-*-» 



Notre excellent collaborateur vient de faire paraître à Paris 
cette belle relation dont nous avions entretenu nos lecteurs en 
1916 et dont nous avions donné également quelques extraits. 

En en recommandant la lecture, non seulement à tous les com- 
patriotes du grand Maréchal, mais à tous les Français, nous nous 
faisons un plaisir de publier ici la magnifique introduction de 
l'auteur : 

Ces pages, que je rassemble aujourd'hai, si elles devaient être une évoca- 
tion complète de la Catalogne française, je sens avec humilité à quel point 
elles seraient insuffisantes. 

De ce beau pays vermeil, où l'Espagne et la France mélangent leurs cou- 
leurs et leurs races, ce sont ici quelques tableaux seulement, quelques ima- 
ges, diverses comme la vie elle-même, recueillies çà et là au cours d un séjour 
trop rapide, et c'est aussi bien un chant de reconnaissance à la louange du 
sol et du ciel lumineux, qui ont formé le grand esprit lucide, auquel la bar- 
barie allemande a heurté sur la Marne sa formidable machine de guerre. 

Oui. désormais quel que soit l'intérêt et la grandeur des souvenirs qui s'élè- 
vent encore de tous côtés, dès qu'on parcourt ce sol marqué par tant de peu- 
ples, une image cependant domine, impérieuse, toutes les autres, auréolée déjà 
d'une légende, c'est celle du calme vainqueur, auquel l'Académie Française 
vient de rendre un juste hommage, puisque, en sauvant l'indépendance de la 
France, il en a sauvé également la langue et par conséquent toute la littéra- 
ture qui va s'épanouir demain. 

C'est à lui que j'aurais voulu dédier ces pages, mais je crains que leur fan- 
taisie poétique ne fasse parfois froncer des sourcils austères sur ces yeux qui 
ont vu la ruée du monstre et qui, pour le contenir, en ont mesuré l'élan, 
sur ces yeux pensifs qui ont vu aussi, en parcourant les champs de bataille, 
à quel prix s'achète, hélas ! la plus noble et la plus juste des victoires. 

Alors, pour que ces pages arrivent tout de même à leur véritable adresse, 
je prendrai le plus charmant des intermédiaires, et c'est vous que j'évoque- 
rai, filles du Roussillon, dont les bonnets de tulle blanc emprisonnent dans 
leur fin réseau des cheveux sombres comme un velours d'Espagne ou roux 
comme vos champs de vignes à i automne, vous, dont les groupes balancés 
vont et viennent le soir sous les grands platanes, en chantant quelque vieille 

(1) Ed. Bossard, Paris, 1918, 3 fr. 



— 172 — 

chanson catalane, vous qui roulez dans votre voix musicale la fraîcheur mur- 
murante des eaux des Pyrénées, vous qui, rieuses et sérieuses, unissez sur 
vos figures mates aux yeux étincelants toute la clarté de votre ciel à l'austère 
souci des labeurs de la terre, — et c'est à vous que je les dédie, ces humbles 
pages, écrites par ce passant inconnu qui vous admirait et qui vous aimait 
sans vous le dire, c'est à vous que je les dédie, en songeant qu'une de vos 
pareilles, aux champs de Rivesaltes, fut la mère jadis du petit Joffre. 

Emile Ripert. 



La seigneurie ^ h paroisse de Serralongue 

••X-^:*^' {SUITE) 



o»i 



« Rapport, 

«Aujourd'hui, le 28 octobre 1692, au lieu de Serralongue, 
Pierre Jacques Teularia, sergent de Saint-Laurent-de-Cerdans, 
habitant au lieu de Custoja à la rue del serrât de l'aire, je relate 
que j'ai fait les publications susdites en la place de Serralongue à 
instance de Joseph Poch aiias Pomarèda, en présence des témoins 
soussignés : Raphaël Moli pages et Joseph Galibern sabaler, tous 
de Serralongue ; et moi Gabriel Poch, prêtre, je prends la dite 
relation comme écrivain de dite cour. 

« Et parce qu'il est constaté par les dites publications et rela- 
tion que le délai fixé par elles est plus que passé et que personne 
ne s'est présenté avec leurs actes et leurs titres soit à mon mari, 
soit au juge de la dite cour à l'eflFet d'empêcher le dit établisse- 
ment, je vous permets, à vous Joseph Poch, de construire dans 
les terres de votre métairie un moulin à farine sous ma forge de 
Galdaras, aux conditions suivantes : Outre le cens que je reçois 
sur la métairie, vous êtes tenu de me donner et à mes succes- 
seurs, à perpétuité, chaque année, deux poules bonnes et 
grasses ». 

11 existe un autre document émané de la noble Dame de Ros, 
qui montre avec quelle circonspection les seigneurs agissaient à 
l'égard des peuples soumis à leur juridiction. Il est écrit en cata- 
lan et porte la date du 2 juin 1698 : 

« Honorable balle de provisio nostra instant y requirint la 



_ ,73 - 

egregia S" Dona Joscpha Ros y de Sorribes, viuda relicta del 
egregi S' Don Francisco Ros v Ros compte de Sant-Faliu, 
S" de] iioch de Serrallonga v de Cabrenvs, encontinent les 
présents vistes y de nostre oart rebudas publicareu eo publicar 
fareu per los ilochs acostumats de aqueix lloch de Serrallonga 
la crida y preenitiatio devail scrita, de la publicatio de laquai 
nos certificareu al dors de les présentes affique en es devenidor 
aparega : 

« Ara oyau tothom généralement queus notifican y fan saber 
de part del magnifich Joseph Seiva y Rey, doctor en quiscun dret 
y burgès honrat y matriculat de la présent vila de Perpinya, 
jutge ordinari de la Cort del batlle del Iioch de Serrallonga y de 
Cabrenys, per provisio verbal per ell fêta instant y requirint la 
egregia S" Dona josepha Ros y de Sorribes, viuda relicta de] 
egregi S' Don Francisco Ros y Ros, compte de Sant-Faliu, 
senvora de dit Iioch de Serrallongua — que ninguna persona de 
qualsevoi estât, grau o conditio que sia no gose ni presumesca 
traurer ni permetrer quès traga ningun gêner de fusta tant obrada 
com sens obrar dçl dit lloch y termens de Serrallonga y terme 
de Falgons, ni etiam carbo sens pagar primer à la dita S" lo dret 
acostumat, ço es : los habitants de dit lloch mitg real plata y los 
estrancrers un real, sots la pena de deu lliures moneda de Per- 
penya de plata y altres penas à dita S" vistas aplicadoras à dispo- 
sitio de dita egregia S'\ 

« Item axibe que ninguna persona tant dels habitants com dels 
forasters de dit lloch de Serrallonga puga fer delmar lo delme de 
la S'* de dit lloch per ninguna altre persona sino per lo delmer o 
arrendador de dita egregia S" comptessa çots la mateixa pena 
aplicadora com ait esta dit. 

« Item axibe que ninguna persona de dit lloch y termens de 
Serrallonga y Falgons gose ni presumesca traurer la llenya de dits 
termens que primer no sia delmada per dits delmers o arrenda- 
dors sots la mateixa pena aplicadora com ait esta dit. 

« Item axibe que tots los proprietaris tant de dit lloch y ter- 
mens de Serrallonga com de Falgons agen y degan tenir condrets 
los camins de llurs terras y proprietats affique lo bestiar carregat 
puga passar librament çots la mateixa pena de deu lliures de dita 
moneda aplicadora per dita egregia S" com ait esta dit. 



— '74 — 

K Item y finalment que qualsevol persona que voldra tenir bes- 
tiar forester, tant gros com menut, en dit terme de Serrallonga y 
Faloons sera obligada dins très dies de nuntiar lo dit bestiar al 
batlle o consols de dit lloch y al arrendador de dita egregia S'% 
affi de tenirne notitia per y cobrar lo dret se deu pagar, com es 
un real v mitg plata per cent de bestiar menut y altre real y mitg 
de deu en deu de bestiar bobiner que se acostuma à pagar à la 
obra de la iglesia de dit lloch, ultra lo delme, çots la mateixa 
pena de deu lliures plata per quiscun y quiscuna vegada sera tro- 
bat fer lo contrari aplicadora com ait esta dit ». 

Le fils de François de Ros et de josèphe de Ros de Sorribes, 
appelé Jean de 7{os, épouse Marie de Margarit. 11 meurt en 1719. 

Le comte Jean-Baptiste de 7{os, fils et successeur de Jean de 
Ros, unit ses destinées à celles de Marie de Banyuls. 

Mbdoji-Sennen de 7{os, second fils du comte Jean-Baptiste, part 
pour l'exil (1792) avec son épouse Henriette. 

JJJ. — Le château de Serralongue 

Ce château, il faut le voir dans les ruines qui existent sur la 
rive gauche du ruisseau de Galdaras, sous le village de Serralongue. 
J'ai visité ces ruines, et j'ai constaté l'existence de murs très 
anciens. Dès lors, ce château peut bien remonter au xiv' siècle. 
La terrasse, construite en briques rouges, qui regarde l'ancien 
château de Cabrenç, est plus récente et a été ajoutée à la pre- 
mière bâtisse. Du côté du midi, la distance qui existait entre le 
sol et les fenêtres était assez élevée pour offrir une garantie con- 
tre toute attaque. Sur les autres points, on remarque une vaste 
cour et des plates-formes dont les murs extérieurs ont pu être 
démolis : les fondements apparaissent encore. Dans ces divers 
ouvrages, il est facile de reconnaître les restes d'une enceinte 
fortifiée. 11 y a encore l'emplacement d'une tour qui défendait 
l'entrée de ce manoir et l'emplacement de la chapelle. Un fer 
est encore fixé à l'angle d'un mur ou se trouve la terrasse : c'est 
le carcan, paraît-il. Ainsi, le criminel arrivait par un corridor 
qui a l'air d'un souterrain. Parvenu sur le bord, un bandeau sur 



- ,75- 

]es yeux, on lui passait la corde autour du cou ; il faisait un pas 
en avant et demeurait suspendu dans le vide, au-dessus d'un 
gouffre qui existe encore, à la vue des spectateurs assemblés sur 
le terrain d'en face servant de glacis. 

Le château de Serralongue est clairement mentionné dans un 
inventaire des biens de Joseph de Sorribes, commencé à Perpi- 
gnan le 20 décembre 1672 et continué à Serralongue le 23 jan- 
vier ibjS. On y trouve, dit Alart (1 ), parmi les biens immeubles: 
lo cas tell lloch y terme de Serrallonga de Cabretiys ab iota la jitris- 
.lictio civil y criminal y pertinencias de aquell. Certainement il s'agit 
ici de l'ancien château de Cabrenç ; mais ce manoir n'était pas 
habité depuis longtemps. L'inventaire du mobilier se rapporte 
uniquement au château construit sous le village de Serralongue : 
item lo caslell de ta baronia de Cabrenys y casa de aquell situai en lo 
terme de Serrallonga, ab son quinla y demes terras à dit castell conti- 
nuas, pou de glas, etc., dins laquai casa sa ka trobat, etc. L'inven- 
taire décrit le mobilier des diverses pièces de la dita casa, parmi 
. esquelles figurent la cuyna, la sala, cambres et terrades, lo pastador, 
la stable, lo celler et la capella dans laquelle se trouve un quadro 
del crucifixi ab sas gradas, una figura de JNostra Senyora de pedra 
marbra ab son fill al bras, ab coronetas de plaia cada una de ditas 
figuras, sis quadros, etc., Enfin, on trouve dans une pièce uns ceps 
per tenir los presoners... 

(^ suivre) Joseph Gibrat. 

1 I Alart, T^otices historiques, etc., 11* série, pp. 200, 201. 

Ay! vina rossinyol 

Nit de guarda, fusiJl al peu. Del dimoni seu fills ! Callcu, 
Per ait s'aixeca Niçaga lletja ! 

La grossa v esoantosa veu Y uue també s'acabi arreu 
D'una cabeca. La guerra iretja. 

Dins de i'ombraun aitrecrits'ou, Fes-nos ohir, bon rossiiiyoi, 
Qu'esquinxa l'ayre : Ta refilada, 

Lo crit, de bestia que fa pou, De !a pau, amb ton flaviol, 
Del xot guiscayre. Canta l'albada. 

[Tochs de guarra) Horace Chauvet. 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 



«^^^^ (SUITE) 



IDC. "Le régime du vin en J^oussiîton du xm' au xv' siècle. Ordonn/xnces et "Lettres 
patentes des rois d'Aragon et de Majorque ( i 2 53- 1 405 j. 

§ 1 . Le vin en T^oussillon 

Le Roussillon a toujours été le pays de la vigne, et, si les tex- 
tes anciens (]) ne nous ont laissé que de rares documents pouvant 
intéresser à ce sujet le pays, on peut affirmer néanmoins que par 
la constitution de son sol et principalement par la bienfaisante 
température de son climat tempéré, le Roussillon a toujours été 
un pays essentiellement viticole. 

Les chartes du moyen âge l'attestent hautement : les premiers 
documents qui mentionnent la vigne dans le pays datent du 
i5 avril loo] (a) et du 8 février 1006, au sujet de la donation 
d'une vigne à Mailloles, confrontrant de quatre côtés des 
vignes (3). La côte roussillonnaise, si pittoresque, de Banyuls, 
occupée jadis par de vastes massifs forestiers, avait été transfor- 
mée par la culture de la vigne qui a fini par envahir tous ces 
parages. Le 8 des ides de décembre iSjy, Bernard de Rebeda, 
donzelj, partant pour des contrées lointaines, nomme un procu- 
reur chargé de vendre « tout le vin qu'il possédait à Banyuls et 
dans son territoire ». 

Les vignobles étaient nombreux dans le pays. Un fait singulier, 
mais qui a été déjà constaté ailleurs, c'est que la vigne était cul- 
tivée au moyen âge dans certaines contrées où elle a disparu. « La 

f 1) Voir mon étude, La Vigne dans {'Jlntiquité. Edit. Privât, 1916. 

(2) Vente d'une vigne sise à Mailloles ; les confronts sont : d'un côté, le 
cimetière, des autres limites, des vignes. (B. 3.J 

\}) Ibidem, B. 4. 



— '77 — 
viticulture est abandonnée en Cerdagne, et l'opinion commune 
est que le raisin n'y parviendrait pas à maturité (>)». 

En 1273 et en i3o3, les documents relatent des concessions 
de wanses {1) cerdans pour lesquels le preneur payait une rede- 
vance en vin : « les tenanciers, dit le texte, devaient deux setiers 
de vin (3) ». A cette époque les emblavures occupaient une partie 
des territoires complantés aujourd'hui en vignes (4) ; il y avait des 
communes où l'on ne récoltait point de blé : en revanche, à Col- 
lioure, le Capbreu de mars i •293 ne signale presque exclusivement 
que des vignes : ce cas s'explique aisément par le mouvement 
commercial de cette ville. En effet, ailleurs, la difficulté des com- 
munications, les douanes intérieures entravaient singulièrement la 
culture intensive des terrains. 

Du xiv' au xv' siècle, beaucoup de terrains furent défrichés ; on 
abattit les forêts réservées aux chasses royales (devesa real), et l'on 
planta la vigne dans les terrains arides. Aux environs de Perpi- 
gnan, les jardiniers devenaient vignerons : le 5 mars i'iS-j, André 
de Fenouillet, vicomte de Canet, vendait à Pierre Vila, physic, 
ou médecin de Perpignan, un certain nombre de tenures sises au 
terroir de Caste! Roussillon, et sur lesquelles le dit Pierre Vila 
(ou ses prédécesseurs) percevait déjà l'usufruit des redevances (5). 
Presque toutes ces parcelles, d'après un acte vidimé, représentent 
des vignobles ; de plus, en parcourant le Capbreu, on constatera 
que la majeure partie de ces terrains était cultivée en vigne : il y 
avait 43 parcelles en vigne, 8 en champ, 6 en bois ou forêt, 5 en 
friche (rupta). La grande culture de la vigne se dessinait : le siècle 
suivant voyait s'entr'ouvrir une ère encore plus prospère pour le 
vignoble roussillonnais. 

(1 I J. Brutails, Elude sur la condition des popuLilions rurales en J^oussillon, 
chap. 1 : la Culiure. — Il n'existe plus que quelques treilles à Saillagouse, 
la Tour de Carol, qui produisent un vin très léger. 

(21 Le manse {mansala, mansada] représentait l'ensemble dune exploita- 
tion rurale. 

(3) « Duas sesteras vini ». 

(41 Argelès, Millas, Saint-Laurent-de-la-Salanque. Tautavel. etc. 

(5 ) Voir mon étude récente : La Seigneurie de Casiel T{oussillon, Vidimus 
1364, Capbreu 1359: Senyorias venudas per lo vescompte de Canet las 
quais son a Castell Rossello. Edit. Privât, Toulouse, 191 7. 



A la fin du xiv' siècle, les rares documents nous disent que la 
vigne avait pris un nouvei essor. Le donzell Bernard de Cor- 
biach, dernier rejeton d'une des plus anciennes familles nobiliai- 
res du Confient, léguait à son épouse dona Johanna, dans son tes- 
tament du 4 février 1376, quatre saumafas (charges) de vin pur el 
sencer, et à sa servante quatre saumafas de vin miger. 

Vers le milieu du xv' siècle, la vigne avait dû atteindre un 
développement fort important. J'ai signalé, dans une autre étude 
qui concerne Castell Rossello (j), les nombreux terrains plantés 
en vigne à cette époque : dans l'unique portion de terre groupée 
autour du hameau de Castel Roussillon, et qui était sous la directe 
du seigneur du château, le chevalier Guillaume de Perapertusa 
ou d'Ortaffa, il y avait une superficie de 23o hectares environ, 
qui, presque tous, étaient complantés en vignes (2). 

A cette époque, d'après les actes que j'ai transcrits, on peut 
affirmer que les coteaux (3) seuls étaient plantés, suivant l'adage 
du poète latin. On ne relève, en effet, dans le texte que les mots 
désignant des terrains arides ; grava, de arenali, coîiu, coma, al pug, 
cûsles, etc. ; les bonnes terres étaient cultivées en jardins : la 
salanca ; orla : on commençait à cette époque à défricher sérieu- 
sement les terres incultes, aujourd'hui si fertiles, les anciennes 
forêts, memora cirogriUorum (4), aujourd'hui nos luxuriantes Saian- 
ques. 

On avait donc planté les collines ou les terres arides à l'exclu- 
sion des terres fertiles destinées au blé, aux diverses céréales. 

Plus tard, au xvni" siècle, on donna trop d'extension aux vigno- 
bles au détriment des emblavures. « Sous l'empire de ces idées, 
dit M. Brutails (5), le roi défendit, le i5 juin jy3i, de planter 
de nouvelles vignes et de cultiver celles qui étaient abandonnées 

(i) Capbreu de Castell Rossello, 1453. Castell J{osseUo au Moyen Age, 
introduction, page xi. Edit. Privât 1916. 

(2) J'ai transcrit d'après le Capbreu et suivant les actes de 1451-1456, 
i3j reconnaissances faites par les divers tenanciers, presque toutes concer- 
nant des terres en vignes. 
^3) Viti/amat colles. 

(4) Voir mon étude Les moulins de Castell J^ossello. appendice, page 180. 

(5) J. Brutails, Ilotes sur l'économie rurale du J{ousstllon, 1889, chap. 11 : 
Extraits des fonds de l'Intendance du Roussillon. (Arch. départ. C. 1072. ) 



depuis deux ans, sauf permission royale qui devait être précédée 
d'une enquère et d'un rapport constatant que ie terrain était par- 
ticulièrement favorable à ce genre de cultures... » En décembre 
lyS], l'intendant proposait d'appliquer sévèrement les règlements 
en ce qui concernait les fonds fertiles, et d'encourager ia culture 
des vignes dans les terres d'ailleurs improductives... L'intendant 
sacrifiait les vignobles établis dans les terroirs gras et humides... 
Les vins que donnaient ces terrains étaient épais, faibles et se 
conservaient mal (i). L'intendant avait prescrit, en ijSS, d'arra- 
cher les vignes plantées sans son autorisation ; en ijSj, on détrui- 
sit les vignes rétablies iJlicitement dans de bonnes terres. 

A cette époque, l'élévation des droits d'exportation arrêta long- 
temps l'essor de la viticulture roussillonnaise. 

Mais libérée des entraves qui la resserraient, la vigne a con- 
quis les plus beaux territoires ; elle couvre aujourd'hui de sa luxu- 
riante frondaison la plus grande partie du Roussillon : on peut 
dire que notre département, après ceux de l'Hérault, de l'Aude 
et du Gard, est un des plus riches et des plus oroductifs de la 
France entière. 

Nous allons voir, dans des pièces authentiques, que le vin était 
déjà, au xiu' siècle, l'objet des règlements les plus équitables, de 
la part de l'administration consulaire En nous reportant à quel- 
ques siècles en arrière, nous constaterons avec quelle prévoyance 
les consuls avaient envisagé les difficultés qui pouvaient survenir, 
pour ie commerce, à la suite de la pénurie ou d'une trop grande 
récolte de vin en Roussillon. 



5 2. Ordonnances ef Lettres patentes 
de Jacques J^, roi de Majorque, er de Pierre IV, roi d'Jlragon 

Commençons par Collioure, renommé par ses trois ports (port 
d'amont, d'avali et Port-Vendres) et par les qualités supérieures 
de son cru. 

Le roi d'Aragon se trouvant à Perpignan le ignovembre \iSZ, 
« accordait aux habitants de Collioure un privilège, souvent 



Arch, départ., C. 1072. 



— i8o — 

renouvelé en faveur de diverses villes, et qui, d'après les idées 
économiques alors admises partout, devait favoriser la production 
locale en forçant la consommation des produits sur place et en 
interdisant rigoureusement l'importation des produits étran- 
gers (i))). 11 était interdit d'apporter à Collioure, par terre ou 
par mer, aucun vin étranger récolté ou fabriqué au dehors ; de 
le vendre ou de le garder, à moins qu'il n'ait été vendangé par 
un propriétaire de Collioure, en dehors de son territoire (2). 

11 était même défendu à tout marin de Collioure ou même à 
tout étranger qui aurait voulu charger du vin étranger sur son 
navire, d'en faire le chargement dans un des ports (lo port ho 
ports) de cette ville ni sur aucun lieu de son territoire. 

Les habitants de Collioure lésés demandèrent l'abrogation de 
cet édit. 

Les Corts Catalanes ne s'occupaient pas seulement des intérêts 
du roi, de l'Eglise et des barons; les villes royales y présentaient 
aussi leurs ariefs, et la ville de Collioure fit redresser aux Corts 
de Lérida le malencontreux privilège qu'elle avait sollicité et 
obtenu en i253. Quatre ans plus tard, tout en maintenant la 
défense de vendre du vin étranger dans la ville de Collioure, le 
roi (3) permettait aux habitants de charger du vin dans" ses ports 
pour l'exporter en quelque part que ce fût, comme aussi d'y 
apporter du vin étranger, mais seulement pour leur propre con- 
sommation « atorgam... que puschats franchament portar e fer 
portar vin a Cochliure de totes altres parts e lochs, a us solament 
vostre e de vostre companya, axi empero que '1 vin aqui en 
neguna manera no sia venut... (4) » 

Quelques années plus tard, dans l'intérêt du commerce et de 

(1 ) Ai.ART, Privilèges et titres, p. 206 : Aquest es lo priviletge de la fran- 
quesa del vi atorgada, de no entrar vin a Cochliure (traduction catalane faite 
en i36o). 

(2) Que alcuna persona estranya no puscha en Cochliure aportar mètre 
ne descarreguar per mar o per terra vin estrany... ( Arch. Com. de Col- 
lioure. Cart. Cat., P 2.) 

(3) Ordonnance du roi Jacques d'Aragon ( iiSy, nones de mai) daté de 
Lerida. (Traduction catalane de i36oi. 

(4) La traduction catalane de ce texte a été reproduite par Alart : Privi- 
lèges et coutumes. (Extrait des Arch. çomm. de Collioure.) 



— i8i - 

la commune, ces règlements étaient modifies. En 1299, Jacques 1", 
roi de Majorque, sur les instances des consuls et prud hommes 
de la ville de Perpignan, interdisait, par lettres patentes, à tout 
étranaer d'introduire, oar terre ou car mer, du vin sur le terri- 
toire du Roussillon, du Vallespir et du Confient, et de vendre 
également dans la ville de Perpignan et aux environs, dans un 
rayon limité par le Vernet, les villas de Malloles, de Bajoles, et 
la maison du Temple du mas de la Garrigue, du vin qui n'aurait 
pas été fabriqué dans la dite ville ; cependant il tolérait ia vente 
des raisins et de la vendange provenant des places fortes, villages 
et autres localités du Roussillon et du Vallespir (i). 

Mais ce régime avait été jugé trop sévère : aussi, un siècle plus 
tard environ, Pierre IV, roi d'Aragon, par lettres patentes (2), modi- 
fiait le régime de l'importation des vins étrangers en Roussillon. 

Le j" octobre iBjS, Bérenger de Cabestany, licencié ès-lois, 
délégué par les consuls et les prud'hommes de la ville de Perpi- 
gnan, déclarait que la pénurie de raisins, et, par suite, du vin, 
causait un grand préjudice aux habitants de Perpignan ; il recon- 
naissait que, dans l'occurence, il était nécessaire de modifier l'an- 
cien privilège de 1299 : Quod viniim quod milatur extmnetim in ier- 
ris Upssilionis, Vallespirii el Confluenlis ac in villa Perpiniani solvan- 
tur X soliJi pro qualibel saumaia. 

En effet, une nouvelle ordonnance autorisait tout étranger à 
importer en Roussillon du vin, à la condition de payer, pour 
l'introduction de ce vin, un droit de dix sous par charge (sauma- 
ra) ; de plus, il était permis, pendant les mois d'octobre et de 
novembre, a tout individu, d'expédier en toute franchise, et sans 
payer un droit quelconque, dès l'année même, du vin nouveau ou 
du moûr ; on pouvait également apporter dans ia ville les raisins 
et la vendange : ia moitié de cet impôt serait perçu par le Trésor 
et l'autre moitié par la commune (3) de Perpignan. 

I 1) Perpignan, 17 novembre 129g. Arch. comm. de Perpignan. AA. 5, 
livre vert mineur, f' Scf. Lettres patentes de Jacques I" (appendice, ^ xxn, 
'par. I ). 

( 2 ) Ibidem, P 253 v°, 254. Lettres patentes de Pierre IV, roi d'Aragon. Je 
reproduis à l'appendice le document en latin, in extenso xxn. par. 2 ). 

(3) Je dis commune (le texte porte universitas ) ; la charte de fondation de 
la commune date de i 197. 



— j82 — 

A cet effet, le 26 juillet 1374 (1), le roi Pierre IV nommait 
des gardes chargés, sur l'avis des consuls et des prohomens, d'exi- 
ger et de percevoir des droits et, au besoin, de poursuivre les 
délinquants : Los consols poden elegir e mètre gardes per gardar 
la pena et dret de) privilegi de la inhibitio del vi. 

Un mois plus tard, le 22 août 1374, le roi, par lettres paten- 
tes (2), et sur la demande des prohomens et des consuls, donnait 
le pouvoir à ceux-ci de suspendre, faire cesser et lever le privi- 
lège, d'imposer à nouveau le vin, faire les publications toutes 
les fois qu'ils le jugeront utile, nécessaire et opportun et d'au- 
toriser dans les mêmes conditions l'introduction du vin étranger 
quelle qu'en soit la provenance, ainsi que la vente dans la ville 
même. 

Le septembre i 387 (3), le roi Jean 1" confirmait le privilège 
concernant l'importation du vin, de la vendange ou du moût, et 
accordait aux consuls et aux prohomens le pouvoir d'empêcher, 
même pour les deux mois d'octobre et de novembre, toute im- 
portation de vin étranger, de vin nouveau ou moût et de vin 
vieux, s'il n'avait pas été récolté dans les terres du Roussillon. 
Les consuls avaient également le pouvoir de lever et de suspen- 
dre ces arrêts, ou de les mettre en vigueur suivant les circons- 
tances : en somme, ils pouvaient empêcher ou autoriser l'introduc- 
tion du vin dans le pays. 

Le 2 avril 1405, le roi Martin maintenait en vigueur les lettres 
patentes de Pierre IV, qui autorisaient les consuls de Perpignan 
à lever ou appliquer, selon les circonstances, les droits de l'en- 

(1 I Lettres patentes de Pierre IV, concernant la nomination des gardes 
charges de pet cevoir les droits exigés sur les vins importés en Roussillon. 
Voir appendice, xxri, par. 3. 

(2) Lettres patentes de Pierre IV, roi d'Aragon, concernant le pouvoir 
des consuls de Perpignan de modifier le régime de l'importation des vins. 
[Quod Ccnsuks ville Perpiniani possint tosciens quosciens eis videbitur pri- 
vilegium inhibitionis vini suspendere, cessare et totaliter levare, ac iterum 
Ipsum de novo imponere et publicare.J Barcelone, 22 août 1374. (Arch. 
comm. de Perpignan, AA. 3, livre vert mineur, f° 256.) Reproduit à l'appen- 
dice, § xxii, parag. 4. 

(3) Lettres patentes de Jean 1", roi d'Aragon, concernant l'entrée du vin 
et de la vendange à Perpignan, 9 septembre i3Sy. [Privilegi de la inhibicio 
del most o vi novelL] fJbiciem, f' 3oo v".j Voir appendice, § xxii, parag. 5. 



— i83 — 

trce des vins à Perpignan : en cas d'inobservation de ces regie- 
menrs, amende de deux mille florins d'or. 

Ces lettres sont datées de Barcelone (i) et confirment le dit 
privilège relatif aux droits sur les vins : « Confirmacio del privi- 
legi del vi que Is honrats consols e 1' conseil de, la vila de Per- 
pcnya o la major part daquells pusquen fer metrc vi dins la dita 
vila ab aquella intrada que 'Is parrâ ». 

On peut constater, par ces documents, que le régime du vin en 
Roussillon avait été de tout temps, et principalement au xiv' siè- 
cle, l'objet des règlements les plus sévères et les plus motivés. 
Un orivilège de i3ii faisait aux consuls une loi de réviser cha- 
que année les ordonnances (2), de réformer celles qui étaient 
défectueuses et inutiles et de les remplacer par des règlements 
plus sensés et appropriés aux circonstances. 

De même que les consuls avaient le droit de prohiber la sortie 
des grains et des farines de la ville de Perpignan, tant que la 
consommation de plusieurs mois n'était pas assurée (3), de même 
ces documents nous ont appris que les mêmes consuls pouvaient 
s'opposer à ce que le gouverneur autorisât l'exportation du vin 
hors du comté de Roussillon dans les temps de pénurie (4), ou 
défendît l'importation dans le cas contraire. 

Disons, en passant, que les débits de vins, la police des caba- 
rets (5) qui sont aujourd'hui l'objet d'une surveillance rigoureuse, 
avaient déjd donné lieu, à cette époque, à une infinité d'ordon- 
nances fondées sur de sages prévisions. 

Ainsi l'intérêt de la cité, comme celui de la propriété, avait créé 
des règlements dont plusieurs siècles attestent l'ancienneté et 

( i) Datum Barchinone, 2 avril 1405. Arch. corn, de Perpignan. AA. 3. 
livre vert mineur, f" 328-3:9. Reproduit à l'appendice. Voir § xxii, par. fa. 

(2 I Une ordonnance consulaire proclamait que les règlements faits par les 
hommes des difFérentes corporations ne seraient exécutoires qu'avec le con- 
sentement des consuls. 

(3) Arch. comm., livre vert majeur, f" 2i5. 

(4) Ces ordonnances avaient été édictées pour le transport du poisson hors 
des comtés du Roussillon. (Livre vert majeur, 225.) Conf. ordonnances 
relatives au Marché de la poissonnerie, pages i3, 27, 3i-35. 

( 5 I Livre vert majeur, 1 3 1 . 



— 184 — 

que son utilité a conservés dans ses principes jusqu'aux derniers 
temps où ont été édictées les différentes lois actuelles concernant 
la circulation, la vente et la consommation du vin, lois souvent 
passionnément discutées, prorogées ou modifiées suivant les événe- 
ments et les circonstances qui les entourent. 

(A suivre) Henry Aragon. 

L'abella d'or 



f 



L'abella brunz, que '1 Maig desclou les roses 
y torna '1 temps de fullejar Virgili ; 
un gran amor encen totes les coses, 
hi hà en cada sér la forsa d'un idili. 

L'abella té fet un desitx de flayre, 
desitx d'adoraciô, desitx de vida, 
per x6 vaga pels camps tan rondinayre 
fins que troba '1 repos d'una florida. 

Que després quan el fret truqui a la porta, 
oh 1 quin esglay ! l'abella caurà morta 
dexantnos un trésor de cera y mel. 

La mel tota perfums per l'estimada : 
la cera no ! té un avre de sagrada : 
que 's fongui espurnejant cami del cel ! 

joan-Maria Guasch, 
Mestre en Gay Saber. 




'\'W^ 



Quelques noms de piaules ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

^e^Si?-- (SUITE) 



iva, ivefte. — mirambell, herba flatera. 
ivreta. — voir aladern. 



jaSSenii, jasmin. — gessami, Hassemi, englantina. 

» de borro. — voir vidiella. 

jonc, jonc. — aldisia. 
jonsa (et junsa), souchet. — castanyola. 
jOnCOSa, aphyllante. 

jordô, framboise. — gers, mora de sant Johan. 
julivert, persil. — givert. 
juli, ivraie. — margall, zizania. 
jUSbarba. — voir bruc 
jUVCnal, bouillon blanc, moléne. — blenera-candelera, candelera. 

L 

lilà, nias. 

llaCSÔ (et lieCSÔ). — voir Uetissô. 
» d'ase. — voir masteguera. 
lladern. — voir aladern. 
lladoner, micocoulier. 
llampadona. — voir llentiscle. 
llamponi (et llampudul). — voir ebutiscla. 
Uengua de bou, buglosse. — buglosa. — (et aussi patience.) 

» de Cà, cynoglosse. 

)■> de Cervo, scolopendre. — herba melsera, herba de la melsa. 

» de llebra, vipérine. — alcansa. 

» de vaca, consoude. — consolda, herba puntera. 

» rodona- — voir adzari. 
ilentia, lentille. — nantilla. 



— i86 — 

Hentiscle (et Uentrisca), knlisque, téréhinlhe. — mata, mata de 

cabrit, festuc, cornicabra, Uampadona. (Voir aussi Ditja.) 
llensana, gentiane. — gensana. 

lleparassa (et llepassa, UepaSSera), bardane. — repalassa, gafets. 
lleSSami. — voir jassemi. 

lietisSÔ (et lletsô), laiteron. — llacsé, llecsô, herba lletera, lleterola. 
lletresa (et lletatresa), euphorbe. — caga-moixa, caVmuixa, croca, 

mal d'ulls, tarrec. 
UetUga, laitue. — enciam. 
Ili, lin. 

IIiga=bOSC. — voir mareselva. 
Ilimoner, citronnier. 
IlipOter. — voir arbosser. 

lliri blanc (et llir), Us- — lliri de sant Antoni, grexo). 
» blau, iris. — bruyol. 

» de blat, glaïeul des moissons. — conte) 1 vermeil. 
» groc, iris faux acore. — ribaner, contell grec. 
» morat (et lliri de boSC), Us martagon. — marcoris, marcolic. 
llistô, brachypode. 
Uitja, genêt-leniisque. 
Ilorer, laurier. 

)) bort, laurier-lin, viorne. — marfu'll. 

» real, laurier cerise. — ilaurer-cirerer. 

» rOSa, laurier-rose. — baladre. 
llovins, lupin. — llubins, llohissos, lluhissos, tramussos. 
llufa, lycoperdon. — pet de Hop. 
lluhisSOS (et llohissos). — voir llovins. 
llums. — voir caps blaus. 
Uupol (et lupol). — voir vidaula. {^ suivre) 

'^J^ ^^^,?r'4in. ^<r:^4êin =»>rSr7V«« '^rjr'étn. '=^J?*éèn '^^is^éên. '=^rSr'étn 

ECHOS 

Association Régionaliste du Languedoc Méditerranéen 

Les nécessités de l'organisation régionale, reconnues presque 
officiellement aujourd'hui, ont amené la création dans notre con- 



- .8; - 

trée de l'Association Régionale du Languedoc Méditerranéen, 
englobant dans son action les départements du Gard, de l'Hérault, 
de l'Aude, des Pyrénées-Orientales, de la Lozère et de i'Avevron. 
Notre ex-secrétaire général et précieux collaborateur de tous 
les instants, M. Jean Amade et nos confrères Carcassonne de 
la Société d'Etudes Catalanes, et Mengel ont été nommés mem- 
bres du Conseil d'administration provisoire, pour le Roussillon. 

Une visite à la maison du Maréchal Jofre 

Une délégation de hautes personnalités Sud-Américaines est 
venue visiter, il y a quelques jours, la maison natale de notre illus- 
tre compatriote. Elle s'est ensuite rendue à Vernet-les-Bains où 
une imposante manifestation artistique était organisée avec le con- 
cours de nos meilleurs artistes roussillonnais, les sœurs Comès, 
MM. Charpentier, D. de Sévérac, etc. 

Un lunch a été offert a nos hôtes estimés, à l'abbaye de Saint- 
Martin du Canigou, par Mgr de Carsalade du Pont, évèque de 
Perpignan. 

La T^evue Catalane était représentée par P. Francis qui a lu un 
poème de bienvenue. 

Une distinction méritée 

Le Gouvernement vient de décerner à M. l'abbé Caseponce, 
de la Société d'Etudes Catalanes, notre collaborateur de la pre- 
mière heure, la médaille de la Reconnaissance Nationale pour sa 
propagande en faveur de la France et la brillante part qu'il prit 
à l'organisation de la manifestation francophile des intellectuels 
Catalans, les i 3 et 14 février 1916, à Perpignan. 

la Renaissance Catalane ^ le Régionalisme 

Nous devons louer sans réserve notre jeune confrère La "Renais- 
sance Catalane, que dirige l'ami Albert Janicot, pour sa belle cam- 
pagne régionaliste, à laquelle nous nous associons de tout cœur. 

L'idée régionaliste à laquelle nous avons toujours été fidèles 
est plus que jamais à l'ordre du jour et la T{evue Catalane ne man- 
quera pas de s'intéresser à toutes les initiatives qui voudront par- 
ticiper à cette œuvre de rénovation patriotique. 



— i88 — 
Notable invent d'un català : La cinta fonogràfica 

El distingit redactor de! diari £/ "Pla de Bages, de Manresa, ha 
inventât un medi de suplir els discos fonogràfichs amb cintes de 
gran flexibilitat y de llargaria indefinida, de tal manera que se 
podrà reproduit tota una ôpera, tota una conferencia per llargues 
que siguîn. 

Si l'invent es verdaderament pratich, com s'ha de creure, 
donarà un impuis sens igual a la ciencia de reproducciô dels sons, 
y als estudis fonètichs. 

LIVRES ^ REVUES 

L'Instant (12, rue Boucicaut, Paris) 

Cette intrépide revue franco-catalane, au programme nettement 
francophile, obtient le plus grand succès dans les milieux littérai- 
res où elle représente la nouvelle école artistique catalafte. 

Son directeur, M. Perez-Jorba, a su grouper un noyau de col- 
laborateurs qui donnent à son organe un cachet nouveau siècle, 
plein d'originalité. 

Sommaire du n° 1 : Un grand artiste catalan : J.-M. Sert, par Litus. 

— Photographie, par G. Apollinaire. — - Descente, P. Reverdy. — La 
Mortalia, J. Capdevila Rovira. — Elegia de Guerra, M. Giral d'Arquer. 

— Passeig, R. Tobella. — Les figues seques, Caries Grando. — Horizon, 
Philippe Souppault. — Avant le jour, G. Gabory. — Expositions. — Les 
Livres, J. Perez-Jorba. — Revues et Journaux. 

Messidor 

Le n° 10 de l'intéressante revue « Messidor » contient le sommaire suivant : 
Las razones de la guerra, per Paul M. TurulJ. — « Thee Free Religious 
Movement », per Walter Walsh. — The Making of the future ^Lz Cons- 
trucciô de l'avenir j, per Patrick Geddes. — Respostes a l'enquesta de « Mes- 
sidor » : del Sr Frédéric Rahola, senador ; d'En Salvador Albert, diputat a 
Corts per La Bisbal ; de M. Paul Otlet, Secrétaire général de l'Union des 
associations internationales de Bruxelles, publiciste célèbre, apôtre de J'in- 
ternationalisme, i de M. Joseph Rivière, directeur de « Soi-Même » de Paris. 

— La Obra Cervantina y Barcelona, per Baldomero Villegas. — Teixeira 
de Pascoaes, per T. — Vers el Teatre Futurista, per Onofre Parés. — 
Poesia catalana nunista, i Poemas de la Guerra, de J. Perez-Jorba. — Poe- 
sia Armenia, per Hrand Nazariantz. — Cronica international. — Crônica 
régional. — Bibliografia. 

Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, ru« de )a Poste, Perpignan 



i 



12- Année. N' 143 15 Septembre 1918 

Les Manuscrits non insérés 
ne son; pas rendue. 



REVUE 



Les Articles oarus aans ia Revus M^ ^k ^^^ J^ T J^ f ^| ^^ 

n'engagent que leurs auteurs. ^o^A Wk Jl A WkMt^A AÂ^Ai^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

PASTORAL 

A l'hora dcl sol Cara y pit aval) 
quan brunzen les mosques, la suhor li brolla, 

quan los cigalots li sagnen els peus 

la bosquina axordcn, punxats de gatoses. 

y al cor del ubach Ab els ulls mig cluchs 

les cabres reposen, guayta a la rodona, 

badalla '1 pastor burineja un cant 

a l'ombra d'un roure. sens obrir la boca. 

Y '1 soi fa son curs 
tôt filant les hores, 
y '1 pastor s'adorm 
sens pena ni joya 
sens may sospitar 
que '1 mon dongui voltes 
y que, mentrestant, 
l'envegin tants homes, 
tants homes môlt richs, 
môlt sàbis, môlt nobles ! 

Apeles Mestres- 

(i) Del nou llibre Tardantes, lluslraciô Caiaîana, 1918. 



La seigneurie ^ h paroisse de Serralongue 

'^r^^Xî {SUITE) 

Le château de Serralongue était distinct du château de Cabrenç. 
Divers documents le prouvent. 

Dans la liste des personnes qui se confessèrent et commu- 
nièrent en 1 597 figure la S" Dona Leonor de Rocaberti de 
Peguera. Le 22 mai 1608, l'illustrissima S'' Dona Eularia de 
Peguera est marraine d'une fille de Jean Llensa. Où habitaient 
ces nobles dames ? Evidemment elles ne résidaient pas au vieux 
château de Cabrenç, mais dans le château de Serralongue. 

En 1601, on dressa une liste des maisons qui composaient la 
commune de Serralongrue et de Lamanère dans la baronnie de 
Cabrenç. Elle comprenait 94 maisons ()) au nombre desquelles le 
château de Serralongue est désigné en ces termes : « los qu'eslan 
al caslell ». 

( I j 1 , La Pomareda ; 2, Audet Sêpena ; 3, Joan de al Subida ab la farga ; 
4, la Borbôa ; 5, Clemês Laborboa ; 6, Francès ; y, Jaumet ; 8, joan la 
Suissa ; 9," Bartès ; 10, los Francinats ; 1 i, Labartia ; 12, Rafel ; i3, Ber- 
nât ; 14, lo Magria ; i5, Audet Bernât ; 16, Domège de! grau ; 17, Jaume 
Cavali ; 18, Joan Cercles; 19, Bernât Destrompas; 20, Joan Laporta ; 21, 
Jordi Basso ; 22, la Pellissona ; 23, lo Morer ; 24, Pera Bo ; 25, Pierros 
la filia ; 26, Ramonet ; 27, Joan del Vert; 28, Peroy Sêpena; 29, Joan 
Boseta ; 3o, Joan Ramo ; 3 1 , /ox qu'eslan aï castell ; 32, Amadeu y son esta- 
dant ; 33, Baptiste ; 34, lo Branxat ; 35, Roquisern ; 36, Minorra ; 37,10s 
Cortals ; 38, Cantallops ; 39, Fornells ; 40, Faix; 41, Jaume Fort; 42, 
Thomas ; 43, Joanot Garriga ; 44, Lo Joan ; 45, lo majorai ; 46, Gabriel 
Faix ; 47, Joanot Faix ; 48, Toni Corriu ; 49, Joan Torrent ; 5o, Lo Ruf- 
fat ; 5i, la Banega ; 52, Joanot Glusa ; 53, Jaume Galibern ; 54, la Vegera ; 
55, Joan Gara ; 56, lo Colomer ; 57, Joan Besagria ; 58, los Texidors ; 59, 
Arnau Front ; 60, joan Antoni ; 61, Entorex ; 62, mestra Pera Gâr ; 63, 
en Viia ; 64, Peyo ; 65, Marty ; 66, Uget ; 67, Joan Petit; 68, Marc, ; 
69, lo Senador ; 70, la llobera, 7 1 , la pobilla ; 72, monrenal ; 73, Magda- 
lena Masardo ; 74, jaoumet Llensa ; 75, Jaume Masardo ; 76, Bernât 
Colomé ; 77, Ambrosi ; 78, Joan de Lobet ; 79, Arnau Llobera ; 80, Jau- 

-, me Llobera ; 8j, Guillamo ; 82, lo màs de la Serra ; 83, cap de Cabana ; 

84, al Pux ; 85, al Colomé; 86, las Furcas ; 87, lo pla del Bux ; 88, casa 

^ de vila ; 89, Galderic Sola ; 90, cal Roig ; 91, la verduce ; 92, lo mosoUer ; 

**' 93, la Gascoà ; 94, Miquel Bo. — En comptant cinq personnes par maison, 

on arrive, pour Serralongue et Lamanère, à un total de 470 habitants. 



— J91 — 

La pièce suivante est plus explicite : « Yui ah 7 de janer 1640, 
jo Trancesch Llavor, capella del casiell de Serrallonga, confés aver 
rebut de vos Gabriel Poch 4 sous, losijuals feu per una pessa de lerra 
possehiu sobra la-farga de Gaîdaras ». 

Voici un document où la distinction entre le château de 
Cabrenç et le château de Serralongue est clairement affirmée : 
« Le 17 du mois d'août, au château de Serralongue, diocèse 
d'Elne... Le noble Don François Ros et de Ros, domicilié à 
Perpignan, usufruitier des biens dotaux de la noble Dame dona 
Josèphe Ros et de Sorribes, son épouse, et, comme tel, seigneur 
et baron de Cabrefiys dont le présent comté de Roussillon et, en 
ce nom, seigneur du château du lieu et terme de Serralonga dio- 
cèse d'Elne... » 

(-^ suivre) Joseph Gibrat. 



Les deux Marnes 

Sous ce titre, la revue he Feu ,] , consacre un très beau numéro 
aux deux grands maréchaux de France, fils illustres du Midi, au 
Maréchal J offre et au Maréchal Foch. 

Après un magnifique poème de Charles Maurras, on y remar- 
que une intéressante page de notre brillant collaborateur, Emile 
Ripert, évoquant une belle strophe du poète Francis, un poème 
de grande allure, bien martelé, d'un rythme puissant (2), dédié 
au Maréchal JofiFre, du poète roussillonnais Charles Grando, 
Secrétaire Général de la Société d'Etudes Catalanes, et un 
émouvant poème en l'honneur du Maréchal Foch, de la poétesse 
pyrénéenne Philadeiphe de Gerde, que d'admirables œuvres ont 
rendue justement célèbre. Il était logique que JofiFre le catalan 
fut célébré en langue catalane et Foch, du pays de Bigorre, en 
parler bigourdan. 

Nous donnons ci-après, avec la traduction française en regard, 
les deux derniers poèmes qui ne manqueront pas d'intéresser 
vivement nos lecteurs et tous les amateurs de littérature méri- 
dionale : 

(1) En vente à la librairie Cornet, rue de la Poste. 

[2] Bon cop de falç, extrait du Clam T{oig, imp. Catalane, J. Cornet, 
édit., Perpignan. 



ial 



Al Mariscal Jo|]re 

] 

Quina polsaguera 

Munta dels camins ! 

l Qu'es l'hora de batre ? 
El blat ja rosseja, mes es pas a l'era. 
j Serien los nûvols anunciant la sega, 

La sega y la brega, 

La sega y la mort ? 

Alerta, fadrins ! 
Es la sega roja y se caldrà batre. 

Alerta, fadrins ! 

Son los Sarrahins ! 

Bon cop de falç ! 
Dalleu, dalleii fort, 
Mana el Comte Jofre, 
Jofre lo Pilôs 
Y no feu ni un, ni dos, 
Segadôs, 
Enllestiu-v6s ! 
Bon cop de falç ! 
Dalleu ferm y a cops iguals 
Fins tant que no'n resti pus ! 

l Coneixiu bé Catalunya, 
Gent que n voleu malparlà ? 
Fou l'un dels seus fiUs qu'un jorn vos salvà 
D'eterna vergonya. 
Fou un Català ! 

)] 

Quina fumatera 

Munta dels camins ! 

l Que 's fan fochs alegres ? 
Els fochs porten joya me' hem passât Sant Père. 
l Serien leg fiâmes anunciant la sega, 

La sega y la brega, 

La sega y la mort ? 

Alerta, fadrins ! 
Es vostre torn, ara, de dalla 'Is blats nègres ! 

Alerta, fadrins ! 

Son los assessins ! 

Bon cop de falç ! 
Dalleu, dalleu fort, 
Mana Nostre joffre, 
Pelut gloriôs. 



M 



I 

l 



i 



- .93 - 

Au Maréchal J offre 

1 

Quelle traînée de poussière 

S'élève des chemins î 

L'heure du battage est-elle venue ? 
Le blé se dore déjà mais il n'est pas a l'aire. 
Seraient-ce les nuages annonçant la moisson, 

La moisson et la lutte, 

La moisson de mort 1 

Aux armes, jeunes gens ! 
Voici la moisson rouge et il faudra se battre, 

Aux armes, jeunes gens ! 

Ce sont les Sarrasins ! 

Bonne faucillée ! 
Fauchez, fauchez dur. 
Commande !e Comte Jofre, 
Jofre le Poilu, 
Et n'hésitez pas, 
Moissonneurs, 
Hâtez-vous ! 
Bonne faucillée ! 
Fauchez ferme et uniformément 
Jusqu'à ce que rien ne reste ! 

Connaissez-vous bien la Catalogne, 
Médisants ? 
Ce fut l'un de ses enfants qui vous sauva un jour 
D'une honte éternelle, 
Ce fut un Catalan ! 



Il 

Quelle traînée de fumée 
S'élève des chemins î 
Fait-on ies feux de joie ? 
Les feux portentl'allégressemaisla Saint-Pierre est passée. 

Seraient-ce les flammes annonçant la moisson, 

La moisson et la lutte, 

La moisson de mort ? 

Aux armes, jeunes gens ! 
C'est votre tour, maintenant, de faucher les blés noirs. 
■ Aux armes, jeunes gens ! 

Ce sont les assassins ! 

Bonne faucillée I 
Fauchez, fauchez dur. 
Commande notre Joffre, 
Poilu glorieux. 



— 194 — 

Y no feu ni un, ni dos, 
Segadôs 
Enllestiu-v6s ! 
Bon cop de falç, 
Dalleu ferm y a cops iguals, 
Fins tant que no 'n resti pus ! 

l Coneixiu bé Catalunya, 
Gent que 'n voleu malparlâ ? 
Fou l'un dels seus fills qu'ahir vos salvà 
D'eterna vergonya, 
Fou un Català ! 

Caries Grandô. 

At Manescau Foch 

Aqueste cop qu'ei ra bictôrio ! 
Salut, o blancos Piréneus ! 
È tu, n\oureto de ras néus, 
Bigorro ! à tu, salut e glôrio ! 
Que sien era Pats e na Luts 
Eds adroumits de dabat terro 
Que ra Batalho s'a bouluts... 
E maladits sien eds gouluts 
Que hén escloie aquesto guerro ! 

Mes. ouelh per ouelh, hèrro per herro ! 

Que Diu preste aido at Bigourda 

Qui seno ed orde aciu dehoro ! 

Despuch que souno ra Biahoro, 

Beiat coumo ra Raço da : 

Pas u replec e pas u nàni ! 

Adiu « Nach Paris » e a Hoch 1 Hoch ! » 

E bibo ra bielho Aquitàni ! 

Pusque Foch ed gran Capitàni 

Ei de Bigorro ! — u beroi loc, 

Ed n\es bèt ded empèri d'Oc ! 

Benedicious à qui coumando ! 

Anem, Gascous ! ed crid qui eau:- 

Glôrio e salut at Manescau 

Qui pousso r'armado alemando 

Per delà ra Marno, à delant !... 

« Houi 1 Houi ! se dits... Houi, biste, biste ! » 

E Rosali que-s bouto en blanc... 

E-d troupèt lèu, en gourriulant, 

S'en tourno, espabentat e triste ! 

Grand Manescau, que Diu b'assistc ! 

Filadelfo de Yerdo 



— 195 — 

Et n'hésitez pas, 

Moissonneurs, 

Hâtez-vous ! 

Bonne faucillëe ! 

Fauchez ferme et uniformément 

Jusqu'à ce que rien ne reste ! 

Connaissez-vous bien la Catalogne, 
Médisants ? 
Ce fut l'un de ses enfants qui hier vous sauva 
D'une honte éternelle, 
Ce fut un Catalan ! 



Au Maréchal Foch 

Cette fois-ci, c'est la victoire ! — Salut, ô blanches Pyrénées! — Et toi, 
la brune enfant des neiges, — Bigorre ! à toi salut et gloire ! — Qu'ils aient 
la Paix et la lumière — ceux que la Bataille a couchés sur le champ... — 
Et maudits soient les cupides — qui déchaînèrent cette guerre ! 

Mais, œil pour œil et dent pour dent ! 

Que Dieu prête aide au Bigourdan — qui, là-bas, dicte la manœuvre ! — 
Depuis qu'il mène le branle, — voyez comme la Race donne ! — Pas un 
repli, pas un échec! — Adieu a Nach Paris » et « Hoch ! Hoch ! » — Et 
vive la vieille Aquitaine ! — Puisque Foch le grand Capitaine — est de 
Bigorre ! un beau pays, 

Le plus beau de l'empire d'Oc ! 

Bénédiction au Chef des chefs ! — Allons, Gascons [ le cri qu'il faut : — 
Gloire et salut au Maréchal — qui poursuit l'armée allemande — par delà 
la Marne, au galop!... — « Fuis, fuis, dit-il... fuis, vite, vite! » — Et 
Rosalie se met en blanc... — Et l'horrible troupeau, hurlant, — s'enfuit 
morne et désemparé ! 

Grand Maréchal, que Dieu vous assiste ! 

Philadelphe de Gerde. 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

4**^^is* (SUITE) 

%, Droit de rèvc et de haut passage. Ordonnances relatives à ta franchise 
des marchandises importées à Perpignan ou exportées du T^oussillon ( i " juillet 
1284). 

Ces documents sont relatifs aux différents droits de rêva ou im- 
pôts perçus sur les marchandises, à la franchise de certains objets 
exportés du royaume et à la défense faite par le Roi d'exporter 
certaines marchandises hors des Etats d'Aragon (1). Bien que le 
premier document ait été déjà publié (2) dans une étude devenue 
aujourd'hui fort rare, je le trancris à nouveau, en donnnant des 
notes explicatives sur les principaux produits soumis au droit de 
rêva. De plus, ce document est fort intéressant pour la linguisti- 
que : on remarquera les terminaisons en atz, itz, otz (3), termi- 
naison qui a presque disparu à partir du xiu' siècle. 

En substance, toute marchandise payait un droit fixé par une 
ordonnance. De plus, tout objet déposé dans l'hôtel [en hostal), 
même s'il n'était pas vendu, était assujetti à un droit de rêva tou- 
tefois moins élevé (deu pagar miga rêva). L'hôte (hosle), ou pro- 
priétaire de la boutique où étaient déposés les ballots, devait 
héberger, nourrir le commerçant et l'aider à vendre tous ces 
objets (l'hoste deu donar lit e foc e lum e salsa a 1 menjar). 

(i) Je transcris plus loin des documents du 12 août 1378 et du 7 jan- 
vier 1408, relatifs à ces droits. 

(2) Alart, Tarif du droit de rêva : "Documents sur la langue catalane. 

(3) Dès la fin du xui' siècle, la mutation était devenu? générale dans la 
langue catalane, comme dans la langue écrite ; mais celle-ci conserva encore 
des traces des anciennes formes, atz, otz, itz, au lieu de au, jeu, iu. 

Voici les mots que l'on rencontre dans ce document, avec ces formes par- 
ticulières : notz, totz, adobatz, scodatz, tapitz, cendatz, reforsatz, camelotz, 
aquetz, vernigatz, bortz, listatz, etc. 

Dans l'ordonnance du roi Sanche, du 23 septembre 1 323, on retrouve les 
terminaisons en atz, etz, enfantz, discretz, etc. 



.■ 1 



— 197 — 

Ce document est fort intéressant pour faire apprécier l'activité 
et l'importance du commerce de la place de Perpignan, au xm' siè- 
cle, malgré l'insécurité des routes pour les personnes, malgré 
d les barrières, les bureaux de perceptions de droits infinis {les 
volos) qui se dressaient de toutes parts pour rançonner les mar- 
chandises qui allaient au marché ou qui en venaient (i) ». 

Ce qui peut nous intéresser particulièrement à Perpignan, c'est 
la prospérité, à cette époque, du commerce des draps, dont la 
renommée s'étendait chaque jour. Les droits de rêva nous rensei- 
gnent fort utilement à ce sujet. 

D'après certains documents, les Perpignanais commençaient 
leurs premiers essais de draperie : il existait des ouvroirs impor- 
tants (2). Le nom de Perpignan, par ces produits dont la marque 
« Perpenya » était exigée sur tous les draps, était répandu, dit 
M. Vidal, « jusqu'en Italie et aux Echelles du Levant. Les com- 
tes avaient favorisé ce développement en dispensant de la dîme 
les plantes tinctoriales, safran, pastel, etc., que l'on cultiva un 
peu plus tard, jusque sous les murailles de la ville (3) ». Les rela- 
tions commerciales étaient étendues dans toute l'Afrique du Nord : 
après d'heureux traités et d'habiles conventions, les navires por- 
tèrent « les produits de l'industrie roussiîlonnaise à Byzance, Jaffa, 
Beyrouth, Alep, Damas, d'où les caravanes d'Asie les font péné- 
f trcr jusqu'au centre de l'ancien monde. Le Sultan de Babylone 
les accueille en Egypte. Les bazars d'Orient sont pleins d'étoffes 
fabriquées ou « parées » à Perpignan (4). 

Les nombreuses manufactures de drap qui existaient à Perpi- 
gnan au xn' siècle disparurent peu à peu à la suite des guerres 
incessantes qui désolèrent le pays. En i33i, le nombre de ces 
manufactures avait tellement diminué que les tisseurs de drap 
fixés au Puis sollicitèrent des consuls l'autorisation de s'établir 
dans la ville : Le bon métier de fabricants de draps étant très dimi- 
nué, disent-ils dans leur requête au roi, si les ateliers étaient 

(1) Pierre Vidal, Perpignan, 1898, p. j5. 

{2) Operaioria draperia, livre vert mineur, f° 184 v". On fabriquait égale- 
ment au xiii' siècle des gants en peau de chevreau : c'est dans la ru; de la 
ganleria que l'on fabriquait ces produits de l'industrie locale. 

^3) P. 'Vidal, op. cil., v, p. 2. 

(4j P. Vidal, op. cit., vu, p. 7. 



— 198 — 

transportés au centre de la ville, cette industrie pourrait reprendre 
un nouveau degré d'activité. « L'avis, dit Henry (1), ne fut pas 
favorable au déplacement. » 

Perpignan, aux xiu" et xiv' siècles, fabriquait des draps, non seu- 
lement pour suffire à ses besoins, mais encore pour les exporter : 
de plus ils étaient soumis à une préparation particulière par les 
parayres ou apprêteurs de drap, qui préparaient même les draps 
venus de l'étranger. Ce commerce avait été l'objet de plusieurs 
ordonnances de la part des consuls. 

Non seulement les consuls, pour le bon renom des produits per- 
pignanais, avaient imposé des statuts concernant chaque corpora- 
tion, mais ils avaient réglementé leurs associations et étendu leur 
contrôle sur la qualité des objets fabriqués : tous les draps rece- 
vaient la marque de fabrique qui était imprimée sur la pièce elle- 
même : Perpinya. 

Cette industrie prospéra en Roussillon, jusqu'au milieu du 
xvin' siècle (2). A cette époque, le roi, à la requête des consuls et 
des habitants de Perpignan, les avait autorisés à établir dans la 
ville « une foire franche (3) de tous droits de leude, péage et autres 
droits locaux : cette foire avait été établie pour la vente et le 
commerce des draperies et autres étoffes fabriquées dans les 
manufactures de la province de Roussillon ». 

Le tarif du droit de rêva ou de courtage de j 284 nous fournit 
quelques lumières sur le trafic des matières premières concernant 
cette industrie, et sur le mérite respectif des draps étrangers. 

Tarif du droit de rêva, établi à Perpignan par Jacques 1", roi 
de Majorque, et payable sur les marchandises vendues ou ache- 
tées aux « hôtes » ou propriétaires des maisons ou boutiques, où 
elles sont remisées. 

I" juillet 1284 

En nom de Deu, coneguda causa sia à totz que 1' senyor En 
Jacme, per la gracia de Deu Rey de Malorcha a aordonat e 

(1) Henry, "Hist. de f^oussillon, livre m, chap. i. 

(2) 11 est regrettable de constater que cette industrie a complètement dis- 
paru du Roussillon. 

(3) Le ao mars 1759, institution de la foire franche. (Cf. Vidal, op. cit., 
ck. XIX, p. 4.) 



— 199 — 
establit en la vila de Perpenya que d'acsi enant totz temps sia 
donada reva(i) en la dita vila. En axi co (2) dejos se contendrâ. 
E que cascun mercader e autre hom de tôt so que comprarâ ni 
vendra, que pac la dita rêva à son hoste (3). 

Feyt fo aiso le primer dia de juliol, en l'ayn que hom com- 
tava M.CC.LXXXIUI. 

Pessa de drap de Txalon (4). ini diners. 

Pessa de drap de Ras (5). 1111 diners. 

Drap de Paris e de Sent Danis. nii diners. 

Biffes (6) e pers (7) de Pruis (8). ini diners. 

Drap de Cambray (9) e de Doay (10). jin diners. 
Drap de Gan (j 1). 
Drap d'ipre, de color. 
Drap de Sant Tomer. 

Blanc de sort () 2). vnii diners. 

Blanc de li camusha(i3). ini diners. 

( I ) Rêva : <r Vectigaî, quod pro mercibus ex regionibus exleris allatis pendi- 
iur : Vulgo. Oroit dc rèvc et de haut passage. » (Du Cange, Glossarium.) 

(2) Sic. 

(3 ) Hoste : « Hostalarius. Qui mercatoribus extraneis domos vel apolhecat 
local. » — « Hosttlagium, Prctium seu salarium. quod exsolvunt mercalores 
extranei pro locario domorum. seu apothecarum, in quibus reponunf merces suas 
vendendas et distrahendas in nundinis publtcis. » (Du Cange, Glossarium.) 

(4) Exalon, Xalons, Eyxalon, Xalo : Chàlons. 

(5) Roax ( I 295 ) : Arras. 

\6t « Bi/fa, Panni species, noslris etiam Bife et Bi/fc. » (Du Cange, Gloss., 
qui cite entre autres exemples Les biffes royes de Prouvins, xii den, w) 

(7) « Persus, Color, ad caeiuleum, vel ad floris persicae mali colorem acce- 
dens, Gallis Pers, Italis Perso.. Inlerdum et pro panno hujusce coloris accipitur. 
Slatuta pro villa de Commercy. Mss. p. 18 : Ceux dudit mestier qui feront 
Pers, brunettes, verdz et manbres marchands soient urdiz en xvi filz, qui 
soient à trois piedz sur le moins », etc. 

(8) Prois, Pruis, Prouins, Prohis (1284-1307;: Provins. 

(9) Cambraix. 

(lO; Douay, Doaix, Doay. 

(11) Gant : Gand. 

(12) Le drap blanc de sort désigne une qualité de drap non décati. Cf. 
Alart, Documents sur la langue catalane, p. 78. 

(i3j Camuça ; castillan, gamuza > chamois. 



— 200 — 

Pressée vermeyl. 
Escarlata. 

Estamfort (i) "^^ grana. xii diners. 
Tôt drap d'Anglaterra, ab que no sia tint en grana(2). vi diners. 

Cubertes d'ipre, doas per i drap. vi diners. 

Vayr d'ipre. un diners. 

Raiet (3) de Pruix. ini diners. 

Drap de Bruydes (4). iiii diners. 

Drap d'Albenton (5). nn diners. 
Breument tôt drap qui s' vena de c sol en sus paga. un diners. 

Valenxinas. m diners. 

Drap d'Uy(6). 111 diners. 

Drap de Bel-Vays (7). m diners. 

Drap Lombardesh. m diners. 

Blanch de Narbona. m mesales. 

Drap de Montoliu. 11 diners. 

Drap d'Avinyo (8). m n\esales. 

Barracan (9) de Loers (10). j diner. 

Drap de frares menors (11)' ^ss c canes. v) diners. 

Drap de prehicadors (12), les lx canes. vi diners. 

Drap gros de Banyoles (1 3), la pessa. i diner. 



(i) Laine fine. Du Cange : stamfortis ; Labernja : estam, fil fet de la flor 
de la llana ; cast., estambre, du latin stamen. 

(2 ) Grana : cochenille ; panyo vermeil (!' color ab que 's tenyex dit panyo.) 

(3) Finette. Raiet, rayeta ; castillan, bayeta ; molleton de laine ou coton 
à envers pelucheux ; panyo de varis colors, tela de llana. 

(4) Brugia, Brugues : Bruges. 

(5) Albento. 

(6) Doyn (iî5o) : Huy-sur-Meuse. 
(y) Beauvais. 

(8) De Vinyo ( 1 295) : Avignon. 

(9) Barragàn, tente de toile imperméable : tela de pel de cabra, a la que 
no atravessa la pluja ; ou variétés de drap de laine : espècie de roba de llana 
(Labernia). Mot dérivé de l'Arabe, barrac-àn. 

(10) Loes, Luers, Lers, Lleres (1 250-1494) ; Louviers. 

(i 1) Dont le couvent, dit de Saint François ou des Frères Mineurs, fut 
construit vers l'an 1 2 i i . 

(12) Dont le couvent (Jacobins ou Dominicains) fut bâti en 1243. 
(i3j Banyoles (Catalogne). 



— 201 — 



Feutre d'ipre. 

Item, tôt mercader paga à son hoste rêva dreta per 
rao de peliceria : tôt primerament curam de 
conils, io centcnar vestit. 

Item, lo c. de les lebres, vestit. 

Item, lo c. dels esquirols (2), vestit. 

Item, lo c. d'anyines (3), vestit atressi. 

Item, lo c. dels aortons (4). vestit. 

Item, lo c. dels cabritz, vestit. 

E tôt asso es tota amor feyta. 

Item, tota peliceria qui s' vena à dotzena, so es 
assaber de salvazina (5), axi con son janetes, fahi- 
nes (6), volps, gatz, martrins (7), rebelines (8), 
putoys, ermenis, ventresques de luries, e tota altra 
salvaina, levât luries, paga la dotzena. 

Item, luria crusha (9). 

Item, luria adobada(io). 

Item, cobertor de salvazina. 

Item, cobertor de lops. 

Item, pelots (11) d'anyels. * 

Item, tôt autre pelot de salvazina. 

Item, pena de conils. 



l'mesalafi^ 



11 diners. 

Il diiiers. 

Il diners. 

Il diners. 

Il diners. 

Il diners. 



111 mesales. 
r mesala. 

I diner. 
1111 diners. 

II diners. 

I diner. 

II diners. 
Il diners. 



fi) Ou mealla, ou mesayla : « Moncda antiga de Castella que valia una 
malla ». Medala, maille. 

(2 I Ecureuil. 

(3) Peaux d'agneaux avec la laine : la llana del anyeli (afiino) ; au pluriel : 
tota mescla de llana (Labernia). 

(4) Du Cange : AVOTRONl. peau d'agneau mort-ne. Voir mon étude. 
Les Librairies à l'époque antique, chap. m : d'après Hérodote, on employait, au 
iv' siècle, le parchemin d'agneau mort-né, ou parchemin « vierge ». Franc., 
avorton ; lat., ab-ortus. Animal venu avant terme. 

(5) Toute espèce de bêtes sauvages. 

(6) Faons et famille des cervidés. 

(7) Martre, marta, mostela roja. 

(8) Cast., cebcllina ; marta de Siberia ; martre zibeline. 

(9) Loutre, peau naturelle, non préparée, 
(jo) Peau de loutre mégissée. 

( I 1 ) Vestit talar de pell ; vêtement traînant ; robe Ilarga fins als talons. 



— Î02 — 

Item, garnatxa(i) de conils. i dincr. 

Item, garnatxa d'anyels. i diner. 

Item, vayrs (2) adobatz o cruus, lo miler. m ss. e un diners. 

o lo centenar. ini diners. 

Item, pena vayra (3). vi diners. 

Item, pena de testes de vayrs. 111 diners. 

Item, capits (4) (?^ de testes de vayrs, la dotzena. m diners. 

Item capits de vairs entirs, la dotzena. iiii diners. 

Item, pena d'esquirols. ii diners. 

Item, teles del garp (5), e vintenes, e canaba5(6), e 
totes autres teles, tro à xiiii sol. la corda, pagen 

de rêva dreta, la corda. j diner. 

E ha la corda vi canes de Monpestler. 

Item, totes autres teles o de Campanya o d'Ala- 
mayna o d'autra terra, sal de teles de Remps (7), 

qui valen de xnu sol ensus, la corda. u diners. 

Item, teles de Rems, per libre de diner. 1 diner. 

Item, tota tela pinta (8), la pessa. i diner. 

Item, tôt fustani (9), la pessa entira. i" mesala. 



( I ) Fourrure servant à faire )a toge ; gramalla ; vêtement dont se ser- 
vaient les consuls. Voir mon étude : "L'organisaiion municipale de "Perpignan, 
page 27 : « gramasiam cum pellibus... » Vestidura llarga fins als peus, a 
manera de cota. 

(2)Vair: fourrure blanche et légèrement nuancée de jaunâtre ; variété 
d'écureuil commun, dit petit-gris. Dans le blason, la forme consistait en 
points blancs et bleus alternés (hermine et vair). 

(3) L'étoffe veloutée fabriquée avec la peau de l'écureuil. 

(4) Mot douteux. Alart traduit capros et ajoute qu'on pourrait lire capzoi. 
La version que je donne paraît plus rationnelle : capits. (Voir Du Cange, 
v" Capitium.) Probablement fourrure composée uniquement de têtes d'écu- 
reuils. 

(5j D'après Alart ("El garb, le couchant), faudrait-il lire: les toiles de 
l'ouest de la France. 

(6) Borras (canabas) : tela que 's fa de la estopa del canem (toile de chanvre). 

(7) Remps (1284) : Reims. 

(8) Ou bien tinta. 

( ç)) Etoffe pelucheuse dont la chaîne est de fil et la trame en coton ; franc., 
futaine, drap pour doublure ; drap de coto que s'usa pera forros (Laberncaj. 



— 2o3 

Item, ia post de cendatz (j) reforsatz o plans. vi diners. 

Item, porpra d'Alest (2) o de Monpestler. 11 diners. 
Item, tôt drap ab aur de Venecia o de Lucha (3). vi diners. 

Item, bagadels d'Outramar. i diner. 

Item, boquerans (4) d'Outramar. 1 diner. 

Item, camelotz 5) d'Outramar. 111 diners. 

Item, draps bortz d'Alexandria. 1 diner. 

Item, samitz totz vermeyls o ab aur. un diners. 

Item, canon d'aur filât e d'argent filât. 1 mesayla. 
Item, caxa d'or de Lucha filât e d'argent de Lucha 

filât. . Mil diners. 

Item, argent pel e or peil (6), la dotzena. 1 mesalf. 

Item, pessa d'estamenya. 1 diner. 

Item, flassades (7), cascuna. 1' mesaia. 

Item, cambra de tapitz (8 . v) diners. 
Item, astores blanches crimes de Valencia e de 

Murcia. 1' mesaia. 

Item, caxa de paper en que ha xvi raymes. vni diners. 

Item, Xalons listatz (9) d'estam ni de colors. non rem. 

Item, cordoan(io) blanc, la dotzena. 111 mesales. 

Item, cordoan vermevl. 11 diners. 

(\ ) Cast., cendal ; étoffe de soie ou de lin (tela de seda 6 de fil molt prima 
y transparent). 

( 2 j Aletz ( I 295) : Alais. 

(3) Lucques. 

(4) Toile forte gommée ; c«st., bucaràn ; franc., bougran. 

(5) Etoffe fabriquée dans le Levant, qui fut primitivement de poil de cha- 
meau, puis de poil de chèvre, enfin de laine et sans grande valeur ; origine 
du mot, câmello ; bas latin, camelotum (chameau) : de là le mot camelote ou 
marchandise inférieure. 

(6j Fourrure à reflets d'argent et d'or. 

(y) Cast., frazada ; couverture de ht ; texit de llana 6 coto pera abrigall 
de llit. 

(8j Drap de tapisserie (ab que s'adornan las parets). 

(9) A rayures ; cast., listado. 

(10) Cordoba : pell de cabra 6 del boch adobada ; peau mégissée : vient 
de la ville de Cordoba, où l'on faisait principalement ce genre de travail ; 
cordobân vermeyl (maroquin). 



204 — ' 

Item, bosanas (i) vermeylas. 

Item, partxes vermeyls. 

Item, moutos adobatz (2). 

Item, scodatz. 

Item, cordoa de Bugia (3). 

Item, curs de bous e de vaques, à rêva dreta. 



•1 diner. 
I diner. 
1 diner. 
I diner. 
1 diner. 
I mesala, lo cur. 



1 mesala, lo cur. 
vm diners. 
m mesaies. 
'xn diners. 
1 diner. 



Item, curs de cers e de cavals e de rocis e de muls 

e d'azes e d'autres besties grosses. 
Item, totes boquines (4), lo c. 
Item, motonines pelozes (5), lo dotzena. 
Item, marc d'or qui se pesa. / 
Item, marc d'argent qui se pesa. 
Item, tôt cambi fondedor, qui sia de ley de casern 

aval. i' mesala, lo march 

Item, tôt cambi qui sia de mes de casern. i'' mesala, lo march 

Item, nuyla moneda d'or ne d'argent ne de metayl 

qui s' cambi e à nombre no paga rêva. 
Item, d'avers de pes que se venen à carga de 

m quintaia. vi diners. 

Item, pebre dona de rêva dreta. vi diners. 

Item, gingibre (6) gros o menut. vi diners. 

Item, ensens (7). vi diners. 

Item, cera. vi dinars. 

Item, tôt coton. vi diners. 

Item, tôt sucre. vi diners. 

Breument, totz avers de levant qui s' venen à carga 

de m quintals, pagen. vi diners. 



1 1 ) Bosanes (cast. , badanas), peau de fnouton tannée : basane. Henry, dans 
une quittance relative aux draps et soieries dressées par le bailli de Perpi- 
gnan, parle de bourracans à î s. 6 d. l'empan et des basanes à 3 s. 4 d. la 
livre. (Hisl. du J{oussiUon.) Alart transcrit dubitativement branas et propose, 
sans la commenter, la lecture bosanes, que l'on peut adopter avec certitude. 

(2) Cuir de mouton corroyé. 

(3) Bogia (jspS) : Bougie. 

(4) Pell de boch. 

(5) Moutons avec leurs toisons. 

(6) Cat., gingebre ; lat., zingiber ; grec, t,L'j'/ièzpY, (gingembre). 

(7) Encens; cast., incienso. 



— 2o5 

Item, indi (i) se ven à quintal e paga. m diners. 

Item, canela se ven à quintal e paga. iii diners. 

Item, argent viu. m diners. 

Item, vermelo. ni diners. 

Item, mastec (2). m diners. 
Breument (3), totz avers qui à quintal se venen qui 

vayla lo quintal de c sol amont pagen aitant. 

Item, coyre lo quintal, de rêva dreta. 11 diners. 

Item, estayn, à rêva dreta. 11 diners. 

Item, tôt metayl. 11 diners. 

Item, ferre. 1 diner. 

Item, plom. \' mesala. 

Item, fil de xarsia (4), lo quintal. 1 diner. 

Item, caynbe (5) de Borguyna cruu e batut. i diner. 

Item, tota exartsia obrada de canem. i diner. 

Item, tota stopa {6). 1 diner. 

Item, tota borra (7). 1 diner. 

Item, sporta de figues. i diner. 

Item, atzebibs (8), lo quintal. 1 diner. 

Item, sporta de figes de Malorcha. i" mesala. 

Item, alum de bolcan, lo quintal; 1 diner. 

Item, pel de boc, lo quintal. 1 diner. 

Item, rauza de vexells (9), lo quintal. 1 diner. 

Item, verdet, lo quintal. 11 diners. 

Item, mel, lo quintal. i diner. 

Item, pega''iOi lo quintal. 11 diners. 

Item, sporta, de pega. n diners. 



(1) Bleu de l'Inde (indigo): pasta y planta de que 's fa 'I color blau ; 
cast., anil, du lalin indus. 

(2) Goma 6 rehina que destila la mata (arbuste) ; cast., almaciga. 

(3) En somme, en résume. 

(4) Fil pour filets de pèche ; cast., exarcia ; los arreus de pescar. 

(5) Chanvre; castillan, cafiamo. 

(6) Etoupe ; cast., estopa. 

(7) Bourre : pel de cabra pera umplir pilotas, coxins. 

(8) Peut-être figues de Barbarie. 

(9) Tartre de tonneaux, comportes. 

(10) Poix; cast., pez. 



2o6 



Item, fustet(i), lo quintal, i diner. 

Item, erba cuquera (2), lo quintal. i diner. 

Item, flor de fromatje, la carga. vi diners. 

Item, lana de boudrons, lo quintal. ^ ni meales. 

Item, bacons, lo quintal. m mesales. 

Item, sagins (3), lo quintal. ni mesalles. 

Item, seu (4), lo quintal. m mesalles. 

Item, formatées, lo quintal. ni mesalles. 

Item, sosha (5), lo quintal. 111 mesalle.s. 

Item, alcofol (6), lo quintal. 111 mesalles. 

Item, tôt peix salat e arènes, levât tonina, dona de 

rêva. D 

Item, jarra de tonina (8). 
Item, oli, lo sester. 
Item, cipies (9) seques, lo c. 
Item, mantega o bori, lo quintal. 
Item, ris e amenlés, la carga. (10) 
Item, sac d'avelanes (i 1). 
Item, notz (12) la eymina. 
Item, amenles ab close, la eymina. 



ej sou, r pugesa (7). 
111 diners. 

II diners. 

I diner. 

III meales. 
1111 diners. 

II diners. 
II diners. 
11 diners. 



(i) Ou sumac de Hongrie, sumac des corroyeurs : s'usa pera adobar las 
pells, pera assahonar las pells, pera tenyir de nègre (Labernia) ; français, 
fustet, employé dans la teinture des laines, et en Turquie et dans le Tyrol, 
pour tanner les cuirs fins qui doivent être teints en jaune ou en rouge. (Cf. 
DE Lacviyieh, T^evue Catalane, n" 139: corroyère, sumac.) 

(2) Plante à cailler ; cast., cueja-leche. (Cf. de Lacvivier, J^evue Catalane, 
1918, n° 1 37 : herba cuquera, santoline (botja de sant Joan). 

(3) Saindoux. 

(4) Suif; cast., sebo. 

(5) Soude, sosa. 

(6) Cast., alcohol. 

(7) Moneda francesa de môlt poch valor ; pujes, pujesa[da] : La cantitat 
d'alguna cosa que valia un pujes. (Labernia.) 

(8) Conserves de thon. 

(9) Seiche; cast., jibia. 

(10) Amandes; cast., almendra. 

(11) Noisettes ; cast., avellana. 

(12) Noix; cast., nuez. 



— ioy — 

De totz avers leugers, semblants de valor à aquestz 

de sus, dona hom de rêva. m mealles del quintal. 

Item, tota rauba qui s' tenga vénal en hostal, e 

r mercader de qui es la s'en vol portar senes 

venda, so es que no la vuyla vendre aqui, deu 

pagar miga reva(r;. 
Item, tôt troçel o tota carga de quai que aver se 

sia, dona de pasatge (2). vi diners. 

Item, tota carga de merceria o d'autres menude- 

ries (3) qui s' desfassa en ostal. xii diners. 

Item, totz avers sotils (4) d'especiayria qui se venen 

à liura sutil, pagen per iiura. De diners, i' mesala. 

E es-hi entés safrâ e azur e totz autres avers sutils 

qui se venen à liura sutil. 
Item, tota céda crusa e tinta, la liura. 1 diner. 

Item, tôt filadis (5) cruu e tint, la liura. i" meala. 

Item, grana. xii diners, la carga de m quintals. 

Item, comi (6).e anis. un diners la carga de m quintals. 

Item, tots alums, levât de bolcan. m diners, la carga. 

Item, tôt cadars de céda (7). vm diners, la carga. 

Item, sarrai e sarraina (8). xn diners. 

Item, simi (9) o bogia (10) o maymon (1 1), cascun vi diners. 
Item, tôt blat e tôt legum paga u eymines per centenar. 

(i) Tout négociant qui aura déposé de la marchandise et la remportera 
pour la vendre ailleurs, paiera la moitié du droit de rêve. 

(2) Droit de passage ; cat., pasaje : dret que 's paga per passar per algun 
paratge. 

(3) Objets de moindre valeur (de poch apreci y estimacio : menudencia). 

(4) Marchandises délicates, fines, du latin subtilis. 

(5) Cast., filadin : tela de seda com trama de hilo ; seda del capoll foradat 
(Laberniai ; déchets de soie grège. 

(6 Cumi, cumino ; lat., cuminum : fleur aromatique ; variété d'anis. bou- 
cage ; vulgo, boucqucline ; herba de fullas molt menudas ab molts ramets de 
flor petitas, parda, aromatica, acre, médicinal y bona pera salsas (Labernia). 

(7) Soie grossière ; cast., cadarzo ; seda grossa y basta ; bourres de soie. 

(8) Cast., sarria ; filets de jonc, cabas, bât en sparterie. 

(9) Singe. 

(10) Bogia : guenon ; cast., mona. 
hi) Chien; cast., pachôn, braque. 



— 2o8 — 

E l'hoste deu li aver botiga. 

Item, meyns de botiga. i' eymina per centenar. 

Item, auruga(i) e mostasia (2), per aquest for metex. 

Item, tôt caval qui vayla l libres o pus, paga 11 sol e vi diners. 

Jtem tota autra bestia cavalina o mular qui sia de preu de l libres 

avay], paga xn diners. 

Item, azen o sauma(3). ii diners. 

Bous ni porcs ni moutons ni bocs. non re. 

Item, escudeles (4) e anaps e vernigatz (5) e tay- 

ladors (6) e morters (7) e pièces (8) de totes aques- 

tes causes dona hom de cascuna saumada. i pareyl. 

Item, de brocs o canades (9), de cascuna saumada. 1 o una. 
Item, de culers d'oies a menar{io), de la saumada. n culers. 
Item., de culeres de boca(ii), de cascuna saumada. 11 diners. 
Item, de gaudalls ho conces (12) (?) de fust, de la 

saumada. i gaudal. 

Item, lo quintal de pedaces de que hom fa paper(i3). 1" pugesa. 

Totes serpeleres grosses e cordes grosses d'avers de pés, axi 



(1) Cast., oruga, roquette. Labernia : salsa de ruca, mesclada ab sucre, 
mel, vinagre y pa torrat ; lat., eruca. 

(2) Moutarde ; cast., mostaza. 

(3) Bêtes de somme; d'où saumaia, charge, évaluation de poids; cat., 
somera. 

(4) Ecuelle ; cast., escudilla " lat., scutella. 

(5^ Pièce de vaisselle comme l'écuelle ; significa un vas 6 una escudella ; 
anaps de bruch. i Alart. Documents sur la langue cafalane.) 

(6) Tallant ; hachoir ; tallador : tros de fusta ab que 's talla 6 trinxa la 
carn ; cast., tajador. 

(7) Instrument rodô, de pedre... pera picarhi s«l (Labernia). 

(8) Vas fondo, de pedra concava y fonda (id). I 
(cf) Vaso pera mezclar agua com vino. 

(^o) Sans doute, a menjar. Huile comestible pour la cuisine. 

(il) Alart transcrit : de boix. 

(12) Godalls (dalla, faulx). Côces, conces. Alart traduit conques. Il faut 
lire conces ; cast., cuenca ; vas gran de metall 6 fusta : il est question ici d'un 
récipient de bois (de fust). 

(i3) Phrase citée par P. Vidal au sujet des industries diverses dans Perpi- 
gnan, p. 171 : trossos|de vestit o roba dolente; cast., pedazo ; morceaux, 
chiffons. 



209 — 

co[nn] son d'espart e de palma e de datilers()) ho son les espor- 
tes del pebre e autres serpelercs grosses d'avers de pës e caxes 
de sucre e botes de sucre e cofins (2) de verges, totes deuen esser 
del hoste, part la rêva. Mes no neguna serpelera ni sac de li ni 
de canem ni de lana ni cabas (3) doble de T[er|ragona. E 
l'hoste deu donar al mercader de qui aura rêva dreta lit e foc e 
lum e salsa a i menjar, pebre, gingibre, safrâ, ails e cebes etvina- 
gre, e deu-li ajudar à vendre e à comprar ses mercaderies. 

E tôt mercader, estant ab son hoste, qui fassa mercat o venda 
de SOS avers, ans que l'aver sia vengut en l'ostal son hoste a gasa- 
nyada la rêva, de quai que part hom la roba venga. 

E tôt senyor de nau qui nauley la sua nau estant e tornant ab 
son hoste, deu donar de rêva à son hoste, si tant es empero que 
la nau sia naulejada per passatje de senyor de terra, de tôt lo 
nolit{4), 1 diner per liura. E tota nau o leyn (5) o barca o autre 
vaixel qui s'vena en poder del hoste, so es que 1' patro o 1' vene- 
dor sia albergat (6) ab son hoste, paga à son hoste per aquela 
venda i diner per liura. E totz avers que barata (7) hom l'un ab 
l'autre, no deu penre l'oste mes de la una causa de quai se vuyla, 
si doncs no y ha tomes, de xx sol. ho d'aqui amont. 

Anno Domini millesimo 
ce LXXX- quarto. (8) 

(A suivrej Henry Aragon. 

( 1 ) Cables et cordages fabriques avec les feuilles ou fibres de plantes jon- 
ciformes et les feuilles du dattier et du palmier. Vulgô, alfa ; lat., spartum. 

(2j Cofi, corbeille ; covenet despart pera posar pansas, figas (Labernia) ; 
panier d'emballage en jonc tressé ou en sparterie ; latin, cophinus. 

(3) Panier fait de sparterie ; cofa de llata de palma despart ; cast., capazo. 

(4) Du latin naulum : droit de transport ou de parcours ; preu que 's paga 
pel transport 6 tragi y arrendament de la nau ; cast., flete ou fret. On dit 
aujourd'hui noliser un bateau (fréter), ou prendre à louage, ou nolissement. 

[5) Ou leny ; latin, lignum ; « embarcaciô de gran port, sensé rems, y 
propia pera viatges llarchs » (Labernia). 

[6) D'où le nom d'albcrch ; cast., albergue. 
(7J Echanger ; grec, -py-rut. 

(8) Arch. communales de Perpignan, AA. 3, Livre vert mineur, tome 1", 
f" 82 V, 85. 



Quelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

<^^i^ (SUITE) 

M 

madrona. — voir salvia. 

maduixa, fraise. — fraga, fraula, araques. 

magraner. — voir manglaner. 

mai=morrà, joubarbe. 

majorana, marjolaine. — moraduix, marduix. 

malcoratge (et melcoratge). — voir morterol. 

mal d'uUs. — voir lletresa. 

malrubi (et malroig, marreUS), marrube. — col de maynatge, 

mata-porcs. 
malva, mauve. 

nialva=rosa, rose trémière, alcée. 
malvi, guimauve. — fregadô. 
mançanilla, camomille. — camamilla. 
maneula, cynoglosse. — llengua de cà. 

manglaner (et mangraner, magraner), grenadier. 

maravelleS. — voir garronada. 

marcoris (et marCOlic). — voir lliri morat. 

marduix (et moraduix). — voir majorana. 

marduji, réséda. — herba del amor, herba del moro. 

mareselva (et selva mare), chèvre- feuille. — lliga-bosc, xucla- 

me), potes i manetes. 
marfull, laurier lin. — llorer bort. 
margalida. — voir frare. 
margall, ivraie. — jull, zizania. 
margailô. — voir bargaliô. 

margarida, margarideta, margaridoya, marguerite, i pâquereiie. 

Maria=Lluisa, verveine odorante. 
marieta, larmes de Job. 
marigola, morille. — murgula. 
marreUS. — voir malrubi. 



2 I 1 



marxivols, hellébore f-élide. — roser de Nadal, peu de llop. 
mastegUCra (et mastec), pissenhl. — pixa-llit. llacso d'ase, dent 
de lleô, colitx. 

mata (et mata de cabrit). — voir lientiscle. 
matafaluga, anis. 

mata=anyels, renoncule flammelte. 

» aranyes. — voir galzeran. 

» galiines. — voir herba caxalera, 

» UopS. — voir tora. 

» poils. — voir tindarell. 

» porcs. — voir mairubi. 

» velles. — voir sarsa parella. 
matifoc. plan ta go. 

meca de pioc, saUcaiie. 

melgÔ (et melga, meuca). — voir auzerda. 

melilot. — voir trevoi. 

melo, melon. 

menta, menthe. — mentorala, rementola, rementerola, herba bona, 

herba sana. 
mentastra (et mentrasta), menthe sauvage. — menta borda, 

menta de borro. 
mentorala. — voir menta. 

mil fulles, achHlée. — herba del tail, herba de les nou camises. 
mill, petit millet. 

» del sol, grémil. — granadura. 

» gruà. — voir blat d'India. 
mirambell, ivette. — iva, herba flatera. 
moixa (et muixa). — voir arbosser. 

moixera (et muixera). — voir estepa. 

mongeta, haricot. — fasol, bajoca. 
mora, mûre. — voir morera. 

» d'arsa, mûre de haies. — voir romaguera. 
» de Sant Joan, sorte de framboise. 
moraduix (et marduix). — voir majorana. 
morellu de marge, morelle douce amère. — solana. 

« roquera, pariétaire. — herba de paret. herba de la Mare 
de Deu, herba de Nostra-Dona, granadeila, cama-roja, 
cama-roig. 



21 2 



morelIÔ, mouron, spergule. — picapoll, pic de gallîna. 

morera (et amorera), mûrier. 

« Salvatge. — voir romaguera. 
morritort (et murritort), cresson alénois, Jiasiiort. 
morterol (et murtarol), mercuriale. — malcoratge, tarra, vina-me- 

querrer. 
mosques d'ase, ophrys. — abelles. 

mostassa (et tnostarda, mostaga), moutarde. 
muixera (et moixera). — voir estepa. 

muixereta. — voir boixerica. 

mùrgula, morille. — marigola, rabassola. 

murritort. — voir morritort. 

murtarol. — voir mortaro). 

murtra, myrte. (M suivre) 

Manifestation artistique de Charité 

Sous le patronage de notre confrère La J(enaissance Catalane, 
un grand concert de bienfaisance réunissait le 25 août, à Elrie, 
une pléiade d'artistes et poètes, pour la plupart roussillonnais. 
]] y avait là : M""' Mathilde Comès, de l'Opéra, et Hourlier- 
Comès, de l'Opéra-Comique ; le Maître Déodat de Sévérac, 
MM. Charpentier, i" violon de l'Opéra, le ténor Espéry, Char- 
les Grando, de la 7{evue Catalane, Robert Subiros et Albert 
Janicot, de la T^enaissance, Uzé, un virtuose du piano. Si cette 
fête fut une vraie manifestation d'art, la charité y trouva la plus 
belle part et nous nous, en réjouissons. 

Arxiu d'Ethnogra/îa y de Folk-lorc (Barcelona, Facultat de Llettresj. 

L'annuaire de 1916-17 réunit en un beau volume d'inappréciables docu- 
ments folkloriques et une série de questionnaires sur les moeurs, coutumes 
et caractéristiques de la région catalane du plus haut intérêt. 

Nous ne saurions trop louer à ce sujet, avec le Docteur F. Carreras y 
Artau, directeur-fondateur de cette organisation, son bras droit, notre ami 
et collaborateur J. Batista y Roca, jeune érudit du plus grand avenir, dont 
la compétence en la matière s'impose de plus en plus. 

La Renaissance provençale (1800-1860), par Emile Ripert. 

L'abondance des matières nous oblige à reporter à notre prochain numéro 
une analyse de ce magnifique ouvrage. 

* Le Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



12' Année- N* 144 15 Octobre 1918 

Les Manuscrits non insères ^w^ ^^^^V ^^ M ^»^ 

ne sont pas rendu». w^ m^ ^kf I I W^ 

L»s Articles parus aans ia Revue ^^» t^ ^1^ 7^ T JV 1^1 1^ 

n'engagent que leurs auteurs. ^b^A^^ Jl AJ^JL^A IkA^I JL^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr. par an 

Academia y Felibri^e rossellonenchs 

El nostre estimât confrare Le Coq Catalan proposa ia creaciô 
d'una Academia rossellonesa, composta amb els éléments literaris, 
artistichs y cientifichs de la nostra terra. 

L'idea es de primera y nos en alegrem ; mes amb coses aixîs 
hi cal anar tocats y posats ; donchs, jà direm la nostra mes enllà, 
quan s'hagin iniciades algunes conferencies prèvies que nos sem- 
blen del tôt necessaries. 

En lo que pertoca a la creaciô distincta d'un Felibrige rossello- 
nès, segôns ne parla la jova y m.ereixedora T^enaissance Catalane, 
SI que hi posarem vot tôt arreu, puix la Societat d'Estudis Cata- 
lans jà fou instituîda pass^n de deu anys, amb aqueix sentit de 
desenrotllament felibrench. 

Mes, fins avuv, mentres representava la nostra Societat una 
mena d'Academia de la Lleiigua Catalana y feya a Rossellô la 
mellor feyna regionalista, jà es altament reconegut de tothom, no 
assolia com molts ho haguessen desitjat, tota l'expansio felibrenca 
que somniarem y que es fa de niés en mes necessaria cada dia. 
Resultava aixô, no d'un esforç insuficient dels qui la guiaven, mes 
de la seva constituciô formai, del seu caràcter de Societat y no 
mes. 

Y aixis es qu'ara per ara estudiem un projecte, tal com ho diu 
el director de la Renaissance Catalane, a qui ne varem fer avinent, 
per a l'instauraciô proxima d'un verdader Felibrige rossellonès, 
amb l'ajuda y l'uniô de tots els conreuhadors de la ilengua 
materna, y prescindint de tôt lligam amb qualsevol societat lite- 



raria, cientifica 6 artistica actual. No mes podri'a esser afillat, 
boy servant son independencia, amb la Academia rossellonesa 
que 's va constituint. Y va sensé dir que en ayta! Felibrige, amb 
respecte a la noble cause que iria perseguint, se fondrien totes 
les ires y aborriments locais passats, que s'aplegarien sota la 
seva bandera sagrada, en orguens comuns, les varies revistes 6 
diaris de llengua catalana publicats a Rossellô. 

Nosaltres desitjem fer, dins aqueixa via, la del dret camî y de 
la llum santa, a la claror del sol irradiant de la tradiciô, un pas 
major, hasta tinguessim de modificar nostres fonaments de cap a 
pzus. 

Jà ne tornarem a parlar en descapdellant el projecte, quan con- 
sultades les personalitats volgudes, aixîs com les-hi convidem en 
seguida, ne vegem possible la realisaciô. 

Antes de tôt preguem tots els escriptors rossellonesos de llen- 
gua catalana, que formin part 6 no de nostra Societat, de nos fer 
coneixer llur judici sobre aqueix assumpte. Els hi agrahirem molt. 

La 7{evue Catalane. 



La seigneurie ^ la paroisse de Serrahngue 

^-^^Z^ [SUITE) 



11 existe des quittances aussi affirmatives et aussi importantes 
que les pièces qui précèdent : « /o baix firmat iinch rebul de T^ose 
Poch de la Pomarèda 8 rais y 8 diners y très galUnas, y son per los 
censos fa à la Baronia de Cabrenys caiguls lo JSadal passai, y per ser 
lo ver, lin fas la présent rebuda. Al Castell de Serrallonga ; als 
^6 mars f]52. — Joan Vilanova y Delaris arrendador ». 

Le même fermier des revenus du comte de Ros rédige un reçu 
à peu près semblable fait le 6 juin 1 762 « al castell de Serrallonga ». 

La conclusion qui se dégage de tous ces documents est la sui- 
vante : seul le château de Serralongue était debout, tandis que le 
château de Cabrenç n'existait que de nom, étant abandonné et 
en ruines depuis de longues années. 



b 



— î)5 — 



11' Partie — La paroisse de Serralonguc 

La paroisse Sainte-Marie de Serraionguc remonte assez haut 
dans l'histoire. Elle est mentionnée en 988 (Marca, n" 1 38 et 
Baluze, Capiiular. t. 11, p. j5o). Dans une charte du comte de 
Barcelone du 1(1 des calendes de mai 1141, il est dit que le ter- 
ritoire de Sainte-Céciie de Mollo. situé sur le revers sud des 
Pyrénées, confronte, a l'est, avec le territoire du château de 
Cabrenç : in casirum quod vocaiur Cabrens (Marca, n' 399). Ce 
qui prouve, dit Alart, que, dès cette époque, le territoire de 
Lamanère était une dépendance de la baronnie de Cabrenç, car 
le territoire de Mollo ne confronte oaâ avec le territoire de la 
commune actuelle de Serralonoue, mais seulement avec celui de 
Lamanère. Le territoire de Serralonoue et celui de Lamanère 
ont été compris dans la même paroisse, celle de Sainte-Marie du 
lieu de Serralongue, et n'ont formé qu'une seule communauté 
jusqu'à la Révolution (1 ). 

J. — L'église de Serralongue 

L'église qui domine le village de Serralongue, dit Alart, est 
entièrement construite en pierres de taille et aussi solidement 
bâtie que le château de Cabrenç. 11 n'y a aucun détail d'ornemen- 
tation à la porte d'entrée et à la fenêtre du chevet, et rien ne 
peut faire démentir la date de l'an 1019 que l'on attribue a sa 
consécration (2). Il est certain qu'aucune de ses pierres n'a bouge 
depuis l'époque où elles furent posées, et cette forte construction 
pourrait suffire, en cas de danger, pour abriter et défendre la 
majeure partie de la population. • 

La porte d'entrée est assez remarquable par ses pentures et 

( I ) Le curé de Serralongue exerçait sa juridiction sur 1 église de Lama- 
nère : il était curé de ce territoire en 1722 : AU 29 avril vj^i, en la capella 
de Sanl Salvador de la manera, parrochia de Serrallonga, se ha célébrât matri- 
moni segcns lo rilo, en presenlia del propi curai baix firmal. — Blazi Hortet, 
curât. 

(î) L'église de Serralongue aurait été consacrée en 1019. par Béren- 
ger 111, évêque d'Eine. 



2 J 6 

par son verrou sur lequel une inscription ou signature d'artiste est 
gravée au burin : 

f Bernardus \ TABer \ VEUM \ ME \ VEUT f (j) 

La lettre V du mot velim est fort douteuse, mais, par ses 
signes paléographiques, l'inscription peut remonter au xn' siècle 
et semble confirmer le sentiment de M. de Bonnefoy. 

a) Le chœur 

Il n'est pas aussi ancien qu'on pourrait ie croire. 11 ne date 
que de la fin du xvi' siècle ou du commencement du xvn'. En 
effet, dans une visite apostolique faite le 8 février 1618, Pierre 
Pussach, prêtre, docteur en théologie, recommande d'achever la 
construction du chœur : Item manam à Anloni Besayria que dins dos 
mesos aja de acabar de fer h cor, conforme son pare esiava obligai y 
pagat ». 

b) Chapelle du T^osaire 

Elle existait déjà à l'époque ou Pierre Pussach vint à Serra- 
longue en qualité de visiteur. Seulement, l'ayant trouvée proba- 
blement trop étroite et mesquine, il ordonna de l'agrandir et d'y 
faire d'autres réparations : a Manam à Joan Llensa dels masots y à 
Père 0ms, pabordes de la Confraria del J^pser, axamplan lo allar del 
T^oser y que fassan una Hcaine de fusta y respallar lo grau que y es 
de pedra y fer una image de un palm pera las processions del primer 
diumenge ». 

c) Chapelle de Sainl Marsal 

En 1618, cette chapelle était en mauvais état, puisque, le 
10 mars de cette année, le visiteur Llatzer Larbat, chanoine de 
l'église collégiale de Notre-Dame de la Real, à Perpignan, 
défend au curé ou au vicaire d'y dire la messe : <i Se ordena y 
mana al reclor vicari, à pena de excommunicatio, no diga missa en 
la capella de Sant Marsal que no siçf reparada ». 

{H suivre) Joseph Gibrat. 

(1) Au célèbre sanctuaire de JV.-D. de J\uria il existe une grille en fer 
battu qui sépare le sanctuaire de la nef. Cette grille, qui remonte au xvn' siè- 
cle, porte l'inscription suivante : Pau Planes, farrer à Serralhnga. me fècit. 
Le verrou qui ferme cette grille est la reproduction exacte de celui qui fer- 
me la porte de l'église de Serralongue et qui a pu servir de modèle à Pau 
Planes. 



ï 



ï 



Canco de soldat 

Quant alta 't tinch per fè 'i xerrich, 
oh ! ma botella catalana, 
llavors me cantes cant bonich 
que parla de l'or de ma plana. 

Amb l'estret fil del teu galet 
es un bell somni que s'escampa : 
el botero del carrer quiet, 
les cabres pujant a la rampa ; 

es la galana que somriu 
sota l'ombrivola figuera, 
emparant el festeig corn niu ; 
dins l'altre niu que n'es l'Albera ; 

tota ma terra es dins l'arqueig 
que 's blinga de tu 'n els meus llàvis ; 
vives cançons del bon tresteig 
escorres, amb cobles dels avis. 

Que porti 'n la seua, el Teuto, 
dolent tres-sis que l'embriaga, 
amb flor de vi del Rossellô, 
V bons recorts la meua m paga. 

Sanch dels pujols y '1 riberal, 
que tôt el blau del cel exaltes, 
dônain la forsa y l'idéal 
que 't ven del soi de Rivesaltes. 

Quant alta 't tinch per fê '1 xerrich, 
Oh ! ma botella catalana. 
me cantes un cant heroïch 
que n'es remor de tramontana. 

Fr. Salvat. 
Sul front de Xampanya, 1915. 



ift jft rtn en ûa en ea CD DQ ûi. CQjCSLjuOi ca .CQl Qa -oCl COlCQ Ca-CA jCP Ca Ca CujCuL Ca, wi Ca .v^ /r^ .tfOuCuL gg. .fflt ■OT. i fA k A l^ <rO\ /T^ irnl fln t cft ia£a. 
300 3S OtS 'JQD XC OCjp 30D OQD AS âX XO ûroOQ^ 



La Renaissance Provençale (1800-1860) 



(-) 



par Emile Ripert 
^^ 

L'Académie d'Aix a couronné cet ouvrage ; cette seule distinc- 
tion classe déjà et l'auteur et le livre ; aussi, éviterons-nous tout 
préambule , sur les mérites de l'un et de l'autre. L'auteur est d'ail- 
leurs avantageusement connu. Quant à l'ouvrage, en voici l'analyse 
succincte pour ceux oui n'ont pas eu, comme nous, le bonheur 
de le parcourir et de l'admirer. 

Trois grandes époques ou plutôt trois mouvements bien mar- 
qués précèdent et préparent la renaissance provençale. 

1° Le mouvement savant, antérieur au xix' siècle, marqué par les 
efforts des auteurs italiens, français et surtout provençaux appor- 
tés dans les recherches sur la langue d'Oc et sur sa littérature. A 
noter dans cette époque l'influence de l'abbé Miilot, de Béran- 
ger, Papon, d'Achard, et dans les premières années du xix' siè- 
cle, où le mouvement se précise, les travaux de Guinguené, Sis- 
mondi, Rochegude et surtout l'influence de Raynouard qui amène 
presque à elle seule, en France, le réveil des études romanes. 

L'auteur consacre plusieurs chapitres à l'influence des histo- 
riens Augustin Thierrv, Michelet, Guizot, aux vulgarisateurs et 
amis des patois Mary-Lafon, Nodier, Millin, Mérimée, Xavier 
Marmier, aux provençalisants Méry, Taillandier, Honnorat, dont 
le dictionnaire marque déjà un progrès ; 

2° Le mouvemenî ouvrier avec les protecteurs delà poésie popu- 
laire Lamennais, Béranger, George Sand, L^amartine et les poètes- 
ouvriers Reboul, Poncv, Pélabon, Astouin, Maillet, Reine Garde ; 

3' Le mouvemeni dialectal ou traditionaliste où se note l'initiative 
des poètes populaires des bords du Rhône : Bellot, Chailan, 
Bénédit, Victor Gelu et de plusieurs autres, ainsi que les essais 
des poètes du Var et régions contiguës de la Provence. 

L'exDosé de ces mouvements établi, l'auteur en réunit les 
divers fils en une trame solide et, avec un esprit méthodique de 

(i) Editeurs: Champion, Paris, et Dragon, Aix-en-Provence, i5 fr. 



— 219 — 

premier ordre, pose les premières fondations de la renaissance 
provençale en trois chapitres merveilleusement charpentés : 

i" Deux exemples: Brizeux en Bretagne, Jasmin en Gascogne; 

2' Deux initiateurs : Crousillat et Roumaniile ; 

3' Les manifestations collectives et les premières publications. 

Et alors naît de ces initiatives et surtout de celle de Rouma- 
niile, en qui nous devons saluer le vrai précurseur, cette école 
d'Avignon, la création du Félibrige et de VMrmana Prouvençau, 
et leur apogée, avec la révélation de Mistral, le triomphe de 
Mireille, la publication du Trésor du Télibrige, l'impulsion irrésis- 
tible désormais donnée aux lettres provençales par le maître de 
Maillane, déjà en pleine gloire, l'apôtre Roumaniile, et les pre- 
miers disciples : Anselme Mathieu, Tavan, Aubanel, Paul Giera, 
Adolphe Dumas, suivis, plus tard, de tant d'autres. 

M. Emile Ripert arrête là son étude ; mais il nous laisse l'es- 
poir de voir paraître ultérieurement l'histoire de la littérature 
provençale de i86o à nos jours. Déjà nous en a-t-il donné les 
prémices avec son admirable travail sur la versification de Frédé- 
ric Mistral ()). 

Ce serait l'heureux complément des annales d'un passé gran- 
diose, digne et clair épisode du grand problème ethnique qui se 
pose aujourd'hui aux yeux de l'humanité, après tant de chimères 
et de rêves anéantis : l'harmonie des nationalités et le fécond 
réveil régional. Charles Grando. 

( I ) Cf. J^evue Catalane, i 5 juin 1918, p. i 3o. 

Quelques noms de plantes 4 synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

<e|^ (SWTE) 

N 

nantilla, lentille. — llentia. 
nap, navel. 
» bort. — voir repunxô. 



k 



— 2:^0 — 

naret. — voir boixerica. 

nart, nard. 

naviu. — voir abaixonera. 

nepta, népète, cataire. — - herba dels gats. 

nespler (et nesprer), néflier. 

niella, nielle. 

noguer, noyer. — pacana. 

nyàmara, (et nyama), topinambour. 



Oliu (et olivera), olivier. 

Olivarda, aunée. 

Olivella, troène. — albena, alsena, troana. 

Olivereta, camélée. — garuppa. 

Ollastre (et ullastre), olivier sauvage. 

om, olm, olmissa, olmisser, aumisser, ormeau, orme. 

Ordi, orge. 

» Salvatge. — voir espigadella. 
Orella de monja, ombilic. — barret de capellà. 

» de rat. épervière. — herba del cancer. 
Orenga, origan. 
Oriol, oronge. 
Orobanca. — voir frare. 
oronia. — voir adzaroller. 
Ortiga (et ortigol), ortie. — estrigoi, xiripia. 



pacana, sorte de noyer. 
paciencia, patience, rumex. — panatiella. 
pallîier, palmera, palmier dattier. 
pampes, ombelUfères, berse, boucage. 
pàmula (et pdlmula) paumelle. 

panaces (et panac, panec), berse panacée. — bercet. 
panadella. — voir paciencia. 
paniça (et paniçold). — setaire, panis. 

panicalt (et penical), panicaut, chardon roulant. — espinacart, 
cart corredor, cent caps. 



27 I — 



pantinella. — voir pimpindla. 

paparola. — voir rosella. 

paparra, sfjphysaigre. — herba dels poils, cibadella. 

parra, treille. 

paSSa=Cami, renouée. — herba caminadora, herba caminairt:, 

herba de cent nusos, trava-cavalls, estira-velles, escanya-veiies, 

presseguera. 
paSSionera, passiflore. — flor de ia Passiô. 
pastanaga, carotfe. — bufanaga, safanoria. 

> Salvatge, panais. 

pastell, pastel, vouèJe. 
pata. — voir pota. 
pataCS. — voir ^olitxos. 
patana, pomme de terre. — trumfa. 
pavia, pêche. — albargo. 
pebre d'aygua, persicaire. — sanguinari. 

pebrina (et pebrot), poivron. — bitxo. 

peceteS, lunaire. — herba de la plata. 

pedrassa, vesse. — vessa, arvelles. 

pels. — voir cabells. 

pelitre, pyrêthre. 

pellagra. — voir esparcer. 

pelosella, pHoselle. 

penical. — voir panicalt. 

pensament, pensée. -- herba de la Trinitat. 

pentecosta, orchis. 

penteCOStera. — voir boixerica. 

p£Onia. — voir ebutiscla. 

pcpino, cornichon. 

pepirigall. — voir esparcet. 

peralloner. — voir sanguinyol. 

perer, poirier. 

pericô groc. — voir trescam. 

» vermeil. — voir caxalagua. 
perpetuina, immortelle. — sempre viva. 
pervinca, pervenche. — herba de primavera. 
peSOl (et peso), pois. — tirabec. 
pet de llop, lycoperdon. — llufa. 



222 



peu de Cavall, tussilage. — peu de mula. 
» de llop. — voir marxivols. 

pi (et pinatell), pin. 

pibet, sapin. — bet, abet. 

picapoU (et pic de gallina). — voir morello. 

picaranyeS. — voir galzeran. 

pimpinella, pinpremlle. — pantinella. 

pingcll. — voir trescam. 

pinta, scandix peigne de Yénus. — agulles de pastor. 

piragues. — voir vidauia. 

pjta (et pitalassa). — voir etzevara. 

pixa=llit. — voir masteguera. 

pix de Cà, chénopode. — herba pudenta. 

plantage, plantain. 

pO]iol, pouliot. — puliot, purriol. 

poil (et pollanc, pollancre), peuplier. — x6p. 

» blanc, peuplier blanc. — alber, arbre blanc. 
poma d'ainor, tomate. — tomata. 
pOnier, pommier. — (voir aussi camosina.) 
» d'Adam. — voir punsemer. 

» de Sant Joan, alisier. — selvier de muntanya, subrà. 
ponsemer. — voir punsemer. 
porre (et porro), poireau. — ceballot. 
porraSSa (et porranissa), asphodèle. — porreca, gamonet. 
porreca. — voir porrassa. 
pota de Cavall. — voir peu de cavall. 
potes de gallina. — voir sarreig. 
potes i maneteS- — voir mareselva. 
preSSegUer, pêcher. — (voir aussi pavia.) 
preSSegUera. — voir passa-cami. 
primavera (et primula), primevère. — cucut, herba del cucut, 

herba de sant Pau. 

pruner (et prunera), prunier. 

pUCera. — voir seragatona. 

pudent, datura stramoniuw. — herba de les talpes, herba taupera. 

puliot (et purriol). — voir poliol. 

punsemer (et poncemer, cédratier. — cédrat, pomer d'Adam. 

pUnxa<ClauS. — voir abriuls. f/? suivre) 



Davant de la mar 

La mar té un eternal encantament, 
la mar té un eternal extremiment, 
i es venturosa i es malestruga. 
La mar té un eternal encantament 
i canta i riu i es plany i juga. 

Exteneu les vêles amples 
en l'amplaria de la mar. 
Doneu al cant de les ones 
la dolçor del vostre cant, 
j mentre el coratge us dugui, 
llenceu-vos sempre à la mar. 

Mentre la ventura us dugui, 
no heu de tèmer ni plorar. 
La ventura es vostra amiga, 
perque es la amiga del mar. 

Exteneu les vêles amples 
i obriu les boques al cant, 
que us el rediran les ones 
com tornaveus de la mar, 
tant si el dicta l'esperança 

com si amb llàgrimes es plany. 
La mar es vostra germana, 
vosahres els seus germans; 
La ventura us hi acompanyà, 
en la amplaria de la mar. 

La mar té un eternal encantament, 
la mar té un eternal extremiment, 
i es venturosa i es malestruga. 
La mar té un eternal encantament, 
i canta i riu i es plany i juga. 
(El poème dels Camins.J Alfons Maseras. 






DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

4*^^^ (SUITE) 

XI. Transit des marchandises ( i3yS-ij^ïy). Ordonnances relatives à t'exporia- 
tion des marchandises et au droit de transit, impôt sur les importations ( 1 408 ). 
Permis de franchise concernant les draps. Interdiction d'exporter des chevaux 

('425). 

Comme suite au droit de rêve, il est intéressant de voir quels 
sont les règlements concernant l'importation et la franchise des 
marchandises provenant du Roussillon. 

Ordonnance relative à la franchise des marchandises exportées 
du royaume, à l'exception des bilîo e clova dont le trafic est 
expressément interdit par mandement du roi. 

Ce droit d'importation et d'exportation concernait la poix, le 
suif, le bois, le fil, le fer, les armes, les chevaux d'armes.: toute 
infraction à ce règlement sera puni d'une amende de c sols. 

I 2 août 1 378 

Lo Governador 

Als honrats tots e sengles officiais dins nostra Governacio cons- 
tituits, e à gardes de passes e de coses vedades o à lurs lochs 
tenens, als quais les presens pervendrân, salut e prosperitat. Con 
nos axi con président hajam jurât de tenir e servar les constitu- 
ions e siam tenguts de ensercar e mantenir lo proffit e utilitat 
de la cosa publica de nostra Governacio, en nostra plen conseyl 
appellat e ausit plenerament i'onrat En Berenguer de Maguerola, 
procurador reval en los comptats de Rossello e de Cerdanya e 
maestra de ports en los dits Comta[t]s, e son lochtinent, hajam, 
à instancia dels honrats consols de la vila de Perpenya, p'er be e 
utilitat de la cosa publica d'aquesta terra, una veu e dues per jus- 
ticia déclarât e ordonat que totes universes e sengles coses e mer- 
cadaries, quais que sien, pugen esser treytes de la dita terra 
franchament e quicia, sens licencia e albara del dit maestre de 



— 225 — 

ports, no contrestant quai que s' vuyla inhibicions ne uses, excep- 
tât les coses que son prohibides per constitucio, e exceptât 
billo(i) e clova que son prohibides per exprès manament e ordi- 
nacio del senyor Rey. Per so, ios requeridors requerim e als 
altres dehim e expressament manam que, observant les dites nos- 
tres declaracio e ordinacio, lexets passar e exir de la dita terra, 
es asseber del comtat de Rossello, per terra o per mar, totes uni- 
verses e sengles coses e mercaderies, quai que s' vulla sien, sens 
licencia e albara del maestre de ports, exceptats pega, çeu (2), 
alquitra (3), fusra, cambe, fil, exarcia, fferra, armes e cavaljs o 
rocins d'armar, les quais coses son vedades per exprès manament 
e ordinacio del dit senyor Rey ; e en asso, sots pena de c. sol. 
per cascuna vegada, no fassats deguna contradiccio ne embarch, 
d'altrement la dita pena se exeguiria, e tôt dan e descrich que 
per culpa vostra s'en seguissen, se imputarien de e sobre vos- 
tres bens, e nos contra vos provehiriem de remeys covinents. 
Volents e ordina[n]ts que de les dites coses prohibides vos sia 
donat translat, per so que si de les altres qui no son prohibides 
eren tretes de la dita terra, no poguessets allegar que les 
ignorats. 

Dat. a Perpenya, z XI 1 dies del mes d'agost del ayn de la nati- 
vitat de Nostre Senyor Mil CCCLXXVlll. 

Vid. P. Comitis. (4) 

Deux permis de franchise accordés par le lieutenant de Procu- 
reur Royal pour des draps « cadisses » blancs et de coulf.ur, 
expédiés par Jacques Figuères, Jacques Serrât et Jacques Vives, 
marchands et tisserands de Perpignan, sur « la galère des Flçrcn- 
tins », commandée par Pero Sent-Pini, avec détail des pièces, 
marques et numéros de chaque ballot, et le nom des consigna- 
taires, Johan Jorda et Guillelm Vidal, à Pise. 

Perpignan, 5 avril 1427 

(1) Monnaie de billon ; cast., vellôn. 

(2) Seu ; suif, graisse ; cast., sebo ; lat., sébum. 

,3| Composition de pega, seu, grassa, résina y oli. Cast., alqujtran. de 
l'arabe al-quitràn : goudron. 

(4) Archives communales de Perpignan, AA. 3. livre vert mineur, t. 1". 
f 267 v'. 



&-. 



226 

[Draps carregats en la galera dels Florentins.] 

En P[ere] Roure, etc. \ : lochtinent del molt honorable mos- 
sen Bernart Albert, cavalier, Procurador Reyal en los comtats 
de Rossello et de CerdanyaJ (i). Als honrats tots universes e sen- 
gles officiais axi reyals com no reyals o à lurs lochtinents e à 
totes altres persones axi patrons de naus, de galères, com cossa- 
ris (2) de mar, de qualsevol nacio sien, als quais les présents per- 
vendrân e les coses dejus scrites en qualsevol manera se pertan- 
guen, salut e honor. Certificam vos ab les présents que lo hono- 
rable en Ffrancesch Fabre, mercader de la vila de Perpenya, ha 
carregat e tramet ab la galera dels Florentins, la quai patroneja 
Pero Sentpini, florenti, trenta draps cadisses, ço es xx blanchs e 
X acolorats, tots senyats de sa mercha, lo quai es de la présent (3) 
forma. 

Per que, de part del senyor Rey e per auctoritat dels officis 
dels quais usam, à instancia è requesta del dit honorable En 
Ffrancesch Fabre, los requeridors de vosaltres requerim e als 
altres dehim e manam expressément e de certa sciencia que en 
los dits draps ni en algun d'aquells no fassats ni permetats fer 
als^un embargament com sia à nos cert e notori los dits draps 
esser del dit honorable En Ffrancesch Fabre, com ha aquells haja 
carregats ab la dita galera de volcntat e consentiment nostre. 

Dada en Perpenya, à V d'abri! del any de la nativitat de 
Nostre Senyor MCCCCXXVI 1 . 

DE SERINYANO, judex. 

En Père Roure, etc. En Ramon de Serinya, etc. [doctor en 
décrets, jutge del Patrimoni Reyal en los dits comtats] (4), als hon- 
rats tots universes, etc., salut e honor. Certifficam vos ab les pré- 
sent? que los honrats en Jacme Figueres, mercader, Jacme Serrât 
e jacme Vives, tixedors, tots de la vila de Perpenya, han carre- 

( 1 ) Formule empruntée à. un document antérieur du même registre. P 1 1 9. 

(2) Embarcacio armada en cos ; lat., cursus (embarch). 

(3) Le document reproduit le dessin de la marque du ballot (une croix 
en partie hors d'un triangle». 

(4) Emprunté au même document, ci-dessus cité.* 



i 



227 

gats e trameten ab la galera dels Florentins, la quai patroneja 
Pero Sentpini, florenti : ço es Jo dit Jacme Figueres deu draps 
cadisses (i) blanchs, enbaiats en dos baies n" 4 n° 5, consignais en 
Pisa a 'N Johan Jorda senyades d'aquest senyal ; e lo dit Jacme 
Sarrat xi draps cadisses blanchs, enbaiats en dos baies senyades 
d'aquest (2) senyal, consignais a 'N Guillelm Vidal, en Pisa ; e lo 
dit Jacme Vives, xj draps e mig cadisses blanchs, enbaiats en dos 
baies n' 2, n' 3, senyades d'aquests senyals (3), consignades en 
Pisa al dit Guillelm Vidal. 

Per que, de part del senyor Rey, etc. (fiât ut supra prope). 
En testimoni de les coses damunt dites, vos fem la présent cer- 
tifficacio, sageliada ab lo sageil menor del offici de la Procuracio 
Reyal dels dits comtats. 

Dada (ut supra). (4) 

Provision du roi Alphonse d'Aragon, renouvelant la défense 
de laisser exporter des chevaux, sous peine de cinq mille florins 
d'or d'Aragon, et recommandant à tous les officiers royaux de 
redoubler de vigilance à cet effet, en raison.de « los affers que 
.tenim entre mans. » En cas d'infraction à cette ordonnance, saisie 
et confiscation des chevaux au profit de la Cour. 

Saragosse, 22 mai 1425 

[Provisio fêta per io senyor Rey sobre la prohibicio per lo dit 
senyor fêta de no traure cavalls de sos règnes e terrasj. (5) 

N'Alfonso, per la gracia de Deu rey d'Arago, de Sicilia, de 
Valencia, de Mallorques, de Cerdenya e de Corcega, comte de 
Barchilona, duch dé Athènes e de Nopatria, e encara comte de 

(i)Cadissos, cadins : drap groller de liana ; cast., tosch, mal fet (drap 
grossier). 

(2) Marque du ballot : étoile hors d'un triangle. 

(3) Marque du ballot : croix au centre d'un triangle ; croix intérieure et 
extérieure au triangle. 

(4j Archives des Pyr.-Or., B. 232, Registre XV de la- Procuracio real, 

f° '29 v\ /II? 

[5) On remarquera les vieilles formes catalanes jiu futui4 en ets : atroba- f f ^ 

rets, confisquets, executets, donarets, haurets. 



— 128 — 

Rossello et de Cerdanya. Als nobles amats e feels consellers nos- 
tres los Governadors de Cathalunya e dels comdats de Rossello 
e de Cerdanya, Batlle gênerai e Procurador Reyal dels dits prin- 
cipats e comdats, e no res menys à veguers, bâties e à tots altres 
quais se vol officiais nostres e als lochtinents de aquells, als quais 
les présents pervendrân e serân presentades, salut e dileccio. 

Entés havem novellamcnt que alguns serien entrats dins lo 
principat de Cathalunya per comprar cavalls e traure aquells fora 
nostres règnes e terres. E jatsia(ij tota treta de cavalls en tots 
temps sia prohibida, à major cautela (2) empero e per que en lo 
présent temps, per los affers que tenim entre mans, la dita treta 
es molt mes evitadora, vos ne volem avisar ; les quais coses, com 
sien à nos desplasents, e no havents ab pasciencia la sola attemp- 
tacio d'aquelles, à vosaltres e à cascun de vos manam expressa- 
ment e de certa sciencia, sots incorriment de nostra ira e indigna- 
cio e pena de cinch milia florins d'or d'Arago à nostres coffreus 
applicadors de cascun contrafahent, e encara sots altra major pena 
à nostre arbitre reservada, que de continent façats servar la ini- 
bicio de treta generalment de cavalls fora nostres règnes e terres. 
E si cars era que aigu o alguns, de qualsevol stat o condicio sien, 
attemptaven fer aquella, cascu de vosaltres en vostra jurisdiccio,' 
tota hora e quant ho atrobarets, procehiscats à occupacio e de 
fet prengats los dits cavalls e aquells confisquets à nostra cort ; e 
no res menys executets en aquells les pênes que per aquesta raho 
haurân encorregudes, sens comport aigu, tota excepcio de perso- 
nes postposada ; denunciants-vos que si, per comport, compla- 
cencia o contemplacio de aigu o alguns, vosaltres o aigu de vos 
sabiem o sentiem negligens, différents o ab comport aigu, o sobre 
aço donavets alguna prerogativa e favor, nos. procehiriem, contra 
lo contrafahent de vosaltres o attemptant algunes coses, à execu- 
cio de les dites pênes agrament e rigorosa ; en altra manera, vos 
dariem à conexer lo deservey que haurets comés, en manera que 
à vosaltres séria pena e altres eximpli. Dada en Ceragoça, sots 
nostre segell secret à XXI 1 de maig, en l'any de la Nativitat de 
Nostre Senyor Mil CCCC.XXV. (3) 

REX ALFONSUS. 

(i ) Malgré. 

(2) Précaution. 

(i) Arch. des Pyr.-Or., B. 232, Registre XV de la Procuracio real, f" 1 09. 



229 — 

Ordonnance du roi Alphonse d'Aragon, portant défense aux 
Allemands, Savoisiens et autres sujets de l'Empereur d'Allema- 
gne et du duc de Savoie, d'exporter (carregar o nevegar) les 
marchandises hors des Etats d'Aragon, autrement que par des 
navires appartenant à ses sujets, à moins que ceux-ci ne s'y refu- 
sent ; et imposition de 4 deniers pour livres sur toutes leurs im- 
portations. Pour que ces étrangers ne soient pas molestés par 
suite de procès et différends en raison de ce droit et de sa levée, 
le roi commet pour juge de ces procès, et aussi comme consul et 
protecteur des dits étrangers, frère Garcia de Torras, comman- 
deur de Castellot. 

Le document spécifie, pour éviter toute contestation en cas de 
paiement pour les marchandises exportées, que le royaume d'Ara- 
gon comprend l'Aragon tout entier avec le comté de Ribagorça ; 
dans le royaume de Valence est compris tout le territoire qui 
aboutit à Oriola inclus ; le royaume de Mallorque comprend les 
iles de Majorque, de Minorque et d'iviça ; la ville de Sardaignc 
représente tout le royaume de Sardaigne ; et la principauté de 
la Catalogne comprend la Catalogne entière et les comtés de 
Roussiilon et de Cerdagne. 

Tortosa, 7 janvier 1408 

[Per los Alamanys, Savoyenchs e altres destrictuais del senyor Rey .] 

Nos N' Alfonso, per la gracia de Deu, rey d'Arago, de Sici- 
iia, de Vaiencia, de Mallorques, de Sardenya e de Corcega, 
comte de Barchilona, duch de Athenas e de Nopatria, e encara 
comte de Rossello e de Cerdanya. 

Considérants esser digna e justa cosa e à tota bona equitat 
concordant, que, ax) com los Alamanys e Savoyhenchs e altres 
districtuals del Emperador d'Alamanya e del duch de Savoyha stan, 
negociegen, contracten e mercadegen en e dins nostres régnas e 
terras sots nostre proteccio e guiatge(i) e de molts altres preroga- 
tivas e favors, segons se conte devall, privilegiats, fahents grans 
goanys (2) e multiplicants lurs esmerçes e havers grantment en 
aquells, axi nos e la cosa publica dels dits nostres règnes e terres 

(1) Guia ; sauvegarde ; lat., via. 
(2 ) Guany ; gain. 



— 23o — 

reporten de ells e de lur stada, axi com fem dels Ytalians e altres 
mercaders négociants dins nostre senyoria, dagut fruyt e utilitat. 
Per ço provehim, statuim e ordonam que algun dels Alamanys, 
Savoyhenchs e altres dessus dits no puxa ne gos carregar o neve- 
gar algunes robes o mercaderies del règne, terras e principal 
damant dits en alguna fusta o navili, sino ab fusta o navili de 
sotsmesos (i) nostres, per trametre en alguna partida o partides, 
axi dins com de fora nostra senyoria. Empero es entés al cars 
que los dits nostres sotsmesos volguessen levar les dites robas o 
mercaderias o pendre aytals partits ; e si cars era que los dits 
nostres sotsmesos no volguessen aquelles levar, o pendre aytal 
partit, en aquell cars puxen trametre e navegar aquellas ab altres 
navilis o fustes de altres qualsevol personas. E si per ventura no 
s' podien avenir sobre o per raho del nolit o nolits, si donchs ja 
no son tatxats, hajan e puxen aquells nolits tatxar los consols de 
la mar (2) de aquella ciutat o vila hon se farân los dits nolits e s' 
carregarân les mercaderies damunt dites. 

Item, que si aigu o alguns, axi nostres sotsmesos.com altres 
qualsevol negoriarân o respondrân per los dits Alamanys, 
Savoyhenchs o altres dessus nomenats, hagen à tenir e servar, en 
e per tôt ço que per ells farân, totes les coses contengudes e posa- 
des en io sobredit capitol, en e per la forma e manera que y son 
strets o tenguts los Alamanys e altres dessus dits. E que en los 
espatxaments (3) fahedors de las dites robes e mercaderies dins 
la senyoria nostra, axi com es paga del General e altres drets, 
hagen à dir e denunciar ab veritat, sots pena de cors e de haver, 
com les dites robes e mercaderias son de tal o tais persones de 
la dita nascio d'Alamanys, Savoyhenchs e altres ja dits, e com ell 
e ells per aquells spatxen les robes e mercaderies damunt dites. 

Item, que tota mercaderia que per los dessus dits o algun de 
ells, de qualsevol terra stranya o fora nostres règnes e terras e à 
nos no sobjectas, sera mesa en nostres régnas e terras, sien 
pagats per entrada de la valor de la dita mercaderia quatre diners 
per cascuna Iliura de diners, la quai valor e extimacio sia presa 

(1) Sotmès, somès ; sujet ; lat., subjcctus. 

(2) Le Consulat de mer fonctionnait à Perpignan depuis i388. Cf. p. 55, 
note 5 : Le théâtre de la "Loge de mer. 

(3; Despaig (despedirj ; expéditions : lat., dis-pacta«f. >_^ ^j 

il ^ ' 



— 23. — 

segons en semblants cas se acosruma en lo General de Cathalunya 
pendre. 

Item, per tota mercaderia, bens c robes dels dessus dits Ala- 
manys, Savoyenchs e altres ja dits, que cxirân per mercadejar en 
altres parts fora aquells, si 1' vol sien robes o mercaderies que 
sien stades portades d'altre part stranya on sia ja stat pagat dret 
de entrada segons lo précèdent capitol, o sia comprada o hauda 
dins los dits nostres règnes e terras, sien pagats per exida e treta 
iiii diners per cascuna lliura de dîners de la valor de tais bens, 
mercaderia e robes. Exceptât empero que per vitualles (i) ne 
encara per vestidures, armes, vaxella, cavaicadures, sclaus o altres 
coses que sien per à Ilur propri servir e us, no paguen alguna cosa, 
ans ne sien franchs, segons se use en lo General de Cathalunya. 

Item, per robes o mercaderies per los dessus dits Alamanys, 
Savoyhenchs e altres ja dits, dins algun nostre régna o principat 
comprades e en aquells mateix venudes o en altra manera con- 
tractades, no sia pagat lo dit dret, ans puxen los dessus dits 
comprar, vendre o en altra manera contractar, sens frau e dimi- 
nucio del dit dret de quatre diners, franchs d'aquell en cascun 
dels dits régnas o principat, à Ilur volentat. 

Empero, si tais robes o mercaderias comprades o haudes per 
los damunt dits en aigu dels dits régnas o principat, eren per ells 
portades o trastegades (2) del régna o principat on les haurien 
comprades o haudes en altre régna o principat de la dila nostra 
senvoria, sien pagats per tal portament. trestejament (3^ o exida 
de un règne en altre quatre diners per cascuna lliura de diners 
per valor de las mercaderias o robas ; déclarants empero que, pus 
una vegada hajan pagat lo dret dessus dit de exida per tresteja- 
ment o exida de un régna o principat en altre, puxen les dites 
robas o mercaderias esser portades, tretes o trestejades, vanudes 
o contractades en qualsevol altre régna o principat nostre o fora 
nostra senyoria franchament e franques del dit dret, axi que no 
sien tengudes ne los dessus dits per ells tengudes (4) al dit dret 

(1 ) Vivres ; cat., vitual^a. -^ 

^2-3) Trtsteig (trajet, transport) a le sens, ici, d'objet importé dans le 
royaume. 

(4) Sic. Sans doute pour : per elles tenguts. 



232 

de entrada ho exida, si donchs no s' tornaven en aquell mateix 
dit régna o principat d'on ja serien tretes. E per tolre tôt dupte 
en la paga per la exida de un régna en altre o principat de la 
dita senyoria nostra, se déclare en lo règne d'Arago esser entés 
tôt Arago e lo comtat de Ribagorça, e en lo règne de Valencia 
esser entesa e compresa tota la partida de Xaxona enllà tro per 
tôt lo terme d'Oriola inclusivament, e en lo règne de Mallorques, 
esser entesas e compresas les isllas de Mallorques, Manorcha c 
Yviça e altres à aquellas adjacents, e en lo régna de Sardenya — 
quant es als présents capitols — esser entesa la illa de Sardenya 
tant solament, e en lo principat de Cathalunya esser entesa tota 
Cathalunya e los comtats de Rossello e de Serdanya : axi que, 
per portar o trastejar les robes o mercaderias dels Alamanys, 
Savovhenchs o altres damunt dits, de Mallorques en Manorcha o 
Eviça vel e|nj contra, no sia pagat dret aigu de entrada o exida. 

Item, per tolre tota incertitud, nos ordonarem als dessus dits 
en la collecta o exaccio del dit dret cert coîlector o collectors o 
reebedors en cascun nostre régna o principat e en los lochs 
opportuns à colleccio d'aquells, qui exigesquen, cullen e rebcn lo 
dit dret, sens tota molestia e vaxacio. 

Item, per tal que en les questions e débats, si alguns se 
seguexen per raho del dit dret als dessus dits, e que en la col- 
lecta o exaccio del dit dret no sien los dessus nomenats vexats 
ne trets à diverses jutges e juys, ordonami, elegim e provehim en 
jutge e determenador de les dites questions e débats e encara en 
lur consol e protector lo relegios e amat conseller nostre, ffrare 
Garcia de Torras, doctor en leys, comanador (i) de Castellot, e à 
ços subdelegats en los règnes d'Arago, de Valencia, de Mallor- 
ques e illas à aquells adjacents, e de Sardanya, e principat de 
Cathalunya e comtats de Rossello e de Sardanya, ab dret e'pre- 
rogativas, jurisdiccio e salaris pertanyents, acostumats e deguts. E 
ponesquen axi mateix los fraudants lo dit dret o fahents o come- 
tents engan o salvateria (2) en aquell, en poder del quai frare Garcia 
e de sos sotzdelegats, cascu en son loch c administracio, hajen 
los dessus dits Alamanvs, Savovhenchs e altres dessus dits, por- 

[i) Comendador (cast.). 
(2) Salvetat. 



— -.33 — 

tants o fahents portar o d'aquells traure lurs mercaderias o robes, 
sots virTut de sagrament per ells prestador en poder dels prop 
dits officiais, dir e manifestar vertederament totes e sengles robes 
e mercaderias deis Alamanys, Savoyhenchs e altres dessus dits o 
de qualsevol altres per qui farân o respondràn que porten o fan 
portar tota vegada que requests ne sien. 

E per tolre tota altercacio, provehim e declaram que robes 
algunes o mercaderias qui vinguen de altres régnas e terras stra- 
nyes, e vagen o sien portades fora los règnes e terras de la dita 
nostra senyoria, encara que passen per los. dits nostres régnas e 
terras, no paguen lo dit dret, sino en aquells cases e segons per 
semblants robas o mercaderias de passatge se acostuma de pagar 
en lo dret del General de Cathalunya en lo présent temps. 

Encara ordonam e provehim, per obviar à tota frau o salvate- 
ria, les quais les persones de be no cometrian per lur innada vir- 
tut e prudencia, e les maies persones se retrahen solament per 
pahor de pena, que cascu dels dessus dits, fahent o cometent frau 
o salvateria en los dits drets, ço es celant o amegant, no dihent 
o diminuint o no manifestant les coses o mercaderias, segons es 
dit, o no pagant io dit dret en ços cassos, fahent mètre ses robes 
o mercaderias en nom d'altri qui no sia dels Alamanys, 
Savovhenchs e altres ja dits tenguts à pagar lo dit dret, o en 
altra manera, sia encorregut e caygut en tais o semblants penas 
com al présent cars encorre lo fahent o cometent semblants salva- 
terias o fraus en io dret del gênerai de Cathalunya, aplicadores 
à nostres coffres. 

E nos, considérants que multiplicant-se los dessus dits Ala- 
manys, Savoyhenchs e altres dessus nomenats en nostres règnes e 
terras, se multiplicarân les mercaderias e bens comuns de la cosa 
publica dels dits règnes e terras : per ço volents donar manera 
que pus facilment los dessus dits vinguen fer les dites mercade- 
rias en los dits nostres régnas e terras, prometem en nostra bona 
fe reyal e juram als sanvs quatre envangelis que tots e sengles 
Alamanys e altres damunî dits qui ja son o d'aqui avant vendrân 
en los dits régnas e terras ptr nègociar o mercadejar, e à lurs 
procuradors. factors e ber.s' ator ^^arem e de présent atorgam sem- 
blants guiatges que havem atorgats als Ytalians négociants o mer- 
cadejants .en los dits nostres règnes e terras e pagants lo dit dret ; 



c prometem c juram del tôt servar aquells. E los clits guiatges 
atorgarem à temps de sinch anys, e que d'aqui avant duren à nos- 
tre beneplacit, e en après per sis mesos per lur scombre e espat- 
xament, segons que es contengut en los dits guiatges dels dits 
Ytalians largament. 

Per que manam, com pus expressament e streta podem, al 
Governador nostre General, e encara, sots pena de sinch milia 
flor. d'or, à sos portants-veus en los régnas, principat, ysllas e 
comtats dessus dits, vaguers e balles axi gênerais com lochals, e à 
tots e sengles altres officiais o sotsmesos nostres, en qualsevol 
manera sien apparellats, e als lochtinents dels dits officiais e à tots 
e sengles altres officiais e persones dessus contengudes, axi pré- 
sents com esdevenidors, quellas coses damunt expressades e à cas- 
cuna d'aquellas, les quais nos, en nostre bona fe reyal, tenir e 
servar prometem e encara juram als sants quatre evangelis, segons 
dessus es contengut, tenguen fermament segons lur continencia e 
observen e contra no hi fassen o vinguen per qualsevol manera ; 
toUents-lurs ab la présent tota auctoritat, jurisdiccio, poder de fer 
lo contrari, e déclarants allô que séria contra fet esser va, cas, 
nulla e de tota efficacia e valor freturant. 

En testimoni de la quai cosa manam la présent esser fêta e ab 
nostre sagell pendent sagellada. 

Dada en Tortosa, à set dias de janer del any de la nativitat de 
Nostre Senyor M.CCCC. vuit, e del nostre régna quint. 

REX ALFONSUS. 

Predictum translatum fuit veraciter cum ejus carta original! 
comprobatum per me Petrum de Busquetis, auctoritate regia 
notarium publicum per totam terram et dominationem illustrissimi 
domini Aragonum régis. Ideo ego notarius predictus, de premis- 
sis fidem faciendo, hic manu propria me subscribo. 

De qua quidem littera et ejus capitulis fuit facta in villa Perpi- 
niani per locha assueta preconitzatio hujusmodi seriey : 

Ara hojats que us notiffica lo molt honorable mossen Dalmau 
de Darnius, cavalier, loctinent del molt noble mossen Ramon de 
Perellos, cavalier, Governador dels comtats de Rossello e de Cer- 
danya, à tôt hom generalment de qualsevol condicio e stament 
sia, los capitols que lo molt ait senyor Rey ha fets sobre lo dret 



— 235 - 

d'aquells quatre diners per iliura barchilonesa qu'el dit senyor ha 
imposât de nou e ordinat esser levât e cullit de sobre les robes, 
mercaderies e bens que 'Is districtuals del molt excellent princep 
Emperador d'Alamanya, Rey dels Romans, e del illustre Duch 
de Savoya. metrân e posaràn dins los règnes e senyoria del dit 
senyor Rey, e trauràn de aquells. La ténor dels quais capitols se 
segueix per la manera seguent : 

« Nos N' Alfonso, per la gracia de Deu, etc. » — Inseratur 
jam est supra. 

Per que lo dit honorable loctinent de Governador, request tant 
per lo honorable Procurador Reyal dels comtats damunt dits com 
per Alffonso Suaris, procurador del honrat en Raphaël Ferrer, 
mercader de la ciutat de Barchilona, gênerai reeb|ed|or, cullidor 
e levador del dit dret, per lo senyor Rey députât, ab veu de la 
présent crida notiffica à tôt hom generalment los capitols damunt 
dits, per tal que algun ignorancia no puga allegar. 

Die martis duodecima decembris, anno a nativitate Domini 
millésime quadringentesimo vicesimo quarto, Bernardus Cruells et 
Johannes Bosom retulerunt se fecisse et publicasse predictas pre- 
conitzationes. 

(A suivre) Henry Aragon. 

(i) Archives des Pyr.-Or., B. 232, Registre XV de la Procuracio real, 
f" 92-95. 

L'A VIO 

Espantall apocalîptic 

damunt del cel un cavall de ferre cavalca, 

els minyons apunten l'aviô vola que vola 

com si volguessin fer blanc en la lluna que brilla 

i no l'erren com mai erren l'infanteria enemiga ; 

l'aviô eau, 

eau, eau... 

s'en puja la cridôria fins al cel 

l'aviô semble un astre que s'ha desprès del cel 

tôt estrellat. 

[Sang en rovell d'où. F Tugmcnt) ]■ Perez-Jorba. 




NÉCROLOGIE 

De tristes nouvelles nous arrivent de Barcelone. Notre brillant collabo- 
rateur et ami Joseph Aladern (Cosme Vidal) est mort des suites de la grippe. 

Aladern occupait une place d'honneur dans la littérature catalane. ]1 est 
l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages en poésie et en prose, d'études philo- 
logiques et notamment d'un dictionnaire catalan d'une valeur incontestable. 
11 remportait encore tout dernièrement le prix de prose au concours Clavc. 

Aladern était un ami de la France où réside une partie de sa famille ; il 
venait parfois passer quelques jours à Perpignan, chez son fils Pompeu. 11 
sera vivement regretté dans les milieux littéraires et francophiles et surtout 
de nous qu'il avait souvent guidé de ses conseils. 

L'on nous annonce également la rhort de M. Josep Moratô y Grau, 
rédacteur en chef de la Veu de Calalunya et auteur très apprécié. M. Moratô 
y Grau était un bon catalan et un fervent francophile, il avait assisté à la 
grande manifestation des intellectuels catalans qui eut lieu dans notre ville, 
en février 1916. 

Nous avons le regret d'apprendre encore la mort de M"' Teresa Mase- 
ras, musicienne de talent, sœur de l'illustre écrivain barcelonais Alfons 
Maseras, que la Société d'Etudes Catalanes à l'honneur de compter parmi 
ses membres. 

Nous adressons à ces trois familles nos bien vives condoléances. 

Llibres y espectacles 

Entre els llibres publicats aquests darrers dies recordarem : l'aplech de 
narracions d'un pur classicisme Contes a l'aizar y l'acurada ediciô d'Eghgues 
y del Poema dels Camins del nostre bon amich y collaborador N' Alfons 
Maseras ; el primer volum de VAnalecta JHontserratina, magnifie volum de" 
400 pagines amb gravats y fototipies ; la versiô catalana de Coriola, de 
Shakespeare, empresa per M. Morera y Galicia. 

Montmartre, l'obra sentimental de Frondié, que tan èxit obtinguéà Paris, 
alguns anys enrerra, ha sigut traduhida al eatalà per l'escriptor Vilaregut y 
recull alhora grans aplaudiments a Barcelona hont es magnificament inter- 
pretada per la companyia dramàtica d'En Jaume Borràs. 

Gran triomf ha assolit també la comedia d'En Pous y Pages: 1{ey y 
Senyor, estrenada fa pochs dies. 

La T(enaissance Catalane, nada d'ahir, assoleix jà un grau d'expansiô que 
nos ompla de goig. Endevant les atxes, jovenets rossellonesos, aymadors de 
la llengua payral y de la mare-terra, regionalistes de soca y d'arrel ! Ara es 
hora de despertar el poble y de li cantar l'albada de la seva resurrecciô. 
Sonem, soiiem matines als campanars de casa. C.G. 



L« Gérant, COMET. — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



I 



12- Année. N' 145 15 Novembre 1918 

Les Manuscnis non insères ^^^ ^^^^V V^ tf ^^^ 

ne son: pas rendu». J^T W^ ^^/ I I W^ 

Ln Articles parus aans la Revue ^^^ ^^ ^1^ J^ ■ 1^ H^l I4 

rt'enç>agen; que leurs auteurs. ^b^AjL Jl ^^WkJL^^^Wk A^9 A«# 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : iO fr. par an 

Resurreccio ' 

Su '1 dol de les tiranies 

eau un darrer toch de morts. 

Adeu passades félonies, 
adeu los vells dies, 
la llibertat santa que fa 'Is homes forts 
su 'Is volcans d'ahir obra noves vîes. 

Y sona que sona, amb veu sobirana, 
dels grans ideals l'excelsa campana, 

pels monts y la plana, 
esgranant son anima, enfilall sonor, 
en tritlleigs joyosos, en drinchs argentins, 
y 'J ruixim metàlich de les alegrîes 
espolsa mes fines ses cristalleries 
dins el magne hossanna dels nous dematins. 

Solemnial batallada 

les campanes han tocada 

per tota la creaciô ; 

vetacî l'hora esperada, 

la gran Pasqua es arribada, 

la Pasqua sagrada 

de resurrecciô. 

(i) Extrait du Clam T{oig. 



— 238 — 

La cendra dels despotismes 
vcn d'omplir los vcUs abismcs : 
arbitrari y csclavitut. 
Ja les Ilibertats screnes, 
al poble tornant les rennes, 
rompen ses cadenes 
de llur puny forçut. 

Dels ôrdjts d'un nou Tibère, 
una patrja s'allibera, 
el slovach, plantant sa creu, 
per damunt del trono en ruina 
munta l'escala divina 
que s'alça hialina 
de l'home vers Deu. 

De la nissaga mes barbre 
va se descossolant l'arbre 
sota els vents d'evoluciô ; 
altre setial tremola, 
y cada hora que s'envola 

toca per tu sola, 

Civilisaciô î 



Resurrecciô sus la terra, 
la guerra matant la guerra, 
lo tira alcohol proscrit, 
les nacions mestresses d'elles, 
per la dôna lleys novelles, 
al rusch les abelles 
y un fare a la nit ! 



— 23q — 

Rcsurrccciô de rota anima ! 
De quina aurora purissima 
s'acJarirà l'infinit. 
animes, quan mes unides, 
germanes de blanch vestides, 
passareu enlleugerides 
per l'univers benehit ! 

Ja, en los marges de la ruta, 

de cada soca rebrota 

lo brancam escabotat, 

y la fulla que punteja 

sent, en son lob que verdeja, 

l'esperança creixe 

amb son colorât. 

Aixî, en l'humana nalura, 
la ma invisible qu'atura 
la germinaciô del Mal, 
del mateix camp de la vida 
arrenca l'herba marcida 
y a la virtut espellida 
dona florida eternal. 



Su '1 dol de les tiranfes 

eau un darrer toch de morts. 

Adcu passades félonies, 
adeu los vells dies, 
la llibertat santa que fa 'Is homes forts 
su 'Is volcans d'ahir obra noves vi'es. 



— 24° — 

Y sona que sona, amb veu sobjrana, 
dels grans ideals l'cxcelsa campana, 

pels monts y la plana, 
csgranant son anima, enfilall sonor, 
en tritjlejgs joyosos, en drinchs argentins, 
y ') ruixîm metàlich de les alegrîes 
espolsa mes fines ses cristalleries 
dins el magne hossanna dels nous dematins. 

Caries Grandô. 

La Renaissance Catalane 

à recelé de Mistral 



f 



Les hostilités présentes ont bouleversé, depuis quatre ans, le 
monde des affaires, des lettres et des arts. Si nos vaillants poilus 
ont fait de la belle œuvre sur nos champs de bataille, les artisans 
de la plume n'ont pas cependant chômé au sein de leurs labora- 
toires intellectuels. Pour enflammer les courages des héros du 
front et des populations de l'arrière, des voix éloquentes se sont 
fait entendre. L'une de ces voix, charmeuse et engageante, est 
venue, par la capitale, de la docte cité montpelliéraine, pour en 
évoquer une autre, également sympathique et autorisée, la faire 
surgir d'entre les morts de la guerre et lui redonner cette puis- 
sance d'airain claironnant qui avait éveillé autrefois, en nos pays 
latins, de Marseille à Barcelone, cette belle Renaissance provenço- 
catalane dont nous recueillons aujourd'hui les fruits suaves. 

Qui donc, en effet, n'a lu le Mistral de José Vincent ? Edité 
en pleine guerre, chez Gabriel Beauchesne, à Paris (i), — déjà à 
la troisième édition, — ce magistral ouvrage n'a d'autre ambition 
que de nous faire connaître les principaux traits de l'illustre Père 

• 

fi) En vente chez Brun frères, libraires, Perpignan. 



— 24' — 

du Félibrige : Frédéric Mistral. Encore que « un certain public 
l'admire de confiance, parce que quelques félibres et tout l'excel- 
lent pays d'aJessias, avec raison enthousiasmés, ont organisé 
autour de ce grand nom un magnifique et généreux tumulte, on 
pense que quelques critiques réputés, et de sûre compétence, 
d'ailleurs, ont affirmé que Mistral était très authentiquement 
l'Homère des temps nouveaux », on peut dire que « le commun 
des lecteurs de France le connaît peu... 11 existe encore beau- 
coup trop de gens qui n'ont pas lu Calendal, J^erta, et Le J^hone... 
Et c'est à peu près un scandale. Qui connaît bien, — je dis bien 

— ces deux merveilleux monuments du lyrisme français qu'on 
appelle les Tles d Or et les OlivaJes ? Qui a lu la J^eine Jeanne ? 

Telles sont les raisons, entre bien d'autres, qui ont déterminé 
le très compétent écrivain et critique littéraire, M. José Vincent, 

— un méridional, très fervent professionnel du Félibrige et de 
nos langues d'oc, le très distixigué conférencier des grandes aca- 
démies parisiennes — à nous faire partager son enthousiasme 
pour les oeuvres de Mistral. Il nous déclare que la lecture en est 
« bien plus passionnante que la dernière comédie ou le dernier 
roman bien parisien ». Le texte provençal ne doit être à per- 
sonne une raison de ne pas l'aborder carrément. Une traduction 
française, et celle-ci est « magnifique », suffit aux timides, aux 
hésitants. « Avec un oeu d'entraînement et de ferveur, on arrive 
vite à lire assez couramment la version provençale. Dans ce cas, 
le plaisir est triplé... On est toujours largement payé de sa 
peine... La poésie de Mistral est magnifique, mais avenante, et 
tout de suite délicieuse. Avec elle, jamais nulle déconvenue à 
essuver. Tout le monde doit s'v plaire. » 

Pour nous, catalans du Roussillon, il me paraît qu'il y a d'au- 
tant plus de facilité à lire, dans leur texte original, les oeuvres de 
Mistral, que notre langue maternelle, à peu de chose près, se 
retrouve elle-même, en s'y mirant, dans celle de Mireille. L'une 
et l'autre, étant issues de la même mère latine, me font l'effet de 
deux sœurs un peu lointaines qui se comprennent vite à distance, 
à mi-parole, à mi-pensée. 

Mistral ne s'est-il pas, en définitive, inspiré de nos grands ancê- 
tres, grecs et latins? Mireille est une épopée nationale qui ressus- 
cita la grande poésie des anciens âges. Le lyrisme de ses Iles 



— 24^ — 

d'Or nous rappelle celui de Pindare et des Psaumes, avec les mê- 
mes pensées géniales. S'il chante d'une voix tantôt gémissante, 
tantôt bienheureuse, la mort, la nature, la patrie, la tradition, le 
terroir, l'amour et la Foi, c'est en reprenant la vieille lyre des 
aèdes comme celle de nos antiques troubadours catalans, ou la 
harpe encore plus ancienne du prophète. En définitive, les enthou- 
siasmes de Mistral ont restitué son âme à un pays. 11 faut donc 
que toute la France, et plus particulièrement tout le Midi, toute 
la Catalogne, fassent écho à la grande voix mistralienne. 

« En sauvant une langue — a dit Charles Maurras — le poète 
a sauvé une race. » A ce titre, nous devons encore le mieux aimer. 
Et ses armes, pour sauver son pays et le noire de la déchéance ? 
« Sa poésie, tout uniment. Sa poésie et son étonnant Trésor du 
Télibrige, en tête duquel il a écrit ceci, que nous ne devrions 
jamais assez méditer, nous surtout Catalans : 

...O peuple du Midi, écoute ma harangue : 
Si tu veux reconquérir l'empire de ta langue, 
Pour t'équiper à neuf puise dans ce trésor. 

[M suivre) Jean Sarrète. 



Y En Jolfrc ? 



Les Cambres venen d'honrar els noms de Foch y de Clemen- 
ceau com a mereixedors d'un gran homenatge nacional. Y 
En Joffre ? Que no tenen memoria," els diputats ? O es que *1 sol 
de la seva gloria els hauria encegats? Sigui com sigui, hi hagué, en 
1914, un General que salvà el mon de les urpes germaniques ; 
sensé el triomf de la Marna, que ell entaulà tant bellament, era 
vençuda la França, y les demès nacions no tenien temps per orga- 
nisar resistencia. 

Y ni l'admirable Clemenceau, ni l'ilustre Foch, poch que 
haguessen tant sols eixit de l'ou. 

O bé aqueix geni es digne dels mes grans honors, o bé la Vic- 
toria del Marne es una faula. Y com no n'es cap de faula, aqueixa 
esplendida batalla, hont lo corb germànic va rebre un cop mortal, 



- 243 - 

En Joffre no 's pot descartar y, que ho volguin 6 no volguin, es 
la primera A/\arna un dels factors d'aqueixa trilogia de la gran 
Victoria : « ] offre — Clemenceau — Toch ». 

Si les Cambres no aconsegueixen afegir el nom de JofFre als 
dos altres, la França l'hi afegirà ; a la capital jà es cosa fêta, y 
numeroses seràn les ciutats que seguiràn l'exemple de Paris. 

Nosaltres protestem en nom de tôt Rossellô, y demanem repa- 

raciô d'aqueix descuyt vergonyos. 

ha T^evue Catalane. 



Une heureuse pensée d*Apeles Meslres 

Au lendemain de la Victoire, nous recevions de Barcelone la 
lettre suivante de l'illustre auteur de Tlors de sang et d'^lila : 

Amich Grande, 

Una forta abraçada y una entusiasta felicitaciô per la Victoria tan gloriosa 
per la França com humiliant per la Alemanya. 

En fi ; no han passât ! 

Adjunta va aquesta estrofa de la Marsellesa adaptada a les circumstancies, 
y que m sembla que s'imposava. 

Tôt vostre de cor. Apeles Mestres. 

Barcelona, i 9 novembre 191 8. 

Uoe strophe finale à la Marseillaise 

Allons, enfants de la Patrie, 
Le jour de gloire est arrivé ; 
A nos pieds, de la Tyrannie, 
L'étendard sariglant est tombé. 
Entendez-vous dans nos campagnes 
Les cris joyeux de nos soldats ? 
Ils viennent, fîers de leur combats. 
Embrasser leurs fîls, leurs compagnes. 

Plus d'armes, citoyens ! 
Assez de bataillons ! 
Marchons î Marchons ! 
^ La liberté 

Fleurit sur nos sillons ! 



I 1 novembre 1918. 



Apeles Mestres. 






DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

É^^^i» (SUITE) 

XJJ. Pragmatiques sanctions du roi Alphonse d'Aragon relatives aux montures 
des gens de la maison du roi et de ses vassaux (Septembre-Novembre 1427). 

Pragmatique sanction du roi Alphonse d'Aragon, portant défense 
aux gens de la maison du Roi et à leurs serviteurs, ecclésiastiques 
ou autres, à l'exception des dames et demoiselles, d'avbir pour 
montures des mules ou des bêtes autres que des chevaux (cavalls 
o rocins), sous peine d'une amende de cinq mille florins, en cas 
d'infraction* à ce règlement, qui entre en vigueur à partir du jour 
de la Nativité. 

Valence, 6 septembre 1427 

[Prachmatiqua fêta per lo senyor Rey N'Alfonso, vuy bena- 
venturadament régnant, sobre les cavalcadures, per aquells qui 
secrueixen la cort del dit senvor.l 

Nos N'Alfonso, etc., Considérants que à nostra honor e decen- 
cia de nostra reyal dignitat, e à salut del régiment dels pobles à 
nos per Deu comanats e benefici de la cosa publica es util e salu- 
dabla la provisio infrascripta. Per tal, ab ténor de la nostra pré- 
sent pragmatica sanccio fermament valedora, statuim, ordonam e 
manam que tots e sengles officiais de casa nostra, familiars, 
domestichs e servidors, de qualsevol dignitat, condicio e stament 
sien, axi ecclesiastichs com seglars, présents e esdevenidors, e los 
familiars e servidors d'aquells e de cascun d'ells, sien tenguts e 
obligats tenir e cavalcar, tinguen e cavaiguen cavalls o rocins, e 
no puxen en manera alguna cavalcar mules o altres animais o bes- 
ties, sots pena de perdre los officis à ells acomanats. E per que 
los sobredits e cascun d'ells hajen temps e espay de desexir-se 
de les mules que tenen, e haver cavalls o rocins, e mètre 's en 
l'orde e stament que dit es, volem e manam que les pênes de 
la présent nostra pragmatica sanccio no sien exequtades tro à la 



- ^45 - 

festa de la Nativitat de Nostre Senyor primer vinent ; pero d'alli 
avant contre tots los contrafaents sien promptament exequtades, 
tengudes e observades. Exceptam empero de la dita nostra pré- 
sent pracmatica sanccio les dones e donzelles de casa nostra e 
altres que cort nostra "seguirân, les quais, per lur indisposicio, 
volem à aço no esser tengudes e que puxen cavalcar mules à lur 
volentat, sens incurriment de pena alguna. 

Per que, ab la metexa présent, de nostra certa sciencia e deli- 
beradament, sots incurriment de nostra ira e indignacio e pena de 
V miiia florins, dehim e manam als Canceller, Vici-Canceller, 
Cameriench, Majordom, Algotzis e altres nostres officiais, als 
quais se pertanga, que la présent nostra pragmatica sanccio juxta 
sa séria e ténor, tinguen fermament e observen, tenir e observar 
fassen. E aquella per los lochs acustumats de la ciutat de Valen- 
cia manam esser publicada, à fi que per algun no puxa esser alle- 
gada ignorancia. E passada la dita festa de la Nativitat de Nos- 
tre Senyor, à exequcio de les dites pênes contre tots los qui à la 
dita présent pragmatica sanccio nostra contrevindrân volem esser 
procehit sens speransa de venia o perdo. En testimoni de la quai 
cosa manam esser fêta la présent ab nostre sagell secret sagellada. 

Dada en Vaiencia, à VI dies de setembre, en l'any de la 
Nativitat de Nostre Senvor M.CCCC.XXVl 1 . 

REX ALFONSUS. 

Dominus Rex mandavit mihi Ffrancisco d'Arinyo. 

Praamatique sanction du dit roi, imposant la même obligation 
à tous ceux de ses sujets ou vassaux qui voudraient obtenir « vega- 
ria, batllia, justiciat o alcaydia o altre qualsevol ofïici », a l'ex- 
ception des mostaçafs et certains autres officiers municipaux. 

Valence... novembre 1427 

[Pragmatica fêta per lo senyor Rey N'Alfonso sobre aquells 
qui d'açi avant han à tenir e cavalcar cavalls o rocins, e no mules 
ni muls]. 

Nos N'Alfonso, per la gracia de Deu, Rey d'Aragon, de Sici- 
lia, de Vaiencia, de Mallorques, de Cerdenya et de Corsega, 
comte de Barchilona, duch de Athènes e de Neopatria, e encara 



— 246 — 

comte de Rossello e de Cerdanya ; recordans en dies passats haver 
fêta la ordinacio e prachmatica subseguent : 

« Nos N'Alfonso [ut suprà), statuhim, ordonam e manam que 
d'açi avant qualsevol de nostres subdits e vassalls, de qualsevol 
stament sien, que no tinguen cavall o roçi à cavalcar per açi (i) 
e 'Is seus familiars e servidors, e de fet no cavalcarân e cavalcar 
farân à aquells sens tenir mules per cavalcar, no puxen de nos 
impetrar, obtenir ne haver vegaria, batllia, justiciat o alcaydia o 
altre qualsevol offici. E los qui ja en dies passats haurân obten- 
guts de nos algun offici o alcaydia, si d'açi à la festa de Nadal 
prop vinent, no s' serân meses à cavall, desexints-se de mules o 
muls, si n' tendràn, perden de fet los officis, car nos, per les 
rahons e causes sobre dites, volem e declaram tots aquells qui no 
tendrân o cavalcarân, tenir e cavalcar farân cavalls o rocins per à 
eils e 'Is seus qui à cavall degen anar segons es dit dessus, esser 
inabils e no poder ne deure de nostra Magestat impetrar, haver 
ne obtenir o tenir algun dels officis sobredits. Exceptam empero 
d'aquesta nostra ordinacio les mullers e dones dels dits officiais, 
per obs de les quais pusquen tenir mufs e mules, si s' volrân, puys 
homens no cavalguen en aquelles e bisties que sien per à lauro o 
atzembles. Manants per tant de nostra certa sciencia e expressa- 
ment, sots incurriment de nostra ira e indignacio e pena de sinch 
milia florins, à tots e sengles governadors, bâties gênerais e altres 
qualsevol nostres officiais als quais se pertanga, présents e sdeve- 
nidors, que la présent nostra pragmatica sanccio, juxta sa séria e 
ténor, tinguen invioiablament e observen, e per los lochs acustu- 
mats de lurs jurisdiccions fassen publicar, per tal que à tots sia 
manifesta. En testimoni de la quai cosa, manam esser fêta la pré- 
sent ab nostre sagell secret sasellada. Dada en Valencia, à 
VI dies de setembre, en l'any de la Nativitat de Nostre Senyor 

M.CCCC.XXVU. 

REX ALFONSUS. 

E com hajam entés que per algunes persones es posât en dupte 
si en la présent nostra ordinacio e pragmatica son enteses e com- 
preses justicies, mostaçafs e altres officiais o lochtinents de aquells 
de les ciutats, viles o lochs, los quais officiais nos elegim de très 

( 1 ) Pour soi. 



— ^47 — 
redo)ins(i) a nos presentats, o, en absencia nostra, los nostres 
batlle gênerai e aitres batlles locals, o los quais officiais se fan per 
eleccio en les dites ciurats, viles o lochs. Per ço, per ténor de la 
présent, declaram e volem los dits officiais e lochtinents de aqueJls 
o algun d'ells no esser compreses en la dita nostra ordinacio e prag- 
matica ; ans cavalquen mules, cavalls o rocins à lur volentats, e 
segons à ells sera ben vist, e, per la dita ordinacio e pracmatica, 
no puxen haver impediment o contrast algun en obtenir e régir 
los dits officis, en los quais serân elets e nomenats. Manants per 
tant, de nostra certa sciencia e expressament, sots incurriment de 
nostra ira e indignacio e pena de sinch milia florins, à tots e sen- 
gles Governadors, Batlles gênerais e aitres qualsevol officiais nos- 
tres als quais se pertanga, présents e sdevenidors, que la présent 
nostra declaracio e volentat, juxta sa séria e ténor, tinguen invio- 
lablament e observen, e, per los lochs acustumats de lurs juris- 
diccions fassen publicar, per tal que à tots sia manifesta. En tes- 
timoni de la quai cosa manam la présent esser fêta e de nostre 
sagell secret sagellada. 

Dada à Valencia... (2) dies de noembre, en l'any de la nati- 
vitat de Nostre Senyor Mil CCCC. XXVI 1. 

REX ALFONSUS. 

Ara hojats que notifîca lo molt honorable mossen Arnalt de 
Luppia, cavalier, lochtinent del molt noble mossen Ramon de 
Perellos, cavalier, governador dels comtats de Rossello e de Cer- 
danya, que '1 molt ait senyor Rey N' Alfonso, per la gracia de 
Deu Rey d'Arago benaventuradament régnant ha fêta una prach- 
matica al dit lochtinent prcsentada per l'onrat En P[ere] Roure, 
lochtinent de Procurador Reyal dels dits Comtats ; la quai lo dit 
senyor Rey mana publicar, de la ténor seguent : 

« Nos N' Alfonso, per la gracia de Deu, etc. » (inseratur 
pracmatica superius inserta.) 

Per que, lo dit honorable lochtinent de governador, exequint 

( I ) L'élection des consuls et mostassafs avait lieu par bulletins (ou rodolins) 
tirés au sort par un enfant de moins de sept ans. Ce mode d'élection avait 
été inauguré en i 402. Voir mon étude : L'organisaiion mumctpale. .., p. 47-53. 

(2) En blanc. 



— 248 — 

los manaments del dit senyor Rey, ab veu de la présent crida, 
publica e publicar fa la damunt dita prachmatica, per tal que 
aicun no puxa prétendre de aquella ignorancia. E car la dita 
orachmatica es stada al dit lochtinent de governador presentada 
passât lo temps dins lo .quai lo dit senyor Rey ha statuit e ordo- 
nat que 'Is dits officiais haguessen haver cavalls o rocins, desexint- 
se de muls e mules que tinguessen, per ço lo dit lochtinent 
de governador, instant e requirint lo lochtinent de Procurador 
Reyal, porroga als officiais dins la dita governacio constituits d'açi 
e per tôt lo mes d'abril prop vinent, e 'Is dits "officiais hajen 
haver e tenir per lur cavalcar cavalls o rocins e desexir-se de 
muls e de mules que tinguen, en e per la forma e manera e sots 
les pênes en la dita pracmatica contengudes. 

Die lune intitulata xu' januarii, anno Domini M°CÇCC.XXV111°, 

fuit Dublicata dicta preconitzatio per viliam Perpiniani per loca 
solita per Bernardum Cruells, curritorem publicum Perpiniani 
cum sociis suis cum tubis, prout idem preco retulit(]). 



XUJ. Criées concernant les paons du Château royal (3 juin 1439) 

Criées faites à Perpignan par Jacques Foxa et François Sala, 
au nom du Procureur du Roi, relatives à la conservation des 
paons du Château Royal : défense d'élever et de garder des paons 
mâles ou femelles ; obligation de déclarer à la Procuracio T(eyal, 
dans les quinze jours qui suivront cet arrêt, tous les animaux (paons) 
qui devront avoir une marque particulière : en cas d'infraction à 
ce règlement, confiscation des sujets et amende de soixante sous (2). 

Le 3 juin 1439 

Die mercurii tertia pred'cti mensis junii, anno predicto [1439], 
presens preconitzatio fuit \ ublicata Perpiniani per locha assueta 
per Jacobum Foxa et Ffranciscum Sala, precones dicte ville, cum 

()) Archives des Pyr.-Or., B. 232, Registre XV de la Procuracio Real, 
f°' 1 5o-i 5i . 

(2) 11 y avait, au château des rois de Majorque une ménagerie complète 
et un garde pour cette installation. (Voir Vidal, Perpignan. 1898.) 



— 249 — 

rubis suis, mandato honorabilis locumtenentis gubernatoris, ut 
dicti precones retulerunt. et cum Bartholomeo, scriptore, qui 
eam legit. 

« Ara hojats que us notiffica e us fa à saber lo honorable En 
P. Blan, donzeil, lochtinent del molt noble mossen Ramon de 
Perellos, cavalier, Governador e Capita gênerai en los comtats de 
Rossello e de Cerdanya, que, com lo honorable mossen lo i'ro- 
curador Reyal, per conservacio dels pagos (i) del Castell Reyal 
de Perpenya, los quais tots dies se perden e s' oculten, haje 
ordinat e provehit en la forma seguent, ço es que no y haja 
alguna persona, de qualsevol stament o condicio que sia, que dins 
la vila de Perpenya gos nodrhir ne tenir pagos mascles ne famel- 
ies, si donchs no son ab algun senyal, los quais pagos e senyals 
hajen à denunciar e fer scriure à la Procuracio Reyal dins xv tiies 
comptadors del die de vuy de aquells pagos que ara han e de 
aquells que per avant haurân, comptadors del die que 'Is haurân 
hauts, sots pena à quascun e per quascuna vegada de perdre los 
dits pagos, e de saxanta sols sens tota merçe. 

Item, que tota persona qui trobarà o en sa casa vindrâ algun 
pago o pagos qui no sien seus, que dins très dies comptadors del 
dja que los dits pago o pagos serân venguîs, los hajen à denun- 
ciar à la dita Procuracio Reyal, e aquels no tornen o liuren à 
alguna persona. sens licencia de mossen lo Procurador Reyal o 
de son lochtinent, sots la dita pena ; e de les dites pênes haurà 
la terça part lo denunciador e les altres dues parts seràn del 
senyor Rey. 

Per ço, lo dit mossen lo lochtinent de governador, a instancia 
del lochtinent de mossen lo Procurador Reyal, intima à tôt hom 
generalment la dita ordinacio, per tai que alcun de aquella no 
puixa ignorancia allegar ; e mana les dites coses tores e sengles 
tenir e servar sors les dites pênes; de les quais pênes lo deaun- 
ciador haurâ la rerça parr, e les dues parrs seràn del senyor 
Rey {2). 

(A suivre) Henry Aragon. 

(i) Pavôn. ant. galldindi. 

(a) Archives des Pyr.-Or., B. iSj^. P i56. 



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Contrapas 



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Tret del contrapas Uarg 

(P. Vidal, Cansoner Caialâ.) 



Pecador tingas esmena, 
Pecador tingas dolor, 
Lo que nostra colla mena, 
Balla al nom del Redemptor. 

Si de ell no tens dolencia, 
Ne seras molt castigat 

Y feras la penitencia 
Si no diues la veritat. 

Grans traballs Chr[sto passava, 
Grans tormens y grans dolors, 
Sanch y aigua ell ne suava 
Per salvar los pecadors. 

La seua gai ta sagrada 
Lo Judas li ha besat, 
Falsement eil l'entregava 
Als Jueus amb gran crueltat. 

A la cara del divinial 
Eixos airats escupian ; 
Feyan al manso eternal 
Tots los torments que podian. 

Mil assots li han donat 
Ab las malvadas ahinas, 

Y sus '1 cap li han posât 
Una corona d'espinas. 



En sas espatllas sagradas 
Li cargaren una creu, 

Y no se cuantas vegadas 

Va estropassâ '1 Fill de Deu. 

Despres que alsats se hagueren 
La seua persona sagrada, 
Elis a la creu la portaren 

Y l'han fortament iligada, 

En eixa creu arrimât 

Y sufrint ab paciencia, 
Christo la nit ha passât 
Ab granda obediencia. 

En eix carrer d'amargura, 
Maria, la sua mare, 
Se desmaya de tristura 
Vigent del seu Fill la cara. 

Prestement li han donat 
Fel,* vinagre y una llansada, 
La sanch a bulls ha rajat 
De la mamella sagrada. 

Demano perdo de cor 
Al poderos Rey de gloria 
Demano perdo de cor, 
De la Passiô tinch memoria. 



P. Francis. 



N. B. L'autor a conservât l'antigua forma. 



1 



La seigneurie ^ la paroisse de Serralongue 

^î^^iw- {SUITE) 

d) Chapelle de Saint Sébasiien 

Elle vit le jour à la fin du xvn' siècle. Sa construction fut ter- 
minée le 27 janvier 1084, pendant que Jérôme Ortet régissait la 
cure de Serralongue et que Guillaume Fort et Pierre Cerra étaient 
consuls. Jérôme Ortet bénit cette chapelle le 19 mars 1684, après 
avoir obtenu la permission de Bonaventure Cabanes, vicaire géné- 
ral : « Als iy de janer 1 684 se acaba la capella de Sanl Sebastia, 
essent rector Tiieronim Oriet, comcls Guillem Tort y Pera Cerra. 
Als j8 mars 1684 fonch henehida la capella de Sanl Sebaslia per lo 
^nd ^in. Qj-f^f^ curât de Serrallonga, ab licencia de l'îll" Bonavenlura 
Cabanes v. g. ». 

e) Tombe seigneuriale 

François de Rocaberti, dit Alart, fit son testament le 29 sep- 
tembre 1 582 à Barcelone, où il résidait habituellement. 11 est 
bien probable qu'il y mourut le 3 novembre 1 589 et que, d'après 
ses dispositions testamentaires, ses restes furent transférés auprès 
de ceux de ses ancêtres dans l'église de Serralongue. Voici l'épi- 
taphe de ce baron gravée sur une dalle de granit couchée au pied 
du sanctuaire de cette église : elle est en mauvais état et destinée 
à n'offrir, tôt ou tard, qu'une surface lisse, comme les autres pier- 
res de carrellement : 

HIC lASCET NoB/US DomiNuS 

FRANCISCVS DE ROCHABERTI CVIVS ANIMA ]N 

CELIS REQVIESCAT AMe« 

OBUT DIE 3 NOVEMBRIS 

1589 

Je n'ai pas su lire, dit M. de Bonnefoy, les deux ou trois mots 
qui séparent les éléments de la date et qui peut-être en font par- 
tie. L'épitaphe forme cadre autour de la pierre ; le millésime 
est gravé dans le champ. Au-dessous du millésime sont les armes 
du défunt, de Rocaberti, d'Aragon moderne et d'Orcau, mais la 
représentation de cet écu n'est pas d'une fidélité rigoureuse. 



— 252 

Ajoutons des renseignements puisés aux archives paroissiales 
de Serralongue : 

Le 28 mars' 1659, un visiteur ordonne de réparer le pavé de 
l'église et la tombe qui est près des degrés du sanctuaire : « Axi 
hé fassan adobar lo pavtment de la dila i^lesia en los llochs ahont esta 
desenbn'olada y en pariicular un vas ho sepullura quès juni à las gra- 
das de l'allar major ». 

Le 1 1 janvier 1666, il est fait mention d'un alhal de don Joseph 
de Sorribes, qui mourut à Perpignan et qui fut enterré dans 
Notre-Dame de Serralongue, dans la tombe de famille : « Alhal de 
don Joseph de Sorrihes, loqual wori en Perpinya. Tonl enterrai erî 
TV" S'' de Serrallonga, en llur iomha ». 

Le 25 novembre 1672, le seigneur don Joseph de Sorribes y 
de Peguera fut inhumé, en l'église de Serralongue, dans la tombe 
de ses ancêtres. Sept prêtres assistèrent à son enterrement. A 
Perpignan, où il mourut, on lui fit des funérailles solennelles : 
« Tonch enterrai lo S"' don Joseph de Sorrihes y de Peguera en la 
iglesia parrochial de JV" S" de Serrallonga en la Iomha de sos passais. 
Mssisliren en lo enterro sept capallans, perqué en Perpinya ahont ell 
mori se li feran grans sujfragis » . 

Le 23 avril 1679, on donne la sépulture au cadavre de dona 
Théodora de Sorribes et de Peguera dans l'église paroissiale de 
Serralongue, en la tombe de ses ancêtres, avec l'assistance de 
vingt prêtres. Elle a fondé un anniversaire annuel pour le repos 
de son âme : « Tonch sepultat lo cadaver de dona Théodora de Sorri- 
hes y de Peguera dintra la iglesia parrochial de 5'" Maria de Ser-* 
rallonga en la tomha de sos passais ab assistencia de vingt preveres. 
Se dex un anniversari annual com consta ah lo testament de son maril 
don Joseph de Sorribes. — Tta est, Miquel Boxeda, prevere y curai 
de Serrallonga ». 

Le 16 août 1679, il y eut un albat de dona Françoise Ros et 
de Sorribes. L'enfant fut déposé dans la même tombe : 
« 16 agosl i6y^, albat de dona Trancisca J^os y de Sorribes. Se 
enterra dintra la tomba de sos passais en la iglesia de Serrallonga ». 

L'église de Serralongue possédait aussi deux tombeaux en mar- 
bre blanc. En 1819, ils furent retirés de l'église et employés à 
la fontaine publique pour servir d'abreuvoir aux animaux. La 
majeure partie des inscriptions est détruite, et tout ce qu'il est 



— 253 — 

possible d'y lire se réduit aux fragments que M. de Bonnefov 
avait déjà pu déchiffrer. On lit sur le tombeau inférieur, aujour- 
d'hui détaché de la fontaine et abandonné dans un coin avant 
d'être brisé en plusieurs morceaux : 

... VU : DIE : QVA 

. . . NONAS APRILIS 

GAVCERANDVS 

IVS A..1..A.P..M..C..D1 

IN PAGE : A . . . 

D'après Alart, ce tombeau doit être attribué a G. Galcerand 
de Serralongue, décédé vers i3)2. 

La seconde inscription, gravée sur l'autre tombeau, est encore 
plus maltraitée : 

ANNO DOMINI : M . . . RTO IDVS APRILIS 

OBUT NOB LMVS .... 

ANIMA REQVIESCAT IN ... . 

Les lettres LMVS, fin du mot GVILELMVS, ne peuvent se 
rapporter qu'au grand-père de Guillem-Galcerand, à Guillem- 
Hugues de Serralongue, qui prit la croix et mourut sans doute 
pendant la croisade de saint Louis. Ses restes auraient été appor- 
tés à Serralongue et déposés dans ce petit tombeau : ce qui s'ac- 
corde fort bien avec les usages funéraires de l'époque. Ces tom- 
beaux en marbre blanc, relativement petits, étaient destinés à 
conserver les ossements après la décomposition totale des chairs. 

]1 convient de remarquer que chacun des deux tombeaux est 
orné de quatre écussons portant chacun une chèvre, armes parlan- 
tes de la famille de Cabrenç ou de Serralongue. Les seigneurs de 
Rocaberti avaient des armes tout à fait différentes. Il est donc 
certain que ces deux tombeaux appartiennent à des membres de 
l'ancienne famille de Serralongue. De plus, en examinant attenti- 
vement les caractères des deux inscriptions, on observe qu'ils 
sont exactement semblables et qu'ils furent sans doute gravés par 
la même main. 

[^ suivre) Joseph Gibrat. 



Quelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans-Français ^ Français-Catalans 

<ië^^ (SmTE) 



rabarbre, rhubarbe. — ruibarbre. 

rabaSSOla. — voir mûrgula. 

rahims de borro, phytolaque. — arbre de tinta. 

» de pastor, airelle myrtille. — abaixonera, naviu. 
ranuncle, renoncule. 

» blanca. — voir buixol. 

rap, colza. 

rapuntic. — voir repunxô. 
raSClet. — voir auzerda. 
raspeta, orcanetle. — roja marina. 

rave, ravec, radis. 

raveniSSa (et ravell), ravenelle, carotte sauvage. 

ravequet, calebasse. 

rebul, cuscute. — pels, cabells. 

redô (et redon), corroyère, sumac. — roldè, rodé, fustet. 

regalicia, réglisse. 

regoUada. — voir fuxarda. 

rementola (et rementerola). — voir menta. 

remolatxa, betterave. — bleda-rave. 

repalassa. — voir lleparassa. 

repunx6> raiponce. — rapuntic, nap bort. 

retorcitS. — voir gerani. 

retrama, osyris. — ginestola. 

rèvola, benoîte. — herba de sant Benêt. 

ribaner. — voir lliri groc 

riber (et ribes). — voir groseller. 

ridorta (et ridolta). — voir vidalba. 

rodô. — voir redô. 

rodetS. — voir abriuls. 

roella. — voir rosella. 



— 255 — 

roja, garance. — grana, gransa. 

» marina. — voir raspeta. 
roldô. — voir redo. 
romSigUeva, ronce. — arsa, sarsa, esbarzer, aristôl,. roscr de pas- 

tor, morera selvatge. 
romani, romarin. 

rOSeila (et roella), coquelicot. — babol, badabadocs, paparola. 
rOSer, rosier. — (voir aussi satalia). 
> de marge. — voir gavarrera. 
» de pastor. — voir romaguera. 
» de nadal. — voir marxivols. 
roure, chêne. 
rovellô, agaric lactaire. 
rUCa, roquelle. 
ruda, rue. 
ruibarbre, rhubarbe. — rabarbre. {^ suivre) 

ECHOS 

FélicitaHoos Catalanes à Toccasion de la Victoire 

Notre Secrétaire Général a reçu les télégrammes suivants de 
nos amis francophiles de Barcelone : 

Barcelone, 12 nov., i5 h. 

Je vous embrasse pour votre victoire et la paix du monde. 

M. Alcantara. 

Barcelone, i3 nov., 8 h. 5. 

Embrassons-nous, grand jour liberté France Catalogne. 

J. M. Batista Y ROCA. 

Plusieurs lettres nous sont également parvenues du D' Sole y 
Pla, d'Apeles Mestres, de Castanyer, de Perez-Jorba, etc. 



— 256 — 
Un concert 

Notre confrère la T^enaissance Catalane a organisé, le j8 novem- 
bre, un grand concert au profit des oeuvres de Paix. M'"" Mathiide 
Comès, de l'Opéra, et Alice Cornés, de l'Opéra-Comique, M"' et 
M. Marseillac, MM. Déodat de Sévérac, Charpentier, Grande, 
Gambardella prêtaient leur concours. La soirée a été pleinement 
réussie. 

Le jeune Noguès a obtenu un succès personnel dans ses créa- 
tions catalanes et plus particulièrement dans « En Trufeta y la 
Victoria », pièce de circonstance de M. Ch. Grando, qu'il a inter- 
prétée merveilleusement. 

Nos félicitations aux organisateurs et surtout aux deux étoiles 
catalanes, toujours dévouées, qui rehaussèrent l'éclat de la fête. 

A propos de Félibrige roussillonnais 

"La Yeu de Catalunya de Barcelone a reproduit in-extenso 
notre article de tête du mois dernier, « Academîa y Félibrige 
rossellonench », en notant que cet article marque une date dans 
les tendances régionalistes du Roussillon. 

Notre confrère La J(enaissance Catalane avait également repro- 
duit cet article. 

Sur le même sujet, nous lisons dans le Teu du j" novem- 
bre 1918, sous la signature de Marcel Comtat : 

Nous ignorons ce que le Félibrige lui-même peut penser d'un tel projet, 
mais rappelons à nos amis Catalans, qu'à part la question d'une organisation 
particulière où seuls ils ont voix, il ne dépend pas d'eux que leur langue se 
distingue historiquement et Ifnguistiquement du groupe d'Oc. Et affirmons- 
leur qu'ils se trompent en croyant ici leur langue et leur poésie ignorées. 
Toute question catalane nous intéresse et le sentiment fraternel qui nous 
lie à la Catalogne n'a rien perdu dans le cœur des disciples de Mistral. 

Sol de Posta (proses d'Iscm Dalmau) 
Un début qui promet et qui honore grandement son jeune auteur. 

Les dernières publications catalanes 

Viennent de paraître : ha Ciutat d'ivori (poésies), de Guerau de Liost ; 
"Les Jlbsencies paternals, de Lopez-Pico ; L'abrandament, de Caries Soldevila; 
Poèmes biblichs, de Joan Alcover. 

Le Gérant, COMET . — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



12" Année. N' 146 15 Décembre 1918 

Les Manuscrits non inscrés ^^ ^^^^ V^ tf ^F^ 

ne son: cas Tendu*. M^^ M^.^ mf H. J M^ 

^# 

Lfs Articles parus aans ia Revue W' "* 3^ ^^^^ y^ H /^ 1^1 ■? 

n'engagent que leurs auteurs. ^S^A A A m mAi^A AJL^ M^ 

Organe de la Société d'Etudes Catalanes. — Cotisation : 10 fr, par an 

Aima mater 

Silenci solemnial. No silenci de tomba ; 
silenci de bressol ont reposa un infant. — 
Ni el bramul d'un canô, ni i'esclat a'una bomba, 
ni l'estrèpit d'un mur que s'esventra y desplomba, 
ni el gemech d'un ferit revolcantse sagnant. 

Silenci benfactor, voiuptuôs, pie de vida, 
L'oreig s'ha enriur el baf de carn révolta ab fang ; 
cl fang s'ha fet terroç ; la carn, temps ha podrida, 
s'ha fet terra, s'ha fet entranya benehid? ; 
y en fécondant sahô s'ha convertit ia sang. 

Jo no se, enlloch de baf, quin perfum l'ayre porta 
que ubrïaga 'Is sentits y satura l'espay. 
Ont Atila ha passât, l'herba es morta, ben morta, 
perô la Terra no. Mes féconda y mes forta, 
se sent ver^e altre cop v amorosa com mav. 

No se ont sôch : en un camp... una vali... una terra 
vasta com tor ei mon, potser com i'infinir. 
Rès aprop, rès al iiuny, rès a dreta ni esquerra, 
rès que diga : « per' qui passa '1 torb de !a guerra. » 

Y la guerra, no obstant, s'hi rabejà ab despit. 

Ella ho arrasà tor, per x6 rès paria d'ella ; 
la ferida s'ha clos y ha emmudit el dolor. « 

Una ombra a flor del camp apareix : es la relia. 

Y ab un gest arrogant, repenjat damunt d'ella, 
passa, semblant a un déu, un home : el Uaurador, 



— 258 — 

Y avança majestuos. Y ab veu vibrant y clara 
entona una cançô festiva com un maig ; 

y al enfonsar l'acer en la gran Terra mare, 
la Terra sembla dir : « Enfonsa mes, encara ! 
He mengat ferro a pler y he begut sang a raig. 

Enfonsa sens temor ! pénétra en mes entranyes, 
ont sento ja 'Is batechs d'un avenir en flor ! » 

Y la veu de la vall ressona en les montanyes ; 
y el cant del llaurador té paraules estranyes 
que jamay he sentit y 'm caldegen el cor. 

Y ufanôs, ferm, robust, veig l'avenir qu'espleta 
en onades de blat que cimbreja despay ; 

y al cim de cada bri s'alça una espiga dreta, 
mentres s'omple l'espay de xiscles d'oreneta 
y elles, a volïors, atravessen l'espay. 

l Ont van ? Arreu, arreu, s'escampen per les planes ; 
y al estendre, sorprès, ma vista a l'horitzô, 
veig al lluny blavejar fumeres casolanes 
y fondres ab el cel al s6 d'unes campanes 
que branden tôt cantant una nova oraciô. 

Es un poble, son dos, cent pobles que reneixen 
dels cent pobles caduchs cayguts en el combat ; 
son cloquers com gegants que les boyres esqueixen ; 
y s'ageganta '1 blat, y les espigues creixen 
y s'encorben al pes de llur gra agegantat. 

Com per obra d'encîs tôt se muda y trastocas : 
els ermots se fan prats, els prats se fan jardins. 
Quin florir I Quin granar !... Fins del cor de les roques, 
broten tanys verdejants que 's transformen en soques, 
y 's cobreixen els monts de boscos gegantins. 

D'aci, d'allà, per tôt, veig corrùes que passen 
caminant ab pas ferm y ab eynes a les mans ; 
y tôt son ulls serens y mans que s'entrellacen, 
boques que ajunta un bés, braços oberts que abracen 

V una paraula eixint de tots els cors : « Germans ! » 



— ^59 — 

Benehir i'hoJocaust qu'en Uuytes homicides 
de ilur vida han ofert vencedor y vençut ! 
Benehida la sang que han broiiat les ferides, 
generôs devassall que ha engendrât novcs vides 
y ha tornat al vell mon sa antiga joventut ! 

Ah, que blau es el cel ! y la terra, que immensa î 
Que liiure y armoniôs el cant del rossinyoi î 
Y, per damunt de tôt, quina llum mes intensa 1 
Es l'alba rutilant d'un nou jorn que comença : 
es el Sol î... es el Sol !... 

Apeles Mestres. 

La tradition locale 
^ la Revue de TEldorado 

Rien ne trouve un plus doux écho, dans notre cœur, aux heures 
joyeuses comme aux heures grises, que les vieilles traditions loca- 
les ; elles bercent les grands enfants que nous sommes ; dans l'es- 
saim des souvenirs qu'elles ramènent en nous, filtre un peu de 
cette vie tendre, de cette vie heureuse et imagée de la première 
enfance, de la prime jeunesse. 

Quel roussillonnais n'a senti battre son coeur au charme des 
vieilles mélodies catalanes ; en elles revit i'âme des aïeux ; en 
elles passe le souffle de la patrie, car la patrie c'est le clocher 
natal et c'est la terre de nos pères, c'est leur langage et leurs 
chants, ce sont leurs élans et leurs coutumes, et le sang qui coule 
dans nos veines est fait de tout cela. 

Nos jours passés sont des amis chers laissés en route et des- 
quels nous aimons parfois à évoquer le souvenir. 

Voilà comment, même dans une Revue, il suffit d'un air roussil- 
lonnais pour égayer et enflammer nos âmes, et glisser en elles le 
délicieux enchantement d'une aff^ection retrouvée. 

Nous sommes heureux de rendre hommage à l'heureuse initia- 
tive de la direction de l'Eldorado qui, sous l'image d'une vieille 
grand'mère, personnifiant la tradition, a su placer dans la Revue 
d'hiver quelques-unes de nos belles cantilènes catalanes. 

C'est là du goût réel, M. Devalar, et nous vous en félicitons. 

Ch. Grando. 



La Renaissance Catalane 

à récole de Mistral 



(SUITE er Vm) 



Par ailleurs, ne semble-t-il pas que, en la compagnie du 
patriarche de Maillane, à son « Mas du Juge », nous sommes un 
peu chez nous ? Là, nous respirons en quelque sorte l'air du 
« Mas » catalan, l'atmosphère de la race catalane, un parfum du 
terroir catalan, en même temps que nous y apprenons à mieux 
savourer les douceurs, à mieux saisir le génie de notre si beau 
parler catalan. 

Provence et Cataloane, c'est la terre latine î'Mistral et Verda- 
guer en sont les aèdes fameux ! De quel cœur affectueux ne 
devons-nous pas les associer dans le même amour et dans la mê- 
me gloire, ces quatre entités historiques 1 Aussi réelles que sym- 
boliques, ne valent-elles pas pour nous un drapeau? Car, Mistral, 

— autant que notre Verdaguer, — nous fait chérir notre petite 
patrie catalane de la même dilection enthousiaste dont il aima, 
lui, sa chère Provence, et pour les mêmes raisons : « pour la 
beauté de son ciel, de ses montagnes, de ses perspectives, de ses 
plans, de ses eaux, et pour le capiteux arôme de ses plantes, pour 
l'antiquité vén^érable, pour la pureté, pour la noblesse, pour la 
patine d'or de ses monuments ». Nos monuments ! Ne nous racon- 
tent-ils pas — tels noire Saint-Martin-du-Canigou, noire Saint- 
Michel-de-Cuxa, iiolre Serrabonne, notre Vieux Saint-Jean de 
Perpignan, notre T^uscino et notre basilique lllibérienne, etc. etc., 

— autant que les Sa iH /es- 'WdT ne de Provence, « une histoire singu- 
lièrement riche où fleurissent toutes les gloires » ? N'attestent-ils 
pas « une civilisation lointaine et déjà très poussée au temps où 
la plupart des nations du monde, voire d'Europe, étaient encore 

barbares » ? 

Avec Alistral, nous nous abandonnons au sentiment de la race 

catalane. 11 fut un maître, un professeur de décentralisation à 

outrance. A son école, nous devenons forcément ses disciples 

Qciles ; il nous entraîne à sa suite, de la manière la plus persua- 



— 261 — 

sive. 11 nous fait voir «l'abus de l'unité » et nous prémunit « con- 
tre cette puissance terrible, démesurée : la cenlralisation, qui nous 
voudrait imposer, jusqu'au dernier village des Pyrénées et des 
Cévennes, non seulement ses modes et son uniformité, mais encore 
ses folies, ses sarcasmes, sa perversité, — cette centralisation qui 
se veut mêler de tout, qui détruit nos coutumes, notre amour du 
terroia^ notre attachement à l'ambiance, qui rompt le nerf de 
belle énergie des ancêtres, et qui va iusqu'au tuf tarir les sources 
de notre indépendance ». (Les Discours, p. 41). 

Aussi bien ne devons-nous pas trouver étonnant qu'il s'élève 
avec force contre l'universel nivellement qui voudrait faire table 
rase de nos traditions locales "les plus respectables, telles que le 
le cosiume et la langue. 

Le costume catalan 1 Oh ! comme il veut que nous l'aimions, 
en raison de sa beauté, de son pittoresque, de sa décence ! Chez 
la femme surtout, « seul, il respecte l'harmonie des formes ». 
Nul chapeau, pour si parisien qu'il soit, nul manteau du Louvre, 
ne vaudront jamais Je gipo et le châle de laine fleurie, ni non plus 
le capulet de blanche et chaude laine de nos « mignonnes » 
grand'meTes ou de nos gentilles pastourelles. 

La langue î Mistral la considérait comme « la révélation de la 
vie en plein épanouissement de la pensée humaine, l'instrument 
sacro-saint de la civilisation parlant des sociétés ». Voilà pour- 
quoi, il s'acharnait à ne vouloir toujours parler que la langue du 
Midi... Car — disait-il — « c'est le droit majeur ». 

Nous, Roussiilonnais, revendiquons-le aussi « ce droit majeur » 
de toujours parler notre incomparable langue catalane. Comme le 
Provençal, c'est une langue du Midi, que le catalan des Verda- 
auer et des Pastorellet de la Vall d'Arles. Par tous les moyens en 
notre pouvoir, imposons-le à l'école, afin que nos enfants sachent 
l'apprécier, le goûter et le parler, en dépit même des règlements 
officiels qui prétendraient l'en bannir comme une « langue morte ». 
Contre ces rèalements, Mistral s'était élevé avec force. Les 
inconvénients lui en avaient paru si désastreux qu il mena contre 
eux une véritable croisade. 11 n'est que trop vrai, hélas ! que, tout 
en voulant franchimandéger coûte que coûte, on en arrive à créer 
des légions de déracinés dans nos campagnes. Après avoir perdu 
l'usage de leur langue maternelle, l'écolier n'a plus cette tournure 



— 262 — 

d'esprir, ni cet humour qui sont particuliers à notre race. On lui 
a enlevé tout ce par quoi il aurait pu un jour être quelqu'un dans 
la société. 

Je me rappelle les jeunes ans où, sur les bancs de l'école primaire 
de mon clocher villageois, mes camarades et moi, nous n'osions 
hasarder un simple mot catalan, même en récréation, par crainte 
de la férule dont nos maîtres nous menaçaient à la moindre infrac- 
tion. 11 faut dire que ces maîtres étaient presque toujours 
gabatxos d'origine ; d'où leur intransigeant mépris pour l'idiome 
de notre aire, de nos champs et de nos foyers. Réussissaient-ils 
mieux, ce faisant, à nous enseigner à parler français? Non. 
« Chassez le naturel, il revient au galop », a dit, après le poète 
connu, le grand Mistral. Ce n'est qu'après un temps très long et 
des études supplémentaires que, à notre pleine maturité, nous 
étions parvenus, — tout en gardant notre penser catalan habituel, 
— à pouvoir nous familiariser avec la langue française. 

J'imagine que les plus lettrés de notre province catalano- 
roussillonnaise sont passés par les mêmes étapes et les mêmes 
difficultés avant de conquérir leur diplôme ès-humanités. De sem- 
blables résultats, on les obtiendrait, avec des facilités identiques, 
voire plus rapidement, si, dans nos écoles, les maîtres habituaient 
les élèves au mécanisme des thèmes et versions catalans, suivant 
qu'on le pratique dans les collèges et lycées pour )e grec et le 
latin. 

Retenons, pour conclure, ces adjurations pressantes de Frédé- 
ric Mistral aux poète'S catalans : 

« Intrépides gardiens de notre parler gentil, — gardons-le franc, et pur, 
et clair, comme l'argent : — tout un peuple là s'abreuve ; — car, face contre 
terre qu'un peuple tombe esclave, — s'il tient sa langue, il tient la clé — 
qui le délivre^ des chaînes ». (Les lies d'Or). 

Gardons dès lors, et « à boulets rouges » défendons notre belle 
« langue d'amour » ; le catalan ; car c'est elle « la pairie », et c'est 
elle encore « la liberté ». 

Remercions et félicitons de tout cœur le très distingué 
M. José Vincent de nous avoir, par son délicieux -^l's/ra/, ramené 
à l'école du Prince du Télibrige et rappelé de si précieux et tou- 
jours si actuels enseignements. Jean Sarrète. 




— ^-^— ^ -r^ ^o^P^p^p J&^y^pap fio^o^^<Q a— .— -^^ 



DOCUMENTS HISTORIQUES 

sur la Ville de Perpignan 

^^^i» , SUITE) 

XJV. Criées royales au sujet des Juifs de "Perpignan, défendant aux Chrétiens 
de leur donner du travail et de les héberger. Ordonnances relatives aux jeux 
de hasard i i 241-1439 I. 

On a longuement écrit sur les juifs en Roussillon, au point de 
vue de leur condition sociale, de l'institution des jeux de hasard, 
etc. De nombreux travaux relatifs aux études sociologiques ont 
traité de cette matière (1). Grâce a la richesse des archives de la 
Procuracto T^eal et du Consulat de Perpignan, cette question a pu 
être magistralement traitée en ce qui concerne les juifs de Perpi- 
gnan (2). Je renvoie le lecteur à tous ces ouvrages d'une profonde 
érudition. Ici j'ai l'intention, tout en faisant connaître l'intérêt 
que portaient aux juifs les rois d'Aragon, de compléter la note 
précédente relative aux criées de i4a5, en reproduisant des 
documents qui concernent l'interdiction de ces jeux entre juifs 
et chrétiens et les diverses ordonnances rapportées à ce sujet. 

La question épineuse, en ce qui concerne les juifs, a été la 
question des prêts usuraires. 

]1 était défendu aux juifs de joindre les intérêts au capital pour 
en exiger de nouveaux intérêts, ni de prendre au-dessous de qua- 
tre deniers par mois pour une livre d'argent prêtée. Il y avait, à 
cette époque (1241), un petit nombre de juifs à Perpignan, et 
leur aîjama ou communauté ne fut fondé qu'après la mort de 
Nunyo Sanche, seigneur du Roussillon. Ceux-ci se logeaient par- 
tout où ils le jugeaient à propos ; comme il en était venu un 

(1) U. Robert, Les signes de l'infamie au moyen âge: Juifs, Sarrazins et 
filles publiques. 

(î) P. Vidal, Juifs de T{oussillon : Desplanque : Les Infâmes dans l'ancien 
droit J^oussillonnais : Henry, Tiisloire de J^oussillon. tome 11, livre m, chap. ix : 
Juifs ; Leur établissement à Perpignan ; Persécutions ; Leur état politique ; 
Leurs usures ; Leur juridiction ; Expulsion ; Spoliation. 



— 264 — 

grand nombre de plusieurs contrées, de Gérone et de l'Emporda, 
et principalement de Narbonne, de Béziers, de Montpellier et 
des autres villes du Languedoc, ce fut le roi Jacques qui les réu- 
nit tous dans le quartier du Putg, au-dessus de l'ancienne maison 
des Lépreux : ce fut là, à l'extrémité du Puig, au-delà du call 
des juifs, que s'éleva l'église sous l'invocation de saint Jacques (1). 

Le roi d'Aragon, psr son privilège, concédait et confirmait à 
«tous les juifs pobladors du Puig de Perpignan (2) » toutes les 
habitations, oâtus ou m.aisons oui leur avaient été assignées sur 
le dit Puig, pour les tenir et posséder en toute propriété et en 
libre et franc-alleu, avec faculté de les vendre ou aliéner entre eux 
sans payer aucun droit de foriscap ou de mutation, droit que le 
roi se réservait dans le cas seulement où ceux-ci les engageraient 
à des chrétiens (3). 

En \^5^ , à l'époque du mariage du roi d'Aragon avec Yolande, 
qui possédait, du reste, divers revenus en Roussillon, entre autres 
ceux de Vaîjarna des juifs, et avait naturellement à Perpignan un 
bailli ou procureur peur l'administration de ces domaines, la 
poblacto du Puig avait joui de certaines faveurs de la part de la 
reine : cette population, composée de tisserands et de pareurs de 
draps, était pureme~nt industrielle: eiie avait donc des intérêts que 
le roi tenait beaucoup à conserver et à développer. De plus, les 
industriels du Puig ne s'opposr.ient pas à ce que les juifs, grands 
manieurs d'argent, fussent toujours à leur portée : c'est ce qui 
explique la faveur dont jouissaient les juifs qui résidaient au mi- 
lieu des bourgeois de l'ancienne ville ; ceci est si vrai qu'on ne 
trouve plus, à partir de ]25i. un seul juif résidant en dehors du 
CaU du Puis. 

On remarquera la sollicitude constante, et peut-être quelque 
peu intéressée, qu'avait le roi pour les juifs. 

En effet, quelques années plus tard, le lo octobre 1269, le roi 
d'Aragon, l'infant Jacques informait ses viguiers et autres offi- 
ciers qu'en récompense « des nombreux et gracieux services (4) 

(i ) Operi sci Jacobi de Podki (7 ides de mai 1 244). 
(2) Jlniversis jtideis populaioribus T^odWPerpiniani. 
(3i Arch. des Pyr.-Or., B. lo. 

(41 Propter muîta et grata servicia que fidèles nostri Judei nobis faciunt. (Pro- 
curacio real, reg. IJ, P 25.) 



— 265 — 

que ses fidèles juifs de Perpignan lui ont rendu et ne cessent de 
lui rendre », il leur accordait un privilc ;c oui les affranchissait 
de tout péage de leudes. pour leurs personnes cr leurs mon- 
tures (i), dans tous les lieux des viaueries royales ; il prescrivait, 
en conséquence, de leur restituer toutes les sommes perçues ou 
les saisies faites contre eux à l'occasion des dites leudes, denuis 
la Dromulo;ation du dit privilège. 

Les actes souverains émanés de l'infant se multiplièrent, et la 
sollicitude envers les juifs ne fit que s'accroître. 

Par une première charte du 3o janvier {^) le souverain confir- 
mait « à tous les juifs habitant à Perpignan, en Cerdagne et 
Confient et à tous les autres dépendant de leur collecte », la 
franchise des leudes que le roi son père leur avait accordée. 

Cette franchise ne devait s'appliquer qu'aux juifs de la collecte 
de Perpignan, sortant du Roussillon ou de la Cerdagne pour 
oasser en Catalogne ou bien aux pavs de Foix ou de Languedoc : 
ceux-ci payaient les leudes comme les autres habitants lorsqu'ils 
ne faisaient que circuler dans les deux comtés ; en effet, on \oit 
les juifs inscrits à la taxe des leudes ae Perpignan, Collioure, 
Puigcerda et Querol, dans les tarifs rédiges sous le règne de Jac- 
ques de Majorque, et maintenue par ses successeurs. 

Le 24 juin i^jS, le roi d'Aragon, qui se trouvait en Roussillon, 
déclarait, par une charte (3) datée de Perpignan, francs et libres 
tous les terrains acquis pour le présent et pour l'avenir par les 
juifs de Valjama de cette ville, pour y construire des maisons, sans 
qu'ils eussent rien a payer au domaine oour les droits de censivc 
et de lods, droits que le roi se réservait cependant dans le cas où 
ces propriétés casseraient aux mains des chrétiens. « \Jjljama ou 
communauté juive de Perpignan avait acquis une grande importance 
dès cette époque, et il y a (5 des ides de juin yijS] un acte de 
caution donné car vingt-quatre de ses membres, qui ne repré- 

I 1 ) De personis vel equilutuus suis... < Procuracio real. 1 

(2) Procuracio real, registre 111, f° ic). Ce document est rcproaint par 
Alart : Franchise et privilèges, page 298 : Privilegi dels Juheus coni son 
franchs de leuda. 

;3) Arch. des Pyr.-Or., Procuracio real, registre X, f° i : registre Xlll, 
P 92 : Privilegi dels Juheus ab que son franchs de foriscapis de les cases que 
tenen al Kayl de Perpenya. (Reproduit par Alart, Privilèges et titres, p. 337.) 



— 266 — 

sentent évidemment que la partie la plus riche de h commu- 
nauté (])• » 

Le roi Jacques craignait peut-être de voir la communauté juive 
prendre une influence considérable : aussi le§ règlements devin- 
rent-ils sévères. 

Une ordonnance du roi Jacques 1" de Majorque, du 9 juin i 279, 
défendait aux juifs de Perpignan de prendre des chrétiennes 
pour nourrices ou pour servantes, et de les employer à un travail 
quelconque à l'intérieur de leurs maisons (2). 

Cette sévérité envers les juifs avait duré plus d'un siècle. En 
1427, tous ces règlements étaient rapportés. 

En 1427, des criées royales révoquaient, comme « injustes et 
insupportables », les articles de deux criées faites par le hallle de 
Perpignan au sujet des juifs de cette ville : ces articles défendaient 
aux chrétiens de donner du travail à ces derniers, dans le call ou 
en dehors du call (3), sous peine d'une amende de cinquante sous, 
et de les accueillir dans leurs maisons à cet effet. Interdiction à 
tout chrétien de pénétrer certains jours dans le call, le dimanche et 
les jours de fête ; défense d'y manger, d'y boire et d'y jouer. 
Les dites criées sont confirmées par le roi, quant au reste. 

Voici le document (1427?) (4). 

rCrida faent per los Juheus, revocant totes crides fêtes per Jo 
batlle contenent en acabament que negun Christia o Christiana no 
don a gohanyar à Juheu o Juhia ; la quai fou fêta de manament 
del Senyor ReyJ. 

Ara hojats tôt hom generalment que us notiffica lo molt ait 
princep e senyor lo senyor Rey à tôt hom generalment que, 
com lo batlle de la vila de Perpenya hagués fêtes dos crides 

(1) Alart, op. ciL, note i. 

(2) Arch. communales, Livre vert, AA. 1, f° 77 v*. 

(3) Un mandement de Pierre IV d'Aragon, du 2 octobre i566, avait 
astreint les Juifs à se loger dans l'enclos appelé lo Call, d'où ils étaient sortis 
pour occuper des maisons sises non loin de la place du Puig, « in quodam 
vico christianorum, per quod itur ad Podium lextorum m, ce qui expose à leurs 
insultes le Saint-Sacrement que l'on porte aux malades. (Arch. Com., 
AA. I. f° 125.) 

(4) Sans lieu ni date. 



i 



— 267 — 
contre los Juheus de la vila de Perpenya, continents en si molts 
capitols, los quais son de la ténor seguent : 

a Ara hojats que us mana à tôt hom generalment lo honorable 
mossen Bernât de Torroella, cavalier, batlle de la vila de Per- 
penya, à instancia del honorables consols de la dita vila. que no 
y haja negun ni neguna, per ardimcnt que haja, que d'aquesta 
hora avant gos donar à negun Juheu ni Juhia negunes obres à fer ; 
e aço sots peiia de 4 sol. à cascun et à cascuna que lo contrari 
farâ, sens tota merçe, e d'altra part perdra la obra que dada li 
haurâ à fer. 

« D'altra part mana lo dit honorable batlle que si, per ventura, 
hi havia negun ni neguna que hagués negunes obres per fer fer, 
que, d'açi à diluns primer vinent, ho hagués haut à trer dels dits 
Juheus e Juhies, sots pena de l sol. ; de la quai haurà lo denun- 
ciador la terça part. Per que, lo dit honorable batlle, ab veu de 
la présent crida, notifica à tôt hom generalment les dites coses, 
per tal que algun ignorancia no puxa allegar. 

« Item, que negun ni neguna, per ardiment que haja, no gos 
acullir en casa sua negun Juheu ni Juhia en neguna manera. E 
aço, sots pena de l soi,, de la quai pena haurâ lo denunciador la 
terça part. » 

E la segona crida es de la ténor seguent : 

« Ara hojats que us mana à tôt hom generalment lo honorable 
mossen Bernât de Torroella, cavalier, batlle de la vila de Per- 
penya, à instancia e requesta dels honorables consols de la dita 
vila, que no y haja negun ni neguna, per ardiment que haja, que, 
d'aquesta hora avant gos donar a negun Juheu ni Juhia negunes 
obres o lianes à ffer, les quais s'obren dins lo cayll ni fora lo call, 
si donchs no à llur propri us d'aquell qui les obraria, e aço sots pena 
de t sol. à cascun e à cascuna que lo contrari farâ, e à cascun 
Juheu o Juhia que la dita obra en dimenge obrarâ, sens tota 
merçe ; e d'aitre part, que perdra la obra que dada li hauria a 
ffer. E si lo Christia o Christiana, Juheu o Juhia, no porâ pagar 
los dits L sol., pendra vint assors, sens neguna merçe ; de la pena 
peccuniaria lo denunciador haurâ la terça part. 

a Item, mana lo dit honorable batlle que si, per ventura, hi 



— :i68 — 

haurâ negun ni neguna que hagués negunes obres per fer fer, que 
d'açi à dimecres primer vinent, ha hajen haut a trer dels dits 
Juheus e Juhies, sors pena de l sol., de la quai pena haurâ lo 
denunciador la rerça part. 

« Item, que negun ni neguna, per ardiment que haja, no gos 
aculiir en casa sua negun Juheu ni Juhia en neguna manera per 
fer residencia o continua habitacio ni per menjar ni per heure ; e 
aço, sots pena de l sol., de la quai haurâ lo denunciador la terça 
part. 

« Item, que negun Crestia o Crestiana no gos intrar !o diven- 
dres à nit que intrarâ !o sabbas dels Juheus dins lô quai (i) ni 
jorn del dissapte, sots pena de x lliures. E si no les porâ pagar, 
que paguen l assots, sens neguna merçé. 

« Item, que negun Christia o Christiana no gos intrar (2), ço es 
per menjar o per heure o jaure dins lo cayll, sots pena de x lliu- 
res ; la quai incorrega axi meteys (3) lo Juheu o ia Juhia qui 'Is 
aculliria o receptara à menjar, heure o jaurè ; e si no les poden 
pagar, que paguen l assots, sens neguna merçe. 

« Item, que negun Christia o Christiana no gos intrar dins lo 
call, pus que lo sol sera colgat, sots pena de l sol. ; les quais,' 
si no 'Js poden pagar, prenguen xx assots. 

« Item, que neguna Christia o Christiana no gos intrar dins lo 
call lo dimenge ni les aitres restes solennes, sots pena de x iliu- 
res, les quais, si no les pot pagar, prenga l assots, sens neguna 
merçe. 

« ?tem, que Jo dit honorable batlle, ab veu de la présent crida, 
notiffica e intima à tôt hom generalment les dites coses, per tal 
que ignorancia no puxen allegar. » 

(Hon (?) com al dit senvor sia vist que los capitols que prohi- 
bexen aue los Chrisriqns no gosen donar obres à obrar noves ni 
velles o qualsevuila goanys licits à offici o artifici de Juheus, com 
son de sartres, sabarers, juponers (4) e qualsevuila aJtres officis, sien 

(i) Sic, sans doute pour Call. 

(2) Intras. 

(3) Meseys. 

(4) Dans le Caphreu de 1451, nous trouvons ce métier : juponerius (fabri- 
cant de chausses). H. Aragon, Castell-J^osselh au moyen-âge, Edit. Privât. 



— îéq — 

jnjusrs e insupportables ; e mes encara sia vist injust ai dit senyor 
que Christia no gos donar ses obres oldanes per adobar als 
Juheus ; e mes encara sia vist injust ai dit senyor que negun 
Christia no gos indistinctament acullir Juheu a casa sua. Per ço, 
lo dit Senyor, ab veu de la présent crida, notifica à tôt hom 
generalment que ell ha per revocades les dites crides. tanr com 
toquen ios dits caps. Notifficant à tôt hom generalment que, ab 
séria de la présent, ell ha, en Ios dits caps tant solament, hauda 
per revocada la dita crida, e dona, ab la présent, licencia à tôt 
hom generalment que puxa cascun Christia dar ai Juheu obres per 
obrar segons j'offici que haurâ. si s' vol de sartroria, sabater, 
juponer, argenter o qualsevol altre offici, si s" vol de robes o 
coses noves à fer, si s' vol de velles à adobar o reparar. Och (?; 
encara ab la metexa présent crida notiffica com ell dona facultat 
e licencia à cascun Christia que puxa acullir Juheu en casa sua 
per obrar les obres que '1 Juheu, per son offici, li obrarâ, sola- 
ment ; — exceptât que no y puxa romandre ni aquell arullir per 
menjar o dormir — ; les quais ccses pux3 fer sens incurriment de 
aiguna pena. Les altres ordinacions o capitols de la dita crida o 
crides romanents en sa forsa e valor. 

Mes mana lo dit senyor à tôt hom generalment que jequesquen 
anar liberalment Ios Juheus per la vila, no injuriant aqueils de fet 
o en persona, sots incurriment de cent sol. per cascun qui contre- 
farâ e per cascuna vegada, e dels officiais qui aquelles no execu- 
tarân (i). 



(i) Archives des Pyr.-Or.. B. 232, Registre XV de la Procuracio real. 
f" i37 v°, i38. 

Cf. même registre, f" ijpv", 120: vidimus « del privilegi dels Juheus. 
que no puxen esser forçats de batejar » : bulle du pape Martin « ... datum 
Rome apud Sanctam Mariam Majorem, xii kalendas cctobris, pontificatus 
nostri anno quarto i>. Ce vidimus. défendant de contraindre les Juifs à se 
faire baptiser, quelques engagements qu'ils aient pris a cet égard, daté du 
27 mars 1423. fut signifié le 20 juillet 1426 à Gispert de Tregura. lieute- 
nant du Gouverneur des Comtés. 

Même registre, P 36 : règlement du roi Martin d'Aragon, en catalan, pour 
l'élection des secrétaires, clavaires, auditeurs de comptes et écrivains, et 
divers autres faits d'administration intérieure de l'aljama des juifs de Perpi- 
gnan. 28 juillet 1408. 



— 270 — 

En ce qui concerne les juifs de Perpignan, des règlements très 
sévères avaient été édictés relativement aux jeux : les jeux de 
dés et de naips (cartes) étaient rigoureusement interdits dans les 
maisons de jeu du portai de Bages et de) Toro, exception faite 
pour les fêtes juives, auquel cas le jeu de naips sera autorisé entre 
eux seulement. « Même chez soi, et entre amis, il n'était pas 
licite de jouer sans restriction ; tous les jeux de dés et beaucoup 
d'autres, qualifiés de jeux de hasard, étaient absolument interdits, 
l'ancienne amende de 10 sous étant encourue pour chaque con- 
travention (1). » Si la maison ou le jardin était transformé en salle 
de jeu clandestine, l'amende s'élevait à 25 livres (2). 

On pouvait jouer aux cartes ou nayps, à condition de ne pas 
dépasser ] denier comme enjeu de chaque partie. Aux laules, on 
pouvait miser jusqu'à 4 deniers (3). 

En 1295, une ordonnance du roi de Majorque interdisait aux 
juifs le jeu de dés, ainsi que tout jeu entre juifs et chrétiens (4). 

Xii. JÇs novembr. anno dni M.CC.XC. quinto. 

Ffo adordonat per manament del S. Rey, que negu Juseu no 
gaus jogar en negu [jochj de daus, sens licencia e volontat del 
batle de Perpenya, en festes lurs, ni en noces, ni en altre temps ; 
empero io balle de Perp. déjà donar ad eyls licencia de jogar en 
lurs festes et en lurs noces, tota hora que per eyls lur (5) sia 
request e 'n altra manera no 'n fossen soutz (6). 

E qui contre ayso fara, pac de ban per cascuna vegada x s., 
dels quais lo denunciador aura la terssa part. 

E aysso es entes que 1 Juseu puga demanar licencia per totz, e 

que no pugen jogar ab crestia dins lo cayl, ni fora el cayl ab 

Crestia. 

Item fo adordonat per en Vidal Grimau, balle de Perpenya, 

{}] Desplan'que, Les Infâmes, chap. iv, paragr. 29. B. îSs, f io5 (4et 5). 

(2) Ibidem, art. 3. 

(3) Ibidem, art. 5 : en que vage pus avant de quatre diners lo joch. 

(4) Arch. comm., Livre vert, AA. 1, f" y y v". 

(5) 11 faudrait sans doute // ou U 'n, au lieu de îur. (Alart, p. 106.) 

(6) Du latin soïuH. absous, libérés, dégagés, francs, quittes (idem). 
On peut comparer le document reproduit par Alart, Documents sur la langue 

t la ne, page )o6, avec celui que je transcris. 



— 271 — 

que d'aqui anant negu Juseu no gaus aiiar meyns de capa, si 
donchs no 'n fasia anant e vinent de fora la vila. E qui contre avso 
fara perdra ia roba que portara, J.c la quai los saigs qui la pen- 
dran agen la mitât (i). 

On peur, par ce document, se rendre compte de la sévérité 
excessive qui frappait l'inobservance de ces règlements, relative- 
ment aux diiférents jeux (2). 

Les juifs eux-mêmes n'échappaient pas à ces lois: ils pouvaient 
toutefois s'adonner a ces jeux dans le quartier, lo call, où ils 
étaient clôturés ; mais leur communauté ne pouvait, en aucun cas, 
jouer dans lo cayl ou en dehors du cayl avec un homme qui 
n'était pas de sa religion. Déjà en i328, un mandement de 
Pierre IV, roi d'Aragon, défendait aux juifs de Perpignan d'ache- 
ter des provisions de toute nature sur la Place de la Gallinerie lin 
plalea Gallinarum) avant que le tiers de la journée ne soit passé, 

5 mars 1439 

Arahojats que us mana lo molt honorable mossen Bernât Albert, 
cavaler et Procurador Reyal en los Comtats de Rossello e de 
Cerdanya quo no y haga negun Jueu dels dits comtats que, per 
ardiment que haja, gos jugar ni fer jugar ni cil per aitre ab negun 
Crestia en nagun joch de daus ni de naips dins la vila de Perpe- 
nya ni una lega en torn ni encara star ni badar joch en les tafu- 
reries de) Portai de Bages ni del Toro ni en altre loch que tafu- 
raria s'i tinga ; e aço, sots pena de deu sols, per cascuna vegada 
que '1 contrari sera trobat, e mes avant d'estar prés. deu jorns en 
la prcso del cail. E mes avant mana lo molt honorable Procura- 
dor Reyal que no y haja negun Jueu que gos jugar ab nagun altre 
Jueu en nagun joch >"' • (hv?. ni de naips. 'acceotat en les festes e 

(i) Ordmacions, i, f ' j y . 

(2) La première interdiction eut lieu a Perpignan en 1279. Elle fut con- 
firmée et gënëraiisée aux Corts de Banelone de i283. Jusque là le jeu 
avait été regardé comme indifférent... On ne piit désormais jouer qu'à 
certaines conditions et ie joueur de profession devint infâme de fait. En 
1413, les Corts condamnèrent définitivement et les établissements de jeu et 
le jeu en lui-même. Leur décision fut appliquée..., mais la mesure ne fut 
exécutée à Perpignan qu'en 1417. (Desplanque, op. cit., p. 22.) 



— 2^2 — 

dejunis dels Jueus, que là donch pusquen jogar à naips, tant sola- 
ment Jueus ab Jueus dins lo cal) de dia à dia, e aso sots les 
pênes damont dites. E aço vol e ordona lo dit honorable Procu- 
rador Reyal que s'observa d'asci à Pascha primer vinent, e de 
Pascha à très anys. 

Die Jovis V marcii anno M.CCCC.XXXVlll 1°, retulit Jaco- 
bus Foxa, preco, se, mandato domini Procuratoris Regii, die 
mercurii proxime lapsa publicasse cum tuba in Callo Judeorum 
presentem preconitzationem (i) 

Mais l'interdiction absolue des jeux de hasard n'avait pas tou- 
jours été en vigueur. On a vu, dans un document antérieur, que 
les vaaabonds étrangers, mendiants ou rôdeurs, les mundaris, ou 
portefaix, pouvaient jouer librement à la plassa del Blat^i). Cette 
classe d'individus envahissait Jes étaux du marché, les taules 
caulaseres et peyoneras s'installant dans les boutiques et sous les 
auvents pour se livrer à leur jeu favori. 

Les juifs jouissaient également de cette tolérance : moyennant 
une autorisation spéciale du bailli, ils pouvaient jouer pendant 
leurs solennités (3) ; « au xv' siècle, cette permission fut restreinte 
aux seules parties de cartes engagées uniquement entre juifs, et 
cela sous des peines assez graves: lo sous d'amende ou deux 
jours de prison (4). » 

11 faut constater que ces « tafureries » avaient été une institu- 
tion publique. Elle fut, à l'origine, une concession royale : puis, 
« après diverses vicissitudes, à la fin du xiv' siècle et au début du 
xv', elle avait reparu avec une organisation administrative bien 
établie (5) ». 

Les juifs n'avaient donc pas été les seuls qui aient usé large- 
ment, à cette époque, des bénéfices de la spéculation : les opéra- 

(1) Archives des Pyr.-Or., B. 254, P 149. 

(2) Voir plus haut: Criées, 7 mai 1421, article 1] : La Piassa del Bîat, 
"Les rues et marchés de "Perpignan. 

(3) Cf. BB..7, P 7. Reproduit par P. Vidal, Les Juifs des Comtés de 
T(oussiHcn. 

(4] Desplanque, op. cil., page 63. 

(5) Cf. E. Desplanque, Les Infâmes dans l'ancien droit roussillonnais, 1893, 
chap. m : La Tafureria (1283-1417). 



- 273 - 

tions de ce genre avaient profité à toutes les classées, à toutes les 
sectes et à tous les individus (ii : les juifs, du reste, loin d'être 
en butte a des vexations ridicules, jouirent pendant longtemps 
de certains privilèges et de certaines faveurs. 

f A suivre; Henrv Aragon. 

(i) Une amende punissait les lafureries secrètes, mais elles trouvaient, dans 
la complaisance des officiers de police, un appui très efficace contre les tenta- 
tives de répression émanant des consuls. (BB. 7, BB. 217, 209, 216.) 
Cf. E. Desplanque, op. cit.. page 52. 

En Trufela y la Victoria 

Aquell matî, el mestre nos havia dit, d'un francès manyach, 
en aixugant els vidres brunnosos de les seues lluiietes, mig- 
somrient y amb una llàgrima de goig que li regalava sus la galta ': 
« Si la nova arriva, acabem pas la diada en classa, maynatges ! » 
Y a nosaitres, el cor nos saltava aauî dins com una granyota, 
unes ganes nos prenien de fugir y correr y cridar... y no pensa- 
vem : « Veyam si arrivarà aquest armistici ! » 

Quan Ihora d'ixer va tocar, tots nos guinyaven amb un ayre 
de dir, entre dues parpellejades : « Aquesta tarda ray, jà farem 
escaoada ! » Y ala, Trufera 1 quan el mestre va haver girat l'es- 
quena, amb una corredis^a van esser davant de la Llotja hont la 
gent s'aniiotava, devallant de tots els cantons com un véritable 
botàs. Y quina bolorda, mare mia î Dins aqueix remena-mariôn, 
un poch premit de les costelles, anavi, enfaranat, a mirar de m'en- 
forarar, en cerca de noves, quan unes bombes van retrunyer y, 
tôt arreu, uns crits aixordadors de Victoria y uns repichs de cam- 
panes omplien l'ayre ; y onejaven mes y mes drapeus a les fines- 
tres, com may de la vida jo n'havia vist tants. 

Carambis ! com te vaig deixar anar el cartioaç, que jà m'en 
donavi de) portepluma nou que hi ténia, y pets a correr, saltiro- 
nant y ballant, a abrassar la mare. Quines camades vaig fer jo î 

Amb els sous que ten^a a la judriola, vaig comprar un drapeu 



y un paquet ;^e fusades, y... companys, fiquem-nos una cocarda 
a la gorra y fem passavila ! E)s infants de França, avuy, han de 
dir la seua. 

Allcvores, de cap a cap de la vila, va esser, fins a la nit, una 
esperverada trascadiça, amb cançons, visques y rotllos endimoniats, 
V botzides y farandoles colltrencadices. Quan hi pensi encara ne 
som mig-desvariat. Hi havia tant de dies qaaqueixa alegria, 
qu'ara esclatava triomfal, com diu el mestrc, me cô^'â' dihs de] 
cor, y me feya zup-zup al cs^p dels dits y en els polsos. Perqué 
ja ho sabia, y els meus companys també, que guanyariem nosal- 
tres. Desde que En JofFre, ixint de trascantô, rés que amb los 
francesos y algun Angles, va matxucar els Botxes a la Marna, 
amb aquella xorriaca de primera que 'Is-hi va encetar el rasteli 
de l'esquenassa, jo me vaig dir : « Nos hageràn pas, poch per 
ellos ». — Jà la bestia era prou mascarada y prou que M director 
de la nostra escola ho va fer re-ixer, y que va esser sus de tots 
los « jornals ». En Joffre va salvar éj mon y fer possibla la Victo- 
ria d'ara. 

Catalans, voleu que vos digui una cosa que me som rumiada 
anit, y que me pessigola la cabossa? 

Si ell haguès pas sembrat lo grà, 
poch que may haguessem fet la sega. 

Visca En Joffre I 

En Trujeîa. 
Per copia conforma : 

Caries Grandô. 



Exposition ManaU 

L'artiste estimé Célestin Manalt ouvre une exposition à la 
salle Arago, du 22 décembre au 1 janvier. Le public perpigna- 
nais pourra admirer ses dernières oeuvres qui lui valurent d'una- 
nimes félicitations à Barcelone, au grand Salon des artistes 
français. 

Nous parierons de la valeur de l'œuvre artistiaue du sculpteur 
Manalt dans un prochain numéro. 



La seigneurie ^ la paroisse de Serralongue 

^-^i'^- {SUITE) 

/) T{eiable du matlre-aulel 

Ce retable est en bois tout doré. La Sainte Vierge montant au 
ciel portée par des anges en occupe la place d'honneur, attendu 
que Serraiongue s'est placé sous la protection de Notre-Dame 
des Anges et célèbre sa fête locale le i5 août. Ce retable ressem- 
ble beauconp à celui de Montferrer : ii est même probable qu'ils 
sont tous deux de la même époque et de ia même main. On con- 
naît l'époque où le retable de l'église de Montferrer fut exé- 
cuté : « Déclara jo, Benêt de T^oca, vaix firmal, per descarragar ma 
consiensia, com lo any Jjiç^ lo S"' bisbe delna Tlamenvila me feu 
ohrer major de la parroquial iglesia de Monfferrer per recullir las 
rendas de lobra de dila iglesia y cobrar de lois los que prometeran 
donar y cobrar de aquells que fan censos à dila obra, apliqual lot per 
pagar lo retaula de Valtar major ques feu des de l'any jyjS fins lo 
any ij^S. Que se trovara als comptes que jo doni que los len lo 
S" rector de Massia. Yuy als 8 de setembre JJ45, "Benêt de T^oca ». 

Ainsi, le retable de l'église de Montferrer est du commence- 
ment du xviir siècle. Celui de Serraiongue, de même facture, doit 
être aussi de la même époque, un peu plus tôt ou un peu plus 
tard. 

Chose curieuse à constater, quelques années auparavant fut 
construit Je retable de sainte Juste er sainte Ruffine du maître- 
autel de l'église de Prats-de-Molio, car il fut bénit en 1693 par 
Michel Pujol, prêtre et domer de dite église : « Tlls quatorze del 
mes de mars i6cf3 fonch beneit lo altar major de santas Justa y J^uf- 
fina y lo sacrari de dit altar per lo révérend Miquel Pujol, pré y 
domer de dita iglesia ». Tous ces détails semblent indiquer que les 
retables des églises du Haut-Valiespir sont à peu près de la 
même époque et pourraient être l'œuvre d'un même sculpteur. 

Le retable de l'église de Serraiongue occupe la nef jusqu'aux 
murs latéraux et jusqu'à la voûte. Il s'élève devant l'abside trans- 
formée en sacristie. Eatrons dans cette sacristie pour considérer 



— 27^ 

un moment Iz trésor qu'elle renferme : on y accède par une porte 
faisant partie du retable. La voici, à gauche. 

j° Le 6 septembre i633', dans un cartel de visite il est ordonné 
d'acheter une cuiller en argent pour baptiser : elle devait peser 
trois livres : « comprar una cullera de plaia de pes de 1res lliuras per 
balejar ». Ce cartel se termine ainsi : « Dai en là lloch del Tech 
als 6 de septembre /633, Gregorius episcopus "Eln. — Gabriel Ortega 
noi. — Miquel Trinxaria, prevere y cura de Serrallonga ». 

1° Rocha, prêtre et domer de la Seu d'Elna, étant visiteur, 
avait prescrit, le 28 mars 1642, d'acheter un nouvel ostensoir. 
On exécuta cette ordonnance, mais on y mit un certain temps : 
« Mis ij de juny i']45, havem commençai à celebrar la solemnilal de 
Corpus Chrisli i en professa, offici y complétas durant tola la octava ah 
la custodia gran obrada novameni per lo S' Tlbdon Casas, argenler de 
Tigueras, pesant la plaia sola de dita custodia quaranta sept onças. 
fia costal, comprar h plata, dorar lo sol de una cara, vidres v mans, 
cent quaranîa cinq lliuras barcelonesas, que en moneda de Trança 
venen à ser quatre cents y seize .franchs — Tet per memoria als 
25 juny 1J45. B. X. » 

3° 11 y a aussi une croix processionnelle en argent : elle est 
intéressante à voir. M. Brutails, parlant de cette croix, se con- ï 

tente de dire : « La croix de Serralonaue doit être attribuée au 
xvii' siècle ». 



4° « En 1758, le Révérend P. Celse, gardien des Capucins de 
Céret, a fait un présent à l'égiise de Serralongue d'une relique 
du voile de J\oire-Dame, et le 14 juillet 1758 j'ai prié M. Biaise 
Hortet, qui allait à Perpignan, d'emporter la dite relique avec 
son authentique pour prier Mgr de vouloir bien la vérifier : ce 
que M. Saunier, son grand vicaire, a eu la bonté de faire. Il a 
envoyé le procès-verba! en date du i5 juillet 1758 et signé par 
M. Saunier et par le secrétaire de Algr qui est M. Bonafos, où 
est aussi le sceau des armes de Mgr. L'authentique est fait par 
le vicaire général de fr. Antonin Camarda, de l'Ordre des Prê- 
cheurs, assistant au Siège Pontifical et évêque de Riati. Donné à 
Riati le 10 novembre 1753... Je soussigné, prêtre desservant la 
cure de Serralongue, viens d'écrire ceci afin que, si l'authentique 
et le procès-verbal se perdent, l'on soit assuré que la dite relique 



X 



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■'i- 
■3; 



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— 277 — 

est véritable. A Serralongue, le 17 juillet 1758, Lacoma prêtre 
desservant ». 

Cette précieuse et rare relique existe-t-elle encore ? On pré- 
tend qu'elle a disparu au moment de la tourmente révolutionnaire. 
En tout cas, je n'ai jamais entendu dire qu'elle soit encore con- 
servée et vénérée dans l'église de Serralongue. 

77. — hes curés de Serralongue 

Vers le milieu du xiv' siècle, une convention a lieu entre les 
habitants de Serralongue et leur pasteur. Les habitants convien- 
nent de donner telle somme à leur pasteur et le pasteur s'engage 
à faire certaines cérémonies selon la volonté de ses paroissiens. Ce 
renseignement est fourni par une note puisée dans un registre 
de l'église paroissiale de Prats-de-MoUo : « item se troba una con- 
cordia enire los parroquians de Cerrallonga y lo reclor del que deuan 
pagar dits parroquians y lo que deu fer lo reclor. Teta en lo 
any i353 ». Plus tard, l'évêque d'Elne unit la cure de Serralon- 
gue à la communauté ecclésiastique de Prats-de-Mollo avec l'au- 
torisation du Pape : « iiem se troba la unio de la recloria de Cer- 
rallonga à la communiial de V rats fêla per lo Jlluslrissim S" Père 
Mariir, bisba d'Elna, ab auclorilal aposlolica y episcopal en poder... 
à 3 de juliol iSy4 ». 

A cette époque, il n'y eut pas de curé proprement dit. La cure 
de Serralongue était mise aux enchères et elle était adjugée au 
prêtre plus offrant. Celui-ci était considère comme un vicaire par 
la communauté des prêtres de Prats-de-Mollo. Le 26 mars i653, 
cette communauté afferme à Vincent Massina et à Joseph Lana 
les rentes, droits et profits de la rectorie de Serralongue (i). 
Deux mois après, les mêmes fermiers adressent une requête aux 
syndics de la communauté de Prats-de-Mollo pour qu'ils puissent 
jouir en paix de la rectorie qui leur a été affermée (2). Le prêtre 
qui avait affermé la cure de Serralongue en ]658 devait payer 
cent livres : « Lo vicari de Cerrallonga per lo arrendament de ta rec- 
loria per lo any présent de i658 pagara à la comunilal cent lliures ». 

Les prêtres qui desservaient la paroisse de Serralongue en 

(1) Arch. Départ., G. 877. 

(2) Ibidem, ■ 



_ 2y8 — 

payant une somme annuelle à la communauté de Prats-de-Mollo, 
ne résidaient pas sans doute d'une manière constante, lis arri- 
vaient probablement le samedi soir et ils repartaient après avoir 
célébré la messe le lendemain dimanche. Les ecclésiastiques de 
Prats-de-Mollo semblent se succéder tour à tour dans la desser- 
vance de la paroisse de Serralongue. Ils quittaient cette cure dès 
qu'ils trouvaient possible de se colloquer ailleurs, sans attendre 
même qu'un successeur leur fut donné. De nombreux inconvé- 
nients résultaient de cet état de choses. Les habitants de Serra- 
longue et de Lamanère prirent la résolution d'y remédier. Le 
document qui suit en est une preuve évidente. Le 3 février 1771, 
le conseil général de la communauté de Serralongue (j), sous la 
présidence de François Capdevila, consul, déclare qu'il serait de 
la dernière importance d'avoir un curé en titre à Serralongue et 
à Lamanère pour le plus grand avantage de tous les habitants, 
attendu qu'un prêtre desservant n'est jamais aussi assidu aux affai- 
res spirituelles qu'un curé en titre. Celui-ci n'abandonne jamais 
ses paroissiens ; il .travaille avec plus de zèle aux réparations de 
l'église ; il a soin des malades et des pauvres de la paroisse. 
D'ailleurs, les membres de l'assemblée demandent ce qu'ils possé- 
daient déjà, puisque, dans le passé, il y avait eu à Serralongue 
un curé résidant. En conséquence, les habitants de Serralongue 
décident d'avoir un curé p-trpétuel et nomment des syndics pour 
poursuivre l'affaire. Antoine Delclos chirurgien et André Planas 
sont nommés syndics, et le conseil général leur donne pleins pou- 
voirs. Le document porte la signature de Julia, notaire d'Arles, 
de Talrich, baille et de Capdevila, consul. 

L'Evêque d'Elne approuve la décision prise par les habitants 

(1) Hyacinthe Poch, Paul Pastoret, Joseph Gaiibern, François Alberti, 
Joseph Daunis, François Noell, Bonaventure Vilallonga, Joseph Losta, 
André Planes, Antoine Roniguo, Etienne Delos, Guillaume Delos, Jean 
Fort, Antoine Delclos, Pau) Mestra, Vincent Cirait, Pierre Poncet, Jean 
Vilallonga, Jean Llensa T^arragà, Joseph Costaseca, Pierre Madern, 
André Delos, Jean Marti, Pierre Surroca, Pierre Llensa, Gabriel Llensa, 
Jacques Sajaloli, Laurent Llensa, Charles Llubera. Sylvestre Faig, Benoît 
Laveira, Jean Aspar, Joseph Xanxo, Joseph Sajaloli, Michel Delclos, Michel 
Capdevila, Jean Sidérach, Jean Oms, François Planella, Bonaventure Serra, 
Gabriel Aspar, Jérôme Durand, Cosma Bezairia, Vincent Bocabartella, Jean 
Picamal. 






i 



— 279 — 

de Serralongue. Cependant, Prats-de-Mollo proteste énergique- 
ment. Le syndic de la ville adresse une requête au Roi au sujet 
du rétablissement projeté par l'Evèque d'Elne de la vicairie per- 
pétuelle de Serralongue, unie depuis plus de deux siècles à la 
communauté des prêtres de P'rats, rétablissement très préjudicia- 
ble à cette dernière et grâce auquel « une église d'une bonne 
ville va devenir une église d'un petit village » (i). Les habitanls 
de Serralongue finirent par obtenir satisfaction. Lamanère obtient 
également un curé ; et alors nous constatons que les deux locali- 
tés sont séparées sous le rapport religieux et forment en quelque 
sorte deux paroisses. 

[^ suivre) Joseph Gibrat. 

(i) Arch. Départ., G. 877. 

Quelques noms de plantes ^ synonymes 

Catalans- Français ^ Français-Catalans 

^S^^^ (SWTE) 



Sabina (et sivina), genévrier. — ginebre. 
Saboneta, saponaire. — herba sabonera. 

sabuc (et saiic, saiiquer). sureau. 

Safanoria. — voir pastanaga. 

Safrà, safran. 

Sagatrepa. — voir floravia. 

Sairo. — voir ciurô. 

Sajulida (et sejulida), sarriette, sadrée. — sarrieta, satureia, siretja. 

Salaberta. — voir boixerica. 

salât. — voir salicorn. 

Saleia, azalée. 

salicorn, salicorne. — salât, herba de salobre. — voir aussi sosa. 

salsa de pastor. — voir serpoli. 

salze, salser, saulà, salie, salit, salguer, salguera, saule. 

Salza^parella. — voir sarsa parella. 
Sàlvia, sauge. — cresta, madrona, gallo. 
> d'AragÔ, phhmis blanche. 



— 28o — 

sanabre (et senabre), sénevé. 

Sangrell. — voir sanguinyol. 
Sanguinari, persicaire. — pebre d'aygua. 

sanguinyol (et sarguinyol, sarquinyol, sangrell, sanguinelia, 
sangonella, corneller, corner, peralloner), cornouiller. 

Sanicula, sanicle. — herba de sant Llorens. 

Sannua, prèle. — aspereta, aspreta, cua de rata, cua de cavall. 

» longa. — voir apegaios. 

Sarga (et sarguera), saule osier. — vimet. 

sarguinyol (et sarquinyol), — voir sanguinyol. 

Sarreig (et sarrell), panic pied de coq. — potes de gallina. 

Sarriasa, gouet, arum. — candela, gujol, grujol. 

Sarrieta. — voir sajullda. 

SarrÔ de pastor (et Sàrronet), capselle. — heVba del pastorell. 

SarronS, ansérine. — herba del corc, espinac de muntanya. 

Sarsa. — voir romaguera. 

Sarsaparella, smilax, salsepareille. — arinjol, aritja, aritjol, mata- 

velles. • 

Satureia. — voir sajuHda. 
Satalia, rose blanche. 
Sb.-., se... — voir esb..., esc... 
Segie (et Segol), seigle. 
Selva=niare. — voir mareselva. 
Selvier. — voir server, 
Sempreviva, immortelle. — perpetuina. 

senet, séné. 

Sepel). — voir bruc. 

Seragatona, plantain pucier. — herba de les puces, pucera. 

Serfuil. — voir cerfull. 

Serpoll (et serpol), serpolet. — salsa de pastor, (voir aussi cerfull). 

server (et serbera, selvier), sorbier, cormier. 

Setja, scrofulaire. — herba de les scrofules. 

Sindricl, melon d'eau. 

Siretja. — voir sarrieta. 

Siure, chêne-liège. — surô, surer, alzina surera. 

Sivina. — voir sabina. 

SOlana, morelle douce amère. — morella de marge. 

SOSa, soude. — barrella, espinadella. (voir aussi salicorn). 

Sp..., si -. — voir esp..., est... 

SUbre, alisier. — pomer de sant Joan, selvier de muntanya. 

surô (et surer). — voir siure. (^ suivre) 

Le Gérant, COMET . — Imprimerie Catalane, COMET, rue de la Poste, Perpignan 



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